(Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

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Ashidaka Kenji
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(Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

Message par Ashidaka Kenji » 19 août 2009, 14:09

A travers les shoji, la lumière de l'astre naissant inondait d'une lumière diffuse la petite chambre du jeune bushi, mettant en exergue la poussière en suspension dans l'air.
Le jeune garçon avait dormi d'un sommeil agité, résultat de l'entrevue qu'il avait eu avec son sensei, Kakita Karizuki-sama.
Il s'était réveillé plusieurs fois, s'était agité, retourné sur sa couche en coton cardé et avait rêvé de grandeur et de gloire.

Ce n'était pas tout à fait exact.
Parmi ses rêves fiévreux, un l'avait fait se réveiller empreint d'une sueur froide.
Les détails en étaient flous, mais il y dominait une forme qu'il ne connaissait que trop bien. Celle de sa marque de naissance sur le sein gauche, ressemblant vaguement à un oeil fixe.

Le garçon se leva d'un bond et alla vers le shoji donnant sur la salle de bain.
Il était temps de se préparer pour l'entretien le plus important de sa jeune vie.Le bain, à l'eau froide comme le voulait la tradition du dojo, avait revigoré le jeune Kakita, avait fait s'évaporer les miasmes des ses cauchemars et éclairci ses idées.
Que voulait lui dire ce haut seigneur de son clan ?
A ce sujet Karizuki-sensei n'avait pas été très disert. Il lui avait juste précisé que ce grand seigneur, Doji Shuki-sama, s'apprêtait à transformer sa vie.
Etait-ce en bien ou en mal, le garçon n'avait pu le déterminer.
Il avait toutefois senti l'anxiété de son maître, en général peu enclin à tant d'émotion.
L'enfant s'était donc demandé une bonne partie de la nuit ce qu'il avait bien pu faire pour mériter une telle attention et une éventuelle punition. Il s'était endormi en cherchant sans trouver de raison probante à l'inconfort de son sensei.
D'accord, il y avait eu cette idylle avec la jeune Agasha Keiko et le duel qui s'ensuivit où il avait apposé sur le visage de son adversaire Bayushi Shinyo une longue balafre le défigurant et marquant le climax de leur longue rivalité.
Tandis qu'il se préparait, le garçon sentit les souvenirs affluer.
Son arrivée au dojo, un soir d'hiver, la neige glaciale le recouvrant presque.
La découverte de son futur sensei, dans la forge attenante au dojo.
Les longues heures de travail au bokken et les milliers de dégainé-frappé pratiqués avec une lame émoussée.
Son amour et son talent pour les exercices d'escrime rituels.
Et toujours la vision de ce sabre étincelant et magique qui représentait toutes les aspirations du jeune garçon.
Les années passèrent et aux jeunes seigneurs Kakita qui suivaient les enseignements de Karizuki-sensei, s'ajouta un soir d'été deux enfants de clans différents.
Le jeune Grue, seul élève atitré de Karizuki-sensei s'en souvenait comme si la scène s'était passée la veille.
Après le repas, alors qu'il méditait sur la terrasse avec son maître, un cortège de deux palanquins escortés par vingt Daidoji s'était présenté à l'huis du domaine du maître.
Buro, le serviteur édenté de Karizuki-sama, s'était précipité pour les accueillir, avec l'instinct du serviteur aguerri.

- Va dans ta chambre mon enfant, avait dit Karizuki-sama, avec un froncement de sourcils.

Le garçon s'était exécuté, mais était resté à écouter et à regarder les arrivants par une fente de son shoji. Après tout son maître ne le lui avait pas interdit, n'est-ce pas ?

Le seigneur - à sa mise il ne pouvait être qu'un seigneur de haut rang du clan - avait parlé d'une voix sèche, grave et autoritaire et Karizuki-sensei s'était incliné - bien bas.
Le samurai était reparti, avec son escorte, laissant derrière lui le deuxième palanquin. L'entrevue n'avait duré qu'une poignée de minutes.
Karizuki-sama avait appelé Buro et lui avait demandé de préparer deux chambres.

Le palanquin s'était soudain ouvert, laissant sortir un jeune garçon d'une huitaine d'années que sa livrée identifiait comme le fils d'un seigneur du clan Scorpion. L'enfant ne montrait aucune peur, portait un fin masque de gaze noire sur les yeux qui laissait entrevoir l'harmonie et la belle symétrie de son visage. Il arborait même l'air légèrement mutin de qui sait se faire obéir malgré son jeune âge.
Le jeune Scorpion se tourna vers son hôte s'inclina bien bas et se présenta d'une voix forte et claire.

- Kakita-sama, permettez que je me présente. Je me nomme Bayushi Shinyo, cousin au second degré du seigneur Bayushi Shoju et par décision de votre Champion et du mien je suis à présent votre élève et votre charge.

- Soyez le bienvenu dans mon humble demeure Shinyo-san, lui répondit son maître.

Le jeune Grue était fasciné par la facilité d'élocution, l'aisance et l'aplomb du nouveau venu.
Instinctivement il était sorti un peu de sa chambre pour mieux écouter.
Soudain Shinyo le repéra et le regarda dans les yeux, le jaugeant et le jugeant en une fraction de seconde. Il eu un léger reniflement de dédain.
Les cheveux, sur la nuque de l'enfant se hérissèrent, tandis que ses muscles se tétanisaient, sous le regard froid et hautain de Shinyo.
Le jeune Grue eu l'impression de recevoir un camouflet en pleine face, son visage et son regard, d'habitude avenants se durcirent et il rendit son regard au jeune Scorpion.
Il haït instantanément ce garçon méprisant, se pensant supérieur à lui.
Le regard de dédain du Bayushi, faisait douloureusement écho au sentiment d'infériorité du jeune Grue, dû à sa modeste extraction et à ses liens avec la famille Akodo.

Le sentiment, pourtant intense et violent, disparut comme par enchantement lorsque sortit la deuxième personne enfermée dans la palanquin.
C'était le plus bel être jamais vu par l'enfant.
Une jeune fille aux traits calmes et délicats, au teint clair, presque diaphane, et à la longue chevelure de jais.
Elle était habillée d'un discret kimono aux couleurs du clan Dragon, sur son cœur avait été brodé le mon de la famille Agasha.
La jeune fille s'inclina timidement et dit d'une voix claire et douce :

- Je me nomme Agasha Keiko, Karizuki-sensei.

Au son de cette voix, le cœur de l'enfant défaillit, il ressentit comme une onde de douceur et de fraîcheur sur tout le corps, comme pendant ses kata sous la cascade voisine. De faibles trémulations parcoururent tout son corps.
Il était amoureux.

- Considérez cette demeure comme vôtre Keiko-san, déclara Karizuki-sensei. Mes enfants, vous voudrez bien suivre, s'il vous plait, mon serviteur Buro, jusqu'à vos chambres, qu'il vient juste de terminer.

Les enfants, ses doshin désormais, suivirent docilement le serviteur, car malgré les bravades et les marques de respects tous deux étaient très fatigués.

Le jeune Kakita, s'ébroua et termina de placer son sabre dans son obi, laissant se dissiper doucement les dernières parcelles de souvenirs.
Il était prêt.
Le sabre d'entraînement, émoussé, placé selon l'angle optimal pour un frappe Iai, son plus beau kimono, aux plis adéquats, porté selon la plus pure tradition Kakita, ses cheveux, naturellement blancs - encore un mystère lié à son passé - coiffés en un simple chignon haut se terminant par une queue de cheval.

Buro, comme par magie, apparut et vint le chercher pour l'entrevue.
Karizuki-sensei n'était pas visible.
Buro le conduisit jusque dans le salon d'entretien, ouvrit le shoji et encouragea l'enfant, par son sourire chaleureux, à entrer.
Ce qu'il fit.
Au centre, sur une estrade était agenouillé un jeune homme à peine plus vieux que l'enfant.
Sa mise était splendide. Il portait cinq couches de kimono tous plus luxueux les uns que les autres dans des tons bleu-roi, avait les cheveux déliés, teints en blanc, et il peignait avec la délicatesse empreinte de préciosité de ceux dont l'éducation n'est prodiguée que par les plus grands sensei. A son côté, sur sa droite, pointait le saya d'une lame magnifique - de facture Kakita, l'enfant en était certain.

Le jeune Grue, s'agenouilla, le front posé sur ses mains, elles-mêmes sur les tatami et attendit, comme le voulait l'étiquette.

Au bout de quelques minutes, le bushi posa le pinceau, talqua son aquarelle, rangea ses ustensiles de peinture et reprit une attitude digne.

- Sais-tu qui je suis et pourquoi je suis là mon enfant ?

Dans une bouche aussi jeune, le "mon enfant" sonnait incongru.

- Je n'en ai aucune idée, répondit franchement le garçon, ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de le découvrir.

Le bushi sourit à la réponse spontanée de l'enfant. Ses yeux pétillaient, mais son sourire était légèrement ironique, en coin, un rien cynique.

- Sa franchise ne lui apportera que des problèmes, pensa-t-il.

puis il reprit à haute voix.

- Je vais te dire pourquoi je suis là, mais d'abord la moindre des politesses est que je me présente. Je me nomme Doji Shuki, je suis un seigneur de ton clan et à partir de maintenant je suis ton seigneur et maître. Et toi, comment dois-je t'appeler mon vassal ??

- Kenji. Ashidaka Kenji, Shuki-sama répondit le garçon, le cœur battant.

- Sauras-tu m'être fidèle en toute circonstance, Kenji-san ?

- Toujours, monseigneur ! répondit-il sans hésitation.

- Soit, eh bien tu auras l'occasion de le prouver. Pour commencer, après ton gempukku à Tsuma, tu me représenteras au Championnat de topaze l'an prochain. Et tu gagneras n'est-ce pas ?

- Hai, Shuki-sama.

- Bien. Très bien. Tu me plais. Tu peux te retirer à présent, je règlerai moi-même les détails avec ton sensei.

Dans un dernier salut, les joues rouges d'émotion, Kenji sortit en courant presque sous le regard amusé de son tout nouveau seigneur.

Il avait devant lui une année. Une année pour être prêt à devenir samurai et Champion de Topaze.
Il serait prêt.
Il allait gagner et connaître gloire et renommée.

Le lendemain, Karizuki-sensei le convoqua dans le jardin de bonzai.
Kenji, à l'annonce de l'entrevue, termina ses kata et se prépara.
Il apparut dans le jardin, légèrement curieux, avec le même katana émoussé et le même kimono que la veille.
Karizuki-sensei était en train de planter des pousses de pin dans un pot en grès. Il avait lui même préparé le terreau utilisé pour ces premières pousses et de la terre brune s'attardait sous ses ongles pourtant très courts.
Une image, un présage s'imposa à l'esprit de Kenji : C'était comme si les doigts de son maître - non, son sensei - étaient en deuil, ou possédés par des créatures d'obsidienne.
le jeune Grue, secoua la tête, tentant vainement de bannir l'impression de désastre imminent.

- Shinyo et Keiko rentrent chez eux dans une semaine.

Karizuki, n'avait pas levé les yeux.
Kenji, quant à lui, accusant le coup, resta bouche bée.
Comment pouvait-il envisager la vie sans elle, alors même qu'un sentier lumineux et glorieux s'était dévoilé à lui.
Comme lisant dans ses pensées Karizuki renchérit :

- Tu dois l'oublier, mon fils, ton chemin est tout autre. Depuis ton arrivée sous mon toit j'avais redouté l'entrevue d'hier, car elle était annonciatrice de ton départ dans un monde d'embuches. Mais je crois que je dois m'y faire. Les enfants partent, c'est leur karma. Mais personne ne pourra m'empêcher d'avoir peur pour toi, pas même ton nouveau maître. Shuki-sama est un bon maître, Kenji-san, honore-le de ton mieux, mais...

Karizuki hésita un instant et reprit :

- Mais sois prudent. Shuki-sama gravite dans des cercles d'influence et ce milieu est très dangereux, surtout pour un jeune samurai tel que tu le seras bientôt. Fais très attention, mon fils, pèse bien tes mots et tes actions ou il pourrait t'en cuire.

- Hai Karizuki-sama. Comme toujours vos paroles et vos leçons sont d'or.

Et je trouverai un moyen de faire venir à moi ma dulcinée Keiko, je vous le promets sensei.

- Il est temps maintenant que ton entraînement se fasse avec une vraie lame, ne crois-tu pas Kenji-san ? fit Karizuki avec un petit sourire espiègle.

- hai dono ! lui répondit un Kenji brusquement surexcité.

- Eh bien suis-moi, j'ai un cadeau pour toi.

Karizuki emmena son élève vers l'oratoire dédié à Kakita sur lequel reposait une boîte à sabre.
Il la prit et l'ouvrit délicatement, en présentant à un Kenji médusé une superbe lame Kakita, au saya bleu nuit et à la poignée en ivoire représentant deux hérons enlacés.

