Tout d’abord, le concept de sous-texte provient d’une analyse du théâtre et malgré son manque de pertinence, il a été projeté sur le cinéma. Donc certes, le cinéma n’est pas de la littérature, mais tu utilises des outils et concepts littéraires pour en parler. Alors, c’est un peu facile de dire qu’il existe un transitivité uniquement si ça t’arrange.
Ensuite, pour la récurrence des thèmes : cette récurrence est présente et explicite dans chaque film. Chacun peut être compris de manière indépendante. Autrement, cela implique qu’il faut absolument connaître les autres pour comprendre ce dernier. Et que se passe-t-il si la récurrence est une commodité d’usage, par exemple une commande ou bien un domaine que l’auteur connaît sans pourtant chercher à faire des ponts entre ses films ? En quoi une analyse totalisante est-elle plus pertinente qu’une analyse au cas par cas ? Je te dirais bien que si l’auteur a séparé ses films, c’est pour une raison et donc qu’ils sont autonomes, a minima et que si tel n’est pas le cas, c’est donc une forte lacune de l’auteur.
Ensuite, est-ce que tu vois, dans un film comme la Guerre des Mondes, des éléments qui altèrent ta vision du film ou bien est-ce que tu altères ta vision de ces éléments selon l’interprétation que tu veux avoir de ce film ? Ce que je veux dire est : « est-ce que la biographe de Spielberg sert réellement à comprendre la Guerre des Mondes ou bien est-ce que c’est un argument que tu mobilises pour défendre TON interprétation (comme étant juste) ? » Vois-tu ce que je veux dire ici ?
De même, pour Avatar, tu as du mal à ne pas plonger dans des ouvrages sur l’hindouisme pour comprendre ce qu’a voulu dire Cameron. Je ne dis pas qu’il n’ait pas de culture. Juste que si c’est du hors-texte qui t’aide à comprendre le texte, c’est effectivement du hors-texte et non du « sous-texte » (ce qui serait une sous-couche que l’on peut percevoir seulement en procédant à une analyse rigoureuse du texte pris de manière close). À chaque fois que tu recours à l’extérieur de l’œuvre, tu altères le sens. Peut-être que cela se rapproche de la « volonté de l’auteur ». Mais cela s’éloigne alors du message effectivement transmis. De plus, tu lis des ouvrages de l’hindouisme et cela vient en écho à ta vision du film. Mais n’est-ce pas parce que tu vas chercher dans ces ouvrages ce qui va corroborer ton analyse ? Attention, je ne dis pas que tu es de mauvaise fois. Simplement qu’une vision du monde, ça se construit et se produit de manière réflexive.
Enfin, sur la question du contexte, je veux bien, mais il se mélange une infinité de contextes différents. Si deux contextes s’opposent (ton contexte de 2009-2010, face au contexte de l’écriture du scénario d’Avatar au milieu des années 1990 ? Parce que là, le WTC, la crise économique, la deuxième guerre en Irak, hum hum…), comment fais-tu le tri ? Tu hiérarchises ? (Le contexte est-il supérieur à la volonté de l’auteur, cf. Tolkien qui ne voulait pas parler de la 2° guerre mondiale et le contexte qui tend à tout faire rentrer dans de telles cases) Comment tranches-tu un conflit d’interprétation ? Quelle est « la bonne » interprétation ? Pourquoi tel élément est-il déterminant / plus déterminant qu’un autre ?
Donc, pour reprendre tout cela, l’importance du critique / du travail journalistique, ce n’est pas de donner les éléments pour avoir une interprétation « juste », mais pour enrichir ou altérer l’interprétation que l’on a. Et soit sa rhétorique est convaincante, soit elle ne l’est pas. Soit tu la partages, soit tu ne la partages pas.
Pour l’auteur dont je parle, il faut que tu le mettes en perspective avec mon propos sur Platon, par exemple. Il existe une communauté épistémique contingente à une époque, du fait, justement, du contexte partagé et d’une culture commune. Grâce à ces implicites, tu analyses le monde d’une certaine façon. Quelque chose t’apparaît logique, il ne l’était pas forcément pour une personne d’il y a trois siècles et ne le sera peut-être plus dans trois siècles (si l’être humain existe encore, mais c’est une autre histoire).
