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par Doji Satori » 30 avr. 2004, 12:29
Dans un vieux topic, j'avais déjà évoqué ce qui suit.
En préambule, les concepteurs du scénario posent un dilemme aux PJ à la fin du scénario qui n’a pas lieu d’être dans une conception japonisante.
Si Itto avait été un vassal loyal, il aurait du se faire seppuku lors de la chute de sa maison. Itto et Reika (dès lors qu’elle a connaissance des faits) ne devraient avoir vécu jusqu’ici que dans l’unique but de se venger.
Si ils fuient une fois leur vengeance assouvie, ils ne sont que de vulgaires meurtriers qui ne pensent qu’à sauver leur misérable vie, la vengeance n’a été alors qu’un prétexte pour vivre.
Pour que la vengeance soit légitime (au sens du bushido, pas judiciairement parlant comme on en a déjà parlé plusieurs fois, ces 2 notions sont indépendantes), il faut qu’ils assument leurs actes en se rendant à la justice (comme les 47 ronin) ou en faisant seppuku de leur propre chef : en acceptant la mort, je montre que ma vengeance n’a été dicté que par la fidélité, il est pur, sans tâche ; la mort volontaire est un acte ultime qui ne peut souffrir d’aucune contestation (un seul acte en dit bien plus long que le plus long discours, car le discours peut mentir, l’acte jamais).
Encore une fois, ce n’est que la façon dont je l’ai fait jouer, ce n’est que ma vision de mon Rokugan …
Eléments que j’ai inclus ou modifié :
* Les PJ étant de rang de Gloire 2 ou 3, j’ai défini des PNJ de rang comparables, conseillers des différents seigneurs Tsume, Ikoma, Daïdoji et Shiba afin que les PJ puissent disposer d’interlocuteurs lors du festival.
* Dans ce scénario, c’est Daïdoji Uji qui a mandaté les PJ en qualité de magistrat, d’une part parce qu’il me semblait plus pertinent que ce soit le représentant du champion d’Emeraude qui le fasse et d’autre part car cela me permettait que ce soit une mission temporaire dans l’attente que Uji retourne à Otosan Uchi et fasse nommer des magistrats chevonés plus aptes à résoudre la délicate enquête qu’est de résoudre le meurtre d’un daimyô.
Les joueurs ont eu ainsi une pression supplémentaire, ils savaient qu’ils ne disposaient que de 5-6 jours pour résoudre le crime (et en retirer un grand prestige), après ils devraient passer la main (et là pas de prestige du tout). Aussi, cela réduisait les risques que les PJ me trouvent un assassin de circonstance …
* Soucieux de développer une réelle fausse piste qui puisse faire échouer l’enquête, j’ai développé en la modifiant la piste « meurtre par la pègre ». Lors d’un entretien des PJ avec le général Nasu Shizuma, ce dernier leur a indiqué que Retsu s’était fortement endetté auprès des usuriers du bourg pour armer ses troupes et dans le but d’engager des ronin et qu’il ne comptait pas rembourser ses dettes au premier jour de l’année mais au contraire emprunter plus (en réalité Retsu avait aussi d’importantes dettes de jeu). Ces usuriers pouvaient craindre qu’avec la guerre, il perdent leur argent (avoir misé sur le mauvais cheval) ceci aurait pu motiver ce meurtre.
Un des usuriers éventuellement interrogé sur ce point aurait vu leurs questions comme un moyen commode de se débarrasser de l’un de ses concurrents :
« Oui, samuraï sama, en privé mon estimé confrère marchand en apprenant la nouvelle que notre vénéré daimyô ne rembourserait pas ses dettes a dit qu’il était ruiné car il avait besoin de cet argent pour honorer ses propres dettes.
Je ne veux pas accuser sans raison mon estimé confrère mais peut être qu’il sera utile pour votre enquête de savoir qu’il reçoit des marchandises tard le soir dans son entrepôt à l’écart de la ville à l’insu des yoriki de la famille Tsume. »
Mais ils n’ont pas mordu à l’hameçon. Seulement une visite pleine de « découvertes » à une maison de jeu.
J’ai rajouté aussi beaucoup de ronin dans le bourg, attirés par les rumeurs de guerre promesses d’embauche.
* Il m’était inconcevable que Mako puisse accompagner 3 fois par semaine Reika à la chambre de Takashi sans passer devant plusieurs postes de garde dans le donjon. Tous ces gardes de faction ne peuvent ignorer ce fait.
Les PJ ont donc interrogé une vingtaine de gardes qui tous leur ont répondu que c’était une nuit calme habituelle et qu’ils n’ont rien remarqué d’anormal. Ils n’ignoraient rien du passage de Reika et se posaient bien des questions à son sujet (d’autant plus que les PJ ont insisté en demandant leur avis sur comment a pu procéder le meurtrier). Mais tous se sont tenus à leurs propos. Ce n’était pas à eux d’évoquer Reika et donc indirectement mettre en cause la responsabilité de Takashi à des étrangers du château quand bien même ils étaient magistrats. Il appartenait à Takashi et à lui seul d’informer les PJ sur la présence de Reika le soir du meurtre. Tous ont menti pour protéger le fils de leur seigneur.
