Et je ne suis pas naïf, je ne pense pas que l'homme en temps qu'espèce puisse passez outre son appat du gain, son egocentrisme et sa xénophobie (au sens étymologique du terme).
la base, c'est l'égocentrisme. L'appât du gain, la xénophobie en découlent. La base, c'est les désirs de l'individu, qu'il sublime et légitime.
même le besoin d'accomplissement, la recherche de la satisfaction à travers la performance découlent de cela. Et je pense avoir démontré que le besoin d'égo et l'égoisme ne sont pas du tout la même chose.
En fait, je suis au regret de le dire, je ne pense pas que nous subissions quoi que ce soit qui ait un rapport avec la nature de notre espèce. Ce que nous subissons, ce sont les désirs codifiés et transposés de minorités d'acteurs de premier plan auxquels nous sommes préparés à adhérer de manière plus ou moins délibérée.
si nous étions vraiment l'espèce que tu pré-supposes, alors nous ne serions rien d'autre. Notamment, il n'y aurait aucun individu potable en notre sein, parce qu'ils ne seraient que des aberrations statistiquement improbable et qu'à travers le groupe, l'espèce s'en débarrasserait. Et sans le moindre état d'âme si elle était l'espèce que tu imagines.
Le fait est qu'il n'existe pas une seule civilisation humaine, même la plus isolée, même la plus "primitive" qui n'ait à un moment ou un autre codifié le fait qu'il soit normal de protéger les malades ou les infirmes alors qu'ils n'apportent strictement rien au groupe. Les sociétés qui ont tenté de vivre autrement, de se débarrasser des bouches inutiles ont un point commun assez remarquable : elles ont toutes disparues et aucune n'a survécu plus de quelques générations dans le meilleur des cas. Mais alors aucune...
Même lorsque la survie du groupe est menacée directement, il y a des tas d'exemples d'une générosité surprenante. Oui, ça implique qu'il y a des groupes humains qui ont disparu en refusant de faire certains choix. Mais comme on l'a vu, un tas de groupes composés de connards égoistes ont disparu aussi et au final, il se trouve qu'ils ne se sont pas avérés plus viables que les premiers.
Il faudrait un jour arriver à sortir de ce mythe du "struggle for life" qui ne repose sur rien car même le règne animal te montre en millions d'exemples que les relations symbiotiques sont tout aussi valables que le parasitisme ou la prédation pure. Hé oui...
La "nature humaine" censément égoiste et égocentrique, reposant sur cette espèce de mélange fumeux de pulsion de survie et de besoin de pouvoir est une construction mentale. Et rien d'autre. Si elle était une réalité, alors, la simple sélection sociale et génétique ferait que toute tendance altruiste aurait disparu depuis longtemps ou serait aussi rare que l'albinisme. Et si l'altruisme était aussi rare que l'albinisme, mon pauvre ami, nous serions tous dans des charniers depuis longtemps...
Or, on trouve des témoignages d'actes positifs aussi bien dans nos sociétés à nous que dans des groupes plus primitifs, actuels ou passés.
Je ne suis pas un adepte de la théorie du "bon sauvage" mais autant nous avons des tas de preuves que l'homme peut commettre les pires atrocités pour des raisons qui n'ont que la légitimité qu'il veut bien lui donner (depuis la rivalité interpersonnelle jusqu'au génocide), autant nous avons des tas d'exemples d'actes individuels et collectifs qui ont été réalisés en dépit de cette soit-disant nature.
Je pense, à titre personnel, que la nature humaine, la conscience de l'espèce n'existent pas encore. Que ce sont les mêmes hommes (et souvent le même individu) qui peuvent faire un tas de choses grandes ou hideuses. Que pour beaucoup, ce qui est anormal en ce qui concerne soi-même ou ses proches peut devenir tout à fait légitime envers d'autres personnes mais qu'il existe aussi beaucoup de gens qui refusent que d'autres subissent des choses qu'ils n'accepteraient pas pour eux-mêmes.
Oui, les puissants savent jouer de cette
tendance naturelle pour mieux la dévoyer, pour mieux la dénaturer mais elle relève bien de notre potentiel intrinsèque et n'a jamais pu être totalement éradiquée.
Ils savent que la majorité d'entres nous sommes prèts à faire des sacrifices pour l'intéret collectif et ils font en sorte que ces sacrifices soient contreproductifs et ouvrent la voie à d'autres choix douloureux qu'ils veulent nous imposer. Mais ca n'est pas la morale du curé, ni celle de l'instituteur qui poussent une majorité de français (par exemple) a admettre ce principe. Ca n'est pas parce qu'on a inventé le Téléthon ou les Restau du Coeur qu'on a inventé une générosité anonyme. Le paradoxe est là qu'alors que l'on s'enfonce en partie dans un individualisme exacerbé par des mensonges à caractère ethnique, social, économique ou religieux, on constate la multiplication et la croissance de solidarités assez incongrues envers des gens qui ne pourront jamais la rendre. Parce que si tu espères le moindre retour de la part d'un déficient mental qui ne connaitra jamais ton nom ou d'un village africain ayant besoin d'un puit qui ne saurait même pas situer ta ville sur une carte, t'es parti pour attendre longtemps...
et ce ne sont pas des saints, ni des gens ayant eu une éducation spéciale qui font cela. D'ailleurs, ça ne les empèche pas d'être aussi assez égoistes par ailleurs, ou d'être prèts à beaucoup pour certains et à rien du tout pour d'autres. Ils ne sont pas différents de nous. D'ailleurs, certains d'entres nous en font partie, en ont fait partie un jour, en feront peut-être partie à l'avenir.
Il y a, à travers notre besoin d'accomplissement/reconnaissance autre chose que la course au podium. Y compris quelque chose que faute de mieux j'exprimerais ainsi : le besoin de se sentir appartenir à quelque chose de plus grand que nous, dans le temps et l'espace, qui nous dépasse et nous survivra. Quelque chose qui nous oubliera comme nous avons oublié 99.9999% des gens qui nous ont précédé mais qui existe justement indépendamment de nos fantasmes égoistes, de nos vies et de nos conneries.
On a tendance à parler de Dieu, ou de la nation, ou de trucs du genre quand on évoque ce quelque chose mais c'est à mon sens plus simple que cela : c'est notre capacité à miser sur un avenir de gens que nous ne connaitrons jamais, dont nous ignorons tout et qui eux seront les héritiers de gens dont ils ne sauront jamais rien. Si c'est pas une foi en l'espèce que celle là, je me demande ce que c'est.
c'est peut-être là dedans, plutôt, que je placerai notre nature d'espèce. Qui vit et tremblote aux frontières de nos délires narcissiques en attendant peut-être de venir au monde un jour.
il nous reste l'essentiel à faire je crois : partager cela avec les autres, en sachant qu'aucun de nous ne détient l'essentiel mais que la plupart s'en sont écartés en se construisant des murs pour s'abriter derrière.
partager avec les autres la vérité qui est que nous ne sommes pas des ennemis les uns pour les autres et que l'esprit d'émulation, de compétition ont toute leur place parce que contrairement à ce qu'on nous raconte, ils n'ont rien à voir avec cette valse de rivalités mesquines qui n'aboutissent à rien si ce n'est à se battre pour des miettes pendant qu'au sommet ils se battent pour un fauteuil.