Actualité politique et sociale - Saison 2008 - Episode 1

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Kakita Inigin
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Message par Kakita Inigin » 14 mai 2008, 17:33

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Shosuro Uso
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Message par Shosuro Uso » 15 mai 2008, 07:38

Shosuro Uso

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Message par Kakita Inigin » 15 mai 2008, 08:08

Comment dire au grenelle : "ta gueule, 68 est mort et enterré et tous ses symboles avec".

edit : Achetez le Canard Enchainé et lisez la page 3.
Deux liens en rapport :
http://forum.hardware.fr/hfr/Discussion ... 5_3604.htm
(il faut un peu descendre, ce n'est pas totalement inintéressant sinon)
et :
http://www.liberation.fr/actualite/econ ... 757.FR.php
D'aprs le Canard, Merkel et Fillon sont contre, Merkel pour présever le nucléaire franco-allemand, Fillon parce que la collusion est politiquement ingérable.

Vous imaginez Fillon qui démissionne parce qu'il désapprouve Sarko ? :france:
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Message par Kakita Inigin » 15 mai 2008, 09:23

Allez hop. J'ai trouvé encore plus pointu que Pénombre, j'en profite. (Dante merci) (premier lien du post ci-dessus)
A l'image des propos annonçant la constitution de la commission Attali, il est bien difficile aujourd'hui de trouver, dans les médias tant nationaux qu’internationaux, un commentaire sur l'économie française où manquent les mentions obligatoires de son déclin, de la faiblesse de la croissance, ou de la persistance d'un chômage de masse.

De tous côtés, les "réformes" sont présentées comme une urgente nécessité. Ce mot "réformes" est devenu un nom de code plus ou moins explicite pour un programme à sens unique : libéralisation d'un marché du travail considéré "trop rigide" via l'assouplissement du code du travail ; baisse des charges sur les entreprises ; allègement du contrôle de l'Etat et, naturellement, baisse des impôts. Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauchés, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises et leurs profits, sur le modèle anglais ou américain. Et, évidemment, les 35 heures tant décriées - cette "aberration économique" - doivent être éliminées afin de "remettre la France au travail".

Le problème est que ce programme, qui sert bien les intérêts des actionnaires et des dirigeants d'entreprise, se fonde sur une description extrêmement partielle et partiale de la réalité. Le leitmotiv du "déclin" prend généralement appui sur la croissance plus faible de la France et sur la baisse relative de son PIB par habitant, comparé à ceux de pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis au cours des dernières années. Or, cette description tronquée de la réalité ne tient pas compte de la distribution des richesses et de l'augmentation extraordinaire de l'inégalité dans ces économies, censées servir de modèles.

En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population. Les revenus médians sont stagnants alors que les revenus des 0,1% les plus riches de la population augmentent en flèche, au point d'être passés de 2 à 7% des revenus totaux en moins de 20 ans aux Etats-Unis, selon les chiffres de la retentissante étude de Piketty et Saez. Ces 5% supplémentaires captés par les plus riches sont équivalents à l'appauvrissement relatif des Français (dont le PIB par tête est passé de 78% à 72% de celui des Américains en moyenne sur la période), ce qui veut dire que la croissance économique a été identique en France pour les 99,9% les moins riches de la population... L'accroissement des inégalités se constate également à l'autre bout de l'échelle des revenus où l'on note un taux de pauvreté infantile de 7% en France, de 16% au Royaume-Uni (le double de celui en 1979) et de 20% aux Etats-Unis (sans oublier les 15% d'Américains qui n'ont aucune couverture maladie).