Tous sauf un qui plaçait son honneur au dessus de tout. Quand les PJ lui ont demandé son avis, il leur a répondu qu’il ne pouvait pas leur répondre. Sous leur insistance (nous sommes magistrats, vous ne pouvez vous retrancher derrière le silence, il y a eu meurtre de votre daimyô …) il les a renvoyé à Mako. Obtenant, un entretien avec Mako (rang de shoko kanbu) en présence de ce garde, Mako leur a répondu qu’il prendrait des dispositions contre ce samuraï. Impasse.
Les PJ ont une un grand sentiment d’impuissance, la sensation de se heurter contre un mur et qu’il n’y avait pas de solution …
* Compte tenu de ce qu’ai pu dire dans le préambule ci-dessus, le mécanisme psychologique de la vengeance est différent que celui montré dans le scénario, la vengeance doit être faite au grand jour, être revendiquée pour qu’elle soit légitime quand bien même elle emprunte des chemins détournés.
Le plan de Itto était que Reika revêtisse la tenue traditionnelle de son clan (d’où la perle de obi orange perdue), qu’elle se glisse dans la chambre de Retsu par le plafond, qu’elle le réveille, qu’elle lui révèle son identité et qu’elle le tue (ce qui est la trame originale du scénario mais elle est à mon avis peu crédible, la geisha de 40 kg ayant du mal à tuer un bushi émérite sans faire de bruit et éveiller l’attention des yojimbo aux aguets devant la porte). Elle aurait été arrêtée et la vengeance aurait été effectuée au grand jour. Itto se serait alors à son tour révélé aux autorités, se dénonçant complice du crime.
Mais Reika a manqué de résolution au moment de l’acte. Elle n’est après tout qu’une hinin et elle a tué Retsu dans son sommeil. Elle a repris discrètement le chemin inverse, repartant comme d’habitude avant l’aube escortée par Mako.
De retour auprès d’Itto, la jeune fille a confessé sa faiblesse et a avoué son désir de vivre.
Emu, Itto n’a pu la contredire. Alors que dans son plan initial, Reika était l’instrument de sa vengeance, depuis 15 ans qu’il la suivait et la côtoyait, ses relations avec Reika étaient devenues beaucoup plus affectives, un amour paternel dévorait son cœur.
Certes, il aurait pu la tuer et se faire seppuku pour authentifier la katakiuchi (vendetta) mais lui faire le moindre mal était au dessus de ses forces.
Donc, il lui mentit et la rassura en lui disant que ce n’était pas grave, une simple lettre d’elle s’accusant du meurtre suffirait à justifier la vengeance. Après ils pourraient s’enfuir et reconstruire leur vie ailleurs. Seulement, ils ne pouvaient partir tout de suite et devaient patienter quelques jours afin que l’agitation retombe et que les routes soient moins contrôlées. Elle devait dans l’attente, reprendre une vie normale pour donner le change.
La jeune fille sécha ses larmes, écrivit la lettre et repartit à la maison de Geisha.
Itto n’avait aucune intention de respecter sa parole et de s’enfuir. Mais aller se dénoncer auprès des magistrats aurait été trahir Reika. Dans son esprit, elle était son seigneur. Il résolut donc d’attendre sur place dans l’espoir que les magistrats trouveraient d’eux même (pas d’embuscade comme dans le scénario original) et écrivit une lettre se dénonçant comme l’auteur du crime, conservant cette lettre et celle écrite par Reika pour plus tard.
Fin du scénario
Quand les PJ ont été enfin reçu par Takashi le 3ème jour suivant le meurtre, ils avaient réunis suffisamment d’éléments. Ils firent part poliment de leurs interrogations sur le mode opératoire du meurtre à l’issue d’une cérémonie du thé privée entre les PJ et Takashi, ce dernier leur avoua sa liaison avec Reika et sa présence la nuit du meurtre.
Il leur exposa que sans vouloir interférer sur la mission des magistrats, il tenait beaucoup à Reika. S’il comprenait la nécessité qu’ils interrogent la geisha, si il y avait doute, qu’elle bénéficie du doute …
Ils apprirent à la maison de thé que Reika était absente et qu’elle fréquentait Itto.
Arrivé à la masure de ce dernier, après avoir pris les précautions d’usage, ils frappèrent à la porte et furent invité par Itto à prendre le thé.
Celui-ci leur raconta toute l’histoire (Reika était sortie chercher du bois). Ayant terminé il leur dit qu’il ne désirait que la mort afin de rejoindre ses compagnons dont le souvenir le hantait. Il leur demanda l’autorisation de se faire seppuku à eux de choisir quelle histoire ils préféraient (et de leur sortir les deux lettres d’aveux). Seulement, il préférait mourir avant le retour de Reika.
Les PJ discutèrent longtemps sur la décision à prendre hésitant essentiellement entre l’autorisation de seppuku et l’exécution. Ils savaient que leur décision était applicable sur l’heure car ils bénéficiaient d’aveux écrits mais ils hésitaient sur la conduite à tenir (conséquences politiques de leur décision, éthique du bushido …)
Finalement, ils autorisèrent le seppuku mais celui-ci devait se faire sous les yeux de Reika, elle devait voir comment se devait de mourir un samuraï.
