je pense que ça revient à inverser le problème
A la base, il n'y a que trois manières de concevoir un grand méchant, tout le reste relevant de la déclinaison et du mélange des genres. En fait, un méchant peut appartenir simultanément à plusieurs de ces catégories selon ses origines mais y a pas grand chose à inventer en dehors d'elles.
- le psychopathe, amoral, cruel et complètement ouf. C'est le coup du gars qui est censé être "naturellement mauvais" ou au contraire qui a été complètement déshumanisé, par exemple par des mauvais traitements, ou la vision de choses complètement dingues. Un oni est un exemple de méchant "naturellement mauvais" par exemple. C'est une incarnation du "principe cosmique du mal", point. Dans un autre contexte, un archéologue venu d'Arkham qui a un peu trop lu le Necronomicon et s'est mis à faire des essais a fini par perdre toute sa santé mentale et bien qu'il soit sans doute encore en mesure de faire illusion dans son entourage, il n'a plus aucune compatibilité morale avec le reste du monde.
- le vengeur auquel on a fait du tort (ou qui estime qu'on lui a fait du tort...) et qui se moque bien des pertes collatérales ou des innocents qui patiront de sa vengeance. Le cas typique, c'est le serial killer par exemple. Qui fait payer à des innocents un traumatisme. On trouve aussi le terroriste fanatique qui se fait sauter dans un bus bondé, et plus généralement toute personne qui estime qu'elle est dans son droit et tant pis pour les autres. Le fait que les autres soient ou non responsables peut donner une certaine "légitimité" à cela mais c'est un autre débat

. C'est le cas typique de la vengeance obsessionelle de L5a, ou le pnj (voire pj) devient tellement obnubilé par ce qu'on lui a fait qu'il en arrive à considérer que la vie ou l'honneur des autres n'ont aucune importance.
- le méchant qui a un idéal. Non, ça n'est pas la même chose que précédemment. Dans le cas précédent, il s'agit pour le méchant d'obtenir justice, rétribution. Dans ce cas ci, il s'agit pour le méchant de remodeler le monde selon ses désirs, parce qu'il l'estime pourri, imparfait, incomplet, etc. C'est un truc qui est parfois mis en valeur de belle manière dans l'animation japonaise par exemple : le méchant charismatique, qui possède une certaine "droiture" mais qui par ailleurs se moque bien des innocents ou se résoud facilement à les sacrifier sur l'autel de la cause. Que son idéal soit noble ou pas, il finit par devenir un problème à part entière. A L5a, on peut trouver les Kolats par exemple, dont l'idéal n'a aucune importance dans le fond vu que de toute manière ils sont prèts à tuer, à voler, à kidnapper des gens qui ignorent jusqu'à leur existence et à les torturer simplement pour modeler la société selon des paramètres qui ne serviront à rien ensuite de toute manière. D'une façon plus général, le problème de ces méchants est typique du syndrîme conspirationniste : ils veulent changer le monde, ils finissent par devenir le monde et une fois celui-ci remodelé selon leurs désirs, dans le meilleur des cas, c'est pire qu'avant...
Iuchiban est à la base dans la catégorie des Vengeurs : il va leur faire payer. Le souci, c'est que pour y parvenir il met la main sur les textes fondateurs de la maho et qu'ensuite, il va jusqu'à sacrifier sa fiancée et arracher son propre coeur. Bien qu'il ne soit pas sous la coupe de Fu Leng, il est totalement Souillé, c'est à dire marqué par le Jigoku. Le Jigoku est un principe cosmique du mal et même si Iuchiban conserve son libre arbitre, il n'empèche que ses désirs et ses pensées sont entachées par cette empreinte constante. Sa cruauté d'origine est magnifiée par le Jigoku et par son propre orgueil. Il passe donc du rôle du vengeur à celui du Psychopathe avant même son coup d'état.
Non, il n'a aucun idéal. Les théories sur la magie de sang qui donne le pouvoir, c'est valide pour lui. Les autres qui le suivent (et il les encourage à le croire) peuvent être persuadés que (comme ils disent dans Bloodspeakers) il y a une dimension "sacrée", "spirituelle" à leur magie, qui leur permet d'obtenir ce qu'ils méritent. Eux peuvent rester des Vengeurs qui ont ainsi le moyen de se venger (le cas des eta par exemple, gros vivier pour les adeptes) ou des idéalistes qui s'imaginent s'aventurer dans des domaines nouveaux, voire qui s'imaginent les pionniers d'un nouveau rapport entre les hommes et les cieux. Mais ils ont tous encore leur coeur et sont vulnérables, directement, à l'influence de Fu Leng. Seul Iuchiban y échappe totalement. Même ses plus fidèles suivants n'ont que des techniques palliatives à leur disposition. Et il le sait.
si les autres peuvent croire que Fu Leng ne les attend pas en embuscade et s'en persuader en "oubliant" parce que ça les arrange que c'est leur rituels palliatifs qui les sauvent et que l'absence de marque extérieure de souillure ne signifie pas du tout qu'elle n'est pas en train de les dévorer de l'intérieur... Iuchiban sait très bien que son statut de Kahdi est la seule chose qui le sauve de la damnation. C'est pour cela à la base qu'il a cherché dans cette direction et pas pour l'immortalité qui s'est révélée être la cerise sur le gateau.
une fois empereur, quel idéal a t'il à proposer à l'empire ? Aucun. Même si ses suivants peuvent tenter eux d'avancer leurs idées, il n'a pas besoin d'eux, son égo lui dit qu'il est le maitre suprème et nul ne peut l'égaler, que ce soit comme adepte du sang ou comme souverain.
la vengeance ? oh, il peut s'en donner à coeur joie maintenant. Et une fois qu'il les aura tous tués, alors, comme c'était évoqué plus haut dans ce thread, il pourra devenir comme Hantei XVI : un paranoiaque qui se fabrique des ennemis pour pouvoir les anéantir et s'enferme dans cette boucle infernale, entrainant le reste du monde avec lui.
à mon sens, Iuchiban ne peut pas être un "empereur compètent bien que cruel". Il peut en donner l'apparence, il peut lui arriver de prendre des décisions qui auront un effet positif mais il est tellement pétri de frustration, d'orgueil et de souillure que tout ce qui le motive dans le fond, c'est de pouvoir satisfaire ses lubies à sa guise.
au final, il en arrive de toute manière à faire payer les autres pour se faire plaisir. Et comme il se foutait déjà totalement d'eux avant d'être au pouvoir, maintenant qu'il peut y aller franco sans même devoir jouer les érudits modestes et effacés, il ne va vraiment pas s'en priver...