Il est compréhensible de défendre la liberté d'entreprendre et de bénéficier des fruits de leur travail pour les membres les plus dynamiques de la société. Mais cette liberté accordée sans contreparties s'accompagne inévitablement de fractures sociales bien plus marquées qu'en France. Le choix d'un niveau élevé de solidarité et de redistribution modère les revenus des plus riches, soit, mais pas ceux des autres, ce qui est moins souvent évoqué. Des études comme celles de la banque UBS démontrent qu'un Français de revenu modeste ou membre des classes moyennes ou même aisées profite plus de la croissance modérée de l'économie française que son cousin américain profite du dynamisme de son pays. Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les très riches forment le seul groupe qui bénéficie des "réformes".

Mais cette conclusion ne fait-elle pas bon marché du chômage dont souffre la France ? Tout dépend de ce qu'on mesure. Ainsi, parmi les hommes de 25 à 54 ans, 87,6% avaient un emploi en 2004 en France et 87,3% aux Etats-Unis, selon les chiffres de l'OCDE. Et pourtant, le taux de chômage pour cette catégorie était alors de 7,4% en France et de 4,4% aux Etats-Unis. La ligne séparant chômage d'inactivité n'est visiblement pas mise au même endroit dans chaque pays... De même, le chômage des jeunes touche 8,4% des 15-24 ans en France contre 5,5% au Danemark, 7,6% aux Etats-Unis et 7,5% au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier à la faillite du modèle. Certes, le taux de chômage est nettement plus élevé, mais cela reflète essentiellement le fait que la population active est plus étroite dans cette classe d'âge en France, notamment parce que moins de jeunes trouvent nécessaire d'occuper un emploi tout en poursuivant leurs études.

Nouvel argument : les Français travaillent moins, nous dit-on. Ce n'est pas vrai. Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne contre 35,6 heures au Royaume-Uni. Les employés à temps-plein travaillent effectivement moins longtemps en France (40,9 heures contre 43,2 heures en 2005), mais le nombre élevé d'emplois à temps partiel baisse la moyenne britannique ; le nombre d'heures totales travaillées dans les deux pays est à peu près équivalent, pour des populations similaires. Dire que les Français travaillent moins est donc tout simplement faux. Par ailleurs, la France a créé autant d'emplois que le Royaume-Uni au cours des dix dernières années : 2,5 millions. La seule différence est que, au Royaume-Uni, la création de postes a été très régulière alors qu'en France, la quasi-totalité de ces emplois a été créée entre 1997 et 2002, c'est-à-dire précisément au moment de la mise en place des 35 heures et alors que la croissance mondiale a été plus forte durant les cinq dernières années. Plus remarquable encore, la France a créé plus d'emplois dans le secteur privé (+ 10% entre 1996 et 2002, selon l'OCDE) que le Royaume-Uni (+ 6%) ou les Etats-Unis (+ 5%). En fait, le Royaume-Uni n'a créé quasiment aucun emploi net dans le secteur privé depuis près de cinq ans, mais a bénéficié de l'augmentation très forte des emplois dans le secteur public.

Cela reflète le fait que les croissances anglaise et américaine reposent très largement sur l'augmentation de la dépense publique qui a littéralement explosé sous Blair et Bush, passant de 38% à 45% du PIB au Royaume-Uni et de 34% à 37% aux Etats-Unis entre 2000 et 2006. Dans le cas britannique, cette relance keynésienne (centrée sur les secteurs de l'éducation et de la santé) s'est faite grâce à l'augmentation des impôts et à la cagnotte du pétrole de la mer du Nord, tandis que l'administration Bush a procédé (pour payer sa guerre en Irak) à une augmentation sans précédent de la dette publique comme de la dette privée, la plupart des ménages se voyant obligés d'emprunter pour compenser la stagnation de leurs revenus. Mais dans ce cas-là, semble-t-il, il s'agit de "dynamisme". Il paraît cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier...

Evidemment, il ne s'agit pas de dire que tout va bien en France, ni qu'il n'y a rien à changer. Mais le mot "réforme" est maintenant porteur d'un tel agenda idéologique qu'on aurait sans doute tout à gagner à l'exclure de tout discours qui se voudrait sincère. A moins, bien entendu, que nous soyons tous déjà d'accord sur l'objectif : faire baisser les revenus des travailleurs les plus modestes afin de réduire le fardeau qui pèse sur les quelques happy few en haut de l'échelle des revenus.