Quand Reika revint, en voyant les magistrats elle eut un regard de bête traquée et un mouvement de recul mais jugeant toute velléité de fuite vaine, referma la porte.
Itto accomplit alors son seppuku sous le regard révulsé de Reika.
Les magistrats examinèrent alors le cas de Reika, choquée et tremblante du seppuku.
Après d’âpres discussions, l’un des magistrats étant pour la grâce invoquant qu’elle n’avait été qu’un instrument de la vengeance de Itto (spécieux mais il a le cœur tendre …), un autre considérant qu’elle s’était vengée comme une samuraï et qu’elle méritait le seppuku et les deux autres estimant qu’elle n’avait pas été ferme dans sa vengeance (elle n’avait pas revendiqué spontanément son crime), n’elle n’avait agit que comme une hinin et qu’elle méritait le sort d’une hinin …
Leur avis l’emporta, le verdict fut l’exécution mais on lui accorda la faveur de parler. Elle avoua sa difficulté de compréhension du bushido mais rappela qu’un seul principe avait animé son cœur : « Nul fils ne peut marcher sous le ciel de l’assassin de son père ». Ce principe suprême, elle se l’est répété chaque jour depuis sa rencontre avec Itto et elle s’est appliquée à le mettre en œuvre sans haine avec la froide résolution nécessaire. De sa lame, elle avait parcouru le corps endormi de Takashi mais nulle haine n’animait son cœur …
Certains magistrats regrettèrent leur décision mais ils ne pouvaient décemment revenir sur celle-ci.
l’un des samuraï se désigna pour la tuer.
Alors qu’il était face à elle, elle le regarda dans les yeux et lui dit : « que mon sang honore ta lame. » (Malédiction, bénédiction ? Un peu des deux)
Il lui trancha la tête.
Les PJ brûlèrent les aveux de Reika et mirent le feu à la bicoque non sans prendre auparavant les sabres ancestraux de la famille Damasu.
Devant toute la cour Tsume, les PJ rendirent leurs conclusion de leur enquête.
Takashi dit « Justice a été rendue » ce qui valida (au grand soulagement des PJ) leur décision aux yeux de la famille Tsume, la famille lésée. Il les félicita pour la célérité de leur enquête et rendit grâce à la clairvoyance de Daïdoji Uji pour avoir placé sa confiance en eux (derrière les mots, il y a avait autre chose et les PJ eurent la perspicacité qu’il convenait de ne pas s’étaler sur le sujet).
Cette décision ne put donc être remise en cause par les magistrats d’émeraude qui arrivèrent deux jours plus tard. Ils se contentèrent de noter leurs conclusions pour les archives impériales, sans chercher à approfondir.
Avant leur départ, Takashi leur fit un cadeau « pour les remercier encore du grand service qu’ils lui avaient rendu ».
Il remit à chacun un waka calligraphié de sa main écrit quelques jours auparavant par « qui vous savez ».
« Sur l’eau, s’étalait,
Sa longue chevelure,
Etoile Noire,
Que son amant contemplait,
Tel jadis sur l’oreiller. »
Les PJ remercièrent et eurent le bon goût de décider qu’il valait mieux partir dans les plus brefs délais.
Ils décidèrent d’aller sur les terres de Ikoma Ujiaki et sollicitèrent une audience de ce dernier (non sans en indiquer la raison).
Ils lui remirent le daisho de la famille Damasu. Ujiaki les honora en se déplaçant pour les prendre et en les saluant profondément.
Revenu à sa place, après avoir salué les sabres, il sortit le katana de son fourreau et le brandit au dessus de sa tête face à l’assemblée. Il dit en substance (je ne me rappelle plus précisément).
« Contemplez tous l’honorable lame de la famille Damasu. Vous serez les derniers à la voir. Moi, Ikoma Ujiaki, cousin de Damasu Kojima défunt daimyô de la lignée Damasu, déclare que la vengeance de la famille Damasu est accomplie par la mort de Tsume Retsu. Quiconque reprendra cette querelle ira à l’encontre de mes paroles. » Il remit le sabre dans le fourreau.
(petite subtilité, ce n’est pas pour autant que les Ikoma renoncent aux terres de la famille Tsume).
Les PJ remercièrent et partirent, pas trop chaud pour s’attarder …
Sinon, les Scorpion ont mené leur enquête et on reconstitué plus ou moins la vrai histoire qu'il ont mis en scène. La première était en présence des PJ, ça leur a fait tout drôle.
D'un côté ils acquièrent une renommée car "c'est eux les magistrats de la dernière pièce des Shosuro". Mais il y a aussi du moins car alors qu'ils étaient présentis pour la prochaine cour d'hiver impériale, ils ont été un peu mis de côté car la pièce fait scandale et partage l'opinion publique rokugani.
En cherchant la voie, vous trouverez le vide. Dans le vide est la force sans le mal.