A ma table, je demande systématiquement à mes joueurs qui veulent Communier : "Avant ça, décris-moi ton état d'esprit". Puis, je laisse entendre que l'attitude générale du shugenja va déterminer l’essentiel de ce que va pouvoir dire le kami.
En effet, je considère que l'Ecole du shugenja va formater sa façon de pensée d'une certaine façon, appelons çà "l'esprit de l'Ecole". Par exemple : des Isawa très respectueux mais rigides dans leurs interactions spirituelles car ayant étudié des textes sacro-saints sur ce que sont les kami et les éléments, des Asahina qui ne penseront pas naturellement à utiliser leur potentiel de façon belliqueuse, des Kuni méfiants et prompts à laisser éclater la violence s'il y a une menace potentielle, des Iuchi hésitants entre savoir gaijin et tradition rokugani... en gros, je considère que l'Ecole suivie par le shugenja va lui faire voir le monde d'une certaine manière, ce qui va conditionner sa façon de gérer la spiritualité.
Une fois ce schéma acquit par le joueur, il va falloir que ce joueur compose avec ce que le
personnage pense faire de cet enseignement, en gardant à l'esprit qu'il ne peut pas renier en bloc ce que lui a appris son senseï-chéri-le-meilleur-des-senseï : suis-je un Kuni qui laissera éclater la fureur des éléments mais qui fera aussi très attention à la "propreté" spirituelle de mes compagnons, les enjoignant à la prière et la méditation ? Un Asahina qui refusera de prendre une part active dans un affrontement mais qui "laissera le pouvoir des kami s'exprimer" pour assister les combattants ou diminuer les ennemis ? Un Iuchi qui considèrera que les kami ne sont en fait que de vieux membres de la famille qui ne demandent qu'à servir, eux aussi ?...
C'est un lourd travail de préparation mais ça m'a permis de cadrer définitivement mes joueurs shugenja dans une attitude sociale responsable, ne se contentant pas de "lancer des sorts" mais bel et bien de "bénéficier de la faveur des kami par une prière spécifique, mais aussi par une offrande et une pensée aimable une fois la période du besoin éloignée".
Voilà pour le côté joueur.
Côté Master, je me triture la tête pour considérer que les kami
n'ont pas accès à Ningen-do. Du tout.
Je considère en fait, dans la réalité de Ningen-do, qu'il y a comme une sorte de "voile" entre les perceptions physique et les perceptions spirituelles, ce qui fait qu'un shugenja ne peut pas "voir" un kami mais le "ressentir", comme une ombre ou une aura, une silhouette qui se dessine sous un drap de réalité floue
(puisqu'il y a un "voile")... et que le même phénomène existe pour les kami, qui ne peuvent pas "voir" un humain mais le "ressentir" avec leurs propres moyens, déterminés par leur essence : un kami du Feu (Intelligence, Dextérité) fera des liens entre des évènements mais n'en tirera pas de conclusion autre que ce qu'il peut connaitre
(le tissu brûle, je suis du feu, le samurai habillé de vert qui est passé tout près de moi n'a pas pris feu mais il porte des traces de brûlures sur son bras droit, c'est certain. Quoi ? "Quel clan ?" ?? Attendez, je sais déjà que c'était ce que vous appelez un "samurai", il en avait l'état d'esprit fougueux et martial... mais un clan ? C'est quoi, un clan ? Et baissez d'un ton, vous qui me dérangez sans même avoir pris le temps de me contempler !).
La rencontre des deux peut donner à peu près ça :
"- Je suis jeune shugenja Asako ayant étudié chez les Isawa. Je sais à quel point il est important de respecter la hiérarchie céleste mais, dans ma famille, on considère que chaque être vivant à une valeur intrinsèque qui n'a rien à voir avec le statut social. Ainsi, plein d'idéaux, je me ballade dans le quartier des eta pour savoir si ces pauvres êtres humains défavorisés pourraient avoir besoin de soutien spirituel. Atteignant le crématorium, je veux communier avec les esprits du Feu de ce lieu hautement symbolique et leur demander comment je pourrais aider les villageois !"