- je te présente "Devoir". le cadeau de mon compagnon d'arme et ton père Saburo-san. cette lame appartient à ta famille depuis vingt-trois générations et son dernier détenteur fut ton grand-père le magistrat d'émeraude dont tu portes le prénom. Elle fut retrouvée à l'endroit de sa disparition.

Mon grand-père magistrat d'émeraude ?? quelle disparition ??

mais avant qu'il ait pu posé une seule question, Karizuki-sensei reprenait.

- Et voici le cadeau de ta mère, la noble Akodo Eiko-san Kakita-gozen.

Son sensei lui présentait une petite plaque de bois et de jade incrusté, possédant d'étranges inscriptions sur les deux faces. les marques n'appartenaient à aucun Kanji que Kenji connaissait.

- Eiko-chan, m'a dit de te donner des instructions bien précises. Je cite :

- Cette amulette, est un nemuranai séculaire de ma famille, tu ne devras jamais t'en séparer ou le malheur s'abattra sur toi, mais elle te sauvera la vie et préservera ton destin dans un étrange lieu étranger.

Kenji s'inclina, front au sol, abasourdi par la munificence des cadeaux de ses parents, qui n'avaient pourtant jamais été très expansifs.

- Sois-en digne mon fils.

- Sur mes ancêtres, je le jure, Karizuki-sama.

Et Kenji plaça dans son obi les deux magnifiques cadeaux, avec déférence.
Kenji était retourné dans sa chambre.
Depuis le fâcheux "accident" de Shinyo, qui datait seulement d'un mois, les élèves de Karizuki n'avaient plus le droit de se voir en dehors des cours prodigués par le grand sensei lui-même.
Malgré la furieuse envie de se ruer dans la chambre de Keiko, Kenji n'avait pas osé braver ouvertement cet interdit, d'autant que Shinyo l'aurait vite appris et qu'il se serait probablement empressé de le dénoncer à Karizuki-sensei.
A présent, après avoir écrit un billet laconique à sa dulcinée où il lui demandait une entrevue après le repas, Kenji observait avec attention les deux cadeaux de ses parents.
C'était là les deux seuls objets qu'ils lui avaient jamais offerts, si l'on excepte le pli scellé que sa mère lui avait tendu le jour de son départ pour la résidence de Tsuma de Karizuki-sensei avec ordre express de ne l'ouvrir que le jour où il deviendrait samurai.
Elle le lui avait fait jurer, tenant ses épaules serrées dans sa poigne de fer, avec une étrange lueur dans les yeux.
En bon fils il avait juré et ne s'était jamais séparé du précieux pli.
Même Keiko ne connaissait pas son existence.

Le sabre au fil tranchant comme un rasoir, avait de multiples traces d'utilisation en combat, des marques sur les côtés de la lame presque disparues après polissage et des coups sur la tsuba représentant un héron - et non une grue - enserrant une énorme araignée dans une de ses pattes, tandis qu'il se libère de sa toile.
Kenji se demanda si ce dessin avait une signification particulière.
La poignée aussi était marquée par le temps et de nombreuses prises en main. La soie bleue avait pâli en certains endroits.
Les endroits où l'on pose les mains pour des duels iai remarqua-t-il, mais pas seulement.
Certains éclaircissements du dessin complexe formé par les fils de soie suggéraient aussi de nombreuses prises en main en position de kenjutsu, digne du plus pur style Akodo, pratiqué par sa mère et son cousin Akodo Marumoto-san.
Qui qu'ait pu être ce grand-père homonyme et inconnu, il était assurément un duelliste de talent et un grand guerrier.

Pourquoi diable personne, dans sa famille, n'avait daigné lui parler de ce héros familial ?

En évoquant ainsi les siens, les pensées de Kenji vagabondèrent du côté de ces rares moments de sa jeunesse solitaire où son père Kakita Saburo-sama, ex-Daikan du seigneur Kakita Yoshi-sama, avait daigné s'occuper de sa progéniture.
Son père, la mine stricte, le regard dur, les traits aquilins et les cheveux grisonnants tirés en un strict chignon dirigé vers le haut, était un homme dur.
Avec lui-même comme avec les autres.
Il ne supportait pas l'échec, l'incompétence et la frivolité.
Quand il s'intéressait à son fils, c'était toujours pour lui apprendre les rudiments du sabre et de l'étiquette. Et toujours avec un objectif quasi impossible à atteindre pour un enfant.
En cas d'échec, les sanctions de son père étaient aussi brutales que promptes.
Dans ces moments-là, Kenji ne trouvait pas le confort dans les bras de sa mère au mieux distante, au pire supportant les décisions de son époux.
Mais Kenji avait vite compris. Il apprenait vite et disposait d'un réel don inné pour le iaijutsu et pour découvrir ce qu'attendait son père.
Ce dernier n'eut plus à le corriger après l'âge de cinq ans, parfois même se fendait-il d'un grognement de satisfaction lors d'un exercice particulièrement réussi par son fils.

Kenji chassa ces souvenirs de sa mémoire et reporta son attention sur l'autre objet.

Ni la forme, ni la facture, ni les caractères n'étaient Rokugani.
Sa texture et son odeur même étaient étrangères.
Les deux faces portaient de multiples arabesques compliquées ne permettant pas d'y distinguer un début ou une fin.

Où donc sa mère avait-elle pu trouver cet objet ?

Autant qu'il avait pu en juger, sa mère, Akodo Eiko-sama, n'était pas une aventurière. Jusqu'à son mariage - d'amour - avec son père, elle n'avait servi que sur les terres Lions, de Shiro-Sano-Ken-Ayai à Shiro Matsu en passant par de multiples avant-postes et même Shiro-no-Yojin.

Comment cet objet clairement gaijin avait-il pu atterrir dans ses mains ?

Voilà encore un mystère que Kenji comptait bien élucider.
Mais il devrait reporter cette quête à plus tard.
L'heure du repas approchait et Kenji avait bien l'intention d'y fanfaronner avec son tout nouveau sabre Kakita. Il le ficha donc dans son obi, mit le pli et l'objet dans ses manches et se dirigea vers le petit réfectoire, en sifflotant.

Buro avait disposé un vrai festin sur la table où tous, sauf lui, mangeaient.
Il avait placé plusieurs grands bols de légumes au vinaigre, différentes sortes de riz, du plus collant au plus exotique, des tempura d'aubergines et de crevettes assortis de multiples sauces, douces, piquantes, sucrées, indéfinissables.
Au centre de la table trônait la fierté de Buro, un gigantesque plateau de sushi au thon rouge, plat qu'il préparait à merveille.

Kenji fit sensation quand il entra dans la pièce.
Il s'était auparavant assuré d'être le dernier répondant à l'appel.

Karizuki-sensei présidait la table basse, tandis qu'à sa gauche était assis Shinyo, élégamment habillé d'un kimono noir entrelacé de fils carmins formant un énorme scorpion. Le obi, d'un noir brillant, ne portait aucun motif et était semblable à la noirceur des portes du Jigoku. Il portait un masque en acier noirci, mimant la forme des mandibules - écarlates - de son animal clanique, les branches souples du masque se rencontrant à l'arrière de son crâne et s'entre-mêlant pour former une queue de scorpion quelques centimètres au dessus de sa tête. Une longue balafre rosâtre et encore légèrement boursouflée, émergeait de part et d'autre du masque, zébrant son sourcil droit et se terminant presque sur la partie droite de sa mâchoire.

A la droite du sensei, la place de Kenji l'attendait et à sa droite était déjà assise Keiko.

Cette dernière, portait un kimono émeraude rehaussé de motifs de branches de pin, simple et bien coupé. Son obi, lui, avait fait l'objet de plus d'attentions.
D'une soie particulièrement fine, il était entièrement piqué à l'or fin, avec de minuscules perles illuminant le moindre mouvement de la jeune fille, mais ce qui rendit Kenji fou de joie, fut le petit origami en forme de chrysanthème, négligemment placé, à la vue de tous dans les derniers plis de la ceinture.
Le visage, à peine fardé, mais d'un teint de porcelaine, de Keiko s'éclaira à l'entrée du jeune Grue.

- Pardonnez mon retard sensei-sama, mais il m'a fallu me familiariser avec "Devoir", fit Kenji en s'inclinant.

Par cette remarque, il forçait Shinyo à porter son attention vers le tout nouveau sabre. Il signifiait aussi que c'était Karizuki-sensei qui le lui avait procuré.
Il eut un petit sourire, en coin, comme celui de Shuki-sama.
Karizuki, passa outre et après l'avoir prié de s'asseoir, enchaîna directement :

- Mes enfants, les années qui viennent de s'écouler furent parmi les plus belles de ma vie. Ce fut un honneur de vous transmettre mon maigre savoir. Vous avez été des élèves studieux, à la hauteur des attentes des vos parents et seigneurs.
Pourtant, toute chose a une fin. Dans quelques jours, vous repartirez dans vos clans respectifs avec, je l'espère, une bonne opinion de votre vieux maître.

Les trois enfants s'inclinèrent de concert devant le compliment, dernier cadeau de leur sensei, non sans des regards appuyés entre eux.
Celui de Keiko à Kenji était chargé de désespoir, celui de Shinyo empli de joie et d'un soupçon de ...pardon ?

- Je suis persuadé de me faire l'écho de mes doshin, Karizuki-sama, quand je vous dis que nous n'aurions pu avoir meilleur sensei que vous, même dans nos clans respectifs. Et je crois que nous garderons tous le meilleur souvenir de vous et de votre enseignement. Même si le dernier mois qui vient de s'écouler fut pour moi plus douloureux que prévu je souhaite dire ici, que je ne garde aucune rancune, à aucun d'entre vous, pour le regrettable accident causé par les affres de l'adolescence.
Je suis, hélas, le premier à partir, mon escorte m'accompagnant dès demain vers Shiro Bayushi, mais je tiens à faire la paix avec Kenji-kun et le féliciter pour avoir gagné le cœur de Keiko-chan et pour posséder ce superbe sabre, symbole du grand destin qui l'attend.
Et pour m'excuser, je souhaite, vous offrir en toute amitié, à vous mes deux doshi, une cérémonie du thé, que vous pratiquerez, je l'espère, en mon nom et à ma mémoire, demain au crépuscule, moment qui sied si bien à la méditation.

Shinyo s'inclina front au sol et attendit. Kenji, à moins d'être insultant envers son hôte et sensei, dû lui rendre son salut, ce que fit aussi, mais de bonne grâce, Keiko.

- Bien. Bien. Ce nouveau chapitre de vos jeunes vies semble s'ouvrir sous les meilleurs augures, fit Karizuki, qui les invita à manger.

Le repas fut le plus agréable de tout ceux que Kenji prit chez son sensei.
A sa grande surprise, Shinyo fut agréable, drôle, chaleureux et plein d'esprit. Et Keiko toujours aussi belle.
Dernière modification par Ashidaka Kenji le 06 sept. 2009, 11:12, modifié 1 fois.
qui a dit qu'un kakita n'était jamais un guerrier

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Message par Ashidaka Kenji » 27 août 2009, 15:57

Les pas de Kenji, au crépuscule de cette agréable journée, l'avaient mené près de la petite cascade, sur la plaine d'herbes grasses où, chaque matin, il faisait ses ablutions et ses kata. Parfois même s'exerçait-il sous l'onde glacée de la cascade.
Kenji adorait cet endroit.
Il aimait le saule pleureur qui pêchait les carpes koi de ses branches alanguies, dans le bassin naturel formé par le courant, devenu plus calme dans cette portion.
Il admirait aussi les pins centenaires, bonzai volontaires, qui s'accrochaient obstinément à la falaise d'ardoise depuis des siècles.
Un jour, par curiosité, Kenji avait gravi la dangereuse falaise, dont la pierre s'effritait, afin d'observer de plus près les pins nains et tortueux.
Quelle n'avait pas été sa surprise en découvrant, sur une terrasse, cachée du bassin en contrebas, son sensei en train de méditer devant le plus magnifique bonzai qu'il avait été donné de voir au jeune garçon.
Son maître, sensible à sa présence, lui avait tenu des propos qui restent encore gravés dans sa mémoire.

- Retiens bien ceci mon enfant. L'homme, fût-il le plus puissant samurai, n'est rien face à la beauté et la magie de la création de Dame Amaterasu.
Et le plus grand génie parmi nos artistes et artisans ne peut qu'essayer d'approcher la perfection insufflée à ce bonzai.
Je suis heureux que tu aies découvert seul cet endroit. Tu peux maintenant assimiler mon enseignement avancé, termina-t-il avec un sourire malicieux.

C'était là, enfin, qu'il avait déclaré, il y a quelques mois, sa flamme à Keiko-chan et qu'elle y avait répondu favorablement.

