Contes et Légendes de la Chine Antique

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Kendashi
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Message par Kendashi » 31 oct. 2005, 11:06

Lion-dragon et Perle-dragon a écrit :

A l'entrée de la Cité Impériale de Kaifeng, Capitale des Song, un couple de lions de pierre bien majestueux se dresse de chaque côté de la porte, à la place de gardes. La lionne, caressant un lionceau, a dans sa bouche une perle qui est, dit-on souvent, un attribut particulier du Dragon.
L'autre, le lion qui piétine un ballon brodé, ne tient pas de perle dans sa gueule ouverte. Il a les yeux fixés à l'horizon et donne l'impression d'être fou de rage.
En effet, ce lion en veut terriblement aux voleurs de sa perle. Il y a très longtemps, ces lions étaient une famille de Dragons qui vivaient sous le Fleuve Jaune. A cause de la fréquence des inondations du fleuve, l'Empereur Céleste de Jade les envoya sur terre comme gardes du Roi terrestre en leur laissant toutefois la possibilité de revenir au Palais céleste après 300 ans de services.
C'est ainsi qu'ils arrivèrent sur terre avec chacun une perle dans la gueule, et celles-ci attirèrent l'attention de tous les habitants par leur éclat brillant dans la nuit.
Beaucoup se mirent à rêver de ces deux perles et lors de leur 299e année de service, une bande de voleurs trouva enfin une ruse pour les leur soutirer.

A la fête de la mi-janvier lunaire, une troupe de dompteurs de lions donna, devant l'entrée de la cité impériale, une représentation de danse de lions:
Un jeune homme était poursuivi par deux lions gigantesques pour le ballon brodé qu'il avait dans la main, et il s'amusait à leur échapper de justesse. Adroit comme une hirondelle, le jeune dompteur semblait mener les fauves par le bout du nez, ce qui irrita le lion qui gardait la porte.
"Qu'ils sont nuls!" pensa-t-il. Peu à peu, le dompteur s'approcha de lui et s'employa à le taquiner en faisant balancer le ballon devant ses yeux.
Le lion décida:
"C'est à moi, le ballon!" D'un coup de gueule apparemment inattendu il s'empara de la boule, mais, ce faisant, il laissa choir la perle...
Les dompteurs, qui n'attendaient que cela, furent prompts à la voler et à prendre la clé des champs. Le lion, dans l'impossibilité de quitter son poste, ne pouvait qu'enrager et hurler des imprécations contre les voleurs qui s'enfuyaient.
Les 300 ans de service se terminèrent, mais le lion, sans sa perle, était incapable de redevenir Dragon. La lionne bien qu'elle n'ait pas perdu sa perle, se résigna à tenir compagnie à son mari trop négligent.
Encore de nos jours, ce lion, qui regrette toujours son imprudence, ne s'est toujours pas apaisé de sa rage et garde la bouche furieusement ouverte comme pour crier sa haine farouche des voleurs.

L’œil du Dragon a écrit :

Cui Heizi était célibataire; il vivait seul au pied d'une grande montagne, n'ayant d'autre bien qu'une palanche et deux boîtes d'outils. Il allait ainsi, de village en village, pour rétamer les bols et les cuvettes.
Un jour, il trouva sur son chemin un petit Dragon qu'il recueillit et logea dans une de ses boîtes à outils. Il avait soin de le nourrir. Le Dragon grandissait à vue d'oeil et bientôt la boîte fut trop petite pour le contenir. Alors, il logea le Dragon dans sa chambre.
Quelques années plus tard, la chambre à son tour n'arrivait plus à contenir le Dragon. Cui Heizi réfléchit longuement puis dit à son ami Dragon:
- Tu sais, je n'ai que cette palanche pour vivre. Tu es désormais trop grand pour que je puisse t'élever. je vais te conduire à la grotte, là-haut sur la montagne du nord, je crois que tu t'y plairas.
Le Dragon fit oui de la tête et suivit Cui Heizi.
Un an se passa. Devant la grotte, un ginseng avait poussé. Tout le monde en connaissait la valeur et le convoitait mais personne n'osait le cueillir, car le Dragon le veillait.
Lorsque l'Empereur fut mis au courant il exigea bien sûr qu'on le lui apporta. Le gouverneur du district, informé du fait que Cui Heizi avait élevé l'animal, lui ordonna d'aller cueillir la plante s'il tenait encore à la vie.
Ainsi menacé, Cui Heizi s'enhardit et se mit en route. De loin, il aperçut le Dragon lové devant la grotte; planté à une distance raisonnable, il lui adressa la parole:
- Mon Dragon, dit-il, je t'ai nourri autrefois, aujourd'hui je viens te prier de me sauver la vie. Laisse-moi cueillir ce ginseng, il me faut le ramener à l'Empereur.
Le Dragon répondit d'un signe de tête affirmatif. Cui Heizi prit la plante et alla la porter à l'Empereur.

Le temps passa. L'impératrice se prit à souffrir d'une maladie des yeux. Les meilleurs médecins se relayaient à son chevet , sans succès. La maladie ne faisait qu'empirer de jour en jour, et l'impératrice perdit la vue. Quelqu'un dit à l'Empereur:
- Il y aurait bien un remède: si l'impératrice frotte ses yeux avec l'oeil du Dragon, elle sera sauvée.
Le Dragon était si grand et si féroce qu'une armée entière n'aurait pu en venir à bout. Comment faire? Le nom de Cui Heizi revint à la mémoire de l'Empereur. Il lui fit porter un décret impérial: s'il obtenait l'oeil du Dragon, le rang de ministre l'attendait; en cas d'échec, toute sa famille serait mise à mort.
Cui Heizi hésita longtemps, partagé entre le désir d'être ministre et la peur de mourir; enfin il décida de tenter sa chance. il se rendait bien compte de la situation. L'autre fois son ami Dragon avait bien voulu qu'il emporte le ginseng. Mais un oeil, ce n'était pas pareil. Comment le Dragon pouvait-il accepter qu'il lui enlève son oeil? Ce fut donc de bien mauvais gré qu'il prit le chemin de la grotte.
- C'est toujours l'Empereur qui m'envoie, dit Cui au Dragon. je t'ai élevé, et nourri autrefois, aie pitié de moi, aujourd'hui encore ma vie est en danger. J'ai besoin de ton oeil, laisse-moi le prendre.
Cette fois encore le Dragon accepta; immobile, il laissa Cui Heizi lui enlever son oeil gauche. Cela fit si mal qu'un larme coula le long de sa joue droite.
Avec l'oeil du Dragon, l'Empereur essuya les yeux de son épouse qui revit la lumière, comme si de rien ne s'était passé. Satisfait du service rendu, l'Empereur éleva Cui Heizi au rang de ministre.
Tous les problèmes de Cui semblaient résolus; son dur passé d'artisan ambulant loin derrière lui, il menait désormais une vie confortable et heureuse. Mais avec le temps, il devint cruel et cupide. Le malheur des autres le laissait indifférent. seule sa soif de richesse semblait ne jamais devoir s'assouvir.
Ce fut ainsi que l'envie lui vint un jour d'avoir pour lui l'oeil magique du Dragon. La cupidité fut plus forte que la peur; il prit son courage à deux mains et alla trouver l'animal.
- Dragon, mon ami, dit-il en lui faisant face, je t'ai élevé autrefois, donne-moi donc ton oeil droit.
Le Dragon fit oui de la tête. Cui Heizi, qui ne s'attendait pas à une victoire si facile, s'élança vers lui, la main tendue, le Dragon le happa au passage et l'avala d'un trait.


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Kendashi
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Message par Kendashi » 06 nov. 2005, 11:37

Les herbes de Yanyu a écrit :

Dans la grande Gorge Qutang, les eaux tulultueuses du Yangzi longent à un moment de leur parcours une grande paroi abrupte aussi rouge que le feu, connue sous le nom de montagne à la cuirasse pourpre. Comme son sommet ressemble à une grande pêche, on l'appelle également la montagne de la Pêche. Depuis la vallée, les nuages entourant la cime en forme de pêche donnent l'impression d'un plateau de jade; d'où son autre nom très imagé:
"Le plateau de jade porte la pêche de l'immortalité".
A flanc de montagne s'ouvre une grotte dans laquelle les stalactites qui pendent de la voûte rencontrent des pierres aux formes bizarres; sept portes mystérieuses en protègent l'entrée et lui donnent son nom de "Grotte aux sept portes". Dans l'antiquité, elle n'était fréquentée que par des bêtes féroces: hyènes, loups, tigres et panthères.
Un jour, un pauvre pêcheur nommé Xia Zhongjiao ou "Dragon de la Gorge", obligé de quitter son village éprouvé par la famine, vint s'y installer avec sa femme et son fils après en avoir chassé tous les animaux.
L'homme et sa famille vivaient des produits de la pêche. En outre Xia Zhongjiao avait planté sur la grève Kuimen au coeur du Yangzi, des herbes Yanyu, une plante médicinale aux pouvoirs exceptionnels, avec laquelle il soignait les pêcheurs des Trois Grandes Gorges.
Or, il faut savoir qu'il y avait à l'époque un serpent monstrueux, unicorne nommé Kuilong qui sortait de temps en temps de son antre, rendant les eaux folles. Yu le Grand avait réussi à dompter les Eaux déchaînées et emprisonné Kuilong sous le mont Yanyu.
Mais le serpent s'était libéré de ses chaînes et avait quitté sa prison. D'un coup de queue, il arracha toutes les herbes d'immortalité et les emporta dans son antre.
Un jour, après le dîner, le pêcheur s'en fut cueillir des herbes sur la grève et fut très surpris de n'y rien trouver. Inquiet, il réfléchissait lorsqu'il entendit un vent furieux se lever, des vagues impétueuses mugir; un coup de tonnerre d'une violence inouïe détonna et ce fut alors qu'émergea de l'eau un serpent unicorne à l'air féroce.

