Pour les grades des fonctionnaires chinois, je ne peux que conseiller la lecture de
, car période plus proche de celle dont s'inspire Rokugan).
En précisant bien que dans ce jeu, les auteurs ont fait le choix de présenter une administration
. La vraie hiérarchie chinoise est polymorphe, extrêmement complexe et dissemblable parfois d'une province à une autre (et peut changer d'un Empereur à l'autre, au gré des caprices). Dans un souci de confort ludique, nous avons donc choisi de présenter une version exploitable en jeu plutôt que de faire une encyclopédie qui n'aurait intéressé personne -
- District : administré par un magisrat (le Juge Ti en est un typique).
- Préfecture : administrée par un préfet.
- Province : administrée par un gouverneur (parfois deux : un civil et un militaire).
Après y a plein de petites mains, de fonctionnaires mineurs (scribes, archivistes, adjoints, comptables,etc.), de conseillers, de chefs de cabinet... L'administration chinoise est un enfer bureaucratique qui se prête bien à l'improvisation du MJ pour rendre fou ses joueurs (façon les Douze Travaux d'Astérix).
m'étant revenus, je peux vous copier / coller ce que j'avais écrit dedans à ce propos.
, c'est simplifié dans une optique d'utilisation ludique ! (pour des informations parfaitement exactes, rien ne remplace un livre d'histoire)
1.2 La société chinoise
Les informations données dans ce chapitre sont essentiellement tirées de l’époque durant laquelle régna la dynastie Ming, mais elles sont globalement valables pour de nombreuses périodes de l’histoire de la Chine, allant de la dynastie Han à la fin de la dynastie Qing.
1.2.1 La famille
En tant qu’unité de base culturelle et administrative, ce n’est pas l’individu mais bel et bien la famille qui est reconnue. C’est elle qui possède les terres et propriétés et ses membres sont unis par le culte des mêmes ancêtres, vivant dans la même demeure.
Une famille traditionnelle se compose du père, de la mère, des fils et de leurs épouses tant que ceux-ci n’ont pas encore créé leur propre foyer, et des filles jusqu’à leur mariage (au cours duquel elles changent de famille en adoptant symboliquement les ancêtres de leur époux).
Le chef de famille incontestable est bien sûr le père, dont l’autorité morale fait loi. La mère vient ensuite, tant que ses fils ne sont pas adultes. Puis arrivent les enfants, qui doivent respect et obéissance à leurs parents comme l’exige la piété filiale définie par Confucius. Si le père a pour tâche de diriger la famille, son épouse se doit de tenir sa maison et de donner naissance à des garçons qui perpétueront la lignée.
Devant la loi, la famille est responsable collectivement. En théorie, chaque membre peut donc être puni pour les délits perpétrés par un seul des siens mais ce genre de cas reste rare et réservé en général aux crimes les plus graves comme la trahison. Par contre, il est fréquent que le prestige d’un seul membre de la famille rejaillisse sur toute la maisonnée.
1.2.2 Les Quatre Peuples
La classification de la population se fait par un système de castes, qui est tout sauf strict. En effet, bien que fortement hiérarchisée, la société chinoise est également des plus mobiles et changeantes, notamment grâce au système de concours de la fonction publique, à l’apprentissage ou à la mobilité de la population.
Les lettrés occupent la place la plus prestigieuse dans la société, qu’ils soient simples fonctionnaires, précepteurs, scribes, poètes ou romanciers.
Les paysans viennent ensuite. Producteurs du riz, ils sont ceux qui nourrissent tout l’Empire par leur travail.
Marchands et artisans, s’ils sont bien souvent beaucoup plus fortunés, sont moins bien considérés que les classes précédentes.
Les militaires forment aussi une classe à part, mal considérés et souvent méprisés et craints.
Hors de cette classification, existent les différents clergés, bouddhistes et taoïstes, qui bien que prétendant vivre hors du monde et de ses problèmes, jouissent d’une puissance politique non négligeable dont ils n’hésitent pas à user afin de faire avancer leur cause à la cour impériale et au sein des diverses provinces chinoises…
Enfin, en-dessous des Quatre Peuples se trouvent les parias de la société : vagabonds, mendiants, eunuques, prostituées, mais aussi artistes errants ou chevaliers du monde des arts martiaux.
Les lettrés :
Titulaires d’un diplôme, les lettrés jouissent d’un prestige considérable dans une société qui valorise tant la culture et le savoir.