Ce soir, il l'avait précédée dans leur havre de paix et l'attendait dans l'atmosphère de ce soir de fin d'été où les kami de l'air, déjà pressés d'entrer dans l'automne, s'étaient rafraîchis.
Keiko arriva avec sur ses épaules une couverture en coton épais.
Elle ne s'était pas changée, mais arborait un léger froncement de sourcil, que Kenji, trop heureux de la voir, choisit d'ignorer.

- Ma Mie, je n'ai pu détourner mon regard de votre personne pendant tout le repas, tant m'avait rempli de plaisir la vue de ce Chrysanthème, gage de mon amour éternel pour vous. Au cours du repas, j'ai même cru que Karizuki-sama allait s'apercevoir de l'amour infini que je vous porte et qu'il se doutait que nous enfreignions ses interdits tous les soirs.

- Karizuki-sama n'est pas et ne sera jamais notre ennemi, mon bien-aimé. Mais nous allons bientôt être séparés et qui sait quel mariage ma famille a déjà arrangé pour moi ? lui répondit Keiko dans un sanglot contenu.

la prenant dans délicatement ses bras, Kenji lui répondit :

- N'aie crainte ma douce Keiko-chan, l'avenir me sourit. Je gagnerai le Championnat de Topaze pour mon nouveau seigneur Shuki-sama et nul ne pourra, dès lors, m'arracher ta main.
- Puisses-tu dire vrai mon amour, mais l'appréhension me tenaille et mon âme est assaillie d'un mauvais pressentiment. Et cette cérémonie du thé que nous offre Shinyo-kun...
- Ce cadeau est tout à son honneur et j'ai apprécié le geste de beau joueur. Je te promets Keiko-chan que j'irai lui présenter mes excuses pour sa blessure, avant qu'il ne nous quitte.
- C'est un noble geste, Kenji-kun et pourtant...

La jeune Keiko frissonna dans les bras de son doux sire.
Une chouette effraie passa silencieusement au dessus des deux amants.
qui a dit qu'un kakita n'était jamais un guerrier

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Re: (Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

Message par Ashidaka Kenji » 16 sept. 2009, 18:08

La journée suivante s'était déroulée de façon elliptique.
Ablutions, kata, entraînements physiques, repas, méditation, cours théoriques et dégainé-frappé.
Tout s'était déroulé comme si Kenji avait été spectateur de ses propres actions.
Ses pensées, elles, n'avaient eu de cesse de se bousculer dans son crâne.
Il n'avait pu s'excuser auprès de Shinyo-san, ce dernier ayant été exempté d'entraînement afin de préparer son départ.
Ce n'est que quelques minutes avant celui-ci que Kenji pu trouver un moment pour aller voir son doshi Bayushi.

- Konbanwa, Shinyo-kun, j'espère que les préparatifs pour votre voyage se sont déroulés harmonieusement. Je tenais à vous saluer avant votre départ et vous présenter toutes mes excuses pour la cicatrice que je vous ai infligée, fit Kenji en s'inclinant bien bas.
- Non, Kenji-kun ! Je vous en prie mon doshi, ne vous prosternez pas ainsi ! Comme je l'ai précisé hier, l'incident est clos. Du moins le sera-t-il si vous me faites l'honneur d'accepter la cérémonie du thé que je vous offre, ainsi qu'à Keiko-chan, lui répondit Shinyo le visage lisse et le sourire franc. J'ai d'ailleurs tout arrangé et tout prévu, vous n'aurez qu'à jouir du moment, comme je le ferai moi-même par procuration en vous imaginant.

Les deux jeunes bushi se regardèrent et leurs regards se croisèrent.
Kenji eut un moment de doute.
Etait-ce une fugace étincelle de haine féroce qui avait subrepticement traversé le regard sombre du Bayushi ?
Non il devait se tromper, l'impression était passée et le sourire franc de son doshi était rassurant.
Tous deux s'inclinèrent profondément comme des amis de longue date qui se séparent pour un long moment et Bayushi Shinyo disparut dans le palanquin écarlate prévu à son endroit.
Son escorte – quatre bushi Bayushi en armes – l'encadrant, le cortège s'ébranla sous le regard pensif de Kenji.
Que d'évènements s'étaient déroulés en quelques années.


Bien des années plus tôt, le lendemain de l'arrivée des nouveaux élèves de Karizuki-sensei, Kenji faisait ses kata matinaux.
Le jeune Bayushi se présenta dans la cour d'entraînement. Il était sobrement vêtu mais avec goût d'un simple kimono d'entraînement noir avec le mon Bayushi reproduit à l'infini dans une danse hypnotique, son obi était écarlate. Y était passé un très beau sabre d'entraînement, que l'on devinait forgé sur mesures.
Le jeune garçon sourit fièrement en s'inclina brièvement face à Kenji.

- Nous n'avons pas été officiellement présentés il me semble... Je me nomme Bayushi Shinyo. C'est du moins le prénom que je me suis choisi pour ma cérémonie de gempukku, que je crois assez proche. Et vous comment vous appelle-t-on ?
- Enchanté de vous rencontrer, répondit calmement Kenji. Vous pouvez m'appeler Kenji, comme tous ici.
- Kenji... S'il est assez commun ce prénom n'en a pas moins un certain charme et il vous sied bien.
- Merci de ce... compliment, fit Kenji et n'y tenant plus, êtes-vous ici pour assimiler des notions de Iaijutsu avec Karizuki-sensei ?
- J'ai passé le stade des notions élémentaires, Kenji-san, mais oui je souhaite, comme mon père, parfaire mon art dans cette discipline si bien maîtrisée, paraît-il, par notre sensei commun.
- Karizuki-sama est le plus grand des duellistes Kakita que je connaisse, seul Toshimoko-sama le surpasse-t-il peut-être.
- Oui..oui, je n'en doute pas, mais le style Kakita n'est-il pas un peu surfait ?
- Je suis prêt à vous prouver sur le champ que la réponse à cette question est négative, rétorqua Kenji, soudain plus froid que le marbre.

Une tierce personne était apparue dans la cour, à l'insu des deux protagonistes.
La tension, palpable entre les deux jeunes garçons, altérait l'harmonie du terrain.
Karizuki-sama prit la parole.

- Je suis certain que Shinyo-san posait une question rhétorique, Kenji-kun. Vous aurez l'occasion de vous mesurer l'un à l'autre. Bientôt. Pour l'instant, mes chers pupilles, vous voudrez bien me faire dix tours du terrain au pas de course je vous prie ?

Kenji plus habitué au style de son sensei partit aussitôt au pas de course, bientôt suivi par un Shinyo un peu surpris mais ne voulant pas perdre un seul pouce de terrain face à ce qui semblait être son nouveau rival.

Au bout du sixième tour, les deux garçons étaient en sueur et cherchaient à retrouver leur souffle.
Ils avaient nettement ralenti le rythme de leurs foulées, ce qui leur permit de remarquer une nouvelle arrivante auprès de leur sensei aux yeux rieurs.

Keiko, puisque c' était elle dont il s'agissait, portait un fin kimono porcelaine, aux motifs de nuages pastels. Elle observait les deux garçons tour à tour avec un air amusé.
Son jeune esprit aiguisé avait déjà analysé la situation et s'en amusait amicalement.
Comme deux danseurs suivant la même mélodie, Kenji et Shinyo ralentirent le pas jusqu'à complètement s'arrêter.
Karizuki, impassible, les laissa faire.
Keiko, les mains posées à plat sur ses cuisses, s'inclina profondément.

- Konnichiwa, doshi-sama. Je suis venue me présenter au résident de la demeure qui ne me connait pas encore. Je me prénomme Keiko et je suis honoré de vous rencontrer Kakita-sama.
- Kenji. C'est Kenji. Et l'honneur est réciproque. Permettez-moi d'ajouter que ce kimono vous sied à ravir Keiko-san, fit Kenji avec un timide sourire.
- Je vois avec plaisir que vous m'avez fait l'honneur de porter le kimono que je vous ai offert Keiko-san. Domo arigato, intervint Shinyo.

Non mais de quoi il se mêle le petit Scorpion ?

- Allons mes enfants, il reste encore quatre tours si je ne m'abuse... les tança Karizuki-sensei.

Avec un petit sourire en coin, Kenji repris sa course de plus belle, l'allure ne faisant que croitre jusqu'à ce que les deux enfants soient presque au bord de l'asphyxie.
Keiko les regarda tous les deux d'un air navré.

Ah, les garçons !

Leurs deux regards intenses la fixaient comme une abeille surveille son miel.
Elle eut un mauvais pressentiment.


Le petite pavillon de thé de Karizuki-sama était d'une harmonie toute simple.
Quatre murs en torchis soutenus par des poutres en hêtre, une charpente en carré, consolidée par une équerre, autour de la cheminée de l'âtre central. Le sol d'ardoise polie possédait un léger relief accentuant l'impression de rusticité de l'ensemble. Les seuls meubles de l'endroit étaient deux étagères où s'entassaient pèle-mêle des tasses, des récipients renfermant de rares essences de thé, quelques épices des Terres Brûlées, des mélangeurs et des théières dans un joyeux désordre.On y accédait par un chemin de terre battue rouge sombre sur lequel étaient posées des dalles de granit rose.
La nuit était splendide, douce, et le chemin que parcourait les deux amants avait été ratissé et lavé avec une attention toute particulière. L'harmonie irradiait de tous côtés.

- La nuit est magnifique, n'est-ce pas Kenji-kun ? Shinyo-kun n'aurait pu choisir une nuit plus propice, ne trouvez-vous pas mon amour ?
- En effet, ma belle et douce Keiko, l'étoile de Benten est même visible ce soir. Il paraît que la voir et faire un vœu porte bonheur aux amants.
- Et bien je fais le vœu que nous soyons, malgré les obstacles, réunis à jamais mon doux sire.
- A jamais, Keiko-chan !

Les deux enfants étaient arrivés face à la porte basse du pavillon, sans huis comme le voulait la tradition.
Ils entrèrent. Le sol avait été tellement frotté qu'il en était devenu brillant.
Les bols, des porcelaines rustiques du clan du Crabe se mariant bien avec le décor brut du pavillon, étaient posés sur la petite table carrée au centre de la pièce.
Une rose carmin, posée entre les deux bols, complétait le tableau.
Kenji, après avoir aidé Keiko à s'installer, commença à préparer les thés : un thé au jasmin, doux et sucré pour elle et un thé vert et fort pour lui-même.
Pendant toute la préparation, Keiko avait observé le cadre, sa tasse, celle de Kenji, ainsi que la moindre aspérité de la table, avec en fond sonore le battement du petit fouet à émulsion.
Kenji servit l'amour de sa vie, qui fit tourner la tasse trois fois et but, tandis qu'il se servait à son tour.

Soudain, le corps de Keiko se cabra, tendu comme une corde d'arc, comme une marionnette dont les fils se seraient emmêlés. De ses yeux on ne pouvait plus voir que le blanc et une mousse sanglante était apparue aux commissures de ses lèvres.
Kenji qui avait trempé ses lèvres dans le thé, s'arrêta net, quand dans un effort surhumain, Keiko projeta au loin la tasse du jeune Grue.
Il sentit tous ses muscles se tétaniser, tandis qu'avant de sombrer dans l'inconscience, dans une vision d'horreur pure, il vit Keiko se débattre sur le sol, désarticulée, en pleine crise convulsive.

Kenji :grue:
Dernière modification par Ashidaka Kenji le 28 sept. 2010, 20:52, modifié 1 fois.
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Message par Ashidaka Kenji » 25 oct. 2009, 22:48

KEIKO...!!

Kenji se leva en hurlant de sa couche, imprégné de l'odeur acide de la convalescence, une atroce douleur dans tous les muscles.
Sa tête résonnait comme un tambour taiko un soir de fête et il avait la respiration sifflante et irrégulière.
Son coeur battait à tout rompre et sa vision se troublait et se dédoublait à chaque mouvement, même infime.

- Là petit maître... Là ! tenta de le calmer Buro, surpris par son réveil en sursaut.
- Où est-elle ? Il faut la sauver ! Elle est en danger ! soliloquait Kenji, à peine conscient de son environnement.
- Maître ! Maître ! A l'aide, il est réveillé et je n'arrive pas à le calmer ! hurla à son tour Buro, dépassé.

Au bout de quelques secondes, Karizuki bondit dans la chambre, fracassant presque le shoji sur son support.
En un battement de coeur le sensei avait évalué la situation.
Il s'interposa entre son serviteur et son élève et le maîtrisa à l'aide d'un pincement nerveux enseigné par le Mizu-do, art martial du clan de la Grue.

Kenji fut pris d'une paralysie subite mais passagère, qui permit à son mentor de contrôler ses mouvements et de le calmer.

- Là, mon enfant, là. Calme toi et je te raconterai la terrible tragédie de la cérémonie du thé.