Le pêcheur reconnut Kuilong, et sans la moindre peur lui cria:
- Mauvaise bête, c'est toi qui a volé mes herbes Yanyu?
- Et ça ne m'a guère suffit; ce que je veux manger, c'est de la chair! hurla Kuilong en montrant griffes et dents. Enfermé pendant des milliers d'années à cause de Yu le Grand, je meurs de faim; mais voilà qui tombe bien, tu seras mon premier vrai repas après ce long jeûne.
Ce disant, Kuilong allongea ses pattes griffues vers le pêcheur; celui-ci plongea hardiment dans l'eau, serra fort son harpon, et livra bataille à la bête. L'homme et l'animal luttèrent trois jours et trois nuits durant, sans qu'il y ait ni vainqueur ni vaincu. Au quatrième jour, accablé par la faim et à bout de force, le pêcheur fut dévoré par Kuilong.
La nouvelle de sa mort peina considérablement sa femme qui jura de le venger. Aussi poussa-t-elle leur fils Xiaojiao, petit Dragon, à s'entraîner durement afin d'être à même de venger son père une fois le moment venu.
Xiaojiao prenait son rôle très au sérieux; il entretenait sa mère grâce aux produits de la pêche, et s'exercait dans l'eau, progressant de jour en jour.
Quelques années passèrent; non seulement Xiaojiao était devenu aussi fort et solide que son père, mais encore était-il capable de manier le harpon et de nager jusqu'à sept jours et sept nuits de suite sans jamais sortir de l'eau.
C'était un véritable petit Dragon de fleuve. Un jour, de retour de la pêche, il s'inquiéta de ne pas voir sa mère venir chercher les poissons. Il se pressa de rentrer et trouva sa mère au lit, n'ayant plus qu'un souffle de vie.
Il allait partir pour appeler un médecin quand elle l'arrêta; elle parlait avec difficulté:
- Mon enfant, seules les herbes Yanyu plantées par ton père peuvent me guérir!

A ces mots, le jeune homme sentit resurgir en lui la haine. Il empoigna son harpon, salua sa mère et gagna la grève en criant:
- Ecoute-moi Kuilong, dépêche-toi de me rendre les herbes Yanyu! Sinon, je te couperai en mille morceaux!
Au cri, Kuilong quitta son antre, et fit surface dans un grondement de tonnerre, et un déferlement de vagues qui s'écrasèrent avec violence sur les rochers. Il s'écria avec un rire fou:
- Formidable! Voilà que tu viens m'apporter comme ton vieux père un nouveau repas délicieux!
Cela dit, il sortit ses griffes et se jeta sur le jeune homme avec une telle violence que les monts Taishan en tremblèrent. Voyant cette furie, Xiaojiao avait empoigné son harpon; il bondit au-devant de Kuilong et transperça de son arme le ventre du monstre, faisant jaillir un flot de sang noir.
La blessure avait rendu Kuilong fou furieux. Il serrait le jeune homme dans ses spires sans lâcher prise. La haine alimentait le courage et la force de Xiaojiao. Pendant sept jours le combat n'eut de cesse dans les eaux bouillonnantes; Kuilong avait perdu beaucoup de sang et faiblissait d'heure en heure.
Enfin, le jeune homme le harponna à la tête; se voyant en mauvaise posture, le serpent battit la retraite et se réfugia dans son antre dont il ferma d'un coup de queue la porte de pierre épaisse.
Xiaojiao s'était lancé à sa poursuite; mais il eut beau frapper des poings et des pieds et casser son arme contre la porte, celle-ci resta fermée. A bout de ressources, il sortit de l'eau et rentra à la maison.
L'état de sa mère avait empiré; assis à son chevet, il réfléchissait au moyen d'ouvrir la grande porte.

Vers minuit, alors que le jeune homme luttait pour résister au sommeil, un vieillard aux cheveux blancs et au regard lumineux, lui apparut soudain, porté par un nuage coloré, venant du sommet en forme de pêche de la montagne à la Cuirasse pourpre.
Il entra dans la grotte aux Sept portes , un livre doré à la main, et lui dit:
- Xiaojiao, tu es un brave pêcheur, et un bon fils. Voilà un livre qui nous a été confié par Yu le Grand et qui t'aidera à dompter le serpent. Prends-le et fais-en bon usage!
- Merci, grand-père, répondit le garçon en prenant le livre de ses deux mains, qui êtes-vous, mon bon génie?
- Je suis ton voisin, le Génie de la pêche. Tu ne trouveras dans ce livre doré que des trésors. Mais pour vaincre le serpent, il te faudra faire appel à toute ton intelligence et à ton courage.
Cela dit, l'immortel regagna son nuage et disparut à l'horizon.
Le chant du coq réveilla le jeune homme. Il frotta ses yeux ensommeillés, songeant à l'étrange rêve, lorsqu'il aperçut le livre doré sur son lit. Il alluma la torche et se mit immédiatement à en étudier le contenu.
Le jour n'était pas encore levé qu'il le connaissait par coeur; il dit au revoir à sa mère, gagna la grève et de là plongea dans les eaux tourbillonnantes du fleuve.

Une fois devant l'antre du serpent, il souleva un rocher, y trouva une sorte de chapeau en pierre qu'il posa sur sa tête et en donna un grand coup à la porte qui s'ouvrit à l'instant.
La caverne était plongée dans l'obscurité et il ne pouvait rien distinguer. A tâtons, il avança jusqu'à ce qu'il rencontre un coffre en pierre. Il en sortit une paire de chaussures toujours en pierre qu'il chaussa et qui le transportèrent en l'espace d'un instant au-delà de la deuxième porte.
Il trouva là un cheval qui hennit à son arrivée, les oreilles dressées. Xiaojiao s'approcha de lui, sortit de ses oreilles deux épées qu'il brandit en l'air. A la lueur de l'éclat froid de l'épée, il put lire les trois catactères gravés sur l'emmanchure:
"Epée du roi Yu"
Puis toujours grâce aux chaussures magiques, il dépassa la troisième porte. Il se trouvait maintenant dans une caverne très vaste. Kuilong se reposait sur une terrasse de pierre. Il cligna des yeux et s'aperçut brusquement de la présence de Xiaojiao.
D'un bond, la bête fut debout. La terrasse était trop haute pour que le garçon puisse atteindre le monstre avec sa courte épée. L'idée lui vint de faire semblant de s'éloigner. Kuilong n'allait sans doute pas laisser s'échapper un bon repas.
En effet, la bête agita ses pates griffues et s'élança à la poursuite de Xiaojiao qui d'un bond fut sur la terrasse, la fendit de son arme et en sortit un cerceau magique; il le lança en l'air et sur-le-champ Kuilong se trouva enchaîné, hors combat.
Le jeune homme trouva les herbes Yanyu derrière la terrasse. Il passa la troisième porte, et à l'aide de trois grandes serrures posées sur le dos du cheval, il ferma successivement à clé les trois portes. Désormais Kuilong n'allait plus nuire à personne.
Les herbes Yanyu dans les bras, Xiajiao courut à la maison. Il ne pouvait pas savoir qu'un jour passé dans l'antre du serpent équivaut à une année dans le monde; sa mère était morte. Le coeur lourd, il l'enterra.
Le temps passa, Xiajiao continua, comme son père, à soigner les pêcheurs des Trois Grandes Gorges, grâce aux herbes Yanyu qu'il pouvait maintenant cultiver sans crainte.

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Message par Kendashi » 06 nov. 2005, 11:52

Dragons sculptés a écrit :

Il était une fois un charpentier du nom de Yang qui se hâtait de regagner son village natal, car on était en pleine saison de la Grande Clarté, temps des semailles. Natif du village de l'Est, Maître Yang était un excellent charpentier capable de sulpter Dragon et phoenix, de construire de grands bâtiments et de hauts portiques.
Il marchait maintenant sur une route le long d'une rivière, à la hauteur d'une marmite de géants, portant sur le dos ses outils, sa literie et une casserole de cuivre rutilante, il tenait par la main son fils unique, Qijin.
Il se trouve que dans cette marmite de géants habitait un Dragon Truie. Noir de corps et cruel de coeur. L'animal se lovait au fond de l'eau dans une caverne sinistre, sortant de temps en temps pour ravager la contrée.
Tous les trois ans , au crépuscule du 24e jour de la sixième lune, il crachait des nuages noirs à obscurcir le ciel et le soleil, suscitant un ouragan mêlé de foufres et d'éclairs, suivi d'une inondation qui emportait sur son passage ponts, maisons et cultures.
Le Dragon Truie nageait au gré des flots jusqu'au lac Erhai, soulevant des vagues hautes comme des montagnes, dévorant les poissons et les tortues, les barques et les voyageurs.
Cette tempête dura un jour et une nuit pour se déchaîner de plus belle, et la même scène se répéta sur le chemin du retour du Dragon Truie, jusqu'à ce que le monstre ait regagné sa demeure.
Cette calamité se renouvelait tous les trois ans, au point que les habitants se réfugiaient tous dans la montagne Cang, se nourrissant d'écorce et de racines, en attendant que s'apaise le Dragon Truie pour retourner au village.
Ils reconstruisaient alors les maisons et les champs désolés. Ainsi de génération en génération, les villageois n'avaient jamais pu connaître la paix.
Ce Dragon Truie détestait tout ce qui était en fer ou en cuivre. Si par méconnaissance du tabou, quelqu'un allait puiser de l'eau dans la rivière avec un seau en fer ou en cuivre, le Dragon truie le happait immanquablement dans ses griffes et le dévorait à belle dents. Aussi évitait-on de son mieux ce lieu redouté; avec le temps, des arbres poussaient dru autour de la marmite de géants.
Vu de loin, c'était une forêt si dense que même le vent n'y pénétrait plus. On entendait en été que les cris des cigales et des grillons, qui se risquaient dans ces parages.

