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par Tetsuo » 29 déc. 2003, 10:07
Terre.
Sous mes pieds je sens les graviers, je vois la petite forme arrondit du dôme que cache en parti le dos d’Yokama, j’avance en silence, je n’ai pas l’autorisation de venir voir ce qu’il se passe ici, je n’ai que quatre ans. Yokama me sourit en me voyant, je l’aime bien. Je me souviens.
Air.
J’entends la respiration étrange de l’être qui se trouve sous le dôme, je me demande qu’elle peut bien être cette créature que l’on tient enfermé dans cette niche. Yokama lui parle et l’encourage, sa voix est pleine de sagesse, je l’écoute, j’ai cinq ans. Je me souviens.
Eau.
La pluie fouette mon visage alors que je cours vers le hangar récemment construit autour du dôme, je passe sous l’abri et mes pieds fond crisser le gravier. Yokama me sourit et disparaît dans un nuage de vapeur alors qu’il plonge un outil dans un baquet d’eau, j’ai six an. Je me souviens.
Feu.
La chaleur est intense, Yokama me montre l’être dans le dôme, j’écoute ses conseils alors qu’a l’aide d’une pince et d’un manchon j’introduis le métal dans la gueule rougeoyante. J’ai sept ans et j’aime ça. Je me souviens.
Yokama m’enseigne, après mon instruction de bushi je cours le rejoindre dans la forge, maintenant je sais, le vieil hemin crée des outils pour nos paysans. Mon père tolère mes escapades, je ne suis que le cadet. Mon frère ne rate pas une occasion de se moquer de moi et de mon affection pour ce serviteur. J’ai huit ans et j’aide Yokama, je suis en charge de préparer le foyer, c’est une étape importante. Je me souviens
Je suis parti du cours de maintient, mon frère m’a dit qu’il ferait chasser Yokama quand il sera le chef de la famille, je le déteste. Mes pas m’ont conduit dans la forge, le seul lieu ou je me sente en sécurité. Elle était éteinte, silencieuse, sans vie. La gueule noire du fourneau ressemblée à un trou béant vers l’Outremonde, un abîme de ténèbres, c’est la que je pousserais mon frère s’il fait du mal à Yokama, j’en fais le serment, le vieux forgeron me rejoint et me console, il m’explique que la haine est mauvaise conseillère et qu’elle est comme une fissure dans un outil qui fini par le briser, un cœur sans haine est comme une lame sans fissure, plus solide que mille ans ne l’émousseront pas. J’ai dix ans, et je ne pleurerais plus. Je me souviens.
Je sors le lingot du fourneau, et le pose sur la petite enclume, Yokama commence à le travailler, nous devons faire un couteau a bois pour le charpentier, je tiens le lingot qui déjà prend forme sous les coups de marteau du maître. Mon père me regarde, il semble fier, mon frère lui glisse un mot a l’oreille et ricane. Le forgeron me rabroue, je ne dois pas rêver, il faut réchauffer le métal. J’ai onze ans, et je sais que mon père me méprise. Je me souviens.
Le marteau semble lourd dans mes mains, et si léger dans celles de Yokama, maintenant je dois transformer le métal chaud en une large bêche. J’ai douze ans, et je forge. Je me souviens.
Je me souviens, la chaleur, la vapeur, les graviers, le rouge et le jaune, le son, le marteau sur le métal, le feu et la terre mélés dans le cœur de la forge, l’air qui attise le feu et l’eau qui refroidit le métal. Je me souviens de ses années qui ont filées comme une vague, j’ai dix-neuf ans, et Yokama est mort. Comme son enseignement me l’a apprit : « les éléments sont dans la forge, la forge est la vie, la forge ne détruit pas, elle transforme, elle crée. Vois comme le feu et l’air s’unissent, voit comme la terre et l’eau se rejoignent» Mon maître forgeron brûle sur le dans le crématorium, et moi j’allume la forge, les pieds sur le gravier, je trempe les outils dans l’eau pure, je me souviens de cette nuit, seul, j’ai forgé mon marteau : Yokama.
Je me souviens alors que j’ai vingt et un ans, alors que je suis dans l’obscurité, je marche derrière l’étrange nonne qui nous guide vers les profondeurs de la tombe, l’Ize Zumi est silencieuse, Shinjo semble aux aguets alors que Shosuro se cache derrière lui. Seul le Kitsuki est serein. La lueur blafarde qui émane de la nonne éclaire à peine notre chemin.
J’ai peur, le savoir me rassure, ma jambe manquante me démange, étonnant, par réflexe ma main la gratte mais ne rencontre que le bois de la prothèse. Nous sommes dans la forge, je le sais, dans le creuset des âmes, nous en ressortirons changés, les mêmes mais différents. Premier et dernier remparts contre l’ennemi de Rokugan, je me souviens, la forge est le creuset des quatre éléments, mais le forgeron est le cinquième. Je me souviens, et je suis serein la bataille qui arrive trouvera un samouraï et son Yokama.
Eppur si muove