Il est tentant de se demander si le feu roulant qui tend à déprécier l'économie française provient de ceux qui ne supportent pas l'existence d'un modèle social différent. S'il est possible d'assurer la prospérité de presque tous en décourageant la concentration de la richesse entre quelques mains, cela élimine le principal argument des partisans du capitalisme débridé. Comme l'a dit le milliardaire Warren Buffett, les riches aux Etats-Unis mènent - et gagnent - la lutte des classes. Il serait temps de noter qu'ils n'agissent pas dans l'intérêt de tous, mais uniquement dans le leur.
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Message par Kõjiro » 15 mai 2008, 09:38

La source : http://www.eurotrib.com/?op=displaystor ... 9417/13559

Et j'avais posté ce passage à partir de ce lien il y a quelques temps :

http://www.inegalites.fr/spip.php?article732

Tu ne suis pas bien Inigin ;)
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Message par Kakita Inigin » 15 mai 2008, 09:40

Rabat-joie. :france:
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Message par Kõjiro » 15 mai 2008, 09:42

Kakita Inigin a écrit :Rabat-joie. :france:
Ouais mais du coup, j'ai pas compris ton message, dans le canard d'hier il est question de la fusion Bouygue-Areva ? (parce que l'article de libé et la discuss' sur harware.fr date de septembre de l'année dernière...)
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Message par Kakita Inigin » 15 mai 2008, 09:43

Dans le Canard, il est en effet question de cette fusion.
le pb, c'est qu'on n'en parle nulle part ailleurs (le Cnaard n'est pas en ligne), sauf dans cette (très) vieile discussion.
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Message par Kõjiro » 15 mai 2008, 10:48

Génétiquement libre ou délinquant
Gary Pugh, le directeur du service scientifique de Scotland Yard, veut établir un fichier ADN pour les enfants dès l'âge de 5 ans afin d'«identifier les gens avant qu'ils commettent un délit. Il nous faut trouver quels seront ceux qui commettront peut-être (possibly) les plus graves délits contre la société». Il s'agit, argumente-t-il, d'arrêter le crime avant qu'il ait lieu.

Au Royaume-Uni, ce sont déjà près d'1,5 million de jeunes entre 10 et 18 ans qui sont génétiquement fichés. La police a le droit depuis 2004 de prélever les empreintes génétiques d'un jeune qu'elle a arrêté, qu'il soit ensuite condamné ou innocenté (Source : The Observer, 16 mars 2008).
On a vu comment la doctrine américaine de la «tolérance zéro» est passée de New-York au Royaume-Uni puis en Europe et en France singulièrement (Cf. L. Wacquant, Les prisons de la misère). Il faut donc voir dans cette biopolitique fascisante notre propre présent et non pas on ne sait quelle lubie britannique.

On se souvient du reste du récent rapport de l'Inserm commandé par Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, sur la détection des enfants prédélinquants de 36 mois. On n'a pas oublié non plus la croyance de ce dernier en l'origine génétique de la pédophilie ou du suicide des adolescents : «J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable.» (Philo Mag, N° 8). Quand les hommes politiques se mettent à manier des entités scientifiques auxquelles ils ne connaissent manifestement rien, le pire est à redouter.

La biologie se trouve enrôlée par une politique réactionnaire qui opère une confiscation biopolicière des possibles d'un individu. Exister n'est plus se faire, s'inventer et se créer, mais dérouler mécaniquement les attributs enveloppés dans son essence criminelle.
Belle expression de l'antinomie de la raison libérale qui prône la liberté individuelle et qui pratique dans le même temps le déterminisme pseudo-biologique. On comprend que la liberté du libéralisme est un don inné que l’on a ou pas, et non un droit. C'est la nouvelle déclaration des «droits» de l'homme libéral : certains hommes naissent libres, d'autres non. Aux premiers le profit et la réussite, aux autres l'enfermement (carcéral, psychiatrique, médical ou biologique).