Lorsque Maître Yang et son fils arrivèrent là, il faisait une chaleur torride. Père et fils avaient tous deux soif. Le jeune Qijin regarda les alentours, cherchant désespérément une source où se désaltérer. Avisant une touffe de verdure, il déposa vite sa charge, prit la cassrole de cuivre et courut vers la rivière. Réalisant ce que son fils allait faire, Maître Yang tenta de le rattraper. Mais en vain. Avant d'avoir dit:
"J'ai soif, père", le garçon avait déjà disparu dans la forêt.
A peine Qijin eut-il mis un genou à terre et tendu sa casserole dans l'eau, qu'un jet de vapeur noire jaillit, en même temps qu'une patte émergea de la surface d'eau, et l'enfant fut tiré dans le fond. Immédiatement, la foudre s'abattit avec une pluie de grêlons...
Lorsque Maître Yang arriva au bord, il ne restait plus qu'une sandale qui traînait dans la boue.
Il n'avait que ce fils. Partout où il allait, il prenait avec lui cet enfant de 13 ans et jamais il ne lui était arrivé le moindre incident. Il ne s'attendait pas à le perdre à trois jours de marche de son village natal. Dans sa colère il fut prêt à descendre dans l'eau pour combattre le monstre.
Mais, réflexion faite, il trouva plus raisonnable de chercher une autre issue. Il resta là, les yeux fixés sur la sandale et se mit à pleurer. Il ne voulut quitter le lieu quand le soleil se coucha derrière la montagne de l'ouest.
A ce moment-là, une vieille dame passa par là. Voyant les outils de charpentier et la palanche, elle alla quérir leur maître en bordure de la forêt, guidée par les pleurs. Elle trouva enfin Maître Yang et lui conseilla de venir d'abord au village voisin.
Maître Yang la suivit jusqu'à un tertre de la montagne. Là, il vit des paysans vivant dans des cabanes construites à la hâte parce que les inondations venaient de tout ratisser. Malgré la dureté de la vie, tous éprouvaient une grande compassion pour le pauvre charpentier et essayaient de le soulager de leur mieux.
Parmi eux se trouvaient deux enfants, le garçon s'appelait Abao, et la fillette, Afeng. Tous deux s'empressaient autour de Maître Yang, lui offrant du thé et à manger. La vue de ces deux enfants si sages lui évoquant le souvenir de son propre fils, Maître Yang s'attrista davantage. On lui proposa de se reposer quelques jours d'abord, puis on le raccompagnerait dans son pays natal.

Maître Yang passa une nuit blanche sans manger ni boire. Il tenait dans ses mains la sandale de son fils et ne pouvait la quitter du regard. A la pointe du jour, il prit la résolution de combattre ce Dragon Truie, pour venger son petit et extirper ce fléau dans l'intérêt de la population locale.
Charpentier hors pair, Maître Yang savait non seulement sculpter les Dragons et les phoenix, mais il connaissait encore "Le canon du bois" (Livre canonique compilé par Lu Ban, personnage légendaire considéré comme l'ancêtre des charpentiers et des menuisiers) et il pouvait réciter beaucoup d'incantations.
Il jura de fabriquer un Dragon de bois et de le peindre comme un vrai Dragon, puis, après une cérémonie de "vernissage" accompagnée de paroles magiques, le Dragon deviendrait mobile et vivant. Il choisirait un jour propice et le jetterait dans la marmite de géants. Le Dragon de bois combattrait le Dragon Truie jusqu'à l'anéantissement du monstre.
Sitôt décidé sitôt fait. Le charpentier refoula ses pleurs et confia son projet aux villageois. Poussés par la compassion et la confiance en son art, les villageois le soutenaient fermement, bien qu'un peu sceptiques quant à la fin de l'entreprise. Ils lui fournissaient la nourriture et l'aidèrent à trouver un gros arbre dans la montagne Cang, pour qu'il pût concentrer tout son effort dans la sculpture.
Avec les villageois Maître Yang entra dans la montagne Cang et grimpa sur le sommet. Là il choisit un sapin dix fois millénaire, l'abattit et le fit transporter au village. On construisit un hangar pour y installer le tronc d'arbre.
Maître Yang passa une journée d'abstinence et prit un bain avant de se livrer pour de bon à la sculpture. Abao et Afeng lui servaient d'assistants, ils puisaient de l'eau, se tenaient à ses côtés pour lui passer les outils. Ils faisaient tout cela avec autant d'assiduité et d'affections que s'ils avaient été ses propres enfants.
Dans leurs loisirs, les villageois venaient souvent le voir pour savoir où il en était de son travail.

Avec toutes ces aides et encouragements, Maître Yang travailla nuit et jour, sans répit. A tout moment il jetait un coup d'oeil à la sandale de son fils, ou comptait sur ses doigts, il était décidé à terminer son travail avant le 24e jour de la sixième lune de l'année à demi. Il comptait lâcher son Dragon de bois dans la rivière au crépuscule et entamer ainsi le combat.
Quand le grand jour s'approcha, il travailla aussi la nuit et les paysans allumèrent des torches pour l'éclairer, il ne quittait plus le chantier.
Un jour, un inconnu entra dans le hangar. C'était un type trapu à la peau noire, portant une cape de laine noire aussi. Il avait l'air d'un désoeuvré et restait accroupi près de l'âtre, les bras croisés et les mains enfouies dans ses manches. Il regardait froidement travailler Maître Yang, sans dire un mot.
- Que désirez-vous, grand frère? lui demanda Maître Yang.
L'inconnu demeura imperturbable. Il sortit de sa cape quelque chose qu'il montra à Maître Yang.
- Mais c'est un poisson! s'écria celui-ci, sidéré.
- Frère génie de la montagne (Appelation respectueuse destinée aux charpentiers qui maîtrisent le canon du bois et sont capables d'élaborer une construction.), dit soudain l'inconnu, on dit que vous êtes très habile, est-ce que vous êtes de force à ranimer ce poisson?
Maître Yang le prit et réalisa qu'il s'agissait d'un poisson séché. Il le mit sur les copeaux et salua l'inconnu les mains jointes:
- Oh non, grand frère, vous me demandez trop! Je ne suis pas aussi doué que ça!
- Vraiment?... Vous ne connaissez même pas l'incantation pour ranimer un poisson séché, comment pourriez-vous donner vie à un Dragon de bois?
L'inconnu bredouilla ces mots et déguerpit les mains cachées dans sa cape sans se donner la peine de dire au revoir au maître.

Celui-ci n'avait pas fait attention à sa figure, mais il sentait sa malice. Il allait le suivre dehors quand il entendit un déclic derrière lui. Le poisson se mit à frétiller dans les copeaux qui semblaient eux aussi se tranformer en lentilles.
Maître Yang comprit sur l'instant et prit sa hache essayant de couper le poisson qui disparut tout de suite dans le tas de copeaux. Abao et Afeng ainsi que les villageois vinrent l'aider à attraper le poisson. On s'affaira jusque tard dans la nuit sans rien trouver.
Tout le monde avait compris qui était l'auteur de cette farce.
Le charpentier savait à quoi s'en tenir. Il répandit du riz autour du hangar pour en faire "un rempart de riz" (Le riz était considéré comme le plus précieux des trésors, il est sensé être capable de chasser les mauvais esprits.) et on en confia la garde aux deux enfants. Depuis lors. Tout redevint normal.
Enfin ce fut le 24e jour de la sixième lune. A midi Yang-le-Charpentier installa le Dragon de bois sur une grande aire. Pour faire la différence avec le Dragon Truie, il peignit en blanc argenté son Dragon de bois. Les paysans firent cercle autour de lui et le félicitèrent pour son chef-d'oeuvre.
Puis commença le "vernissage": Les cornes du Dragon étaient décorées de rubans rouges qui contrastaient avec le blanc. Vers midi trois quarts, Maître Yang entailla son index et dessina avec son sang les prunelles du Dragon tout en murmurant des incantations. Il pria mentalement son maître ancestral Lu Ban, sollicita sa protection dans le combat pour vaincre l'ennemi.
Le soleil se coucha et une myriade de torches furent allumées dans la campagne. La foule en chantant les airs de la nationalité hai, battait gongs et tambours en escortant le Dragon de bois dans sa descente de la montagne.
La torche haut levée, et escorté des deux côtés par Abao et Afeng, Maître Yang marchait en tête du cortège. Arrivant au bord de la marmite de géants, le charpentier demanda que l'on piquât les torches autour de la pièce d'eau. Puis il serra le poing et de l'autre main traça quelques signes cabalistiques sur une feuille de papier jaune en murmurant des paroles magiques, tandis que l'on faisait descendre le Dragon dans l'eau.

Les cérémonies terminées, le charpentier enfourcha vite un cheval et conduisit rapidement les gens vers la montagne parce que l'endroit allait se transformer en un champ de bataille.
A peine fut-on arrivé à mi-pente de la montagne que la foudre éclata au-dessus de la rivière et que deux nuages floconneux, le premier blanc, et l'autre noir, s'élevèrent dans le ciel. Puis ce fut un ouragan et la rivière en crue lança des vagues gigantesques à l'assaut du ciel. Les deux Dragons commencèrent à se battre dans l'espace des cieux.
Maître Yang et les villageois restaient en spectateurs sur le tertre. Le champ du combat était si vaste que tout le firmament en fut bouleversé. Le lac Erhai bouillonnant gronda. L'écho fut renvoyé par les montagnes. Le Dragon Blanc était plus léger et habile. Il volait en tout sens au milieu des nuages et eut bientôt le dessus, car le Dragon Noir était beaucoup plus lourd.
Sous la pluie battante, les villageois et le charpentier poussaient des hourras pour encourager le Dragon Blanc.
Les deux Dragon continuèrent leur lutte. Enfin, le Dragon Blanc, moins grand donc plus faible, battit en retraite. Le Dragon Noir cracha des fumées noires qui enveloppèrent son adversaire et tout le ciel s'obscurcit. On n'apercevait que de temps en temps une patte aux écailles blanches.
Debout sur le tertre, Maître Yang, les cheveux épars, récitait des prières pour invoquer la protection de Lu Ban; les villageois battaient gongs et tambours pour encourager le Dragon Blanc.
Finalement, le Dragon Blanc fit demi-tour et se réfugia vers la montagne Cang, ses écailles tombèrent en voltigeant comme des flocons de neige sur le tertre. Le Dragon Truie se lança à sa poursuite et le cassa en plusieurs morceaux. La montagne fut blanche d'écailles, le ciel noir de nuages sombres, et la terre inondée.