Kenji, bercé par le son de la voix de son sensei, reprit progressivement son calme.

- Que...? Que s'est-il passé et où est Keiko-chan ? furent les seules questions que son état lui permit de poser.
- Mon fils... tu dois être fort. Keiko-chan est morte des suites d'un empoisonnement au warui paseri. Je... je suis désolé mon enfant. Je supporterai l'entière responsabilité de cette atrocité. En tant que sensei de ce dojo, j'aurais dû déceler le ver dans le fruit. Dire que j'ai enseigné à ce traître, sans jamais rien voir.

La voix de Karizuki s'éteignit dans un soupir, tandis que le sensei secouait la tête, désolé.

Kenji ne manifesta aucune réaction, ni pendant, ni après le récit de son maître.
Ses yeux embués de larmes à son réveil s'asséchèrent soudain.
Son regard bleu et franc se durcit et s'éclaircit brusquement jusqu'à prendre la teinte de la glace.
On eu dit que son visage avait pris dix ans.
Puis le jeune Grue partit d'un rire hystérique, à la limite de la folie, qui s'éteignit aussi vite qu'il était apparu.

- Le destin donne et le destin reprend, déclara Kenji. Combien de temps ai-je été inconscient, sensei-sama ?
- Environ une journée et demie, Keiko-chan t'a empêché de boire une trop grande quantité de poison et Buro, étant données ses origines, est un apothicaire habile.
- Mais que comptes-tu faire Kenji-kun ? La vengeance ne fera pas honneur au souvenir de Keiko-chan... et puis Shinyo est probablement trop loin à l'heure qu'il est.

Un instant de désespoir fulgurant traversa le regard de Kenji.

- Mais sensei, je l'aimais, je l'aime encore... ne rien faire me rendrait fou. Il faut que je tente quelque chose, que je le rattrape et le tue, sinon Keiko-chan sera morte pour rien et il aura gagné.

Dans un mouvement rapide et précis, Kenji passa son tout nouveau sabre, placé sur un portant proche, dans son obi et d'un air décidé, quoique chancelant, il sortit de la pièce.

Karizuki-sensei n'avait pas bougé.
Cette tragédie le ramenait à trente ans en arrière et à sa propre douleur.
Et tant pis si son élève n'était pas encore un samurai, ni même un homme, le noble sensei le comprenait et lui pardonnait.
Il se sentait coupable de n'avoir rien perçu du drame qui se jouait sous ses yeux.

A peine sorti du dojo, Kenji se mit à courir en direction de la piste qui menait aux terres du clan du Scorpion.
Il était fiévreux et essoufflé. Il n'entendait rien et ne voyait rien à part la piste.
Il courut sans s'arrêter, la tête bourdonnante et la nausée au bord des lèvres, pendant des heures.
Jamais par la suite il ne sut évaluer la distance parcourue.

A la nuit tombée, Kenji plus mort que vif, découvrit un spectacle qui le fit passer d'une joie sauvage à un abime de désespoir.

Il avait retrouvé le palanquin de Bayushi Shinyo.

Les quatre yojimbo étaient démembrés. Autour d'eux, des traces de lutte acharnée contre des créatures aux griffes gigantesques et tranchantes comme des katana.

Kenji, la main sur le sabre, s'approcha du palanquin, ouvert comme une coquille de noix.
En son centre, auréolé d'une mare de sang coagulé, trônait une masse de chair informe, vaguement recouverte d'oripeaux rouge carmin, qui peut-être, avec beaucoup d'imagination, avait un jour pu être Bayushi Shinyo.

Comprenant que l'univers lui avait volé sa légitime vengeance, Kenji tomba à genoux en hurlant son chagrin et son désespoir.
Levant les bras vers sire Onnotengu, Kenji cria aux étoiles :

- Je jure de découvrir la raison de tout ceci et de me venger du clan des secrets. Je n'aurai de cesse de découvrir la vérité derrière tous leurs mensonges et de dévoiler au grand jour tous les mystères tapis dans l'ombre. Je le dois à l'âme lumineuse et pure de dame Agasha Keiko, ma bien-aimée.

Un silence.

- Et jamais plus je ne tomberai amoureux. Je refuse de souffrir de la sorte à nouveau, fit-il dans un murmure, le visage dans la poussière.

Le vent froid de la nuit sembla lui répondre.
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Message par Ashidaka Kenji » 31 oct. 2009, 10:21

Transi de froid, trempé jusqu'aux os, au bord de l'inconscience et le regard halluciné, Kenji se présenta aux portes de la demeure de son sensei.

Il frappa aux battants, encore et encore en hurlant :

- Sensei... Sensei... Sen... Ouvrez-moi... je vous en prie. Il... Il est mort... Il... Il a réussi à m'échapper. Keiko est morte... Et je ne peux même pas la venger !
- Calme-toi ! Calme-toi mon enfant. Je suis là.

Karizuki s'était précipité pour ouvrir à son élève.
Au moment où Il atteignit Kenji, ce dernier s'écroula et il s'en fallut de très peu que Karizuki ne puisse le rattraper.

- Buro viens m'aider ! cria le sensei.

Kenji se réveilla à la douce chaleur d'un feu.
L'arrière de ses yeux le faisait encore souffrir, mais il se sentait reposé.

- Comment te sens-tu, Kenji-kun ? Et avant que tu ne poses la question, tu as dormi trois jours entiers.
- Je me sens... Vide. Que vais-je faire maintenant, sensei ?

Le regard de Kenji d'habitude si clair et expressif, avait pris la teinte des nuages d'orage et la détresse s'y lisait de façon évidente.

- Tu vas te relever, mon enfant, comme nous tous. Et tu vas vivre. La vie est la plus forte, quoiqu'il arrive.
Je t'attends au dojo. Torse nu et avec un kimono d'exercice. Au pas de course. Tu ne peux pas rester ici.
- Hai, sensei.

La réponse avait été réflexe, machinale. Le respect de Kenji pour son sensei était une force insoupçonnée y compris de lui-même, mais cette force lui avait permis de se lever.



Kenji rengaina son sabre.
La sueur ruisselait sur ses muscles déliés et secs.
Il avait forci au cours de cette année de préparation au Championnat de Topaze. Son corps s'était développé, ainsi que sa rapidité et sa précision.
Il avait un talent exceptionnel pour le Iaijutsu, cela était évident depuis longtemps, mais ce talent avait été aiguisé par une pratique assidue pendant l'année qui venait de s'écouler.
Le jeune Grue avait beaucoup réfléchi dans les jours qui suivirent la mort de Keiko. Il en était arrivé à la conclusion que ses choix étaient limités.
Soit il sombrait dans la dépression et était retrouvé un jour, au petit matin, mort baignant dans son vomi, ou la gorge tranchée. Soit il vivait pour son aimée et devenait le plus grand duelliste ayant jamais vécu dans l'empire d'émeraude.
C'est cette deuxième option qu'il avait choisi, au grand bonheur de Karizuki-sensei, qui n'avait jamais eu élève plus doué et plus assidu.

Aujourd'hui était jour de fête.
Un héraut était arrivé ce matin pour annoncer la venue d'un shisha impérial avec une invitation au prochain tournoi de topaze.

Karizuki-sensei s'était ingénié tout le reste de la journée, avec Buro, à organiser la réception de bienvenue du haut personnage et Kenji, un peu délaissé, avait passé le temps en kata, dégainé-frappé et entraînement de mizu-do.
Il était maintenant l'heure de se préparer. Son sensei lui avait offert quelques semaines auparavant un kimono aux couleurs du clan et de belle facture et Kenji le revêtit après un bain chaud. Il avait coiffé ses cheveux, comme à son habitude, avec une simple queue de cheval haute et partielle prise dans un chignon attaché avec du tissu de manche de katana, laissant le reste libre. Cela lui donnait un petit air mutin et laissait courir une mèche rebelle qui semblait bien plaire aux demoiselles du village voisin.
Il passa « Devoir » dans son obi d'un blanc éclatant – cadeau de Keiko-chan – et se présenta à l'heure prévue à côté du dais confectionné pour le haut personnage. Derrière le dais avait été installé un paravent en soie bleutée comportant une aquarelle. Celle-ci représentait un rossignol donnant la sérénade à sa belle, perché sur un saule au bord d'un étang bucolique. L'ensemble rayonnait de calme et d'harmonie.
Karizuki, installé sur le dais, sourit à l'arrivée de son élève et reporta son attention sur la procession qui entrait dans la grande cour de sa demeure.

Entrèrent, en premier lieu, une escorte de quatre miharu de la famille Seppun, les mythiques gardes du corps de l'Empereur.
Vint ensuite un palanquin en bois de rose, travaillé à la feuille d'or et à la nacre, représentant un dragon céleste, porté par douze ji-samurai – ou était-ce des rônin ? - suivi de près par le reste de l'escorte, comportant encore quatre miharu et un shugenja, de la famille Seppun également – au vu de ses nombreux étuis à parchemins et du mon sur son kimono.
L'auguste procession se présenta face au dais et s'immobilisa lourdement.
Karizuki se leva, descendit du dais et se plaça à la droite du palanquin, suivi de Kenji.
Tous deux s'agenouillèrent, face contre terre, tandis que le capitaine de l'escorte, un Seppun puissamment bâti, nota Kenji, faisait coulisser la porte du palanquin.

Kenji aima la personne qui en sortit au premier coup d'œil furtif.

C'était un frêle samurai, ayant dépassé depuis bien longtemps l'âge de l'inkyo, mais dont les yeux pétillants, aux rides joyeuses, recelaient des trésors de patience et de compassion. Avec une once de tristesse, nota aussi Kenji.
Son port noble, quoique légèrement vouté par l'âge, ses atours princiers l'identifiaient comme un puissant daimyo, mais ses premières paroles confirmèrent la première impression de Kenji.

- Levez-vous donc mon ami. Il ne me sied pas de vous voir ainsi courbé face à moi. Après tout, vous m'avez maintes fois sauvé la vie.
- Hai, Miya Yoto-sama, je suis moi-même fort aise de vous revoir et vous remercie pour cette marque d'attention, lui répondit Karizuki-sensei en se relevant.
- Ainsi donc, voici le jeune prodige que vous protégez et dont on m'a tant parlé, enchaîna le vénérable Miya.

Qui donc a bien pu parler de moi à un daimyo de famille impériale ?

- Yoto-sama, laissez-moi vous présenter avec fierté Kakita Kenji, de la maison Ashidaka.

Kenji toujours à genoux, mais dont la tête s'était progressivement relevée, rectifia sa position, le regard face à la poussière.

- Mais relevez-vous donc jeune pousse, je ne vais pas vous manger, fit Miya Yoto en riant.

Son rire était franc et clair.

- Hai, Yoto-sama, fut la seule réponse qui émergea du chaos de l'esprit de Kenji.

Lui, à peine plus qu'un ji-samurai était en face d'un des plus puissants daimyo de tout l'empire.
Il se releva.

- Tiens, voici ton invitation au gempukku de Tsuma et au Championnat de Topaze qui suit, fit Yoto négligemment. Bien, maintenant que ceci est fait, venez mon ami et racontez-moi votre vie depuis toutes ces années.

Les deux nobles samurai se dirigèrent vers le jardin zen en devisant, laissant un Kenji interloqué et poussiéreux face au capitaine Seppun légèrement amusé.

Il avait tant attendu et fantasmé ce moment.
L'instant où il rentrerait dans la légende de Rokugan.
Et tout cela avait été si trivial. Un parchemin remis sans y penser, sans décorum, sans pompe et presque sans prestige. Presque.

Car Kenji avait tout de même été invité au plus prestigieux gempukku de l'empire d'émeraude, épreuve qui se déroulait en présence de l'Empereur ou de Sa famille proche et où ce dernier désignait, au terme d'une épreuve pluridisciplinaire difficile, Son champion de Topaze pour l'année à venir.

Le jeune Grue lança un regard interrogatif au capitaine Seppun, qui haussa les épaules, l'air de dire :

Je ne sais absolument pas ce que tu dois faire.

Kenji ouvrit le parchemin, marqué du chrysanthème impérial et le lut.

Honorable Kakita Kenji de la noble maison Ashidaka,

Par la présente, Sa Majesté le Fils du Ciel, Guide des croyants, Lumière héritée de Dame Amaterasu, l'Auguste parmi les Sages, le Grand Empereur Hantei XXXVIII,

vous invite à vous présenter devant Sa Personne Sacrée, afin de prouver à l'Univers dans son ensemble, par Son entremise, que vous êtes digne de figurer parmi Ses serviteurs chéris.

Vous suivrez, par conséquent, et de façon diligente, l'honorable et précieux Miya Yoto-sama, daimyo de la noble famille impériale Miya, jusqu'à Tsuma, destination finale du cortège et lieu de vos futurs exploits, à n'en pas douter.