"- Oui... ok, mais quel est ton état d'esprit au moment où tu sors ton rouleau et entame la prière de communion du Feu ?"
"- Hein ? Ben, je te l'ai dit, je veux aider les gens d'ici..."
"- D'accord. Je dois te rappeler que vous venez d'arriver dans la région à la demande d'un daimyo local qui semble ne se soucier de ses heimin que quand ils ne payent pas leurs taxes. En arrivant, j'ai décrit les rizières aux brins maigres et éparses, les vaches efflanquées et les heimin qui vous saluaient à peine à votre rencontre - tu as d'ailleurs dû calmer Matsu-san pour ne pas entamer votre mission par un esclandre. Il y a des maisons vides qui vous permettent de vous établir sans avoir à loger chez un pouilleux, une vielle femme vous a servi un repas frugal de riz et de concombres marinés avec un thé extrêmement fort au goût boisé. Dans le quartier des eta, je t'ai dit que les hommes ne semblaient heureusement pas au bord de la misère mais fuyaient prestement ta présence, apeurés et l'air coupable."
"- Oui, oui, je sais tout ça ! C'est pour ça que je suis là, pour avoir l'avis des plus démunis et des moins écoutés ! Le crématorium, c'est un grand feu fait fréquemment, il doit en savoir des trucs le grand kami du Feu local, non ?
*ayant l'air de réaliser* Oh... je prends bien soin de respecter un kami de cette importance en rectifiant ma posture et en pensant à mon senseï (pour la droiture d'esprit). Oh ! Et je vais prendre la statuette en bois offerte en bénédiction de voyage par les moines de mon village, ça soulignera l'importance de ma démarche !!"
"-
*souriant* Parfait, parfait, je vois mieux quel eet ton état d'esprit, c'est très important...
*les dés s’entrechoquent dans les mains du joueur* je n'ai pas entendu de déclaration d'Augmentation, hein, mais vu la préparation que tu fais, je t'octroie une Augmentation Gratuite pour la précision des renseignements si tu réussis ton jet... alors ? Réussi de 18 ? Excellent !... Alors que tu perçois les contours d'une silhouette humanoïde semblant ondoyer de chaleur, le Grand Esprit du Feu du crématorium s'exprime à ton adresse : "Ah, je suis ravi que vous soyez ici ! Et je vois que, cette fois, c'est un tout petit homme en bois que vous apportez... vous voulez encore que je vous le cuise ou, cette fois-ci, je pourrais le manger moi-même ?"
*malaise l'espace d'un instant pour le joueur, petit sourire en coin pour ma part*
- Je rappelle que tu as droit à deux questions..."
C'est plus compliqué mais un peu mieux qu'un : "Je lance Communion Feu une fois arrivé au crématorium du village, je veux savoir ce qu'il se passe dans le quartier des eta ?", qui devrait être sanctionné de la même façon qu'un : "Je suis Matsu Gembei, samurai Rang 3 du seigneur Matsu Yuyu et je vais punir le chef de ce village parce que je trouve qu'il a commis des erreurs !... je lance l'init, là ?"
Réflexion, respect, responsabilité. :D
EDIT : Rhaaa, mais merdoum, encore pawnd par Pénombre ! Je l'aurai un jour, je l'aurai !
Tiens, j'en profite pour te remercier de tes interventions toujours pertinentes, Pénombre, ainsi que des aides de jeu disponibles sur ton site et qui ne nécessitent que peu de changement pour être parfaitement sans spoiler. Domo arigato gozaimasu !
Pour les éléments composés, je conseille une interprétation libre du MJ, qui pourra utiliser les classiques : Terre pour le Bois, Feu pour les Eclairs et le Tonnerre, Eau pour la Boue (qu'on utilise assez souvent comme "miroir" scrutateur).
Cependant, j'ai entamé une réflexion personnelle sur les éléments multi-composés, qui peut se résumer comme ça :