Guillaume Pigeard de Gurbert est professeur de philosophie en hypokhâgne au lycée de Bellevue à Fort-de-France.
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Message par Goju Kaze » 15 mai 2008, 11:10

Oui, je vais déscendrez au prochain arrêt moi, quelqu'un sait ou est le signal d'alarme???

:kaze:
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Message par Kõjiro » 16 mai 2008, 09:07

M. Abidar, en France depuis 1964, sans sa femme ni ses enfants.
Par Anne Diatkine | Journaliste | 14/05/2008 | 18H20

Monsieur Abidar, qui vit et travaille en France depuis 1964, sourit toujours. Non que sa situation familiale soit particulièrement joyeuse, mais elle le surprend tellement qu’elle en devient amusante.

* Sa femme et son plus jeune fils, Aïoub, 9 ans, vivent au Maroc. En dépit d’autant de décennies passées en France, le regroupement familial, demandé à plusieurs reprises, n’a jamais été accordé, ni même les visas de tourisme.
* Son fils ainé Mohammed, employé dans une boulangerie de Mantes-la-Jolie, a été expulsé de France, l’année dernière.
* Malika, sa fille de 19 ans, scolarisée dans un CAP vente, au lycée Georges-Brassens, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), vivait avec une une obligation à quitter le territoire français (OQTF), après s’être présentée à la préfecture pour être régularisée, depuis octobre 2007. Elle vient juste d’obtenir l’avis qu’un titre de séjour "temporaire", allait lui être octroyé.
* Quant à Amina, la cadette de 13 ans, scolarisée à Marcellin Berthelot, dans le "bon" collège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), elle est titulaire d’une carte de circulation qui lui permet d’aller rendre visite à sa mère, et à Aïoub, le petit dernier. Si tout se passe bien, c’est-à-dire si la loi ne change pas, elle sera automatiquement régularisée à 18 ans.

Pourquoi elle, et pas sa soeur, arrivées la même année à Montreuil? Parce qu’Amina est venue rejoindre son père en France avantses 13 ans. Comme elle était sans papiers, Malika, contrairement à Amina, n’a pas vu sa mère depuis cinq ans. "On se parle au téléphone, elle pleure, je pleure."

En 1963, la Société du charbon du Pas-de-Calais vient le chercher au Maroc

L’histoire de la famille Abidar est banale, bien que chacun des membres de la famille ait un statut administratif différent. Le résultat est loufoque. C’est pourquoi M. Abidar sourit toujours. Il répète: "Quarante-trois ans! Je vis en France depuis quarante-trois ans!"

Enoncé d’un problème: sachant que M. Abidar s’est marié en secondes noces avec Mme Abidar en 1978, et qu’il revient au Maroc trois semaines par an, combien d’années a-t-il passé avec son épouse jusqu’à maintenant? "Pour mon fils resté au Maroc, je suis un étranger."

A la retraite depuis peu, il n’aurait jamais pensé que sa ligne de vie puisse ressembler à un dessin brisé entre deux pays, avec des enfants qui se cognent aux frontières sans qu’il ne les voit grandir.

C’est en 1963 que la Société du charbon du Pas-de-Calais est venue chercher M. Abidar à Demsira, son village natal de l’Atlas, à 120 kilomètres de Marrakech, pour lui proposer monts et merveilles en France, "c’est-à-dire apprendre à lire et à écrire et un emploi". Il avait 25 ans.

Dans les années 60 c’était courant: les grandes entreprises françaises venaient directement recruter leur main d’œuvre dans les anciennes colonies et protectorats. Laquelle main-d’oeuvre imaginait la plupart du temps retourner au pays au bout de quelques années. "L’immigration choisie, c’était nous! La France manquait de travailleurs", remarque M. Abidar.

