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par Kõjiro » 03 mai 2007, 09:21
Je ne suis pas trop d'accord.
Je trouve que, contrairement à ce que l'on a entendu pdt toute cette campagne, Royal n'a rien de flou. Elle est juste plus pragmatique et réfléchie que son adversaire sur les réformes nécessaires. La réalité c'est qu'une réforme ne peut pas être conduite sans un dialogue préalable entre les acteurs concernés. Bon sang on devrait le savoir, que ce soit Aubry et les 35h ou les différentes réformes proposées par la droite et souvent passées en force (notamment en utilisant le 49.3) on a vu que c'était complètement improductif : ou bien on fout des millions de personnes dans la rue ou bien on créé des situation intenables. Même le TCE en était une autre preuve sous une autre forme. Comme toujours le diable est dans les détails. Et je ne crois pas, et je pense que l'expérience passé en est la preuve indéniable, qu'on puisse réformer avec un gouvernement qui impose la réforme. Par conséquent la réforme des institutions proposées par Royal (qui nous permettrait ENFIN de sortir de cette sorte d'exception française du monarque élu) et son désir d'associer l'état aux négociations avec les partenaires sociaux est très cohérent. On me dira oui c'est gentil mais là quand même c'est la merde et il faut aller vite parce que les réformes sont urgentes. Sans doute mais d'une part certaines réformes importantes peuvent être là conduite sans nécéssairement faire appel aux partenaires sociaux et pour les autres j'ai envie de demander : que souhait on à la fin ? Que l'on passe encre une série de mesures en force qui vont provoquer des blocages voire des tensions et qui au final comme elles n'auront pas été négociées ne seront jamais réellement acceptées et seront très vraisemblablement remise en cause dès la prochaine alternance (si c'est possible) ou bien qu'on réfléchisse enfin à donner un cadre productif aux réformes que l'on veut mener et qui sont effectivement nécessaires. A un moment il faudra peut être réfléchir à pourquoi ça ne marche pas et non dire que c'était parce que les réforme du voisin étaient à chier (y compris quand on était un copain du voisin en plus) et que les siennes sont tellement super bien que forcément ça va passer et qu'on va sauver le monde. A titre perso j'en ai marre de ce pays qui a coupé des têtes il y a 200 ans mais continue de se chercher un monarque éclairé sauveur du peuple.
Ensuite sur l'histoire de la "colère" de Royal. Aucune idée de si c'était préparé ou pas et à la limite je m'en fiche. Moi j'étais quand même content qu'ENFIN quelqu'un lui mette le nez dans le caca. Mince quand même pas une interview et quasiment aucun article sur le bilan de l'action de ce gouvernement. Il était peut être temps que quelqu'un fasse le taf des journalistes. Le plus incroyable c'est que personne ne moufte quand on nous explique que la plupart des problèmes viennent encore de la législature précédente. Ce n'est pas forcément faux mais là où l'inventaire avait été extrêmement puissant lors de la campagne de 2002 ici on a eu un silence radio quasi total... A part dans libé (1 fois) et dans alter éco (1 fois) je n'ai guère vu de grand médias se lancer dans une analyse un peu plus poussé du bilan. Que Sarkozy ait un programme économique qu'il juge efficace et cohérent tant mieux (moi je n'y crois pas mais j'y reviendrais) mais quand il vient saupoudrer à droite et à gauche pour alimenter sa dimension sociale on a quand même envie de se mettre en colère avec Royal quand on sait que durant 5 ans il y a eu sur nb de plans une destruction systématique de mesures utiles dans ces domaines sans aucun palliatif. Il était aussi temps qu'on fasse enfin le bilan de cette droite qui promet après avoir détruit des mesures qui étaient peut être imparfaites mais qui ont été uniquement supprimées sans qu'on y trouve une autre solution.
