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par Pénombre » 12 juin 2010, 09:20
En fait, Shinsei a mis en évidence la destinée pour mieux la contourner.
Le principe de base, c'est que tu n'accèdes au yomi que si tu as fait ce que la destinée attendait de toi, individuellement. Dans la majorité des cas, tu meurs, tu te retrouves dans le meido, Emma-O compare ses notes et ta vie, et puis au choix :
- il t'expédie d'abord dans un des royaumes comme Toshigoku ou Gaki-do, voire exceptionnellement Jigoku. Tu peux y rester dix secondes, ou dix mille ans, c'est selon ta nature. Mais tu y resteras tant que tu n'auras pas purgé cette nature. Donc, tu ne peux en sortir que si tu y renonce.
- il te réinjecte dans le Ningen-do sous une autre forme : humain, animal, plante... cela peut avoir lieu cash, ou après ton stage dans les royaumes précédents
- il considère que tu as soldé ce que tu devais faire et hop, direction le yomi.
Cependant, même dans ces cas là, ton sort n'est pas cloturé définitivement. Tu peux décider par exemple de sortir du yomi pour te réincarner, mais ce faisant tu perd le souvenir de ce royaume et de ton identité précédente. Mais c'est rare et quand les shiryo souhaitent perpétuer quelque chose, il leur est plus facile d'aider un descendant que de renoncer au yomi. Il y a aussi les histoires de porte d'oubli et autres retour en personne, mais c'est censé être impossible, et en tout cas exceptionnellement exceptionnel.
Shinsei a simplement montré que si on réalisait pleinement que c'est à travers sa propre vie qu'on préparait la suivante - ce que tout le monde pense connaitre - c'est aussi à travers elle qu'on peut donc court-circuiter le mécanisme : en réalisant d'un coup - l'illumination - ta vraie nature, tu t'affranchis des désirs et souffrances humains. Tu peux donc décider d'entrer directement dans le yomi, ou te réincarner à ta guise.
Shinsei a aussi découvert que les dieux étaient autant prisonniers de la destinée que les humains, voire davantage puisque jusqu'aux histoires de soleil et de lune qui tombent du ciel, on imaginait pas qu'ils puissent mourir comme le font les humains. Même dévorés par leur père, les frères et soeurs de hantei sont restés vivants, et ont "ressuscité" sans réincarnation lorsque leur frère à ouvert le ventre du paternel, alors qu'ils avaient été dévorés "longtemps" avant (il n'était qu'un bébé et le dernier de la fratrie quand sa mère l'a planqué, et un adulte quand il est revenu. Les autres ont aussi grandi dans les entrailles de leur père en fait, et en ont également émergé adultes). Puisqu'ils avaient des armes, les dieux étaient certainement "mortels" mais pas comme un humain le serait.
Les dieux sont un palier d'évolution possible depuis l'humain, c'est la fameuse Voie de l'Homme : atteindre l'immortalité du corps et de l'esprit. C'est aussi une découverte de Shinsei mais la Voie de l'Homme n'était pas pour lui le but final. Ca se rapproche du concept des Devas bouddhistes : ils sont un palier possible depuis lequel un humain peut s'élever, mais les Devas sont également prisonniers du dharma et de dukkha (la souffrance). C'est un objectif noble et louable, mais ça n'est pas le but de Shinsei. Juste une étape sur la route, comme être un humain constitue une étape.
Le principe de l'illumination, c'est de réaliser sa propre nature avec un tel degré de lucidité absolue que tu peux t'affranchir de la route. Tu peux oublier, mourir, renaitre et te souvenir à ta guise. Continuer à participer à ce cycle d'existences pour aider les autres, ou t'en écarter. Et, contrairement à ce qui arrive aux humains et aux dieux non-illuminés, tu peux très bien faire en sorte que ton choix ne soit pas définitif et ne t'engages que tant que tu le veux. C'est à dire que tu peux entrer et sortir de la partie à ta guise.