"Peu après l'indépendance, ç'aurait été comme un reniement de devenir français"

Il se retrouve mineur dans le Nord, avec d’autres compatriotes et "des Polonais" plus âgés. Une fois en France, les promesses d’apprendre à lire et à écrire s’estompent, en revanche, le boulot est bien là.

M. Abidar garde plutôt un bon souvenir de ses années à la mine:

"Polonais, Marocains, Algériens, tout le monde s’entendait bien. Le samedi soir, on allait danser dans les bals environnants."

Comme des millions d’immigrés, M. Abidar envoie la plus grosse partie de sa paie au pays, où il entretient ainsi une douzaine de personnes. Mais au bout de cinq ans, il tombe "malade des poumons". Les médecins lui déconseillent de reprendre le travail dans les bassins miniers.

"Est-ce que j’aurais pu demander la nationalité française? Je pensais qu’un jour ou l’autre j’allais revenir au bled. Ça ne faisait pas longtemps que l’indépendance était acquise, ç'aurait été comme un reniement de devenir français."

"Comment justifier que ce pays chasse mes enfants?"

Il retrouve du travail dans le bâtiment, puis à l’hôpital Lariboisière, comme homme de ménage. Les années passent, M. Abidar vit toujours dans un studio. Il explique:

"J’attendais, pour faire ma première demande de regroupement familial, d’avoir un bon logement. C’est normal, vous imposez un déplacement à votre famille, ce n’est pas pour les obliger à mal vivre."

Il apprend seul à lire et à écrire le français. Quand enfin il obtient un 40 mètres carrés, il entame des procédures pour faire venir femme et enfants. Son appartement est jugé trop petit.

Il fait alors venir en toute légalité ses trois derniers enfants en France et laisse Aïoub avec sa mère. Sans imaginer un instant qu’à leur majorité, les deux plus âgés seront des sans droits:

"J’ai passé beaucoup plus d’années en France qu’au Maroc. Comment justifier que ce pays chasse mes enfants et refuse que ma femme et le petit vivent avec moi?"

"Je suis arrivée en France comme un colis. Je tombais du ciel"

Quand sa fille Malika débarque en France en janvier 2004, il lui apprend à parler français mais aussi à lire et à écrire. Elle n’est scolarisée qu’en septembre 2004 dans une classe d’accueil à Bobigny:

"Je suis arrivée en France comme un colis. Je tombais du ciel. On se connaissait très peu, mon père et moi. Au début, je n’aimais pas du tout. De temps en temps, je suis allée visiter Paris. Heureusement, il y avait Amina."

Actuellement, Malika est stagiaire au dans un magasin de chaussures au centre commercial de la grande Porte, à Montreuil. Le reste de l’année, elle suit une deuxième année de CAP vente, à Villepinte. Pour aller de Montreuil à Villepinte, il faut prendre le métro et deux RER.

Quant à Amina, elle tient à rester en France. Elle "marche très fort à l’école et elle a plein de copines". Elle souhaiterait que sa mère et son petit frère viennent vivre avec elle. Elle ne parle que français et pas du tout arabe.

Si ses deux filles partent, que va faire M. Abidar, qui a donné une partie de sa vie à la France ? Après 43 ans, il a pris racine. Et il craint de s’ennuyer dans un bled "sans route, sans hôpitaux, sans rien à faire que cultiver quelques légumes".

Mais pourrait-il passer sa retraite seul, en France alors que son épouse est "là-bas"? C’est inextricable. M. Abidar dit: "J’ai bien demandé la nationalité française en 2003 pour faire venir la famille, mais elle a été refusée au motif justement que la famille n’était pas là."

Il regarde sa vie: "Que s’est-il passé?"

"Il y a beaucoup de
M. Abidar en France"


Selon Stéphane Maugendre, avocat spécialisé dans le droit des étrangers, "la situation de Monsieur Abidar est kafkaïenne, mais courante".

