Kakita Inigin a écrit :(Mais je veux bien ton argumentaire sur le fait que c'est une façade).
Kyorou-san ... là tu as éludé ...

Ah, désolé. J'avais mal interprété ta phrase. Bon, je paraphrase/synthétise plusieurs cours de sciences-po :
Ce que je voulais dire, c'est que le referendum est un moyen d'accroître temporairement la légitimité démocratique d'un gouvernement, pas un moyen de demander au peuple ce qu'il pense. Le peuple ne participe pas à la prise de décision en politique, à part éventuellement à un échelon très local, y compris dans des régimes démocratiques. Le caractère démocratique d'un régime ne repose pas sur les mécanismes électoraux (qui tiennent principalement du rituel -ce disant, je ne minimise pas leur importance) mais sur le fait que l'élite au pouvoir s'appuie sur le consentement du peuple et non sur la force ou la menace de la force. La démocratie directe n'a pas d'existence (sinon, là aussi, à un niveau très local et, même là, ses modalités sont telles que le caractère démocratique -stricto sensu- du résultat est loin d'être garanti).
Bref, le referendum. Le gouvernement propose quelque chose et le peuple dit oui ou non (le votant ne peut pas ajouter une troisième proposition sur son bulletin de vote. On lui demande de voter, pas de s'exprimer). Selon la formulation de la proposition, on observe que les résultats varient très sensiblement (ça a été testé de manière expérimentale, en proposant deux formulations pour la même proposition). En conséquence, la proposition sera formulée de la manière la plus favorable au résultat auquel on souhaite arriver (des essais sur des groupes-test sont d'ailleurs possibles). Bon, on peut ensuite ajouter du poids d'un côté ou de l'autre avec des promesses ou des menaces en rapport avec les résultats (du "si c'est non, je pars" de de Gaulle au [en substance] "si vous votez contre l'entrée dans l'OTAN, je vous liquide vos retraites" de Javier Solana). D'autres facteurs jouent dont, en premier lieu, la confiance qu'a (ou non) le peuple dans son gouvernement : si le peuple se méfie du gouvernement, il aura tendance à rejetter la proposition, et inversément, quel que soit le sujet dont il est question. Un referendum "réussi" indique que le gouvernement est populaire (généralement, il s'enhardit ensuite grâce à ce regain de légitimité, y compris s'agissant de sujets qui n'ont rien à voir avec celui sur lequel portait la consultation). S'ajoute à cela tout une série de facteurs divers, de la coupe de cheveux du Président aux conditions atmosphériques. L'impact réel de l'opinion des gens sur la question est très discutable (et discuté) mais il est estimé à "pas énorme". Lorsqu'on interroge les votants à la sortie des urnes, ils justifient généralement leur choix par des arguments en rapport avec le sujet du referendum mais il y a une chose que savent pertinemment bien les politologues (et le Dr. House) : les gens mentent. Toujours.
Donc, le referendum : on ne souhaite pas connaître l'opinion des gens et, au final, on ne la connaît pas. Par contre, on a engrangé de la légitimité, ce qui permet d'oser faire des choses qu'on ne se serait pas permises sinon.
Au passage, le referendum d'initiative populaire est très différent et idéal si on veut qu'un pays s'embourbe dans le conservatisme bas de plafond.