Lorsque vous serez devenu samurai, Son Auguste Majesté vous autorise, en outre, à participer au Championnat de Topaze qui récompensera le jeune samurai le plus prometteur.

Soyez digne de votre clan et de l'insigne honneur qui vous est fait, Kakita Kenji-san, Amaterasu et son émissaire sur cette terre, l'Illustrissime Empereur d'Emeraude, vous regardent.

Otomo Banu.



Toute sa vie Kenji avait attendu cette missive et maintenant qu'il la tenait entre ses mains, une terreur sacrée l'étreignait, se concentrant en une boule de peur brute au creux de son estomac.

Il allait à Tsuma pour participer au Championnat de Topaze devant l'Empereur !

A aucun moment, Il n'avait même envisager d'échouer aux épreuves de gempukku. L'avenir lui apprendrait bientôt, qu'il faut toujours envisager une épreuve après l'autre.

Kenji :grue:
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Re: (Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

Message par Ashidaka Kenji » 07 janv. 2010, 19:12

Le lendemain, après un festin digne de l'illustre invité de Karizuki-sensei, Kenji se leva tôt.
En fait, entre les libations et l'excitation du départ il n'avait pratiquement pas dormi.
Alors que les premiers rayons d'Amaterasu embrasaient la demeure tranquille de son sensei, Kenji se prépara pour l'exécution de ses kata matinaux.
Ces derniers revêtaient ce matin-là une signification toute particulière, ils étaient la quintessence de l'enseignement de Karizuki-sama, son legs à Kenji en quelque sorte.
Ce dernier s'appliqua donc dans toutes les phases du rituel de purification et dans tous les enchaînements de la frappe de l'air et de celle du feu.
Tout en s'échauffant, Kenji réfléchissait.
Miya Yoto-sama avait laissé entendre hier qu'il ne serait pas seul et qu'il ferait le chemin avec d'autres "élus" de clans différents.
Ce dernier point avait enflammé l'imagination de Kenji, car rares pendant ses études avaient été les occasions où il avait pu côtoyer des membres d'autres clans - si l'on excepte ses doshi évidemment.
Or, d'après le haut prince, il allait voyager avec de jeunes membres des clans Licorne, Crabe, Dragon et ... Scorpion.
Comment allait-il réagir à un membre du même clan que celui du meurtrier de sa bien-aimée ? Se demandait-il.
Était-il vrai que les membres du clan Licorne étaient des barbares, tandis que ceux du clan du Crabe des rustres ?
Et les membres du Dragon étaient-ils tous des ascètes étranges et énigmatiques ?
Toutes ces questions se bousculaient dans le crâne de Kenji, tandis qu'il terminait le kata "frappe comme le feu".

- Te voilà bien matinal, mon enfant !

La voix de son sensei, prit Kenji par surprise. Il avait été d'une parfaite discrétion comme à son habitude.

- Je... J'appréhende un peu ce voyage, sensei-sama, ainsi que la pression qui s'est abattue d'un coup sur mes épaules. Serais-je digne des attentes de mon clan ? Ne vais-je pas décevoir tous ces grands personnages ?
- Tu n'as qu'une chose à faire, l'interrompit Karizuki-sensei. Être toi-même. Ça, et appliquer les leçons que je t'ai enseignées. Voici ma dernière leçon mon fils, ensuite tu seras livré à toi-même pendant un temps que je ne puis déterminer :
Il n'y a pas de technique, il n'y a pas de kata, il n'y a pas de secret d'école. En combat, il n'y a que trois actes et une observation : Dégainer, trancher, rengainer et savoir quand exactement le faire. Tout le reste n'est qu'écran de fumée.
Retiens bien cette leçon et tu sortiras vainqueur de tous tes combats.
- Hai sensei, c'est une leçon que j'appliquerai à partir d'aujourd'hui et à jamais.

Comme à regret, Karizuki-sensei se détourna et repartit dans sa demeure, laissant un Kenji interloqué et plus confus qu'avant.

Kenji prit ensuite un bain. Il entendait les bruits familiers de sa demeure d'enfance qui s'éveillait.
Buro, après le lavage de la vaisselle, préparait le petit déjeuner pour Yoto-sama et son maître.
La vieille masseuse, rebouteuse à ses heures, dépliait sa table de massage pour le massage quotidien de Karizuki-sama.
Les jeunes servantes du village arrivaient en riant et s'appliquaient à nettoyer la demeure et les vêtements des convives.
Il entendait le chien du polisseur de lame, un Akita Inu, fauve et crème, qui aboyait, tous les jours qu'Amaterasu faisait, sur le camelot qui venait vendre ses plantes et ses aliments directement à la porte de son sensei.
Tous ces petits bruits, ces moments familiers se perdraient bientôt dans les brumes de sa mémoire, au fur et à mesure que disparaîtrait son enfance.
Et Il allait, aujourd'hui, faire le premier pas sur le chemin menant à cette disparition, cette petite mort.
Mais Kenji ne voulait pas oublier ces moments de bonheur, pas plus qu'il ne souhaitait oublier Keiko.
Il se promit, sans trop y croire, de conserver toute sa vie l'image de ce bonheur fugace qu'il avait vécu ici, et de toujours rester fidèle aux enseignements de Karizuki-sama.
Enfin, peu avant midi, apparut Miya Yoto-sama et sa cohorte de gardes et de conseillers.
Il prit une rapide collation et en début d'après-midi le cortège, comprenant Kenji, se mit en branle, après de brefs au-revoir.
Le voyage jusqu'à Tsuma allait durer une semaine environ et ils feraient escale tous les soirs dans des auberges de haut standing. C'est du moins ce qu'avait répondu le capitaine Seppun à la question de Kenji.
Le premier soir le cortège avait fait halte en grande pompe dans un luxueux relais surplombant une falaise de la côte du clan de Dame Doji.
Là, une surprise attendait Kenji.
A la table centrale, préparée pour Yoto-sama et réservée de longue date, étaient assis de jeunes représentants de différentes familles.
Yoto-sama, toujours affable, s'approcha des jeunes gens en souriant.

- Ah, mes enfants ! Je suis heureux de voir que vous avez pu vous joindre à nous ! Et je laisse à un autre participant au prestigieux Championnat de Topaze le soin de se présenter, fit le vieil homme avant de s'éclipser pour parler au chef de ses gardes.

Bien. Merci pour le cadeau empoisonné vieil homme.


- Konbanwa, postulants, je me nomme Kakita Kenji de la maison Ashidaka et je suis membre du dojo de Kakita Karizuki-sensei, fit Kenji en s'inclinant.

Ce n'est qu'en se relevant qu'il put observer, sans en avoir l'air, les futurs samurai - du moins c'était à espérer - qui lui faisaient face et qui s'étaient levés à l'arrivée de Yoto-sama.

Moi, qui espérais de l'exotisme... je suis gâté.

En effet, devant lui trônait un gigantesque jeune homme aux couleurs blanche et violette de la famille Moto.
Il devait bien mesurer un mètre quatre-vingt-dix et peser cent-vingt kilogrammes de muscles. Mais ce qui était le plus troublant chez lui c'était son absence totale d'expression faciale sous son maquillage kabuki.

- Moto Sulimane. Enchanté Kenji-san, furent les seules paroles qu'il daigna partager avant de se rasseoir et de siroter un thé au jasmin.

A la droite de se colosse se tenait, de façon gauche, un tout petit membre râblé de la famille Hiruma. Et Kenji, sans savoir réellement pourquoi, eut au premier regard de la sympathie pour lui. C'était pourtant la créature la plus laide que Kenji avait jamais vue. Plus laide encore que Buro. Plus laide que le dindon préféré de Buro.
Son visage était presque scarifié de multiples plaies et cicatrices mal soignées, ses cheveux d'un blanc sale et d'une propreté plus que douteuse étaient clairsemés et se terminaient, filandreux, par une improbable coupe droite de près d'un mètre. De plus, ses yeux étaient vairons.
Ajouté à cela, il portait sans grâce un kimono de voyage qui avait connu de meilleurs jours. Le pauvre Hiruma ressemblait à une carpe sortie de l'eau.
Et pourtant, Kenji vit plus en lui que son apparence rebutante.
Étais-ce la franchise de son regard, la sincérité des quelques paroles qu'il prononça, mais Kenji se surprit à apprécier l'étrange personnage.

- J'm'appelle Hiruma Ito. Salut, Kenji-san.

Si l'Hiruma était étrange et vaguement rebutant, le jeune Shinjo, qui se présenta ensuite pouvait, lui, être qualifié d'exotique.
Il portait un très traditionnel kimono, violet avec le mon de son clan et de sa famille, mais ses cheveux noir corbeau étaient frisés et retenus par une queue de cheval basse et il portait une moustache, noire elle aussi et tombante ! Dans son obi, outre un katana de belle facture trônait une dague courbe dans un fourreau de cuivre travaillé.

- Je me présente. Je me nomme Shinjo Masud et je suis un cavalier du clan de la Licorne. Enchanté de vous rencontrer Kakita Kenji-san.

Du moins ses manières sont irréprochables, même si son accent est étrange.


Ce qui ne pouvait être qu'un moine tatoué du clan du Dragon se présenta ensuite. Il avait le crâne rasé, était torse nu et sur ce torse avait été tatoué un tigre bondissant, une vague se fracassant sur des rochers et un mille-pattes. La facture des tatouages était de toute beauté.

- La feuille de lierre est en joie quand vient à elle la rosée du matin.

Je suppose que cela se veut une bienvenue...

Enfin, comme sortant de l'ombre de ses voisins de table, apparu un membre du clan Scorpion, de la famille Soshi. Il était entièrement glabre, avait des yeux gris et froids, portait un tatouage étrange sur la partie gauche du cou et la base du crâne - formant comme une arabesque noire de jais - et un kimono rouge sang. Sortant de sa sacoche à parchemins, identifiant le jeune homme comme un étudiant shugenja, la tête d'un rat gris apparue au moment où le dérangeant personnage saluait cérémonieusement Kenji.

- Je me nomme Soshi Sangkai et suis fier d'appartenir à un groupe de jeunes hommes promis, à n'en pas douter, à une grande destinée. Soyez le bienvenu parmi nous à cette table Kenji-san.

Et Kenji s'assit, après avoir rendu son salut à tous les protagonistes.

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Message par Ashidaka Kenji » 14 janv. 2010, 19:54

Comme tous les postulants, du moins le pensait-il, Kenji eut cette fois encore du mal à dormir.
La faute en revenait autant à l'excitation qu'au saké qui avait coulé en abondance hier soir entre l'Hiruma, le Shinjo et Kenji.
Le réveil fut donc douloureux.
Un bourdonnement intense vrillait le crâne du jeune Grue, sa bouche était pâteuse et son élocution quelque peu dyslexique.
Il ne fut pas étonné de remarquer que Hiruma Ito ne présentait aucune séquelle de ses libations. Après tout il appartenait au clan du Crabe, réputé pour sa grande consommation d'alcools forts. Mais Kenji fut vexé de remarquer que Shinjo Masud supportait mieux l'alcool que lui. Il devrait y remédier au plus vite.

Après les saluts rituels du matin tous les jeunes futurs samurai se réunirent pour prendre le bain matinal.
Ayant été élevé ainsi, aucun ne s'offusqua de partager son bain avec les autres.
Mais une surprise les attendait.
Alors que tous étaient nus, une évidence frappa simultanément les protagonistes :
Tous portaient la même marque en forme d'œil sur le sein gauche.
Ce ne pouvait être une coïncidence. La marque était absolument identique chez chacun d'entre eux.
Même le Togashi le possédait, bien caché par son tatouage de tigre.
C'est Soshi Sangkai qui rompit le silence.

- A l'évidence nous n'avons pas été choisis au hasard pour ce gempukku de Tsuma. Il va nous falloir trouver le point commun entre nous. Il est impossible de parler ici, mais nous devrons trouver un moment et un endroit propice, tôt dans ce voyage.

Après un silence, pressentant que l'évènement était d'importance Sangkai reprit :

- Nous devons en outre jurer sur nos ancêtres de garder ce secret pour nous et nous seuls. Sur mon ancêtre Bayushi Tengen, je le jure.

Et tous, sans exception, jurèrent à sa suite.

Après un bain silencieux et tendu, les six jeunes gens se retrouvèrent autour de la table de la collation du matin avec Yoto-sama et son capitaine Seppun Ryu.
En fin négociateur Miya Yoto perçut très vite l'étrange atmosphère qui s'était abattue sur les jeunes postulants. Mais il l'interpréta de façon erronée. Et après des saluts cérémonieux il entama la conversation.