"Il a participé à la reconstruction de la France, il a passé beaucoup plus de temps en France que dans son pays, et pourtant il n’a aucun autre statut que la carte de résident de dix ans.

"Parmi ses enfants, on trouve un expulsé, une expulsable, une promise à la résidence si la loi ne change pas. Et son épouse n’obtient pas de visa. Il y a beaucoup de Monsieur Abidar en France.

"On est dans la logique folle où plus monsieur Abidar s’installe en France, plus ça devient difficile de faire venir femme et enfants.

"A chaque nouvelle naissance, les critères de refus sont multipliés: il faut toujours plus de mètres carrés et de revenus. Lorsqu’il vivait dans un studio, il aurait sans doute obtenu le regroupement familial. Mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas l’avoir tenté, par souci de dignité pour sa famille, lorsqu’il jugeait son salaire et ses conditions de vie insuffisants".
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Message par Kõjiro » 16 mai 2008, 09:32

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Message par Matsu Roro » 16 mai 2008, 11:20

Sans faire mon Shoju provocateur (euphémisme?) :akuro: je trouve quand même que c'est du grand n'importe nawak, ce n'est pas un texte de loi (bon ou mauvais; flou ou clair) qui protègera les journalistes et leurs sources...Cela n'empêchera pas, les journalistes de subir des pressions, des coups de tel anonymes, des pneus crevés et/ou (au choix) des menaces lorsqu'ils écriront ou publieront des articles !
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Message par Ding On » 16 mai 2008, 11:28

Monsieur Abidar
Tjs amusant d'aller poster ce genre de textes sur Saintseiyaforum et d'observer les réactions. Tjs les qques mêmes qui viennent poster leur crotte raciste (ce qu'ils se défendent d'être, mais qd même ma bonne dame : ts ces bicots bronzés qui profitent des aides et se victimisent, si on en avait moins, ça irait mieux), c'est si prévisible.

Morceau choisi :
Je vais prendre le contexte d'une autre facon.

li est normal de garder une certaine limite dans le nombre de regularisation pour la raison que tu a cité, tu es daccord?.
Maintenant, tu prend Mr Abidar, il fait ses demarches de maniere legales, pour regrouper sa famille, mais qu'est ce qu'il a devant lui?.
1000? 10000? 100000? clandestin venus depuis deux ou trois ans qui squattent des taudis, ont fait passer toute leur famille, dorment dans les rues et sont soutenus par des associations de bien pensant sauveurs de la terre qui font pression a grand coup de manif, de ouin ouin et de prise de parole pour qu'on les regularise.
Imaginons qu'il y aie 100000 personne regularisé hors regroupement familial par ans, et que le quota est de 150000. Tu regularise les 100000 personne et t'es obligé d'en regulariser 40000 a cause des greves de la faim, des assoc etc. Du coup li reste a peine 10000 regulatisation, soit en gros 3300 famille de 3 personnes, c'est pau pour les dixaines de milliers de mr abidal.

c'est injuste oui, mais c'est pas que la faut a la mechante france.
Beaucoup de familles s'arrêtent à 1 enfant car elles n'ont pas les moyens d'en avoir d'autres.
Et tu voudrais que l'on paye pour les familles des autres qui les font venir sans pouvoir les assumer ?
Edifiant non ?
Dernière modification par Ding On le 16 mai 2008, 11:57, modifié 1 fois.
Hitler, qui était beaucoup plus petit que Mannerheim (Mannerheim mesurait plus de 1,90 m), portait des talonnettes et avait demandé à ses photographes de trouver un angle favorable pour la photo officielle.

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Goju Kaze
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Message par Goju Kaze » 16 mai 2008, 11:50

Ding On a écrit :Edifiant non ?
Ah ça oui :fou:
Il se rend compte de ce qu'il écrit ou pas?

:kaze:
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