Shinsei pourrait donc en théorie décider de devenir un dieu, pour continuer à aider les autres en tant que Fortune. Personnellement, c'est ce que j'ai prévu pour les Fushihai - les henshin de rang 5 - qui chez moi sont l'équivalent des boddhisatva : ceux qui sont sur le point de poser le pied qui clot le dernier pas de la route, et qui y renoncent. Ils s'arrêtent et décident qu'ils ne franchiront pas le seuil ultime tant que tous les humains n'en seront pas arrivés là. Chez les bouddhistes, ils se réincarnent alors et tous les gens admirables du monde seraient en fait des boddhisatva revenus à la vie, oublieux de leur passé mais déterminés à aider les autres. A chaque mort, ils se reposeraient le même choix car dans la mort réside la réalisation et qu'à ce moment, ils redécouvrent leur "vraie" nature d'être illuminés. Chez moi, les fushihai restent immortels et présents, aidant discrètement les humains (agriculture, médecine, arts, philosophie...) jusqu'à être las et à rejoindre le cycle. Ils sont des fortunes, mais ils résident en Ningen-do et personne - en dehors de leurs disciples - ne réalise qu'ils sont là. Ils sont à la fois soumis aux diktats des dieux, et à ceux des hommes, ce qui représente autant de contradictions au sein desquels ils peuvent naviguer.
Mais Shinsei pourrait décider plein d'autres choses : il pourrait décider par exemple de rester en retrait, et d'attendre que la prochaine conflagration avec le Jigoku se produise. A ce moment là, il pourrait se réincarner et se préparer à aider les tonnerres. Dans la foulée, il en profiterait pour remanier un peu le Tao, histoire de laisser un nouvel héritage aux humains. Et ensuite, retour dans le coin du Yomi ou l'endroit que lui seul connait pour attendre la suite. En ce sens, il choisirait simplement dans sa lignée la naissance d'un descendant précis dans lequel il vivrait sa nouvelle vie et en revenant au monde, comme tout un chacun, il oublierait qui il est. Sauf qu'étant Shinsei, et se réincarnant précisément à un moment crucial, il aurait rapidement l'opportunité de redécouvrir la vérité.
Autre possibilité, c'est celle que j'utilise perso, il peut très bien avoir simplement posé son fardeau et veiller comme le fait un shiryo sur sa descendance. Et elle peut constituer plusieurs personnes à la fois. Lorsqu'arrive le Jour des Tonnerres, les forces de Jigoku s'efforcent d'identifier les descendants (ce qui explique pourquoi la confrérie les cache, outre le fait que ça risquerait de fausser la religion impériale si on en faisait des personnes reconnues) pour les tuer tous, afin d'empêcher que Shinsei mobilise les Tonnerres. Ou, peut-être d'en capturer un et de le "retourner"...
Et puis, à un moment, un des descendants finit par atteindre le point de non-retour : il découvre qui il est, il comprend ce qui doit être fait et Shinsei peut lui transmettre sa capacité à reconnaitre et révéler les Tonnerres. A partir de là, il est trop tard pour corrompre ce mortel, et le Jigoku n'a plus que le choix de le tuer.
Il reste toujours l'affrontement ultime, qui peut mal tourner pour les ennemis du Jigoku, mais dans l'idéal, il serait nettement plus efficace de corrompre "le Shinsei du moment" ou de l'éliminer. Le problème du Jigoku, c'est que s'il y a plusieurs candidats possible au même moment, même s'il en corrompt la moitié et tue tous les autres, il suffit qu'il en oublie un ou échoue à le traquer et que celui-ci s'éveille vraiment pour que le jour des tonnerres devienne inéluctable.