- Je comprends parfaitement votre nervosité, jeunes gens, pour l'avoir ressentie en mon temps. Vous vous demandez si vous serez dignes de l'honneur qui vous a été octroyé. Et c'est bien normal. Laissez à un vieil homme le soin de vous dévoiler un secret. Soyez vous-mêmes et tout se déroulera pour le mieux. C'est tout ce que nous, vos aînés, attendons de vous. Vous avez été bien formés et je ne doute pas de votre succès à tous.

Kenji fut le plus prompt à réagir et dit :

- Merci pour ces encouragements Yoto-sama, nous tous ici présents allons tout faire, dans le respect du bushido, pour ne pas vous décevoir.

Encore une fois tous s'inclinèrent de concert.
Curieusement, la découverte de leur marque commune unifia ce petit groupe disparate, au delà de ce qu'eux-mêmes auraient pu espérer.
Dès cet instant ils devinrent inséparables, tout en gardant chacun leur personnalité.
Pendant les derniers jours du trajet, il s'avéra que tous sauf Kenji étaient des orphelins aux parents inconnus ou morts et qui avaient été recueillis par de la parentelle éloignée. Malgré cela le destin avait concouru à ce qu'ils puissent tous entrer dans des dojo prestigieux de leurs familles respectives.
Kenji commença à se poser des questions sur son enfance et sur le détachement de ses parents à son égard.

Enfin le cortège arriva à destination.

Le village de Tsuma plongeait ses racines dans une des plus belles falaises du clan de Dame Doji. Ses maisons et palais de villégiature tapissaient une crique calcaire, formant un demi-cercle presque parfait, et se terminant sur une petite plage de sable noir où avaient été construits des débarcadères utilisés par les nombreux pêcheurs du village.
La rivière languissante qui barrait la partie supérieure du village cascadait en paliers et tranchait la falaise en deux. L'eau claire et limpide avait été savamment et harmonieusement détournée, de-ci de-là, afin d'approvisionner de délicats bassins de carpes Koi, dans les résidences de la falaise.
Plusieurs sentiers gravissaient cette dernière, se divisant comme des tiges de lierre afin de desservir les palais d'été de quelque puissant seigneur, puis continuaient à serpenter jusque sur le plateau, où avait été construit le plus célèbre dojo de l'académie Kakita de Iaijutsu.

De fait, Tsuma n'avait de village que le nom. En particulier à cette période de l'année où l'effervescence des tractations entre clans n'avait d'égale que celle des palais d'hiver.
L'Académie des Artisans du Clan de la Grue accueillait en effet à cette époque la plupart des grands seigneurs de clan ainsi que Son Auguste Majesté le Fils du Ciel et sa cour proche. Tous étaient officiellement là pour honorer les participants du Championnat de Topaze ; or, en fait, de subtiles tractations avaient lieu en coulisse.
C'est Yoto-sama, dans un élan de sympathie vite réprimé, lors de leur voyage, qui leur avait expliqué cela à mots couverts. A aucun moment il n'avait été précis ou donné de noms, mais Kenji était assez au fait des affaires de son père pour pouvoir combler les vides.
La seule inconnue était le sujet actuel des tractations de ces puissants daimyo.

Le cortège arriva au dojo de l'académie, en grande pompe, par la route du littoral qui longeait le haut de la falaise sur des centaines de Li. Ils avaient été accueillis par un shisha de la famille Miya, qui les guida vers un poste de garde tenu par des bushi Daidoji.
Ce poste barrait presque l'entrée du dojo et était flanqué de deux grands paravents en toile aux motifs de grues cendrées, qui cachaient difficilement une troupe d'archers ashigaru.
Miya Yoto-sama fut officiellement accueilli par le clan de la Grue par nul autre que le daimyo de la famille Daidoji, le sombre Daidoji Uji, qui, comme à son habitude, cachait par un masque la partie inférieure de son visage, ne laissant entrevoir que son regard dur et intense.
Kenji ne put détourner son regard de ce samurai, qui était déjà une légende dans son clan.
Ce dernier lui paraissait avoir la stature d'un géant. Sombre. Dangereux.
Peut-être était-il effectivement aussi dangereux qu'il le paraissait, ce que sembla confirmer l'attitude respectueuse des autres participants de leur petit groupe. Sulimane-san était de marbre, mais son regard ne quittait pas le Daidoji, Ito-san avait... disparu ou presque, Kenji le repéra derrière le palanquin de Yoto-sama, proche du capitaine. Masud-san observait le daimyo, le regard en coin et celui de Sangkai-san brillait d'une intensité que Kenji ne lui avait pas encore vu. Seul l'Ise-zumi n'avait pas l'air d'être affecté par l'aura de Uji-sama.

Yoto-sama revint vers le groupe des jeunes gens, sous l'œil vigilant des yojimbo Daidoji et prit la parole :

- Bien. Tout a été préparé par Uji-sama, vous êtes logés, ensemble, dans une jolie petite auberge de la falaise, « La Maison de Megumi ». Installez-vous, découvrez Tsuma. Le tournoi commence dans deux jours, vous avez quartier libre jusque là.

- Hai Yoto-sama, répondirent-ils tous simultanément.

Et le vieil homme les quitta suivi de son escorte, les laissant quelque peu désœuvrés.
Non loin de la porte de l'école de sabre Kakita avait été creusée une jolie mare où s'ébattaient de magnifiques grues blanches, indifférentes aux bruits produits par les efforts d'un vieux heimin chenu qui ahanait en tentant de sortir de l'ornière sa charrette à bras, embourbée sur les bords marécageux de la-dite mare.

- Allons demander notre chemin à ce vieil homme, dit Kenji, je suis sûr qu'il nous guidera si nous l'aidons.
- Mais vous n'y pensez pas, Kenji-san ! Nous maculer de boue, pour aider un vieux heimin, alors que de grands daimyo nous regardent, c'est inconcevable ! Lui rétorqua Soshi Sangkai.
- Moi j'veux bien aider, intervint Hiruma Ito. Les Crabes ne craignent pas les Oni, ce n'est pas un peu de boue qui va leur faire peur, ajouta-t-il avec un sourire ironique.

Les deux se dirigèrent vers le vieil homme, avec l'Ise-zumi qui leur avait emboité le pas sans mot dire.
Les trois jeunes gaillards eurent tôt fait de sortir la charrette à bras de l'ornière.
Puis ils se présentèrent au heimin.
Ce dernier avait des traits fins et un nez aquilin, le visage buriné traversé par des rides de rire et des yeux d'un bleu de ciel d'été. Ses cheveux étaient d'un blanc éclatant et il portait une magnifique écharpe en soie fine d'un bleu ciel éclatant.
Il prit la parole d'une voix forte et amusée.

- Merci à vous jeunes maîtres pour m'avoir sorti de l'ornière. Permettez à un vieil homme de vous remercier comme il le peut. Accepteriez-vous de participer à une cérémonie du thé impromptue ? Je serais votre hôte, bien sûr.
- Eh bien ce sera avec plaisir vieil homme, lui répondit Kenji.
- Je veux bien, dit Ito.
- Le lierre s'incline devant le vent du destin, fut la réponse de l'Ise-zumi.

Le vieil homme, qui ne s'était pas encore présenté, se dirigea vers sa charrette, ouvrit un grand tiroir sur son côté droit et en sortit un tapis de bleu tissé ainsi qu'une boite en acajou sertie d'un ruban bleu de la même soie que celle de son écharpe.
Il n'échappa pas à Kenji qu'au fond de la carriole était disposée une boîte à katana du même acajou que la petite boîte sortie par le vieil homme et entourée de la même soie bleue.

- Savez-vous, vieil heimin, qu'il est interdit aux personnes de votre caste de posséder un katana ? Or ce que je vois là est bien une boite à sabre, l'interpella Kenji.
- Mais ce katana n'est pas à moi, jeune maître. Je n'en suis que le dépositaire. Mon seigneur me l'a ordonné. Il appartiendra à celui qui en sera digne, a-t-il précisé.

Après avoir mouché Kenji, le vieil homme disposa le tapis sous son bras à même le sol.
Le tapis était bleu azur et représentait un héros accomplissant un grand exploit, mais avant même d'avoir pu approfondir l'observation du motif, le heimin s'assit dessus.

- Venez, venez ! Dit l'ancien en sortant de la poudre d'une des deux poches en soie, contenues dans la boîte en acajou.

De la deuxième poche il sortit trois tasses en porcelaine d'une finesse et d'une harmonie exceptionnelle. L'une disposait d'un motif représentant le célèbre héros Grue Kakita Rensei, la seconde représentait un dragon et la dernière l'ancêtre de la famille Hiruma, Hiruma lui-même.
Fascinés par la technique de ce vieux heimin dans l'art subtil de la cérémonie du thé, les trois autres jeunes gens s'approchèrent.

- Bien que vous n'ayez pas fait d'effort pour m'aider, vous êtes évidemment les bienvenus, jeunes seigneurs, dit effrontément le vieil homme en regardant les trois jeunes gens bien dans les yeux.

Aucun, pas même Sangkai à la langue acerbe, ne fit la moindre remarque et le heimin sortit de sa poche trois autres tasses : l'une à l'effigie de Bayushi Tengen, l'autre à celle de la belle Shinjo et la dernière représentant un étrange guerrier du désert. Les trois tasses trouvèrent preneur et après une étrange demi-heure, où les protagonistes semblèrent comme immergés dans un rêve éveillé, ils secouèrent simultanément du chef.
Ils se sentaient rassérénés, en paix et en harmonie.
Le vieil homme avait disparu, ainsi que sa charrette, ses étranges objets et même les traces de sa charrette dans la boue s'étaient évanouies.
Ne restaient qu'un sentiment d'apaisement et un petit plan, sur un parchemin au sol, indiquant la route vers la « Maison de Megumi ».

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Message par Ashidaka Kenji » 01 févr. 2010, 14:45

L'auberge nommée « La Maison de Megumi », d'après le plan, reposait à la base de la falaise et était attenante au village de pêcheur.
Les jeunes Rokugani s'en furent vers les sentiers dévalant la falaise, quelque peu intimidés par l'effervescence du village. Les paysans installaient les décorations et les lampions afin d'honorer la venue du Fils du Ciel. Les dragons de papiers étaient de sortie, les guirlandes, les bougies festives et les masques de porcelaine n'étaient pas non plus en reste. Tsuma était en train de se parer de tous ses ors pour accueillir Hantei XXXVIII et sa suite.
Des ji-samurai Daidoji supervisaient les ouvriers, tandis que des doshi de la même famille patrouillaient, contrôlaient les passants et collectaient les taxes sur chaque étal de camelot.

Ces derniers, en nombre impressionnant, proposaient aux badauds tout un assortiment de colifichets, de denrées ou d'objets exotiques de toute provenance et de toute qualité.

Un en particulier héla Kenji et ses acolytes.

- Mes seigneurs ! Mes seigneurs ! Venez ! Venez voir les talismans exceptionnels que je propose ! Cela ne vous prendra que quelques minutes et vous sauvera peut-être la vie. A moins que vous ne soyez à la recherche d'un objet en particulier... comme par exemple une écaille de Kappa, ou un œuf de poisson Tsu !?
- Moi, l'humble Yasuki Jodeiga, j'avoue sans réserve être capable de tout vous procurer... avec du temps et de l'argent, termina le camelot avec un sourire doré – en effet une couronne en or était sertie sur sa canine supérieure droite.

Ito fut le premier à s'approcher de l'étal. Son passé sur la muraille l'avait habitué à la présence et au bagout des camelots Yasuki.

- Comment vous appelez-vous jeune Hiruma ? Demanda Jodeiga.
- Hiruma Ito.
- Que cherchez vous ici, Ito-sama ?
- J'ai vu, dans la mare à proximité, des grues à collier bleu. Elles étaient belles.
- Vous êtes chanceux jeune Hiruma-sama ! En effet, je viens à peine d'acheter à un vieillard sénile un très beau porte-chance en forme de grue, en véritable turquoise.
- Combien vaut-il ??
- Deux Bu.
- En voici un, fit Ito en prenant le pendentif des mains d'un Yasuki interloqué.
- Mon... Monseigneur est trop bon. Merci, fit le marchand au bout de quelques secondes.

Et Ito rejoignit les autres. Il était heureux. La grue était de belle facture et semblait être réellement en turquoise. Il accrocha le pendentif à son cou.

Au bout d'une demi-heure de marche, le petit groupe arriva à la « Maison de Megumi ».
Cette petite auberge, au charme subtil, donnait sur la plage et était entourée sur trois côtés de petites rizières et de potagers. De sa terrasse on apercevait un nombre croissant de bateaux, mouillant dans la crique bien protégée. Des boutres et des sampans de toutes tailles côtoyaient les barques et les radeaux des pêcheurs en une allégorie de la société Rokugani.
Entièrement en acajou, la maison semblait déjà avoir atteint un âge vénérable. Ses bois étaient patinés, sur la terrasse et sur les planchers de la modeste salle centrale, qui servait de salle à manger et de salle d'activité. Sur le mur du fond, avaient été peints de grandes figures héroïques, issues du folklore Rokugani.

