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par Pénombre » 12 nov. 2009, 15:56
A la base, on a trois principes simples mais très carrés :
Principe 1 : - le gars qui a le plus haut rang à toujours plus raison que le gars en dessous de lui. Toujours.
Principe 2 : - le gars qui a le plus haut rang est celui qui porte le plus le poids du nom sur les épaules, et donc, il est plus néfaste que lui perde la face que le gars d'un rang inférieur.
Principe 3 : - le gars qui a le plus haut rang peut perdre la face par la faute de ses subordonnés, MAIS eux mêmes sont doublement responsables à son égard : quand ils déchoient, ils perdent à la fois la face en ce qui les concerne mais également vis à vis de leur supérieur car ils salissent sa propre réputation alors qu'ils ont pour vocation de la protéger.
Par rapport à ces trois principes, tout samurai qui se respecte (c'est à dire qui s'intéresse à la réputation de son seigneur avant la sienne) aura tendance à agir de manière à ce qu'on puisse croire qu'il est le seul responsable d'un acte indigne ou d'un manquement quelconque. Il n'admettra jamais qu'on lui a permis ou suggéré ou commandé d'insulter autrui, ou de commettre un acte problématique.
Aux yeux des rokugani, tant que cela semble vraisemblable, même si pour nous cette "vraisemblance" pourrait apparaitre cousue de fil blanc, c'est la vérité. Donc, même si les faits semblent curieux, même si toto-san est réputé pour avoir un comportement très différent en temps normal, même si on sait pertinemment que son seigneur a un intéret à ce que cette "coincidence" ait lieu, si elle semble être une coincidence, c'en est une. Ceux qui en doutent, il peut y en avoir, sont libres si leur statut le leur permet de mettre en jeu leur propre honneur face à celui qu'ils accusent d'utiliser ses samurai pour commettre des actes indignes.
Après, il y a différents niveaux de "vraisemblance". Bien que ça ne soit pas forcément très en rapport avec L5R, je recommande le visionnage d'un classique qui s'appelle "Soleil Levant" avec Wesley Snipes et Sean Connery. Une histoire de prostituée assassinée durant un gueuleton dans les bureaux d'une grosse boite nippone. On peut voir agir la mécanique du "il a agi tout seul et je peux le prouver" en cascade. Et voir également à quel point ce qui est évident pour certains est totalement transparent pour d'autres.
En fait, tant qu'il est "vraisemblable" qu'un samurai a agi seul, par intérêt, par impulsivité, ou par raison personnelle (il a tué mon père il y a dix ans...) et qu'il a pu le faire discrètement, sans que cela implique obligatoirement une participation du seigneur, on "admet" que le seigneur n'était pas forcément au courant, parce qu'il n'a pas forcément à se pencher sur certains trucs triviaux. Ses vassaux ne sont pas des chiens ou des paysans mais des samurai. Ils sont donc censés se comporte tels quels tant qu'on a pas la preuve manifeste qu'ils déchoient. Et lui n'est pas là pour surveiller le moindre de leurs actes. Je le rappelle (Principe 3) : un vassal est responsable à la fois de lui-même ET de son seigneur, donc, il est censé faire attention tout seul à certaines choses... comme agir conformément à la loi et au bushido par exemple.
Pour prendre l'exemple du trafic d'opium mené par les scorpions, qui ont une licence d'exploitation partielle de cette substance :
- en théorie, on peut dire que si trafic il y a, et si on trouve des types qui sont samurai du scorpion parmi des trafiquants ou leurs complices, leur seigneur est obligatoirement coupable
- dans la pratique, rien n'interdit de penser qu'ils aient agir tous seuls. Le seigneur peut très bien dire, et de manière vraisemblable "moi, daimyo, je n'ai aucun intéret à trafiquer de l'opium. J'ai une licence qui me permet d'en vendre légalement, et je suis un samurai, pas un marchand. Encore moins un criminel. Si un de mes hommes a trafiqué, c'est terrible mais je vais le faire torturer et une fois qu'on aura les noms de ses complices, il sera exécuté" et venir te voir ensuite en disant "je suis désolé, mais il est mort avant de parler". Vraisemblable... donc, véridique. Et si jamais le samurai te fait des aveux sous la torture, le seigneur peut encore dire "attendez, je suis un daimyo, lui c'est une ordure de trafiquant qui essaie de salir ma réputation parce que je vous l'ai laissé au lieu de lui offrir le seppuku... vous allez le croire ?" Et voilà, pat, comme on dit aux échecs.