Une partie des lettrés appartiennent à des familles de notables, fonctionnaires d’état ou propriétaires fonciers gérant de vastes terres. Ceux-ci sont fortunés et ont souvent l’oreille des autorités.
Mais en dessous de ces lettrés à la position élevée, il y a la majorité de ceux qui, issus d’une famille modeste ou titulaires d’un diplôme régional, forment une classe dite des « lettrés populaires », à la fois lettrés et membres du peuple. Ils sont précepteurs, écrivains publics, fonctionnaires locaux, etc. Bien que vivant à la façon des petites gens auprès de qui ils demeurent, ils bénéficient toujours de cette aura de noblesse que l’on associe à celui qui a reçu une instruction.
Les paysans :
Bien que venant juste en-dessous des lettrés dans la hiérarchie sociale, les paysans ont sans doute la vie la plus dure de tous les habitants de l’Empire.
Travaillant de l’aube au crépuscule, ils accomplissent un labeur physiquement éprouvant, ne prenant de repos qu’en hiver, la morte-saison agricole. Et encore en profitent-ils généralement pour se livrer à des activités annexes (petit artisanat, élevage, etc.) afin de mieux gagner leur vie, tant il est vrai que la culture de la terre est soumise à bien des aléas, climatiques notamment.
Bien que nombreux soient les paysans propriétaires de leurs champs, certains exercent la fonction de métayers sur des terres appartenant à de riches propriétaires.
Artisans et marchands :
Artisans et marchands, considérés comme ne créant rien mais profitant de la richesse produite par d’autres, ne jouissent pas d’un statut très élevé dans l’Empire, malgré leur richesse parfois colossale.
Il existe des artisans de toutes sortes mais les plus fréquents sont les artisans populaires, possédant atelier et parfois apprentis et qui réalisent divers travaux pour le compte de leurs clients. Une autre catégorie regroupe les artisans salariés, travaillant dans les grands ateliers et les industries de type fonderies, manufactures textiles, etc. Enfin, les plus riches des artisans possèdent ces industries et sont souvent sous contrat avec l’Etat pour la réalisation de vastes chantiers.
Les marchands, comme les artisans, sont de toutes sortes. Du petit commerçant de quartier au riche négociant en soie, il en existe de tout niveau social. Cependant, tous partagent un statut particulier : mal considérés, on envie cependant leur richesse, même quand celle-ci est des plus modestes. Leurs activités contrôlées de très près par l’Etat, les marchands règnent sur les marchés, ports et autres places commerçantes. On attend d’eux qu’ils soient honnêtes mais nombreux sont ceux qui profitent de leur position pour verser des pots-de-vin aux fonctionnaires, afin de s’attirer leur protection ou de leur faire fermer les yeux sur des activités légèrement illégales.
Les militaires :
Véritable caste au sens propre du terme, l’armée se situe à la position la plus basse de la hiérarchie sociale.
La charge de soldat est héréditaire et se transmet de père en fils : une famille enregistrée comme « famille militaire » doit fournir à l’Etat au moins un homme par génération afin de servir dans l’armée.
Méprisés par les lettrés, craints par le peuple, les soldats mènent une vie rude qui les amène parfois à déserter ou se mutiner ! Mal payés, ils voient bien souvent leur solde détournée par des officiers peu scrupuleux.
Désœuvrés en période de paix, leurs garnisons offrent peu de distraction. Visites au prostituées et jeux de hasard sont les seuls loisirs des soldats. Lorsqu’ils ne font pas la guerre cependant, il n’est pas rare que les soldats soient envoyés sur les grands chantiers, accomplir un travail d’ouvrier à la fois pénible et infamant.
1.3 L’administration
Les informations données dans ce chapitre sont essentiellement tirées de l’époque durant laquelle régna la dynastie Ming, mais elles sont globalement valables pour de nombreuses périodes de l’histoire de la Chine, allant de la dynastie Han à la fin de la dynastie Qing.
1.3.1 La cour impériale
L’Empereur :
L’Empereur est le souverain de la Chine. Il reçoit son mandat du Ciel et seule une conduite exemplaire et vertueuse lui assure de le garder.
Intermédiaire entre les Dieux et les hommes, il règne non seulement sur l’Empire mais également sur de nombreux états vassaux (comme les oasis de la Route de la Soie ou les petites principautés nomades sises aux frontières).