La défaite n'avait pas ébranlé la confiance des habitants, ils croyaient toujours aux pouvoirs du Maître charpentier pour vaincre le Dragon Truie. Avec sa hache Maître Yang traça une ligne au nord, il jura de ne jamais franchir cette ligne pour rentrer au pays natal avant d'avoir battu le Dragon Noir.
Il s'apprêta à partir tout seul pour couper des arbres dans la montagne Cang, et sculpter encore un Dragon pour livrer un ultime combat contre le Dragon Noir.
Les villageois ne le laissèrent pas aller seul, lui disant qu'ils partageraient avec lui la joie et la peine, même la mort! On allait abattre les arbres avec lui, et lui fournir la nourriture s'il persistait dans la sculpture du Dragon. Ensemble on attendait le 24e jour de la sixième lune de l'année suivante pour le combat décisif.
Entre-temps, la vie du peuple devenait encore plus pénible. La tornade avait emporté les cabanes construites sur le tertre; les cultures avaient été ravagées par les inondations qui s'étendaient jusqu'au lac Erhai.
On ne voyait que des cimes d'arbres à la surface de l'eau. Les paysans armés d'une juste colère partirent le jour même dans la montagne pour bûcheronner, laissant seuls Abao et Afeng sur place.
Maître Yang portait toujours sur lui la sandale de paille de son fils défunt. Il y jetait de temps en temps un coup d'oeil en chemin, ce qui l'affermissait dans sa résolution de venger son fils et d'extirper ce fléau qui sévissait dans la contrée.
A la pointe du jour, le maître charpentier rencontra sur la route un forgeron Maître Zhao, avec qui il avait été lié d'amitié dans sa vie errante. Il lui raconta sa mésaventure et celui-ci lui proposa son aide.
D'après le forgeron, la défaite du Dragon Blanc était due au fait qu'on ne l'avait pas pourvu de griffes, de crocs ni d'armure de fer. Il lui prêterait main forte en fabriquant un Dragon armé et cuirassé.

L'aide du forgeron venait à point nommé. Maître Yang en fut tout joyeux. Seulement il lui était difficile de trouver la quantité de fer nécessaire. Par ailleurs, on manquait de bras.
- Ne t'en fais pas, le rassura Maître Zhao. Il y a du fer et des mineurs dans les montagnes de la Plume de Phoenix et on peut toujours en ramener au village. Il y a des forgerons à Hequin, ils accepteront bien de venir en aide aux frères de nationalité Hai éprouvés par le malheur; il y a des charpentiers sur les deux rives de la rivère de l'Epée qui se feront un plaisir d'aider à sculpter le Dragon. Je vais de ce pas les faire venir tous!
Mais le maître charpentier déclina la dernière offre, préférant accomplir la sculpture tout seul.
- Sois tranquille, grand frère, lui dit le forgeron en guise d'adieu. Et il fit demi-tour et se dirigea vers le nord, tandis que le charpentier et les villageois reprirent leur route vers la montagne.
Lorsqu'il faisait beau, Abao et Afeng ramassaient des planches de bois pour reconstruire les cabanes détruites. Ils étaient aussi occupés le jour que la nuit et se nourrissaient de poissons et d'écrevisses qu'ils allaient prendre sur les deux rives, maintenant que les eaux s'étaient retirées. Ils labouraient la terre et semaient les grains de sarrasin, en attendant le retour des villageois.
Un jour, arriva une vieille dame qui parlait avec un accent du nord. Les deux enfants la croyaient en route pour la foire, mais elle s'informa auprès d'eux de l'état de Maître Yang en se prétendant être sa belle-soeur venue spécialement pour l'aider à travailler sur le Dragon, avec des provisions et une hache ancestrale.
- Puisque mon beau-frère n'est pas là, dit-elle, je peux laisser la hache et les provisions et je le rejoindrai à mon retour de la foire.
Ce disant, elle offrit aux deux enfants deux poires succulentes.
Les deux enfants cachèrent le sac de provisions et la hache sous du foin dans la cabane, et ils enfouirent les poires dans la cendre. Ils préféraient attendre leur maître pour y toucher.

Deux jours plus tard, les gens rentrèrent au village, transportant un pin antique qu'ils avaient abattu, en même temps que des grumes destinées à la reconstruction. Après un mois de dur labeur, tout le monde gardait bon moral.
En voyant leur maître, les deux enfants lui remirent le sac de provisions et la hache ainsi que les deux poires en lui expliquant ce qui leur était arrivé.
- Mais je n'ai pas de belle-soeur, dit Maître Yang un peu confus.
Les deux enfants lui décrivèrent alors la physionomie de la vieille dame, sa tenue ainsi que son accent, sans oublier la hotte de bambou qu'elle portait sur le dos.
Le charpentier en proie à des soupçons ne cessait de secouer la tête. Il examina la hache et trouva la lame tranchante et le dos bien épais. Soudain la hache se mit à remuer dans sa main et le manche se mua en un serpent se tortillant sur son bras tandis que le fer de hache en tête de serpent s'élançait sur sa poitrine gueule ouverte et crocs menaçants.
Les deux enfants poussèrent un cri de stupéfaction. Maître Yang eut le sang-froid de serrer la gorge du serpent qui se trouva neutralisé sur le coup. Il défit vite le corps du serpent de son bras, le prit par la queue, et l'agita de toutes ses forces au point de lui désarticuler l'échine. Après quoi, il jeta le reptile dans le brasero où il brûla vif.
Les deux jeunes gens revinrent enfin de leur première surprise et se dirigèrent vers le sac de provisions. Avant que Maître Yang ait eu le temps de les en empêcher, ils l'avaient ouvert. Il n'y avait dedans que les restes de la carcasse du Dragon Blanc...
Les deux poires recouvrèrent aussi leur état initial, c'était deux fruits empoisonnés. Il s'agissait sans aucun doute d'une ruse du Dragon Truie.

Un mois plus tard, on avait terminé la reconstruction des cabanes au toit de chaume, le labourage, ainsi que les semailles. Tout était prêt pour prévenir la famine. Maître Yang se remit à sa sculpture quand le forgeron revint avec ses amis. Chacun s'adonna avec ferveur à son travail.
Abao devint l'apprenti de Maître Zhao dont il apprit le métier de forgeron; Afeng, celui de Maître Yang pour apprendre à sculpter. La dernière sculpta un petit Dragon de bois, et le premier monta l'armure, les griffes et crocs de fer. Ainsi armé, le petit Dragon avait belle allure. Tout le monde en fut très content.
On installa le Dragon dans un hangar au toit de chaume et là, les deux maîtres tinrent une cérémonie pour accepter les deux enfants comme leurs apprentis. Les villageois vinrent tous les féliciter avec légumes, poissons, vin de blé fermenté, jouant de la guitare et chantant des airs de la nationalité hai.
Sur ces entrefaites vint un vieux moine. Il portait une chape de laine qui cachait mal ses cheveux blancs, tenant d'une main un moulin à prière et de l'autre un chien en laisse.
Par dévotion bouddhique, le peuple hai se montrait généreux quand il s'agissait d'un moine mendiant. Les villageois le firent entrer et lui offrirent vin et mets. Comme il se faisait tard et qu'il tombait une pluie fine, Maître Yang déjà à demi ivre, le garda pour passer la nuit.
A minuit, le moine se leva quand tout le monde dormait. Il cassa le petit Dragon de bois en plusieurs morceaux et jeta les copeaux dans le brasero. La chaumière fut tout de suite en feu. Le chien noir se jeta sur le charpentier et essaya de le mordre à la gorge. Heureusement Abao fut réveillé à temps et frappa la tête du chien noir à coups de marteau. De son côté Afeng prit une hache et l'agita vers le moine qui se sauva en coup de vent en laissant un doigt coupé.
Quand les villageois accoururent au hangar, plus l'ombre du moine, ni de son chien; il n'en restait plus au sol qu'un tas de grêlons, le Dragon en débris et une patte coupée du Dragon Truie.
Redoublant depuis de vigilance, on patrouilla nuit et jour. Le Dragon Noir n'osa plus revenir; probablement, se soignait-il chez lui.