Ensuite, j’ai l’impression que tu m’enfermes dans un réductionnisme primaire, afin de décrédibiliser mon propos. Est-ce que je dis qu’il n’y a : « pas de travail sur la mise en forme, la façon de raconter, l'évolution du médium utilisé, etc. » ? Lorsque je parle du succès de Titanic, je rends compte de la qualité de réalisation. Par-là, j’entends justement ce que tu m’opposes (et que Mugen me reproche aussi : l’aspect émotionnel, qui passe notamment l’agencement et la mise en scène. D’où l’importance aussi du chef de l’image).
Ensuite, est-ce que je dis être choqué qu’un film soit une « prouesse technique » ? Non. Au contraire. Et j’admets volontiers que cela fera d’Avatar un grand film. Par contre, ce n’est pas pour cela que j’irais le voir : l’argument de la « prouesse technique » me touche, mais ne me convainc pas pour aller le voir au cinéma.
Un cinéaste qui n’a pas le sens du spectacle ne fait pas de film réputé. Parce que, oui, le cinéma, c’est du spectacle. Et je ne repars pas sur ce que j’attends d’un spectacle.
Enfin, qu’une partie de mon argumentation soit difficile à prendre en compte, soit. J’aurais exprimé mon propos sans préciser que je n’ai pas vu le film, cette partie aurait eu plus de poids. Comme quoi, cela confirme mon propos

Plus sérieusement, j’ai confronté plusieurs interprétations sur ce film. J’ai questionné pour savoir ce qui plaisait (ou pas), ce qui marquait, etc. J’ai aussi vu vos remarques ici, par exemple. L’ensemble de tes critiques (en disant que ça passe par l’image, etc.) est vrai pour tout élément interprétatif de la vie : je ne peux pas parler d’un événement que je n’ai pas vécu ; je ne peux parler d’un livre que je n’ai pas lu ; je ne peux pas parler non plus du ressenti d’un ami, parce que ce n’est pas mon ressenti ; je ne peux pas faire d’histoire, parce que les événements décrits , les différentes sources que je confronte, je ne les ai pas vécu directement… D’ailleurs, je me demande encore comment je peux faire du jeu de rôle…
Je ne dis pas que j’ai tout compris d’Avatar (loin de là), juste que 1/ il n’y a pas de sous-texte qui induit une « juste » interprétation distincte de toutes celles erronées (qui, en réalité, sont justes non conformes à celle qui t’es propre) ; 2/ que ce film s’appuie pour l’essentiel sur son visuel et non sur son scénario, ce qui ne nuit pas – semble-t-il – à produire un effet émotionnel sur une bonne part du public ; 3/ que, pour ma part, l’absence de scénario est le plus souvent rédhibitoire.
Mugen : pour le space-opéra, ok

J’avoue que je ne connaissais pas bien la question. Star wars est toutefois fer de lance d’un renouveau.
Sur l’aspect émotionnel, je te rejoins, cf. plus haut. Certes, je l’ai mis de coté, mais je ne l’ai pas refusé à Avatar. Sauf qu’il s’agit là d’un élément encore plus subjectif (l’émotion) et j’ai préféré ne pas me lancer sur tous les fronts. Merci toutefois pour cette piqure de rappel.
Enfin, pour le jeu vidéo : eh bien, pour ma part, je n’ai pas eu une présentation du film qui ne faisait pas présentation du jeu. Tous les médias parlaient de cela, et de la révolution que cela allait faire aussi dans le monde ludique ; que le jeu sortait en même temps que le film, etc. Et des bandes annonces du jeu. Pourtant je n’ai pas cherché (du tout) à me documenter sur le jeu et je n’ai lu que les premiers articles sur Avatar, lorsqu’on ne savait pas de quoi il était question. Peut-être étais-je sur-bombardé publicitairement.
Et pour terminer : lorsque je parle d’imposer son interprétation, je parle du discours de sourds qui s’est produit sur trois pages à propos d’Avatar entre le camps des « James Cameron est un géni et il a un sous-texte ultra dense et si vous n’appréciez pas le scénario, c’est que vous êtes passé à coté » et de l’autre ceux des « C’est un navet scénaristique, consensuel à souhait ». Je conteste le sous-texte, pas qu’on puisse donner une interprétation très construite du scénario.
JBeuh, out of space…