L’Empereur possède un rôle extrêmement protocolaire. Il préside à toutes sortes de rituels et cérémonies, reçoit les ambassadeurs des nations étrangères, étudie les Classiques, etc.
Politiquement, son rôle est mineur : le véritable chef du gouvernement est le Premier Ministre. Concrètement, l’Empereur possède un droit de veto sur toute décision prise par ses ministres, et il lui est demandé d’arbitrer les conflits entre hauts-fonctionnaires le cas échéant.
Le Conseil des Ministres :
Présidé par le Premier Ministre et composé de six ministres, le Conseil représente le véritable pouvoir décisionnel.
Les ministres sont de hauts-fonctionnaires issus pour la plupart de familles de notables. Les six ministères sont les suivants : Fonction publique, Finances, Rites, Guerre, Justice et Grands Travaux. On peut y ajouter le Censorat qui a à charge la surveillance de toute l’administration.
Dans l’ombre des ministères existent de nombreux cabinets, commissions et instances dans lesquels intriguent les innombrables fonctionnaires du palais impérial.
Les eunuques :
Les eunuques sont des hommes castrés, seuls serviteurs ayant le droit de vivre dans l’entourage immédiat de l’Empereur et de veilleur sur son gynécée – pour des raisons évidentes. Généralement issus du petit peuple, l’émasculation est bien souvent pour eux la seule façon de s’élever dans la société.
Au cours de leur longue histoire, les eunuques ont appris à profiter du pouvoir que leur octroie leur position privilégiée auprès du Fils du Ciel. Conseillers occultes, possédant un puissant réseau de relations au sein de la cour, l’influence dont ils jouissent est considérable et peu de hauts-fonctionnaires se risquent à les contrarier.
Bien des Empereurs ne furent que des souverains fantoches, exécutant les volontés de ces demi-hommes restés dans l’ombre, craints et haïs par le peuple en raison de leur monstruosité physique aussi bien que morale.
1.3.2 Les fonctionnaires
Les fonctionnaires sont sans aucun doute les habitants de l’Empire qui bénéficient du plus haut prestige. Servir l’Etat est considéré comme la plus noble des fonctions, celle à laquelle aspire tout un chacun, pour lui-même ou ses enfants.
Être fonctionnaire implique de suivre les préceptes confucéens de base (soumission à la hiérarchie, recherche du bien du peuple, impartialité, etc.) et de servir l’Empire de son mieux jusqu’à la retraite (généralement fixée à soixante ans).
Salarié par l’Etat, les fonctionnaires jouissent également de nombreux avantages : déductions fiscales, exemptions de corvée, clémence de la justice en cas de faute. Mais le plus grand privilège du fonctionnaire est son immense prestige social et le respect qu’il inspire aux gens du peuple.
Les concours :
On devient fonctionnaire en passant des concours, de différents niveaux selon le poste visé. Ces concours sont ouverts à tout le monde : chacun peut ainsi espérer devenir un serviteur de l’Etat et bien des familles modestes se saignent aux quatre veines afin de permettre à leurs enfants de recevoir l’instruction qui leur permettra de passer les concours.
Il existe plusieurs échelons de concours, du local au provincial, qui permettent de recruter des fonctionnaires de tout niveau afin de faire fonctionner au mieux la machine administrative. Les examens locaux permettent de sélectionner les candidats les plus prometteurs, qui reçoivent alors le titre de bachelier et l’autorisation de tenter les concours. L’examen provincial accorde le titre de licencié et celui qui le réussit peut enfin entrer au service de l’Etat ou continuer à étudier pour devenir docteur.
Le doctorat est le plus haut diplôme que peut espérer passer un lettré. Présidé par l’Empereur en personne, l’examen sanctionne les hommes les plus valeureux de l’Empire, qui peuvent dès lors aspirer aux plus hauts postes de la fonction publique.
Evidemment, les familles riches ou de lettrés ont plus de chance de voir leurs fils devenir fonctionnaires à leur tour que les familles de paysans. Le pistonnage est fréquent et un fils de ministre a sensiblement moins de mal à s’élever dans la hiérarchie que ses camarades moins bien nés… Toutefois, ce système fonctionne suffisamment bien, montrant à tous que chacun peut à force de travail et de volonté s’élever en devenant serviteur de l’Empire, pour ne pas être remis en cause.