Le 24e jour de la sixième lune, avant midi, un autre Dragon de bois fut prêt. Il était cuirassé et brillait d'un éclat argenté. On le posa sur la place, garni de huit autres petits Dragons, fruit du travail des deux enfants qui maîtrisaient bien leur métier. Une foule de gens étaient venus assister au "vernissage".
Des torches furent allumées vers le crépuscule. Chantant et battant gongs et tambours, on porta les neufs Dragons sur l'épaule et descendit la montagne. Maître Yang et son ami forgeron, Abao et Afeng marchaient tête.
Arrivant au bord de la marmite de géants, on piqua les torches autour, Yang-le-Charpentier se mit à réciter des incantations et les neuf Dragons furent acheminés jusque dans l'eau.
Après la cérémonie, Maître Yang enfourcha son cheval et en compagnie des villageois regagna rapidement la montagne, sachant que le lieu allait devenir une fois de plus un champ de bataille.
A peine furent-ils arrivés à mi-pente de la montagne que la foudre s'abattit. Au même moment, un nuage sombre et floconneux s'éleva dans l'espace. Un déluge fit remonter subitement les eaux de la rivière qui submergea toutes les terres jusqu'au lac Erhai. On ne distingua plus le ciel de la terre, ni la rivière du lac. Neuf Dragons argentés, un grand et huit petits, s'acharnèrent contre le Dragon Truie, ainsi fut engagée la bataille.
Le combat se déroula dans les cieux, allant de la montagne Cang, à l'ouest, jusqu'au lac Erhai, à l'est. Les montagnes renvoyaient l'écho de leurs cris de guerre, les eaux du lac Erhai devinrent houleuses. les neuf Dragons argentés faisaient des navettes dans les nuages à une vitesse inouïe.
Le charpentier et le forgeron ainsi que les villageois se tenaient sur le tertre, où ils battaient tambours et cymbales, poussaient des hourras malgré la pluie battante. Par intermittence, les éclairs illuminèrent leur corps dont on aurait dit des statues de dieu.
La bataille se déroula sur un espace de 120 lis du nord au sud, la voûte céleste fut sillonnée de blanc et de noir.
Malgré son envergure, le Dragon Noir s'affaiblissait petit à petit, assailli de toutes parts par les neufs Dragons Blancs. Ses écailles grosses comme des vans tombaient une à une lourdement dans le lac Erhai. Il continuait à riposter, essayant d'abattre d'un coup de sa queue grosse comme le col d'un seau, le Dragon Blanc dans l'eau.

Voyant que les Dragons Blancs prenaient le dessus, Maître Yang et Maître Zhao ainsi que les villageois brandissaient et agitaient hache, scie, marteau, houe et faucille en poussant des hourras d'encouragement, de concert avec la pluie, les flots et la montagne qui semblaient aussi crier des chants guerriers.
Les neuf Dragons dans leur poursuite volèrent à tire-d'aile vers le sud, le Dragon Noir perdit de la hauteur. Le ciel fut couvert d'un tapis de nuage blanc et le lac voilé d'une couche noire. Un moment plus tard, les nuages noirs tombèrent lentement dans le lac.
La pluie cessa. Les nuages blancs s'étendaient maintenant sur toute la terre tandis qu'une pleine lune s'élevait dans le firmament étoilé et que le lac devenait uni comme un miroir.
On voyait s'approcher Qijin, le fils de Maître Yang, à califourchon sur le dos du grand Dragon Blanc suivi de huit petits Dragons. Maître Yang et les villageois voulurent l'appeler, mais l'enfant et les Dragons volaient en direction de la marmite des géants.
Soudain éclatèrent neuf coups de tonnerre, la forêt dense s'ouvrit en deux, et les neuf Dragons s'enfoncèrent dans l'eau.
Depuis lors, la rivière du Dragon Truie fut rebaptisée la rivière des Dragons Blancs, les rayons de soleil éclairaient à travers la forêt fendue l'eau lipide de la marmite de géants qui avait perdu de son aspect sinistre d'antan.
Pour commémorer le souvenir de maîre Yang et des Dragons Blancs, le peuple Hai construisit un temple des Dragons Blancs. Sur l'autel se tenait la statue de Maître Yang, flanqué de Abao et Afeng. Au-dessus planait le grand Dragon Blanc avec ses huit petits enlaçant huit colonnes.
Quand venait la saison de repiquage des jeunes plants de riz, on voyait souvent les neufs Dragons tout humides, c'est qu'ils étaient partis la nuit pour faire tomber la pluie.
Le peuple n'avait pasoublié Maître Zhao et sa statue se trouvait dans une salle latérale, marteau à la main.
Le Dragon Truie qui avait tant sévi dans la contrée fut condamné à rester éternellement dans le fond du lac Erhai.
Tous les ans au soir du 24e jour de la sixième lune, il veut se révolter encore. C'est pourquoi nous devons allumer des torches et en piquer partout à travers la montagne, cette vue lui fait penser que le peuple "Hai" est toujours occupé à sculpter des Dragons Blancs, et il n'ose plus sortir.

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Kendashi
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Message par Kendashi » 03 déc. 2005, 13:13

La découverte du feu a écrit :
Autrefois, les hommes vivaient sans Feu. Le Feu était contrôlé par le Dieu de la Foudre, génie à tête humaine et au corps de Dragon. Ce Dieu aimait voyager de par le monde au printemps et en été. Lorsque sa queue heurtait quelque bois sec, il en sortait des étincelles et cela allumait de grands incendies qui éclairaient le ciel. Le Feu dévorait les forêts et brûlait les animaux sauvages qui n'avaient pas eu le temps de fuir.
Ce Feu était très utile. On pouvait s'en servir pour griller la viande crue, s'éclairer la nuit, se réchauffer les jours de froid. Mais, lorsqu'il n'était pas envoyé par le Dieu de la Foudre, où pouvait-on le trouver?
Le Feu existait, il se trouvait dans les lointaines contrées désertiques de l'ouest, là où les rayons du Soleil et de la Lune n'arrivaient même pas, là où il n'y avait pas d'hiver mais un éternel printemps sans nuit et avec une constante lumière. En effet, à cet endroit se trouvait là un grand arbre, si grand que cent personnes se tenant par la main ne seraient pas arrivées à en faire le tour. Son feuillage touffu couvrait des milliers et des milliers de kilomètres. Son tronc et ses branches donnaient la lumière et répandaient la chaleur : On l'appelait l'"Arbre de Feu".
Personne ne l'avait jamais vu, car il se trouvait à mille lieues de toute habitation. Il fallait pour s'y rendre escalader mille montagnes, traverser mille rivières, marcher des jours et des jours et surmonter en route toutes sortes de difficultés et de dangers inattendus.
Plusieurs personnes déjà étaient parties à sa recherche, mais aucune n'avait réussi. Les uns s'étaient tués dans l'ascension des montagnes, les autres s'étaient noyés dans la traversée des rivières; certains avaient été dévorés par des animaux sauvages, d'autres étaient morts de chaleur ou de froid, d'autres encore avaient reculé devant les dangers et les difficultés et avaient rebroussé chemin. Bref, si tout le monde désirait la lumière et la chaleur, personne jusque là n'avait été capable d'en découvrir le secret.

A cette époque vivait dans une tribu un jeune homme intelligent, courageux et fort. Il avait l'esprit vif et était adroit de ses mains. C'était un excellent tireur à l'arc, un bon grimpeur et un nageur hors pair. Ayant entendu parler lui aussi de l'"Arbre de Feu", et désirant apporter lumière et chaleur à son peuple, il projeta de se rendre dans les contrées occidentales. L'échec de ses prédécesseurs ne le découragea pas.
Un jour, il dit adieu à son village et partit vers l'ouest armé de son arc et de ses flèches.Il subit en route toutes sortes de souffrances, de privations et il risqua maintes fois sa vie. De hautes montagnes et de larges fleuves lui barraient la route, mais il s'aida de lianes pour escalader les sommets les plus élevés et construisit des radeaux pour traverser les rivières les plus profondes. Des tigres féroces et des serpents venimeux sortirent parfois de leur repaire pour se jeter sur lui, mais il les terrassa à chaque fois. Le Soleil lui brûlait la peau, le froid lui gelait les mains et les pieds, mais il n'en continua pas moins à marcher des jours et des jours durant. Malgré la fatigue, il ne perdit jamais courage. Rien ne semblait pouvoir l'empêcher d'avancer.
Il marcha ainsi jour et nuit pendant des années parcourant on ne sait combien de milliers de kilomètres. Il ne se souvenait plus depuis combien de lunes il était parti. Devant lui, tout n'était qu'obscurité. Mais résolu à découvrir le secret du Feu et d'en faire don à l'Humanité, il continuait à avancer courageusement.

Un jour, alors qu'il avait avancé toute la journée et que maintenant il marchait péniblement dans la nuit, il aperçut soudain un rai de lumière dans le lointain. Plus il avançait, plus la lumière grandissait. Il comprit alors qu'il était arrivé au pays de l'Arbre de Feu et courut joyeusement vers la lumière.
L'Arbre de Feu occupait à lui seul une superficie de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ses feuilles brillaient comme perles et pierres précieuses éclairant les quatre coins de l'horizon.
L'homme avait enfin atteint l'Arbre de Feu!
En s'approchant de l'Arbre, il vit une nuée d'oiseaux becqueter le tronc et les branches sans arrêt. Chaque coup de bec produisait une étincelle. Le jeune homme comprit alors immédiatement le procédé de fabrication du feu. Il grimpa sur l'arbre, coupa des branches et les frotta l'une contre l'autre. Des étincelles jaillirent. Puis il tenta l'expérience avec d'autres arbres et, après de longs efforts, obtint le même résultat.
Tout heureux, il rejoignit sans tarder son pays natal. Là, il apprit aux hommes le secret du feu. Quelques temps après, chacun avait bien assimilé la méthode de fabrication du feu. Depuis lors, quand on a besoin de feu, il suffit de l'allumer soi-même, sans attendre les caprices du Dieu de la Foudre.