- mais, dans le même temps, il se peut qu'en interrogeant le samurai, ou par simple observation, tu découvres qu'il est impossible pour lui d'avoir agi seul. Ou qu'il te fasse des aveux précis et détaillés sur ce qui se passe. Là, du coup, tu peux te retourner vers le seigneur en disant "bon, pourriez vous me donner votre avis sur comment cet homme a pu procéder ainsi sans complices ?" et voir comment il s'agite pour s'en sortir... c'est là généralement qu'on voit si on a affaire à un improvisateur ou à un gars qui a pensé à se couvrir.
Mettons que tu puisses lancer une accusation du style "je sais que votre samurai ne pouvait agir seul, donc, puisque vous étiez au courant, vous êtes soit complice, soit coupable" ou mieux encore que tu dises "voilà votre sceau personnel réputé infalsifiable sur un document compromettant ET un témoignage vous incriminant directement". Là, de deux choses l'une :
- soit tu as un rang largement supérieur au seigneur, du genre tu es le champion d'émeraude en personne et lui un daimyo rang 5. Ben tu fais de lui ce que tu veux... et après, tu gères les complications qui ne manqueront pas de survenir au niveau politique, parce que tôt ou tard, on te renverra l'ascenseur...
- soit tu as un rang à peu près égal et il peut nier tes accusations et demander un duel judiciaire. Faut voir si son seigneur le laissera faire, ou te l'offrira en bouc émissaire s'il le juge plus prudent (dans l'optique ou même lui était au courant bien sûr) en te disant qu'il s'en lave les mains.
- soit il a un rang supérieur au tien, et on tombe dans les histoires de la charte d'émeraude pour appréhender les gens de rang supérieur. Et ça devient donc comique. (Dans l'exemple de RO, il te faudrait par exemple l'aval du gouverneur de la cité entres autres pour arrêter la seule personne du coin qui se trouve tremper dans le trafic ET avoir un rang supérieur au tien : ce même gouverneur...).
Quand tu arrives à ce dernier cas de figure, tu as trois possibilités qui font de toi à terme un magistrat qui s'efforce de faire régner la justice, mais dont l'honneur souffrira pour cela. En gravité croissante par rapport à cet honneur, on aura :
- tu peux baisser les bras et te contenter de choper les sous-fifres aussi souvent que possible, sachant que tu n'auras jamais la tête mais que tu l'emmerderas assez pour lui faire perdre de l'argent. Et peut-être qu'hypothétiquement, même si c'est presque chimérique, tu peux espérer un jour le pousser à une faute si évidente qu'il ne pourra pas s'esquiver.
- tu peux décider que dans certaines limites, la fin justifie les moyens et commencer à user et abuser de tes prérogatives pour l'emmerder un maximum, en espérant là encore le pousser à la faute, donc, comme le cas précédent, mais en plus opportuniste et douteux
- tu peux t'habiller en noir, prendre un couteau bien aiguisé, faire un peu d'escalade (si tu n'as pas quelqu'un de fiable pour le faire à ta place...) et le lendemain aller pleurer avec les autres aux funérailles du gouverneur parce que les tristement célèbres "ninja de ryoko owari" ont encore frappé. Et assurer tout le monde que tu vas redoubler d'efforts puisque visiblement, les autorités locales sont complètement dépassées.
Mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système féodal, autocratique, qui tourne avant tout pour les puissants. Donc, à partir du moment ou tu essaye de remonter une chaine de responsabilité, tôt ou tard, tu as toutes les chances soit de tomber sur un type qui sera le coupable idéal parce qu'il sera vraiment prêt à porter cette casquette, soit de devoir t'arréter en te contentant d'un responsable mineur et en ayant une assez bonne idée de qui tire vraiment les ficelles, mais pas de moyen d'agir.
Et ensuite, c'est à toi de voir jusqu'à quel point tu es prêt à perdre des points d'honneur parce que tu agis quoi qu'il en coute... ou parce que tu baisses les bras en comprenant très bien ce que tu laisses faire.
Comme l'honneur inclut la dimension de respect de l'ordre social et des principes qui le sous-tendent (entres autres les trois principes évoqués plus haut dans ce post), il me semble judicieux de rappeler que généralement, tout comportement qui va à l'encontre des attentes de la société est plus déshonorant qu'un comportement de "carpette" qui va dans le sens du courant. En Rokugan, l'éthique individuelle aussi élevée soit-elle n'est qu'une éthique individuelle. Elle doit s'accompagner d'un respect fondamental pour les normes et les attentes sociales si l'on veut atteindre un rang d'honneur de 4, et ne parlons pas de 5, il suffit d'en lire les descriptions dans les livres de base de chaque édition pour s'en convaincre.