1.3.3 Le découpage territorial
Fonctionnant de manière centralisée, l’Etat chinois possède une structure pyramidale dont le sommet est l’administration métropolitaine sise à la capitale.
Le District :
L’unité territoriale de base est le District. Constitué d’un chef-lieu et des terres alentours dans un rayon de quatre vingt kilomètres, il est dirigé par le Magistrat, un fonctionnaire cumulant les rôles de maire, juge et commissaire. Vivant à l’hôtel de ville, nommé Yamen, il règle les affaires courantes de la région, assisté de nombreux adjoints : organisation des cérémonies et festivals, application de la justice, règlement des conflits, tenue des comptes, etc.
Nommé en général pour trois ans, le Magistrat doit concilier les consignes de ses supérieurs avec les intérêts de ses administrés, notamment les plus riches et influents. La fonction de Magistrat est bien souvent la première marche vers de plus hautes responsabilités, et les plus compétents sont destinés à une grande carrière.
La Préfecture :
Regroupant plusieurs District sous sa juridiction, la Préfecture est tenue d’arbitrer les conflits de juridiction entre Magistrats et de gérer les affaires de sa compétence.
Le Préfet doit ménager ses différents Magistrats tout en s’assurant que l’harmonie règne dans sa région. Il est assisté pour cela par divers sous-préfets s’occupant de charges spécifiques (affaires agricoles, grands travaux, comptabilité, etc.).
La Province :
Régie par un Gouverneur chapeautant trois commissions (administrative, judiciaire et militaire) gérées par des intendants, la Province regroupe plusieurs Préfectures en son sein, dont elle doit coordonner les actions.
Il s’agit de l’unité territoriale la plus vaste, et le poste de Gouverneur possède un prestige en rapport avec ses nombreuses responsabilités.
Les impôts :
Les impôts sont multiples et généralement lourds à supporter pour le peuple. Servant à payer le fonctionnement de l’Etat et à entretenir le train de vie de l’Empereur, il peut être perçu de diverses manières.
La taxe foncière est l’impôt de base, prélevé en nature auprès des paysans après les récoltes. C’est l’impôt dont le montant est le plus élevé, celui qui permet à l’Etat de fonctionner, en payant ses fonctionnaires, entreprenant une politique de grands travaux, etc.
L’état possède également différents monopoles (sel, soie, thé) lui permettant de faire rentrer de substantielles sommes dans ses caisses.
Les taxes diverses permettent aux différents rouages de la société de fonctionner à des niveaux plus locaux : péages, frais d’entretien des Magistrats, taxe sur les échanges commerciaux, etc.
Enfin, il y a les corvées, tâches dont les membres du peuple doivent s’acquitter au service de l’Empire. On peut s’exempter de corvée en échange d’une somme, mais celle-ci étant plus élevée que le montant de la taxe foncière, peu de gens en ont les moyens.
La justice :
Lorsqu’un crime est commis, ce sont les autorités locales qui enquêtent alors afin de déterminer les coupables. Le procès a lieu dans le Yamen et est présidé par le Magistrat qui interroge témoins et suspects afin de démêler la vérité. Une fois celle-ci établie, le Magistrat décide de la peine à appliquer. Cependant, certains crimes sortent de la juridiction du District et ne peuvent être jugés que par des instances supérieures (comme la trahison ou le meurtre d’un fonctionnaire).
Il existe divers codes pénaux permettant aux Magistrats, juges préfectoraux ou commissaires de Province de fixer les peines des prévenus en fonction de la gravité du crime commis. Une abondante littérature juridique existe, sur laquelle peuvent s’appuyer les fonctionnaires chargés de rendre la justice, dans un souci d’équité sans faille.
Les châtiments réservés aux criminels sont nombreux et variés.
Pour les crimes de moindre importance, la bastonnade est fréquente, de même que l’emprisonnement pour de courtes durées, ou l’accomplissement de corvées diverses. Ceux qui en ont les moyens commuent ces peines en payant de lourdes amendes.
Des crimes plus lourds peuvent être punis par la mutilation ou la déportation en camp de travaux forcés, ainsi que le port de la cangue. Les criminels récidivistes peuvent également être marqués au fer rouge afin que chacun connaisse leur nature malhonnête.
Les plus lourdes peines, comme la mort ou l’exil, ne peuvent être prononcées que par l’Empereur en personne. Ces châtiments sont réservés à ceux qui ont trahi l’Etat ou se sont rebellés contre l’Empereur et son autorité.