Grâce au Feu, on put désormais cuire les aliments, se réchauffer les jours de grand froid, s'éclairer la nuit, se protéger des bêtes sauvages et fondre des armes et des outils.
La fabrication du Feu par frottement est certes une méthode très primitive. mais l'homme ne la trouva qu'après bien des difficultés et elle eut une influence décisive sur son évolution.
L'histoire a retenu l'inventeur du Feu sous le nom de Suiren Shi:
Le "Génie qui découvrit le Feu".
La légende du gouffre du dragon noir a écrit :
Le plus grand parc de la ville de Tianjin, le Parc sur l'eau, avait pour ancien nom "Gouffre du Dragon Noir". Pourquoi l'appelait-on ainsi? Je vais vous l'expliquer en détail.
On dit que Tianjin se trouve au bout des neuf rivières où habitent neuf Dragons. Le Roi Dragon de la mer a marié ses neuf filles à ces Dragons, afin que ses gendres agissent toujours exactement comme lui.
Un jour, pour l'anniversaire du Roi Dragon, ses filles et ses gendres devaient tous venir le fêter avec lui. Mais vers midi, la Princesse aux Cent Fleurs, la benjamine la plus chérie du Roi et son gendre le Dragon Noir n'étaient toujours pas arrivés. Impatient, le Roi Dragon ordonna à son premier Ministre, une tortue, et à ses gardes d'aller à leur rencontre.
En fait, la Princesse aux Cent Fleurs et son mari avaient quitté de bonne heure leur rivière Noire, et s'étaient dirigés sur un nuage tout droit vers la mer. Mais en passant par le village de Liqi, près de la Porte sud de Tianjin, un spectacle de sécheresse s'était imposé à leurs yeux: les feuilles des plantes avaient jauni, les champs étaient désséchés, les fleurs fanées et les paysans n'avaient rien à boire.
Le Dragon Noir, d'un caractère impétueux, leva immédiatement la tête et proféra des incantations pour qu'il pleuve à torrents. Sa femme l'arrêta:
- Mon chéri, dit-elle, il ne faut pas agir à la légère. Si l'on fait tomber une pluie d'orage maintenant, ni les êtres humains, ni les plantes, ni les bêtes ne pourront le supporter. Il vaut mieux que nous accumulions doucement des nuages et que nous fassions tomber une pluie fine.
- Tu as raison, lui répondit le Dragon Noir.

Ce disant, le jeune couple, l'un commandant les nuages, l'autre déchaînant la pluie, arrosèrent la terre sèche en riant et en s'amusant. Sous leurs mains magiques, les plantes reverdirent et les fleurs s'épanouirent.
Les adultes et les enfants du village puisèrent avec des seaux et des pots de cette eau pareille à un élexir, dans les rivières pour l'apporter chez eux.
A ce moment là, le Ministre-Tortue et ses gardes arrivèrent. Après avoir salué la Princesse et le Dragon Noir, il s'empressa de dire:
- Vos excellences, vous allez provoquer de grands malheurs.
- Mais comment? demandèrent-ils d'une seule voix.
- Ah, vous ne savez pas, dit le Ministre-Tortue, les gens d'ici ne sont pas respectueux envers notre Roi Dragon, ils ne pensent jamais à construire un temple, ni à élever une statue d'or à sa Majesté, ni à brûler de l'encens, ni à lui faire des offrandes, et qui pis est, le Roi Dragon a été mal reçu lorsqu'il est passé par ici le printemps dernier. Très indigné, le Roi a décidé de ne plus donner aucune goutte d'eau pendant dix ans, pour les laisser mourir de sécheresse.
Ayant jeté un coup d'oeil sur la Princesse et son mari qui continuaient leur travail, le Ministre continua:
- Cette région n'est pas de votre ressort, à quoi bon vous mêler de cette affaire? Si le Roi se met en colère, attendez-vous à de terribles conséquences.
A ces mots, le Dragon Noir fut agacé:
- Faire tomber la pluie dans le monde est un devoir pour nous, est-il juste de dispenser grâces ou punitions selon les offrandes que l'on nous donne?
A ce moment, la Princesse dit:
- Si le Roi demande qui est responsable, mon mari et moi reconnaîtrons que nous le sommes.
- Bon, d'accord. Mais n'oubliez pas que le Roi attend toujours dans son Palais votre arrivée, il vaut mieux reprendre votre chemin tout de suite, dit le Ministre-Tortue.
- Rentrez le premier, lui ordonna la Princesse aux Cent Fleurs, nous arriverons sitôt que la sécheresse aura pris fin.

Le Ministre parti, la Princesse et son Mari continuaient leur travail quand ils aperçurent le Roi Dragon tout furieux dans le ciel du nord. Ils se mirent aussitôt à genoux sur des nuages et se prosternèrent devant le Roi.
- Quel audacieux tu es, petit Dragon Noir, cria le Roi, comment as-tu osé désobéir à mon ordre en faisant tomber la pluie ici?
- Je n'ai jamais reçu d'ordre de votre Majesté, répondit le Dragon Noir.
- Ne me réponds pas ainsi! fit le Roi dans un bond furieux. Pourquoi as-tu continué à faire pleuvoir alors que le Ministre t'avait informé de mon ordre?
- Déchaîner les nuages et la pluie est de notre devoir, à nous, les esprits du Ciel, on n'a pas raison de refuser de le faire.
- Chacun a son propre ressort, cria le Roi d'un air menaçant. La région sud de Tianjin est depuis toujours mon domaine, pourquoi te mêles-tu de tout?
Sans se laisser abattre, le Dragon Noir répondit du tac au tac:
- N'est-il pas juste de sauver la vie du monde?
A ces mots, le Roi, de rage sortit son épée et ordonna à ses gardes:
- Attachez-le et coupez-lui la tête.
La Princesse aux Cent Fleurs se précipita vers son père:
- C'est moi qui ai envoyé les nuages et leur ai demandé de faire tomber la pluie. Je suis responsable de tout. Je vous supplie de relâcher mon mari et de me tuer.
Le Roi Dragon repoussa de la main sa fille et hurla en brandissant son épée:
-Emmenez-le au Ciel au-dessus du village de Liqi et coupez-lui la tête. Nous allons voir qui aura encore l'audace de commander la pluie sans mon autorisation!
Quand trois coups de canon eurent retenti, la tête du Dragon Noir tomba par terre. Mais au lieu de sang, il jaillit une fontaine claire qui coula vers le monde, formant peu à peu un grand lac près du village, lac qu'on appela "Gouffre du Dragon-noir"

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Message par Kendashi » 04 janv. 2006, 20:42

La légende de Fu Xi a écrit :
Autrefois, il existait un pays, le pays de Huaxushi, situé dans la Chine du Nord-Ouest. Il était arrosé par un fleuve large et long, le fleuve de la Foudre, sur les rives duquel vivait le peuple de ce pays.
Pourquoi ce nom de fleuve de la Foudre? On dit qu'en amont du fleuve s'étendait un grand lac, le lac de la Foudre, où le fleuve prenait sa source. Dans le lac de la Foudre habitait le Dieu de la Foudre. Comme le Dieu de la Foudre était d'un caractère inconstant, ce fleuve présentait des particularités.
Tantôt il était calme et paisible, plissé de quelques vaguelettes; les peupliers verts et les saules pleureurs se reflétaient alors sur l'eau courante comme sur un miroir brillant. Tantôt c'était un torrent impétueux galopant comme une bête folle, rugissant et fonçant droit devant lui. Il inondait les maisons et les arbres riverains dans un rugissement assourdissant qui faisait trembler toute la terre. On savait alors que le Dieu de la Foudre était en colère.
Cette calamité se répétait d'une année à l'autre. Mais que faire? Si quelqu'un avait pu aller voir le Dieu de la Foudre et lui conseiller de partir pour le ciel comme les autres dieux, alors, ces désastres auraient pu être évités. Mais qui pouvait y aller, qui oserait y aller? Le lac de la Foudre était très loin de là, et le Dieu de la Foudre était un dieu terrible.
Au bord du fleuve habitait un vieux couple avec leur fille unique. Son nom n'étant pas mentionné dans les livres historiques, nous l'appellerons Hua Xu. Elle était belle et intelligente mais, comme toutes les filles uniques, un peu capricieuse. Néanmoins, c'était une fille honnête et brave.
Un jour, la colère du Dieu de la Foudre ayant de nouveau provoqué des inondations, le vieux couple se lamenta:
- Hélas! Quand donc ce malheur finira-t-il? Nos nouvelles maisons construites avec tant de difficulté, nos boeufs et nos moutons, tout est inondé!
- Il faut aller au lac pour s'expliquer avec le Dieu de la Foudre! S'indigna Hua Xu.
- C'est un despote, qui oserait y aller! Répondirent ses parents en hochant la tête.
- Mais il doit habiter dans le ciel! Il provoque sans cesse des catastrophes et il nuit au peuple, c'est injuste! Je vais aller lui dire ses quatre vérités, moi!
Ses parents s'effrayèrent:
- Tu n'y penses pas! Personne n'est jamais allé au lac de la Foudre! Alors, toi...
La jeune fille se tint coi, mais on pouvait deviner sur ses lèvres fermées et dans son regard qu'elle avait déjà pris la décision d'y aller...