Sur le programme économique, je trouve, mais là je suis sans doute partisan, la droite de plus en plus "idéologique à oeillère" là où la gauche est de plus en plus pragmatique. D'un coté comme de l'autre il y a de la relance économique par l'offre et la demande. Sauf que la relance par la demande chez sarkozy ne vient que son histoire d'heures supplémentaires. Piketty dans le soir 3 spécial débat l'a très bien expliqué (et Baverez était pour le coup complètement à coté de la plaque à mon sens, tout en incantations là où Piketty était précis et pragmatique) actuellmement on bosse en moyenne 1500 heures par an (je prend les chiffres en gros pour donner des ordre de grandeur) et on utilise environ 100h sup' sur les 200+ possibles. Soit environ 2,3 heures sup' par semaine. Pour un mec à 1000 euros par mois ça fait grosso merdo 1/15 de revenu sup' par mois soit environ 65 euros de revenu sup'. Ce que propose Sarkozy c'est de défiscaliser ces heures sup' pour accroître le pouvoir d'achat des gens. Admettons que la mesure soit suffisament incitative et que le quota d'heures sup' double (je n'y crois pas mais admettons) on passe à 130 euros sup' par mois. Mais ça c'est ce que la personne gagne déjà grâce à ses heures sup'. L'ajout "Sarkozy" c'est les charges fiscales : soit 20-30% max de plus (et éventuellement les impôts sur le revenu aussi soit rien pour une personne à ce niveau de revenu parce que pas imposable et guère plus pour quelqu'un qui l'ait dans les première tranches). En gros en mettant 35% de gain ça fait moins de 50 euros mensuels. Le tout pour un coût avec les heures sup' actuelle de 5 milliards par an et donc bcp plus dès lors que les entreprises vont utiliser cette réforme. Ca me paraît disproportionné. A coté de ça, par exemple l'idée du cpc qui est aussi une sorte de relance par la demande coute 1 milliard et permet de mettre en place 150 000 emplois par an. En admettant que même seulement 1/3 des gens en cpc restent en emploi ou entrent dans une chronique de vie active classique ça fait 250 000 emplois créés en 5 ans pour 5 milliards. Soit le coût d'une année au minimum de la mesure Sarkozy. Sans compter que l'usage des heures sup' défiscalisées décourage 2 choses : la création d'emploi et l'accroissement des salaires. En effet pourquoi augmenter le salaire "nominal" d'une personne quand on peut lui donner la même chose par des heures sup' qui reviennent moins cher à l'employeur. Le choix est vite fait. Et donc ça veut dire stagnation des salaires avec pression accrue sur l'employé parce que plus soumis à un salaire "variable", et moins d'argent pour alimenter les comptes sociaux puisque ces heures sont défiscalisées. Enfin dernière chose je propose à tout ceux qui ont un emploi d'aller, si Sarkozy passe, voir leur patron pour lui dire : je souhaite faire des heures supplémentaires ce mois ci parce que j'ai besoin d'offrir un cadeau à mon fils... On verra le résultat. A mon avis le risque est plutôt de ne pas pouvoir aller à l'anniversaire de son fils parce que ce jour là on aura besoin de lui pour les heures sup' mais pas nécessairement avant pour avoir de l'argent pour aller faire un beau cadeau... De son coté royal propose donc, je le disais un certain nombre de mesure de relance par la demande avec notamment des emplois aidés. Mais elle ne s'arrête pas là et jour également sur l'offre par des allègement de charges ciblées avec des réduction de l'impôt sur les bénéfices de certaines pme. La droite elle propose des réduction d'impôts sur les gros revenu (on va éviter la langue de bois sur l'usage réel du bouclier fiscal ou des l'exonération de droit de succession mais je peux développer au besoin) en estimant que ça va favoriser l'investissement. Je ne veut pas paraître sectaire mais il me sembler que la mandature qui vient de s'achever a prouvé que ce n'était guère efficace parce que ces capitaux sont extrêmement mouvants. Là aussi je pense que les mesures de royal sont moins idéologiques et plus pragmatique. Enfin, et c'est le point central, les deux nous disent qu'ils vont relancer la croissance par l'innovation et la "société de la connaissance" en augmentant les budget consacrés à la recherche. Très bien. Sauf que 1- le bilan du sortant est quand même éloquant avec des chercheurs qui ont été dans la rue, des crédit qui ont été coupé dans tous les sens et au final un goupe né de ces conflits (sauver la recherche) qui est sorti de sa neutralité pour appeller à voter royal sur la simple analyse des projets. Et enfin, comme si ce n'était pas déjà suffisant, Sarkozy veut réussir le tour de passe passe incroyable qui consiste à réduire les prélèvement de manière très importante, couper dans les effectifs et donner quand même plus de moyens à la recherche et à l'éducation. l faut peut être arrêter de prendre les gens pour des idiots. De ce point de vue la position de Royal de stabiliser les effectifs et de les redéployer, de stabiliser les prélèvement en faisant des redéploiements également me semble bcp plus crédible que quelqu'un qui me dit qu'il va diminuer ses revenu et augmenter ses dépenses tout en réduisant son endettement grâce à des mesures coûteuses et peu probantes...
Moi c'est ainsi que j'ai vu le débat. Et plus ça avance et moins il y a photo entre les projets pour moi. Maintenant je crains que ce ne soit pas la manière dont les gens vont avoir compris le truc. On nous a tellement gavé avec l'assistanat notamment (coût estimé max à 4-5 milliards d'euros contre 50 pour la fraude au fisc) que je crains que l'idée même d'une relance de la demande par des emplois aidés même si elle est aussi accompagnées d'une relance de l'offre par le déserrement fiscal et de la recherche et de l'innovation avec un programme cohérent ne passe pas auprès de l'opinion qui ne verra pas cette mue idéologique du PS qui prend pied dans un vrai pragmatisme face une droit qui se crispe sur une idéologie en panne dans nombre d'endroits dans le monde.

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Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais" - Henry Morgenthau, remettant son rapport sur l'utilisation abusive des paradis fiscaux par les contribuables au président Roosevelt en 1937.