- Akodo Masashi et Mirumoto Puhabo-Natsumu, dit, péremptoire, Moto Sulimane de sa voix de baryton.
- Pas mal la maison ! S'exclama Hiruma Ito. On a quartier libre ce soir... Si on se trouvait une maison de saké, pour fêter notre bonne fortune ?
- Je suis partant ! Firent simultanément Kenji et Masud.

Le groupe, tout à sa joie, partit à la recherche d'une maison de saké décente.
Aucun des jeunes gens ne vit le samurai tapi dans l'ombre d'un bâtiment qui les observait avec attention.


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Message par Ashidaka Kenji » 10 févr. 2010, 22:33

- ALLEZ ! REPRENDS UNE COUPE DE SHOCHU ! SOUS L'OEIL BIENVEILLANT D'HOTEI, PAR LE SOURIRE DE DAIKOKU, CONTRE L'AVIS DE JUROJIN ET FUKUROKUJIN !
MAIS QUI S'EN SOUCIE SUR LA MURAILLE... QUI S'EN SOUCIE SUR LA MURAILLE. DEMAIN TU SERAS PEUT-ÊTRE DE L'AUTRE CÔTE... »

Le membre de la famille Hida qui hurlait sa chanson de corps de garde se nommait Hida Fujizaka. Kenji, Ito, Sulimane et Masud avaient fait sa connaissance il y a deux heures à peine, c'était un participant au gempukku comme eux. Là s'arrêtaient les similitudes.

A peine arrivé, le groupe avait été harangué par le Crabe, afin de porter des toasts au Fils du Ciel, aux Fortunes, à Dame Soleil et Seigneur Lune et à tout ce qui passait par l'esprit embrumé de ce colosse de deux mètres et de cent quarante kilos au bas mot.
L'ise-zumi et Soshi Sangkai avaient poliment décliné l'invitation et s'étaient retirés dans une alcôves du côté droit de la maison de saké « le Lotus Carmin » appartenant à une femme d'un certain âge, encore belle, Shosuro Ukio. Ils y sirotaient un des meilleurs saké de Rokugan, tout en devisant.

Deux heures de ce régime avaient laissé Kenji hagard. Masud avait déjà roulé sous la table basse et Ito riait à ses propres blagues de façon imbécile. Seul Sulimane, imperturbable suivait encore le rythme imprimé par le bushi Crabe.

Hida Fujizaka était un autre des participants au Championnat de Topaze et sa joie vis à vis de cet état de fait était communicative. Il avait entraîné les trois compères dans cette beuverie avec entrain.

Kenji se sentant partir, l'esprit capturé dans la toile de coton de l'alcool, se reprit et réussit à trouver une porte de sortie honorable.

- Veuillez me pardonner, Fujizaka-san, mes amis, mais je vais devoir ramener Masud-san à l'auberge. Son état nous fait perdre la face à tous.

En réalité, Kenji n'était guère plus en forme, mais ses compagnons de beuverie n'étaient de toute évidence pas plus en état de le noter.

- M... Mais bien zûr, ami Kenji-san, dit Fujizaka. J... Je ne m'attendais pas à ce... à que ce... à ce que un memmre … un membre du clan de la Grue... suve... suire... suive le ryme, rypme, mythre... Ah, Mais ! Le RYTHME d'un membre de l'illustre famille Hida !
- Je... Vous … Rejoindrai … Plus … Tard ! Dit Sulimane avec une lenteur de paresseux.
- Eh, eh, eh ! Fit en contrepoint Ito pour lui-même.

Avec l'aide de Sangkai et de l'Ise-zumi, beaucoup plus frais, le cortège titubant réussit à atteindre la « Maison de Megumi ».
Après s'être occupé de Shinjo Masud, Kenji éreinté s'affala sur son futon, encore habillé. Il n'avait pas encore atteint le sol qu'il dormait déjà d'un sommeil de plomb.

Bien des heures plus tard, tandis que Dame Amaterasu resplendissait de mille feux, un Kenji piteux et à la bouche pâteuse émergea laborieusement d'un sommeil sans rêve. Son crâne résonnait au moindre murmure et des hauts-le-coeur émaillaient le moindre de ses mouvements, avec comme conséquence des remontées acides qui lui brûlaient la gorge.

- Par toutes les Fortunes bienveillantes... Plus jamais de concours de Shochu avec un Crabe, murmura-t-il.

Après un rapide bain chaud, Kenji se sentit suffisamment en forme pour envisager de descendre prendre un petit déjeuner avec ses amis.

Ito-san était à la manoeuvre. Il chantonnait les refrains appris hier par Fujizaka et tendit à Kenji, dès qu'il le vit, un broc de thé fumant.

- Une recette de la muraille, contre la gueule-de-bois : Thé vert et fort.
- Merci à vous Ito-san, dit Kenji en s'inclinant, difficilement.

Le goût en était fort et amer, avec les flaveurs des pins centenaires poussant sur les versants ombrageux des montagnes Crabes.
Au début, Kenji fit la grimace sous le choc de l'agression gustative. Pourtant, au bout de quelques minutes, le breuvage fit son effet et le jeune Grue sentit sa migraine refluer lentement.
Il se prit même à vouloir manger quelque chose.

La table reflétait, d'ailleurs, la diversité de leurs origines. S'y côtoyaient tempura, maki, boulettes de riz et de haricots rouges, sushi divers et des friandises gaijin au miel apportées par Masud et Sulimane, nommées loukoums.
Les sushi, préparés le matin même par Sangkai, étaient de toute beauté.
Ils ne survécurent qu'un petit moment.
Le petit déjeuner s'était transformé en concours d'histoires pittoresques que les jeunes Rokugani, pris par leurs souvenirs, évoquaient avec fougue et humour.
Sangkai, en particulier, captiva son auditoire avec son histoire, un peu cruelle.
Il fit éclater de rire tous ses condisciples quand il expliqua comment il avait humilié un Tensai Isawa en visite dans son dojo, quand celui-ci avait sous-entendu que les Soshi ne faisaient, au mieux, que de piètres prestidigitateurs. Il était question dans son histoire, d'un anneau sigillaire, d'un laxatif et d'une quête éperdue dans les latrines bondées du-dit dojo. Comment Sangkai-san avait-il réussi à faire avaler son anneau au jeune Isawa à l'insu de son Yojimbo Shiba, nul ne le sut jamais, mais ses mimiques et ses talents d'acteur ravirent son audience attentive et hilare.

En milieu de matinée, les jeunes participants souhaitèrent visiter un peu Tsuma et tout particulièrement le dojo Kakita.
Ce dernier construit de chaque côté de la rivière Tengu, était un complexe de bâtiments interconnectés, sur pilotis et pris dans une enclave de hauts murs blancs.
Tous ses bâtiments étaient construits principalement en bois – Teck et Acajou – et en torchis. L'entretien et l'opulence des jardins intérieurs témoignaient de la richesse du clan qui accueillait le Championnat de Topaze.
Il ne fut pas aisé aux jeunes gens d'y entrer. Même avec leurs parchemins de participation, les gardes Daidoji les firent attendre, afin de vérifier leurs identités et de s'assurer qu'aucun haut dignitaire ne pâtirait de leur présence.
Au bout d'une demi-heure, ils purent, de surcroît, visiter la partie publique de l'intérieur de cet illustre dojo, dont on dit qu'il fut construit à l'endroit même où les Kami fondateurs s'étaient affrontés pour le titre de Premier Empereur.
L'intérieur y était sobre, patiné et raffiné. Les planchers étaient en bois rares, les shoji, peu nombreux et amovibles. Sur le mur en face de l'entrée de la salle d'entraînement principale avait été fixée une calligraphie magnifique, que l'on attribuait à Kakita lui-même et qui explicitait le principe de base de cette école : « Une lame. Un coup. » . Sur les murs latéraux, des rateliers de bokken et de shi-nai avaient été disposés pour les étudiants pratiquant leurs kata.
Ces derniers, soixante en toute saison, se répartissent en quatre collèges : Celui du Printemps – le plus prestigieux – celui de l'été, de l'automne et de l'hiver.
Ces quatre collèges, connectés par des passerelles et des ponts en pin, formaient une deuxième enclave au centre de laquelle se situait le pavillon du sensei en chef.
Kenji avait toujours rêvé de visiter ce lieu mythique du sabre et de croiser la route d'un maître aussi célèbre que Kakita Toshimoko.
Ne pouvant s'empêcher de tenter l'aventure, Kenji s'en ouvrit aux autres.

Sangkai et Ito se proposèrent de trouver discrètement un chemin vers le pavillon du sensei et son célèbre et magnifique jardin, le jardin Higashi.
Masud et l'Ise-zumi allèrent voir les gardes Daidoji qui patrouillaient dans les environs et Sulimane et Kenji se dirigèrent nonchalamment vers leur objectif.
Au bout de cinq minutes, Sangkai réapparut, comme extrait des ombres d'un bâtiment.

- Ito-san a découvert une voie vers le pavillon, quant à moi j'ai pu découvrir et neutraliser les protections mystiques qui le protégeaient, fort nombreuses au demeurant. Êtes-vous sûr de vouloir continuer cette petite « escapade » Kenji-san ? Je lui pressens, pour ma part, une fin piteuse, pour ne pas dire ignominieuse.
- Oui, Sangkai-san, je ne partirai pas de Tsuma sans avoir vu les jardins Higashi, ni sans le titre de champion de Topaze, fit Kenji avec un sourire ironique.
- Eh bien soit ! Allons-y.
- Je surveille les Daidoji, fit Sulimane.

Kenji emboîta le pas de Sangkai, dont la discrétion le surprit.

Pour un shugenja, Sangkai-san est très physique.

Les deux jeunes gens s'approchèrent de l'arrière d'un pavillon carré, sur pilotis lui aussi, aux shoji fermés.

Ito-san était introuvable.

- Psst ! Ici ! Entendit murmurer Kenji sous la maison.

Ito était plaqué au sol sous les pilotis qui soutenaient le pavillon.

- Un passage. Ici. Une latte désolidarisée. Elle donne sur le cellier. Tu es assez fin, tu devrais passer si je te pousse un peu, dit Ito-san.

Sangkai, qui s'était mis en retrait pour se concentrer, émergea de sa transe et dit :

- Les Kami de l'air, sont paisibles ici, et heureux, mais ils ne sentent aucun mouvement de l'air dans le cellier. Il est vide, vous pouvez y aller Kenji-san.

Kenji se glissa sous le plancher et passa à travers la latte désolidarisée, qui fut remise en place ensuite.
Il se releva et s'épousseta.
Il faudrait trouver un moyen de fabriquer des vêtements qui ne se salissent pas, pensa-t-il.
Ensuite il arpenta le pavillon comme s'il lui appartenait, pensant à juste titre que personne ne l'interrogerait s'il avait l'air d'un habitué.
Il arriva donc, crânement, au jardin tant convoité.
Celui-ci ne le déçut en aucun point.

C'était un jardin zen, proche de celui de Karizuki-sensei, où jardins de pierres cotoyaient des arboretum de conifères et des zones de fleurs exotiques et magnifiques. Il s'en exhalait un parfum de plénitude et d'harmonie.
Mais le clou du spectacle, pour Kenji, était assurément le grand sensei lui-même en train de pratiquer des dégainés-frappés.
Soudain, Kenji ressentit une vive douleur sur le haut du crâne.

- Que fais-tu là chenapan, à espionner Toshimoko-sama et à marcher sur mes parterres. Je m'en vais appeler les gardes afin qu'ils te corrigent !! le morigéna la vieille femme quand il se retourna prestement.
- Laissez-le, Shizuka-san ! Fit une voix masculine avec un accent d'autorité. Après tout il ne fait que reproduire ce que j'ai fait moi-même en mon temps. Il cherche à découvrir le secret de la frappe parfaite. Sachez, jeune homme que je ne connais pas encore, que je ne l'ai pas encore découvert moi-même, rajouta Toshimoko-sensei.

Kenji, qui s'était agenouillé, front au sol, bégaya une excuse peu crédible.
- Veuillez me pardonner sensei. Je ne voulais pas interrompre vos kata. Je voulais juste voir, au moins une fois dans ma vie, les célèbres jardins de votre pavillon. Mais vous voir en train de pratiquer, m'a montré à quel point je dois m'améliorer pour atteindre votre niveau et pourquoi pas le dépasser.
- Ah, ah, ah ! S'esclaffa Toshimoko-sensei. Tu ne peux être qu'Ashidaka Kenji pour être aussi sûr de toi et de ton destin. Karizuki-kun m'a beaucoup parlé de toi.

Dix gardes Daidoji en armes sortirent de toutes parts, aux bruits de l'altercation.
Toshimoko-sensei les calma d'un geste.