Quelques jours après, Hua Xu quitta son pays natal et ses parents et remonta le fleuve. Elle marcha longtemps. Quand elle avait faim, elle se nourrissait de fruits sauvages; quand elle avait soif, elle buvait l'eau du fleuve.
Quelques mois après, elle arriva en vue d'un lac qui s'étendait à perte de vue devant elle. Le lac était noyé dans le brouillard et l'eau était d'une profondeur insondable. Elle était arrivée au lac de la foudre.
Alors qu'elle regardait dans l'eau pour chercher le Dieu de la Foudre, la surface du lac devint soudain très agitée, d'énormes vagues roulèrent dans sa direction et des coups de tonnerre retentirent. Un monstre à tête d'homme et à corps de Dragon surgit du fond du lac. Tremblante de peur, Hua Xu se cacha derrière un arbre. A ce moment-là, elle piétina l'empreinte d'un pas géant sur la rive du fleuve. Son corps fut agité de violents tremblements, elle sentit quelque chose comme un courant électrique lui traverser tout le corps, puis elle fut clouée au sol par une force mystérieuse.
- Comment oses-tu troubler ma demeure divine? Retentit une voix des profondeurs de la terre.
Et avant que Hua Xu pût répondre, le Dieu de la Foudre sauta sur la rive, s'empara de la jeune fille et l'entraîna dans son Palais dans les profondeurs du lac. Le Palais était vaste et confortable, bien que décoré sobrement. Un énorme gong était suspendu dans un coin, près duquel était posé une grande baguette à tampon. C'était l'instrument dont se servait le Dieu de la Foudre quand il faisait éclater le tonnerre.
Chaque fois qu'il volait dans le ciel, il emportait ce gong et le frappait sans relâche. Quand il s'ennivrait, il frappait si fort que les eaux du lac et du fleuve s'agitaient dans tous les sens et inondaient les rives.
- Qu'es-tu venue faire ici? Interrogea le Dieu de la Foudre sur un ton sévère.
- Je suis venue te demander des explications! Répondit la jeune fille sans se troubler.
- Si tu veux... Répondit-il l'air arrogant.
- Tu n'apportes que des malheurs à la population riveraine du fleuve de la Foudre! S'écria-t-elle avec indignation.
Aussi despotique qu'il fût, le Dieu de la Foudre ne trouva rien à répondre au juste blâme de la jeune fille.
Au fond de lui-même, il admirait le courage de cette jeune fille et sa grande beauté acheva de l'apaiser.
- Bon, je veux bien quitter le lac pour le ciel, mais à une condition : Que tu deviennes ma femme. De toutes façons, tu ne peux plus rentrer chez toi maintenant.
Hua Xu hésita. le Dieu de la Foudre ajouta, sur un ton plus doux :
- Ne t'inquiète pas, je te traiterai bien.
Le Dieu de la Foudre s'étant engagé à quitter le lac, Hua Xu consentit à devenir sa femme. Dès lors, non seulement il l'entoura de prévenances, mais il ne battit plus du gong à sa guise et les eaux du lac et du fleuve restèrent calmes.

Quelques temps après, Hua Xu mit au monde un garçon. Le Dieu de la foudre pensa alors quitter le lac pour le ciel avec sa femme. La jeune fille pensait à son pays natal. Puisqu'elle ne pourrait jamais y retourner, se dit-elle, elle y enverrait son fils.
Profitant d'une sortie de son mari, elle déposa son enfant dans une calebasse. C'était un récipient à vin pour le Dieu de la Foudre, grand comme une barque. Elle posa la calebasse renfermant son enfant sur l'eau du lac et la petite embarcation descendit bientôt le fleuve en suivant le courant.
Le père de Hua Xu pêchait au bord du fleuve, pensant mélancoliquement à sa fille, quand soudain, il vit dériver une grosse calebasse sur le fleuve. Intrigué, il la repêcha et l'emmena chez lui. Quelle ne fut pas leur surprise quand le vieux couple découvrit à l'intérieur un bébé dodu.
Il était enveloppé dans un vêtement ayant appartenu à leur fille. En l'examinant attentivement, ils virent que son front large, la blancheur de son teint et sa beauté le faisaient beaucoup ressembler à leur fille et ils furent convaincus qu'ils avaient devant eux leur petit-fils.
Cette découverte surprenante consola le vieux couple touché par la perte de leur fille. Ils élevèrent cet enfant comme le leur et l'aimèrent tendrement. Quels grands-parents n'aimaient pas leur petit fils?
Tous les gens vinrent voir cet enfant venu des eaux et adressèrent leurs félicitations au vieux couple. L'enfant n'ayant pas de nom, sa grand-mère l'appela Fu Xi, qui signifie "calebasse" dans le dialecte du pays Huaxushi.
Fu Xi, fils du Dieu de la foudre et de Hua Xu, grandit rapidement et se distingua bientôt des autres par sa taille gigantesque, son intelligence et sa bravoure. Mais surtout, il pouvait gravir l'échelle céleste ce que personne n'était capable de faire.
Une légende raconte que, dans l'antiquité, le ciel et la terre étaient liés entre eux. Cette liaison s'établissait dans le lieu dit de Duguang. Là poussait l'arbre de la Fondation, dont la cime perçait les nuages. Cet arbre liait la terre et le ciel comme une échelle céleste.
Quelle que soit la direction du soleil, cet arbre ne produisait pas d'ombre à la différence des autres arbres de la terre. Il était si grand qu'on ne pouvait distinguer ses branches et ses feuilles. Le long du tronc pendaient des milliers de lianes.
Tous les dieux du ciel montaient au ciel ou en descendaient par cette "échelle céleste". Cependant les hommes ne pouvaient grimper au ciel car l'échelle était trop haute. Seul Fu Xi arrivait à gravir l'échelle céleste et pouvait donc circuler entre ciel et terre. Cette étrange faculté lui venait sans doute d'être le fils du Dieu de la Foudre.
Fu Xi aimait bien son pays et son peuple. Grâce à son intelligence, il apporta d'innombrables contributions et fut l'auteur de nombreuses inventions. Ainsi, de la toile d'araignée lui vint l'idée du filet de pêche.
Il enseigna également aux hommes l'art de la cuisson du gibier. Ce fut une contribution importante dans l'amélioration de la vie du peuple. Aussi le surnomme-t-on aussi Pao Xi le maître-queux.
La légende dit qu'il est également à l'origine des huit trigrammes qui régissent l'ordre cosmique et représentent les différents aspects de l'univers en mouvement :
(le ciel, la terre, l'eau, le feu, la montagne, le tonnerre, le vent, le lac).
Grâce à ces huit trigrammes, on put connaître précisément chaque aspect de l'univers et saisir les relations et les mutations entre eux, comprendre l'essence des choses et prévoir les calamités naturelles...

C'est ainsi que Yu le grand, pour dompter les crues, utilisa les huit trigrammes. Alors qu'il luttait contre les crues dans la région du mont longmen, Yu découvrit une immense grotte. Une torche à la main, il s'y engagea pour l'explorer. Au bout de quelques pas, il vit arriver deux animaux étranges, l'un portant une perle dans sa bouche qui éclairait la grotte comme en plein jour, l'autre lui faisant signe de la suivre. Ils marchèrent environ cinq kilomètres et arrivèrent en vue d'une grande salle.
Les deux animaux se métamorphosèrent en deux officiants habillés de noir postés de chaque côté de la salle. Au centre trônait un génie à visage humain et au corps de Dragon. Yu reconnut Fu Xi, fils du Dieu de la Foudre et de Hua Xu. Il s'inclina respectueusement, puis lui demanda conseil pour l'aménagement des eaux. Ravi de pouvoir lui venir en aide, Fu Xi prit une plaque de jade et la lui tendit. Sur la plaque étaient gravés les symboles des huit trigrammes.
- Si tu veux dompter les crues, lui dit Fu Xi, il faut d'abord bien connaître la topographie des montagnes, des rivières, le niveau des eaux et des terres, afin d'aménager les terres pour conduir l'eau à la mer, construire des barrages et des ponts. Etudie avec soin ces huit trigrammes et leurs rapports entre eux et tu dompteras les eaux. Alors l'Humanité sera sauvée.
Grâce aux huit trigrammes, Yu fut à même de définir les rapports entre les divers éléments de l'univers, d'aménager les eaux et de sauver l'humanité.
Toujours d'après la légende, quelques années après, sous la dynastie des Yin, un souverain despotique , le roi Zhou, monta sur le trône. Le peuple souffrait beaucoup sous son règne. Son ministre Ji Chang, qui devint par la suite le roi Wen de la dynastie des Zhou, lui conseilla la mesure. Refusant ses conseils, le roi Zhou le jeta en prison à Youli.
Ji Chang en profita pour étudier les huit trigrammes de Fu Xi et comprit beaucoup de choses en liaison avec sa propre aventure. Afin de transmettre sa compréhension des changements de la nature et de la société, il rédigea le Livre des transformations ou Yi - King, dont les 64 hexagrammes représentent toutes les situations possibles des êtres au cours des mutations de l'univers.
Ainsi l'invention des huit trigrammes fut-elle une grande contribution de Fu Xi à l'humanité.
Lorsque l'Empereur Céleste apprit toutes les bonnes actions de Fu Xi, il le nomma roi du pays de Huaxu. Grâce à sa force et à son talent, Fu Xi gouverna sagement en s'entourant de ministres sages et dévoués.
Son ministre de l'agriculture, Gou Mang, était un homme compétent et jouissait d'une large popularité. Chaque printemps, Gou Mang, qui avait un visage humain et un corps d'oiseau, volait de champs en champs avec sa chaîne d'arpenteur, il indiquait aux paysans le temps des semailles, les aidait à mesurer leurs champs et à élaborer des plans de semailles.
Les annales historiques décrivent le pays de Huaxu comme un paradis terrestre. Là, chacun pouvait prévoir le temps par l'astrologie, connaissait toutes les qualités des montagnes et des rivières, de la terre et des arbres, savait planter et récolter n'importe quoi. Les gens vivaient très longtemps, il n'était pas rare de voir des vieillards de 100 ou 200 ans.
Là encore, on ne se noyait pas quand on plongeait dans l'eau, on ne se brûlait pas quand on se jetait dans le feu, on pouvait voir dans le brouillard et entendre malgré le tonnerre, franchir montagnes et rivières aussi facilement que des plaines.
Grâce aux huit trigrammes de Fu Xi, le peuple de Huaxu maîtrisait toutes les lois de la nature et menait une vie heureuse. Aujourd'hui encore, l'étude des huit trigrammes aide à comprendre les lois universelles.

