Lu dans le Libé d'aujourd'hui :
Drogues : les Français sévères et injustes
Sondage . Les toxicos sont de plus en plus considérés comme «responsables» de leur addiction.
Le fond de l’air est rude. En dix ans, les Français ont durci leurs positions sur les drogues et ceux qui les consomment, se félicite l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Après les éditions de 1999 et 2002, le volet 2008 de l’Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes (Eropp) montre qu’ils approuvent de plus en plus les mesures prohibitives. Si les Français placent toujours l’héroïne et la cocaïne en tête des drogues les plus dangereuses dès la première expérimentation, l’inquiétude à l’égard du cannabis augmente. Ils sont 74% à adhérer à la théorie de l’escalade (en résumé, les joints mènent aux drogues dures), «croyance erronée»,rappelle tout de même l’OFDT. Trente-quatre ans après l’«Appel du 18 joints», un fumeur de cannabis sur deux serait contre la mise en vente libre, assure l’enquête.
Les Français rejettent également l’idée d’ouvrir des salles de shoot où les toxicomanes les plus en marges pourraient pratiquer des injections en limitant les risques de contamination. Ils sont d’ailleurs de plus en plus sévères à l’égard des toxicos : en 1999, 59% les considéraient comme des malades, contre 24% aujourd’hui. A leurs yeux, les toxicos sont «responsables» de leur toxicomanie. Et même «coupables», se permet d’ajouter le directeur de l’OFDT,
Jean-Michel Costes.
Je sais pas si ces chiffres sont pertinents, et la construction de l'article me semble assez bizarre (le titre est plutôt rentre-dedans et les arguments avancés par le directeur de l'OFDT me semblent vachement partisans), mais en admettant - sans vouloir faire de jeu de mots - que ça n'est pas une intox, je trouve que c'est le genre d'informations qui en dit long sur le reformatage de la culture générale et de la pensée.
Pour mémoire :
- comme le rappelle incidemment l'OFDT, le coup de l'escalade "je commence par le joint, je continue avec la seringue" est complètement foutraque. On se croirait à l'époque du "j'ai le VIH, donc je suis forcément un homo et l'homosexualité, c'est mal"...
- l'addiction en matière de drogues dures me fait ricaner, parce que le mettre en avant masque deux autres phénomènes bien plus redoutables et sur lesquels le toxico n'a guère d'impact, la dépendance physiologique et surtout l'accoutumance qui amène à prendre de plus en plus pour obtenir le même résultat. Dans un pays ou plus de la moitié des gens qui désireraient arrêter de fumer la cigarette ricochent de thérapies en traitements en compensations et en rechutes (et ou on nous dit de temps en temps quand même que le tabagisme passif, c'est une autre méga-connerie bien instrumentalisée sans rapport avec la réalité - car il y en a une - du phénomène), c'est assez con de proclamer que les toxicos sont responsables de leur addiction... quand on sait à quel point il est difficile de décrocher de l'héroine. Autrement plus difficile que de décrocher de la clope...
- je ne suis pas fumeur, ni consommateur de drogues et à peine d'alcool (je dois atteindre les quatre litres annuels, dont les trois quarts dans des trucs difficilement contournables genre mariages, pots de retraite, anniversaires et compagnie) mais je connais plein de gens dans l'un ou plusieurs de ces cas. J'attends d'en rencontrer un qui me dise qu'il est contre la légalisation du cannabis. Les seuls qui sont contre, ce sont les usagers qui dealent également, et quand on sait le peu que ça rapporte par an d'après toutes les études internationales, ils sont arc-boutés sur des sommes qui ne valent même pas les efforts qu'elles leur demandent. La majorité des fumeurs de hasch aimeraient bien justement se faire des joints sans acheter des barrettes d'on ne sait pas très bien quoi à la sauvette...
- je constate que le tabou sur l'alcool en tant que drogue continue. Rien qu'au niveau de ses consommateurs, l'alcool a tué bien plus de gens que le cannabis, la cocaine et l'héroine réunis. Et l'alcool au volant tue encore davantage que n'importe quelle autre substance prise. Quand à arrêter de boire, c'est à peine moins difficile que d'arréter de fumer. Bêtement, parce que l'alcool a des effets néfastes et qu'il est largement plus consommé - et même valorisé - que la clope (devenue le prétexte à tous les règlements de comptes à la con entre proches, collègues et inconnus) sans parler du reste. Mais non, on considère que la majorité des buveurs sont - et c'est le cas - des buveurs raisonnables ou occasionnels, donc qu'on peut racketter légalement, alors que forcément tous les fumeurs de hasch sont des toxicos qui mettent en danger les autres et on peut les sanctionner, légalement.
Mais de la gôche à la droite, on ne touchera pas aux vignerons. Ni à la régie d'état qu'est le monopole de la distribution des cigarettes. Les gens sont coupables, certes, mais rien ne doit les empêcher de continuer à banquer... faut bien combler les trous dans les caisses publiques qu'on fait, à force d'arroser les copains et de soigner les gens qui chopent des trucs pas tristes à coups de produits dangereux en vente légale....