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par Pénombre » 14 sept. 2008, 19:58
En fait, il faut à mon sens se rappeler que le système social des rokugani repose sur la notion de lien et même d'obligation : a priori, personne n'est censé être seul, ne penser qu'à lui et à ses propres désirs. Les heimin doivent veiller sur leur famille (à commencer par leurs parents qui vieillissent jusqu'à devenir des gens à charge...), les samurai ont des obligations multiples liées à leur statut de "serviteur" de leur seigneur et de leur clan et ainsi de suite.
un moine lui est au service de la Confrérie, à travers la congrégation à laquelle il appartient. La seule différence s'il était samurai avant de devenir moine, c'est qu'on l'a autorisé à renoncer aux obligations du samurai pour pouvoir se consacrer à sa propre âme et à celle des autres. La retraite vise à donner l'occasion au samurai de se préparer, de corriger les imperfections de son âme, de s'ouvrir à la révélation, toutes choses que normalement il n'a jamais pu poursuivre à fond auparavant, même s'il était shugenja. Parce qu'il avait une épouse, des enfants, un seigneur, devait porter haut la réputation de son clan et avait des devoirs quotidiens en prime. Sa retraite est désormais faite de quatre types de choses :
- un entrainement martial, plus ou moins poussé, qui doit lui permettre de mieux appréhender son rapport au monde à travers le rapport de son corps au monde.
- l'étude du Tao et des textes saints, pour son édification personnelle
- les tàches humbles du quotidien (laver le sol, préparer les repas etc...) pour qu'il puisse s'affranchir des convenances, déconstruire son égo et réévaluer son rapport aux autres
- l'assistance manuelle ou spirituelle envers ceux qui en ont besoin (les paysans qui cherchent ses conseils, les samurai qui ont besoin de lui comme officiant etc...).
sa vie est tout autant occupée que lorsqu'il était samurai mais la nature de ces occupations tourne autour de la spiritualité. La sienne et celle des autres hommes.
A mon sens, un moine Inkyo peut parcourir le monde pour sa propre édification mais il n'est pas plus libre de le décider tout seul qu'il n'était libre en tant que samurai de décider de s'accorder le musha shugyo. Il doit en avoir la permission et ses supérieurs moines attendront de lui qu'il veille à aider la confrérie dans ses voyages. Cependant, même s'il cherche encore à s'accomplir à travers la voie du sabre, il n'est plus samurai et donc, il doit respecter la loi qui fait qu'il n'a (à L5a) plus le droit d'avoir un katana. La voie du sabre n'est pas la sienne, plus la sienne.
Attention, cependant, à la nature de l'inkyo défini par AEG : à mon sens, elle est excessivement rigide et formaliste. Dans les faits, je pense qu'il existe plusieurs formes de retraite et que la plupart des samurai ne se rasent pas le crâne à partir de 40 ans. Simplement, c'est un droit qui leur est accordé.
cependant, certains samurai refuseront ce droit, ou obéiront à leur seigneur qui souhaitera les conserver à son service comme auparavant. D'autres en profiteront en partie, par exemple lorsque leur seigneur leur accordera une promotion à un poste symbolique et prestigieux. Un ancien officier qui devient karo de seigneur et quitte les champs de bataille par exemple. Ou qui se voit attribuer une fonction sans réelles contrainte mais de prestige (chambellan...). Enfin, il y a la tradition licorne du Kurichitai, qui fait qu'un samurai peut devenir un errant libre de toute obligation de samurai sans entrer dans les ordres. On peut donc imaginer par exemple, mais là on parle de samurai retraité et non de moine, qu'un samurai obtienne en guise d'Inkyo le droit de partir en pélerinage martial musha shugyo. S'il avait été plus jeune, sa quête d'illumination martiale l'aurait poussé (c'est implicite à l'autorisation seigneuriale) à revenir ensuite mettre son talent plus développé au service de son seigneur.
Désormais, son seigneur peut le libérer de toute obligation. AEG s'étend mal là-dessus mais dés la 1ère ED, dans la Voie du Loup, on avait l'archétype du conseiller ronin ou du pélerin martial, c'est à dire du samurai qui n'est pas un vrai ronin privé de maitre par la mort ou la disgràce mais un samurai libéré du lien de vassalité par le dit maitre. Contrairement aux ronin classiques, un tel individu doit certainement se promener avec des papiers attestant qu'il n'est pas un samurai sans maitre mais bien un homme remercié pour ses mérites. La plupart du temps, on lui aura remis un pécule ou offert une petite maison qui fait que contrairement à un ronin, il n'aura pas avant longtemps à se soucier de ce qu'il mange.
faut voir si le mj autorise cela ou pas.
Après, comme déjà mentionné, les Henshin et les Ise-zumi sont de bons exemples de "samurai-mais-moines-mais-samurai-mais-moines". Surtout les henshin en fait, qui forment un beau morceau de la famille Asako. Contrairement aux Togashi qui ne gèrent aucun domaine, n'ont aucun daimyo (à part le grand chef) mais forment une congrégation qui laisse les Mirumoto s'occuper de la gestion effective du clan, les Henshin Asako sont des érudits/mystiques qui n'ont pas changé de nom, ont encore des parents, vivent dans une famille dont certains membres sont des daimyo, des officiers, des administrateurs, des shugenja... Ca n'est que s'ils cherchent vraiment à suivre la voie des Henshin jusqu'au bout que des contraintes d'une toute autre nature peuvent finalement s'imposer à eux... les ise-zumi sont organisés de manière bcp plus informelle mais ils sont censés quitter très rarement leurs montagnes et toujours parce que "c'est ce qu'on attend d'eux", en tous cas c'est ce qu'ils veulent bien dire. Autant ils peuvent partir en quête spirituelle ou arpenter l'empire pour obéir (sans forcément savoir pourquoi) à leur leader, autant les Asako eux ont plus d'opportunités - de par la nature de leur famille, sa situation géographique et l'implication dans la vie du clan - d'être directement en rapport avec le "monde" des samurai
Enfin, il y a une série de BD, assez onéreuse mais très intéressante, que je recommande fortement à tout personnage qui veut jouer un moine plus attaché à la spiritualité qu'aux traditions, en particulier dans un contexte de guerre civile ou les gens au pouvoir se sont détournés du peuple. Il s'agit de la série Ikkyu, en six tomes, qui est une adaptation romancée de la vie d'un personnage historique. Un homme qui fut en fait confié à un monastère dés sa petite enfance car fils reconnu mais non bienvenu d'un prince impérial et d'une fille de la noblesse.
Ikkyu parle beaucoup de la quête spirituelle du moine, de ses hésitations et du contexte politique qui l'entoure, ce qui n'est pas forcément adaptable tel quel à L5a. Cependant, on y voit beaucoup d'anecdotes sur le bouddhisme (le shinseisme à L5a) le rapport entre un moine à la fois défroqué, hai et admiré par ses corelégionnaires avec le petit peuple et avec d'autres gens comme lui, à la recherche d'une authentique spiritualité à l'écart d'un univers monastique qui est devenu une institution de sectes rivales, armées, organisées et constituées en réseaux d'usuriers. On n'y voit pas de yakuza, et à peine quelques samurai sans aucun intéret en dehors de leur rôle historique. Ca peut ouvrir pas mal de pistes à un mj pour fournir des occasions à un moine de faire ce qu'aucun samurai ne peut faire de temps en temps.