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Moto Shikizu
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Message par Moto Shikizu » 23 janv. 2006, 13:24

pas reellement une legende, mais une croyance
Quand une femme chinoise rêve qu'elle tire une épée, on dit qu'elle mettra un enfant au monde. Dans les rêves des femmes, celle qui possède une épée est un signe de chance. Dans les rêves des hommes, une épée qui tombe à l'eau, annonce la mort d'une femme.
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Kendashi
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Message par Kendashi » 05 févr. 2006, 11:56

La fille du dragon Meidan a écrit :

A l'ouest du bourg de Xuanping, dans le district de Wuyi, se dresse une montagne nommée le mont des Cinq Dragons, sur laquelle poussent des bambous fins et des bois denses, des herbes sauvages et des fleurs parfumées; des sentiers la parcourent en zigzag; dans les vallées, l'eau des sources coule vers le ruisseau Hu. Pourtant, au sommet des Cinq Cimes, il ne pousse aucun bois ou bambou, seule une couche de verveine officinale s'y étale, verte au printemps et en été, jaune en automne et en hiver.
Chose curieuse: Une des cimes nommée Meidan au centre est si haute qu'elle a l'air de vouloir percer le ciel. Un proverbe dit:
"Si Meidan porte un manteau blanc, il pleuvra dans la journée;
si elle se coiffe d'un chapeau de nuages immaculés, il fera sec et beau."
Pourquoi la cime Meidan se pare-t-elle toujours de vêtements blancs?
En voici l'histoire...
Dans l'antiquité, cet endroit était un lac nommé lac des Eaux Blanches. Chaque année, le jour où commençait l'été, l'eau de ce lac montait si violemment que les inondations détruisaient les champs fertiles et noyaient beaucoup de gens et d'animaux domestiques.
En automne et en hiver au contraire, il n'y avait pas là une seule goutte d'eau, et le fond du lac était si sec qu'il se fendait. Pour arroser les légumes, on devait aller chercher de l'eau en des endroits très éloignés. Eprouvant une haine mortelle pour ce lac, le peuple priait le ciel de le remblayer.
Sur la rive orientale du lac, vivait une jeune fille nommée Meidan. Un jour, comme ses parents avaient été emportés par les inondations, elle fit des centaines d'allers et retours autour du lac, mais sans jamais pouvoir retrouver leurs cadavres.
Le coeur brisé, elle tomba assise par terre, et très affligée, pleura à gros sanglots, le visage dans les mains.
Soudain, elle entendit un cri de douleur. Levant la tête, elle vit un loup qui avait saisi dans sa gueule la patte arrière d'un petit daim. Elle cria d'horreur. Effrayé, le loup lâcha prise et s'enfuit. Meidan pansa avec de l'étoffe la patte du petit animal et lui dit:
- Rentre chez toi auprès de tes parents!
Le daim allongea un peu ses pattes et se mit à parler:
- Tu m'as sauvé la vie, alors si tu as des difficultés, va au bord de la mer Orientale et cherche un figuier banian millénaire à quatre branches; il te suffira de frapper trois fois son tronc avec la main et d'appeler trois fois en direction de la mer: "Dragon noir".

Le premier jour de l'été allait arriver , les villageois apeurés se préparaient à fuir les calamités. A ce moment là, les paroles du petit daim revinrent à l'esprit de la jeune fille Meidan.
Courant alors au bord de la mer Orientale, elle trouva en effet un figuier banian millénaire à quatre branches. Elle frappa trois fois le tronc, et cria en direction de la mer:
-Dragon noir! Dragon noir! Dragon noir!
A ces trois cris, un beau garçon se dressa hors de l'eau et lui fit signe de la main. Elle vit l'eau de la mer s'ouvrir en un chemin vert. A peine fut-elle descendue sur le chemin qu'un coup de vent léger la fit voler.
Un instant après, elle tomba devant la porte d'un Palais splendide; le Roi Dragon et ses quatre fils l'accueillirent, debout sur le perron. Dragon noir lui prit la main et la conduisit dans le Palais. Le Roi Dragon lui dit:
-Fille Meidan, tu as sauvé mon fils cadet Dragon noir, tu es le sauveur de notre famille. Quoi que tu désires, tu n'as qu'à me le dire, je te le donnerai.
- Je n'ai ni parents, ni frères, ni soeur, dit-elle, je viens seulement pour...
- C'est facile! rayonnant de joie, le Roi Dragon lui coupa la parole. Si tu veux, je te prends pour fille adoptive, tu auras ainsi des parents, frères et soeurs!
Tout de suite, le Roi Dragon fit venir la reine, ses fils et ses filles pour les présenter à Meidan. Il prit un verre de vin et but un peu, puis passa le verre à la reine, à ses fils et filles, pour qu'ils en boivent un peu, enfin à Meidan qui finit le verre. C'est ainsi que Meidan devint fille adoptive du Roi Dragon.
Meidan, qui menait une bonne vie dans le Palais, oubliait peu à peu le monde humain. Un jour, alors qu'elle jouait avec ses frères et soeurs dans la mer, elle vit un grand poisson avec une jambe humaine dans la gueule et ne put s'empêcher de demander:
- D'où vient cette jambe humaine?
- Elle vient du lac des Eaux Blanches, lui répondit Dragon noir. A leur arrivée ici, les cadavres des êtres humains noyés par les inondations ne sont plus entiers.
Sous le coup de la stupéfaction, le souvenir des inondations lui revint. Meidan éclata en sanglots, et les consolations de ses frères et soeurs ne réussirent pas à la calmer. Enfin, Dragon noir dit en prenant les mains de la jeune fille qui couvraient son visage:
- Soeur, dis-nous ce que tu as sur le coeur, nous t'aiderons.

Affligée, Meidan, en essuyant ses larmes, leur raconta que les inondations causées chaque année par le lac des Eaux Blanches avaient détruit les champs et noyé ses parents et beaucoup de villageois, ainsi que les animaux domestiques. Elle demanda à ses frères et soeurs de boire toute l'eau du lac et de le combler avec des pierres.
A ces paroles, les frères et soeurs de Dragon noir, croyant que ce serait très facile à faire, allèrent demander au Roi Dragon. Mais celui-ci ne fut pas d'accord et dit:
- L'eau du lac des Eaux Blanches est préparée pour l'étang de Jade de la Reine Mère céleste. Chaque année, le jour où commence l'été, la Reine Mère envoie des divins verser de l'eau dans le lac pour le laver, puis on va y puiser de l'eau propre chaque jour, et à l'automne, toute l'eau est transportée dans l'étang de Jade. Si vous buvez l'eau et comblez le lac avec des pierres, vous violerez la loi céleste!
En aucune façon, le Roi Dragon ne voulait donner sa permission. Meidan rentra dans sa chambre et pleura à chaudes larmes.
Voyant que Meidan avait le coeur navré, Dragon noir alla discuter avec ses frères aînés. Les frères vinrent dans la chambre de Meidan et dirent:
- La Reine Mère nuit toujours aux êtres humains, nous devons aller les sauver sans tenir compte de la loi céleste. Demain, nous nous lèverons très tôt pour y aller, et après avoir comblé le lac, nous reviendrons vite.
Le lendemain, à l'aube, Meidan et les quatre frères arrivèrent dans la région du lac. C'était juste le jour du commencement de l'été, l'eau dans le lac était montée très haut; et riverains, vieillards et enfants, femmes et hommes avaient dû se sauver vers des endroits élevés en conduisant les bêtes.
Voyant cela, Meidan cria à haute voix:
- Oncles, tantes et belles-soeurs, nous sommes venus pour combler le lac des Eaux Blanches!

Levant la tête, les villageois virent Meidan et quatre Dragons arriver en volant, et les accueillirent avec joie. Les quatre Dragons déployèrent leurs talents et burent toute l'eau.
Un instant après, le fond du lac apparut. Puis ils apportèrent des pierres des montagnes lointaines et les jettèrent dans le lac. Mais, une fois tombées dans le lac, les pierres devinrent de la boue. Les villageois apportèrent alors des vases de nuit et versèrent l'urine sur la boue.
L'eau magique perdit de ce fait ses propriétés et les pierres réapparurent. Pourtant, juste au moment où Meidan et ses frères s'affairaient, le dieu de la Montagne alla rapporter l'affaire à l'Empereur Céleste de Jade.
La Reine Mère, bouillant de colère, envoya des dieux les arrêter. Mais à leur arrivée, le lac était déjà comblé. Alors ils lancèrent 36 épées vers Meidan et les quatre frères et les tuèrent. D'un saut, Meidan serra les frères dans ses bras pour qu'ils ne tombassent pas. Peu à peu, ils se transformèrent en une montagne.
Plus tard, on y édifia un Palais magnifique de Cinq Dragons où l'on offrait des prières et des sacrifices quotidiens. On ne construisit plus dans cette région de temple ni à l'intention des dieux, ni de l'Empereur Céleste de Jade ni de la Reine Mère.
Sur ce mont des cinq Dragons, la cime Meidan est la plus haute. Bien qu'ils aient été battus par la Reine Mère, ils ne sont pas morts. Voyez, au printemps et en été, quand il pleut beaucoup, ils attirent l'eau au sommet du mont pour que les herbes y soient verdoyantes; en automne et en hiver, quand il pleut peu et qu'on a besoin d'eau pour arroser les légumes, ils font tomber l'eau au pied du mont, et les herbes du sommet se dessèchent.
Quant à Meidan, qui dresse haut sa tête dans les nuages, elle porte des habits blancs, quand elle voit qu'il pleuvra, et se coiffe d'une couche de nuages, quand il va faire beau. Peu à peu, on se mit à appeler cette cime "la Fille Dragon Meidan".
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Message par Ujisato » 10 avr. 2006, 15:07

Bonne idée, ces légendes !
Je ne sais pas si le livre a été cité, mais je recommande un joli recueil, presque un classique : "Le serpent blanc", qui puise aussi aux sources légendaires du pays.
Du grain à moudre aussi, entre parenthèses, pour les "psychanalystes du contes de fées"...
"Ils compteront pour rien leur courage
quand parlera quiconque aura combattu avec nous."

W. Shakespeare. Henry V

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