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par Pénombre » 03 mars 2008, 10:44
le "a moins que" s'avère nécessaire il me semble.
il y a dix ans, on disait "anti-mondialistes". Maintenant, on dit "alter-mondialistes".
Bien qu'il s'agisse d'épiphénomènes et que se greffent dessus pas mal de démarches opportunistes à peine masquées des gros acteurs économiques, des choses comme le commerce équitable par exemple ont un certain poids.
D'ailleurs, s'ils n'en avaient pas et s'ils ne risquaient pas d'en gagner encore, les gros industriels de l'agro-alimentaire et de la grande distribution n'auraient pas créé des gammes de ce genre en plus de leurs circuits traditionnels. Ca n'est pas tant un moyen de faire plus de pognon qu'un investissement afin de ne pas en perdre beaucoup qui les motive et ils ne s'en cachent même pas.
les gros acteurs économiques seront toujours à l'affut mais ça ne rend pas moins utile de leur foutre la bride au cou de temps en temps.
Par ailleurs, nous savons très bien que l'évolution des prix ne dépend pas que du marché, ni du coùt. On l'a très bien vu avec le passage à l'euro ou lorsque la TVA est passée de 20.6 à 19.6.
Il n'y a pas un seul pays au monde ou l'état n'exerce pas un certain droit de regard sur les prix. Pas un seul. Par contre, la manière dont ce droit de regard s'exprime, quels prix il concerne, qui assure le contrôle et la possibilité plus ou moins ouverte qu'ont les lobbies privés de remettre cela en question varie beaucoup d'un état à l'autre.
Les politiques ont tendance, il est vrai, à naviguer au vu de leurs intérets personnels, qui peuvent n'être que politiques, ou pas seulement (on l'avait très bien vu sous Balladur, quand il plaçait les potes dans les CA des grosses boites et que mine de rien, il constituait des minorités de blocages - les fameux "noyaux durs" - qui donnaient à un petit groupe de politiques un poids considérable dans les décisions de grands groupes...). Ce que les politiques acceptent de déléguer d'un côté, ils comptent bien le récupérer par ailleurs. Et non, il ne s'agit pas que de gros sous... les politiques marchent bien plus au pouvoir qu'au pognon et il y a bien des manières d'obtenir plus de pouvoir dans le jeu du donnant/donnant.
Nous n'avons pas la possibilité de choisir les dirigeants des entreprises mais nous pouvons encore, pour l'instant, choisir une partie des dirigeants nationaux et transnationaux. La classe politique le sait et pour conserver sa légitimité, elle doit de temps en temps lacher du lest. Quand on voit comment les pouvoirs du parlement européen se sont renforcés depuis Maastricht, c'est un signe assez parlant par exemple. Ca ne remet pas en cause le pouvoir considérable de la Commission, mais pour conserver sa légitimité, le politique est à un moment ou un autre obligé de faire semblant de rendre des comptes.
qu'on ne s'y trompe pas, la chute dans les sondages d'un certain président tient également du fait qu'il a commis une erreur stratégique majeure : celle de montrer qu'il se foutait de l'électeur. Son prédécesseur n'était pas plus voué à nos intérets mais il avait le bon gout au moins de jouer le jeu.
C'est surtout pour donner l'impression qu'ils jouent le jeu que les politiques ne tentèrent pas de faire annuler un certain référundum sur une constitution européenne, et là, il y avait pourtant une belle collusion de la majeure partie de la classe politique, notamment des deux premiers partis du pays...
quand un président décide de remettre ça sur le tapis mais montre clairement qu'il ne compte pas mieux expliquer ou mieux persuader l'électeur que ses prédécesseurs et va se passer de lui demander son avis, préférant jouer sur cette même collusion, cela ne peut que le desservir par exemple.
c'est avec des petits coups comme ça qu'on en arrive pour la première fois dans l'histoire de la cinquième république à parler du fait que chez nous, il n'y a pas de procédure d'impeachment... moins d'un an après une élection présidentielle...
alors oui, nous les électeurs, nous sommes des girouettes. Oui, nous les citoyens nous sommes souvent aveugles et oui, la bande des copains à un pouvoir considérable
maintenant, il n'y a pas trente-six solutions :
- soit on fait avec, en sachant qu'il n'y a aucune raison que ça aille vers un mieux à un moment ou un autre.
- soit on tente de lutter selon la règle du jeu fixée, en sachant que le pouvoir des urnes est faible mais qu'il faiblit encore plus quand on ne s'en sert pas
- soit on attend "le grand soir" en espérant couper quelques têtes au passage et vider les caves de Versaille que nos impôts ont bien remplies....
En attendant que la révolution mondiale arrive au coin de la rue, il nous faudrait peut-être ne pas oublier ce qui se passe chaque jour. Par ailleurs, l'essor des nationalismes et des régionalismes (avec des revendications "culturelles" qui sont le plus souvent historiquement et sociologiquement totalement invraisemblables en prime...) montrent bien que pas mal de citoyens veulent avoir le sentiment de peser sur quelque chose. A l'heure actuelle, perdus dans cette logique du "trop grand, trop gros, trop vaste", la tendance s'exprime naturellement vers "moi et les miens d'abord" mais elle ne traduit pas que la connerie et l'égoisme. Ce sont les mêmes citoyens qui votent parfois ultra-nationalisme et social-démocrate... les mêmes.
tout est à faire, mais il y a quelque chose à faire et ça me fendrait le coeur de laisser le terrain de l'expression démocratique à trois mous du bide qui jouent l'alternance et deux adeptes du jusqu'auboutisme sauce apocalyptique qui misent tout sur les peurs imbéciles ou les rêves d'utopies inatteignables.
La classe politique en est tout à fait consciente, elle. De même que les acteurs économiques. S'ils parlent deux fois plus qu'il y a dix ans de "l'avis du consommateur" ou "la participation civique", ça n'est pas pour dépenser du fric en com' à la noix. C'est pour capter les forces sous-jacentes et les dévoyer avant qu'elles ne parviennent à s'exprimer avec toute leur force.