Dans mon idée, donc, chaque jour des tonnerres est précédé d'une traque durant laquelle le Jigoku s'efforce d'identifier tous les "Shinsei" possibles. Le plus avancé - ce lui qui sera le Shinsei du combat final - ne se révèle qu'à partir du moment où il commence à choisir les tonnerres. Il peut le faire ouvertement, comme ce fut le cas la première fois, et à l'époque Shinsei avait été capable de foutre Akodo par terre, donc, pouvait se défendre...
il peut le faire plus discrètement, ce qui est la solution que j'utilise en général : la confrérie se focalise sur certains descendants, et finit par mettre trop d'espoirs en eux. Ils meurent et la confrérie pense qu'il n'y en a pas d'autres, ou que n'étant pas sous sa protection, ils n'auront pas la force ou la sagesse nécessaires. L'empire a donc besoin de Shinsei, mais ne le sait pas, car ceux qui devraient le lui rappeler n'osent pas dire que leur seul espoir est mort. Alors, le Shinsei du moment doit parcourir l'empire tout seul, et c'est à partir de là que les joueurs peuvent avoir un rôle à jouer :
- l'un d'eux pourrait être ce shinsei (mais j'ai pas encore eu de candidat vraisemblable)
- un ou plusieurs pourraient être des tonnerres
- surtout, SURTOUT, on peut pousser vers l'idéal suivant : l'empire, c'est pas sept héros et une figure mythique, mais tous ceux qui le peuplent. En cherchant ses Tonnerres, le Shinsei peut donc inciter d'autres humains à grandir, à devenir importants dans la crise qui s'annonce. Pas forcément des tonnerres, mais des leaders, des héros, des saints et des martyrs dont on se souviendra plus tard, parce qu'ils auront peut-être aidé un tonnerre, ou sauvé un tonnerre, ou tué un des généraux ennemis, ou planqué le seul prince impérial oublié de tous qui pourra monter sur le trône et préserver la dynastie, etc...
C'est à dire que son périple est l'occasion pour Shinsei de favoriser l'émergence de héros. En ce sens, il joue un rôle similaire à Megumi. Mais chez moi, Mégumi est une personne bien distincte, car c'est une fortune et non un mortel (une fortune mineure : dans mon concept, c'est simplement un des jardiniers heimin du 8ème empereur qui a sacrifié sa vie pour dénoncer des assassins aux seppun. L'un d'eux a demandé à l'empereur de le diviniser, et la fortune Mégumi suit l'âme de ce mortel de vie en vie, en faisant son agent qui aide et sert de Compagnons aux héros, donc de pnj récurrent destiné à aider les joueurs et à les pousser en avant. Parce que si c'est pas eux les Tonnerres, ou les futurs chefs des clans, il faut qu'ils jouent un rôle important, hein. Et puis c'est toujours marrant d'avoir un pnj dans le coin qui leur montre une autre facette de la destinée : "moi, parait que j'ai permis à Mégumi de devenir une fortune il y a longtemps. Alors, puisqu'il protège les héros, il m'a dit que je devais vous aider, ainsi que d'autres. Parait que ca fait plusieurs vies qu'il me tient ce discours. En fait, je suis peut-être mort plein de fois de manière héroique, et personne ne s'en souvient, parce que mon rôle n'est pas d'être un héros, mais d'aider les héros. Mais ça me va. J'ai peut-être pris une flèche à la place d'untel le jour de sa grande victoire. J'étais peut-être dans l'ombre d'un autre lorsqu'il était au coeur de la bataille. J'ai peut-être simplement donné mon sabre à mon petit fils qui est devenu un champion de clan il y a deux siècles. Allez savoir. Ca me va. On a tous un destin, pas vrai ?"
L'idée finale que je voulais montrer, c'est qu'il n'est pas nécessaire que les pjs soient forcément l'axe unique autour duquel tourne la campagne. Ils le peuvent, mais selon leurs décisions, cet axe peut se faire plus ou moins sans eux. Ca ne veut pas dire qu'ils doivent être hors course. Et par le biais du compagnon des héros, j'ai aussi le moyen de leur renvoyer dans la figure qu'ils n'ont en fait pas la moindre idée réelle de ce qu'est la notion de servir. Parce que personne ne leur a demandé durant leurs vingt ou trente dernières existences de parcourir le monde pour que d'autres connaissent la gloire. Simplement parce que c'est nécessaire.
Ca leur permet de se placer dans une perspective fine : ils ne sont pas n'importe qui, ils ne sont pas non plus tous ou forcément LES HEROS, mais ils sont importants. Ils sont ce qu'ils font.
Généralement, si je me fie aux retours que j'ai eu, ça plait beaucoup.