- Ce n'est rien. Juste un jeune étudiant trop zélé. Vous pouvez repartir.
- Hai, dono ! Il faudra tout de même qu'il nous explique comment il est arrivé jusqu'ici. Quand vous en aurez terminé avec lui évidemment, termina le gunso.
- Evidemment ! Renchérit Toshimoko-sensei.

Une fin piteuse, voire ignominieuse, pourquoi Sangkai-san a-t-il raison si souvent ??

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Message par Ashidaka Kenji » 27 févr. 2010, 09:22

Plus tard, dans les appartements de Toshimoko-sensei en présence du seigneur Daidoji Uji-sama.

- Comment avez-vous osé mettre à mal l'harmonie de la demeure de l'illustre sensei Toshimoko-sama ? Tempêta le sombre daimyo.
- Parce que nous pouvions le faire, monseigneur, répondit crânement Sangkai-san.

Cette répartie imposa le silence au Daidoji. Son regard se fit dangereusement froid et dur.
Kenji s'attendait à tout moment à être poussé au seppuku par l'audace de Sangkai.
Sous-entendre que les Daidoji n'avaient pas fait leur travail de protection pouvait s'avérer mortellement dangereux sur ces terres.

- Surveillez vos paroles Scorpion, l'innocence de l'enfance n'excuse pas tout ! Rétorqua Uji-sama sur un ton dangereusement calme.
- Je comprends votre problème Uji-sama, lui répondit sans ciller Sangkai. Comment faire pour éviter un scandale mettant en cause bon nombre de participants – et non des moindres – à la veille de l'arrivée du Fils du Ciel et du gempukku de Tsuma tout en assurant la sécurité maximale des seigneurs de votre clan et de leurs illustres invités ? J'ai une solution à vous proposer : utilisez-nous !

Uji-sama, en bon général Daidoji, se calma car il entrevoyait déjà certaines... opportunités.
Kenji, comprenant naturellement où voulait en venir Sangkai, intervint pour le soutenir.

- Ce que de simples étudiants comme nous ont pu tenter avec le succès dont vous pouvez témoigner, d'autres plus expérimentés risquent de le réussir. Nous allons tout vous dire sur la technique que nous avons utilisée. Mais ce que mon illustre camarade sous-entendait aussi c'est que des postulants au titre de Champion de Topaze ont la possibilité de rencontrer beaucoup de samurai de clans très divers, que la sécurité de son Auguste Majesté nous tient tous à cœur et que nous serions de bons auxiliaires pour vos forces de sécurité.
- Et, Uji-sama, nous avons prouvé notre efficacité, malgré notre jeune âge ! Renchérit Sulimane de façon surprenante.
- Ne confondez pas assurance et présomption jeunes gens. Vous n'êtes pas encore samurai et c'est la seule raison qui me fait hésiter à vous demander de vous ouvrir le ventre !
- La principale, certainement, mais pas la seule. J'en vois personnellement au moins deux autres, intervint Sangkai.

Un jour, ce Scorpion-là réussira à tous nous faire tuer.

- Seriez-vous prêts, pour le bien de l'Empereur, à travailler en coopération avec un autre clan que celui qui vous a vu naître ? Demanda Uji-sama.
- C'est ce que nous avons déjà accompli si vous regardez bien, Uji-sama, lui rétorqua Sangkai avec un sourire froid.
- Et bien soit ! Qu'il en soit ainsi. Vous serez mes yeux et mes oreilles parmi les participants, pendant toute la période du Championnat de Topaze. A la fin de celui-ci je vous libèrerai de votre allégeance. Mais vous devrez me rapporter tout ce qui vous semble anormal. Les termes vous semblent-ils corrects, jeunes gens ?
- Hai ! Répondirent-ils en cœur.

L'entrevue avait eu lieu dans le pavillon de Toshimoko-sensei, et c'était Uji qui s'était déplacé afin d'éviter d'éveiller des soupçons inconsidérés.
Ensuite, afin de préserver les apparences, c'est le grand sensei qui avait raccompagné les jeunes postulants à la porte en les félicitant chaleureusement de tant s'intéresser aux préceptes de Kakita.
Alors qu'ils s'éloignaient du pavillon, Kenji prit la parole.

- Tu as failli nous mettre dans de beaux draps Sangkai-san. Uji-sama aurait légitimement pu demander notre seppuku.
- Tout d'abord, c'est toi, Kenji-san, qui nous as mis dans ces draps ! C'est toi, qui voulais tant voir les jardins du sensei ! En outre, même si Uji-sama avait le droit de demander notre seppuku, il aurait été peu probable qu'il le fasse, répondit calmement Sangkai.
- Et pourquoi cela ?
- Simplement, parce qu'il aurait effectivement eu à rendre des comptes aux différents clans qui ont envoyé leurs émissaires à ce tournoi. Et aussi parce qu'il a failli. Il ne va surement pas le crier sur les toits et préfèrera être dans nos petits papiers, jusqu'au moment où il trouvera quelque chose de compromettant sur nous. C'est ce que moi j'aurais fait.
- Mais Uji-sama n'est pas un Scorpion, Sangkai-san.
- Non, en effet. Mais c'est le daimyo de la famille Daidoji, réputée être prête à tout pour protéger son clan. La frontière est parfois mince entre le devoir et le déshonneur. Crois-moi, mon ami, je sais de quoi je parle.

Alors que les six étudiants tentaient de regagner l'auberge « La Maison de Megumi », une subite agitation attira leur attention.

Des heimin couraient de concert avec des yojimbo Daidoji et des courtisans en palanquin faisaient hâter le pas à leurs porteurs.
Tous se dirigeaient vers le port.

- Allons voir s'qui s'trame, fit Hiruma Ito.
- Peut-être ferions-nous mieux de ne plus nous faire remarquer, murmura Shinjo Masud.
- Quel que soit le nombre de fois où le rocher la brise, la vague toujours revient au rivage, intervint l'Ise-zumi.
- Alors c'est dit. Si j'ai bien interprété l'aphorisme de notre ami moine-tatoué. Allons voir ce qui se passe. Ito-san ? Une petite reconnaissance serait-elle possible, je vous prie ? Demanda Soshi Sangkai.
- Un peu d'action nous fera du bien en effet, renchérit Kakita Kenji.

Moto Sulimane se contenta de grogner son assentiment.

A peine arrivés sur le port les jeunes gens se firent refouler, comme tous les badauds présents, par des gardes Daidoji sur les dents.
En effet, le Champion d'Emeraude, Doji Satsume-sama, supervisait les derniers préparatifs de ce qui semblait être la venue imminente du Fils du Ciel et de sa cour.
C'était la première fois que Kenji apercevait le seigneur de son clan.
Il en resta bouche bée.
Il émanait de cet illustre personnage une sensation de confiance et de puissance, comme Kenji n'en avait jamais ressentie.
En ce grand jour, Satsume-sama avait décidé de porter les marques de sa fonction. Son armure de Champion d'émeraude rehaussait la magnificence de sa mise : un kimono de la plus belle soie émeraude, marqué par le mon impérial, piqué de fils d'argent.
Son visage, impassible, était barré sur tout le côté droit par une vilaine cicatrice étoilée qui ne faisait que souligner l'aura d'autorité qui rayonnait de lui.
Ses ordres brefs, secs, émis sur un ton calme mais tranchant, faisaient danser au rythme décidé par le grand homme courtisans, gardes Doji, yojimbo Daidoji, ji-samurai et heimin, ensembles, sans distinction, dans un ballet bien rôdé.
Au loin, dans la baie venait d'apparaître la barge impériale, son soleil de cristal, enserrant le sceau impérial, en haut du mat principal, rayonnant des mille feux offerts en offrande au Fils du Ciel, par la déesse Amaterasu elle-même.
Ainsi, le sceau impérial, illuminé par Dame Soleil, dominait de sa prestance la baie entière, tandis que la barge impériale écrasait de sa taille gigantesque les autres bâtiments qui mouillaient dans la rade, y compris ceux des daimyo de clan.
Quand les Rokugani présents sur le port identifièrent le sceau impérial, tous, hormis Satsume-sama et ses gardes, se mirent à genoux face contre terre.

Kenji :grue:
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Message par Ashidaka Kenji » 04 mars 2010, 18:54

Tandis que le maître de la barge impériale aboyait ses ordres pour que le mastodonte à proue en forme de dragon accoste sans heurts, des heimin diligents s'assuraient de la stabilité de la lourde passerelle en Teck.
Les étendards impériaux furent hissés au dessus des docks.
Kenji, subrepticement, jeta un regard émerveillé sur les kakemono, sashimono et autres oriflammes annonçant l'arrivée de la fine fleur de la cour impériale.
Hélas, Kenji n'ayant jamais été très attentif lors de ses leçons d'héraldique ne fut capable de reconnaître que ceux de Hantei XXXVIII et de son héritier Sotorii-sama.

Ainsi l'héritier assistera aussi au Championnat de Topaze. C'est une première.

Kenji remarqua aussi que ses comparses, curieux et quelques peu effrontés, faisaient de même. Ils observaient discrètement.

Enfin, après un accostage silencieux et harmonieux - témoignage suffisant du talent du maître de barge impérial et de son équipage - se présenta Son Auguste Majesté, le Fils du Ciel, Béni des Dieux, Commandeur des Croyants, Âme de Rokugan, Hantei XXXVIII.
Sa mise était sobre, comme à son habitude, de fins kimonos gris en cinq couches successives et un petit chapeau de cour noir. Seul le mon impérial brodé aux fils d'argent rehaussait son allure.
Pourtant émanait de lui une aura d'autorité presque palpable.
L'Empereur était grand et maigre, avait les yeux noirs et enfoncés sous des sourcils broussailleux et possédait des traits fins, surmontés d'un nez aquilin.
Il s'arrêta au pied de sa barge et salua les seigneurs rassemblés.
Outre le Champion d'émeraude, Hantei XXXVIII s'arrêta et devisa longuement avec un grand et puissant seigneur, de rouge et de noir vêtu et arborant sur le visage un délicat masque confectionné de différentes essences arboricoles dont le motif reproduisait un scorpion en acajou.
Seuls ses yeux gris acier émergeaient de ce masque alambiqué.

- Bayushi Shoju, le seigneur de mon clan, murmura Sangkai.

Derrière, lui se tenait la plus belle femme que Kenji eut jamais vu.
A peine plus âgée que les six compères, ses traits délicats et parfaitement symétriques, sa bouche merveilleusement dessinée rouge carmin, et ses formes généreuses et pleines de promesses, étaient soulignés plus que masqués par le kimono rouge orchidée de coupe rien moins qu'originale et par le fin masque en dentelle en forme de grand paon de jour.
Son épaule droite, à la peau d'albâtre, était partiellement visible.

- Dame Kachiko, sa femme, ajouta le jeune Scorpion.

Le destin voulut qu'après les présentations officielles, le regard de Kachiko se portât en direction des six jeunes gens et particulièrement de Kenji.
Leurs deux regards se rencontrèrent. Une étrange et subtile connexion vit le jour.
Cet instant ne dura que quelques secondes mais aucun des deux protagonistes ne voulut le rompre ni baisser les yeux. Il était clair, en raison de la différence de statut entre les deux personnes, que Kenji aurait dû baisser les yeux, mais il ne pouvait s'y résoudre. Cette femme était trop belle ... et dangereuse aussi. Après tout n'était-elle pas la quintessence des femmes du clan que Kenji avait appris à redouter à ses dépens ? Un mélange de défi, de désir et d'amusement pouvait se lire dans les yeux bleu glace de Kenji, ainsi que dans les yeux vert émeraude de Dame Kachiko. C'est Shoju-sama qui rompit le charme en présentant à l'Empereur et à sa femme, le daimyo du clan mineur du Blaireau, Ichiro Akitomo-sama.

A travers la haie de Miharu Seppun sur le qui-vive, Kenji put ensuite apercevoir un jeune garçon, d'une dizaine d'années, petit et timide, presque caché derrière ses gardes du corps. Son kimono, princier, l'identifia instantanément comme l'héritier, Sotorii-sama.
Ses traits fins - sa mère après tout était une Grue - étaient un peu pâles et ses cheveux d'un noir de jais avaient été rasés sur le crâne et ramenés vers l'arrière en un catogan court et bien peigné.
Se présentant à lui, un jeune Scorpion, en noir et obi rouge sang, avança de l'arrière de la délégation Scorpion. Il toisa l'assistance et tout particulièrement les participants rassemblés.
Après un reniflement dédaigneux, il se retourna et accompagna Sotorii-sama.
Son beau obi ne portait pas de wakisashi.

je sens que nous allons revoir ce Scorpion hautain sous peu, pensa Kenji.

De la gauche de Sangkai-san, à un rang ou deux vers l'avant, la voix gutturale d'un vétéran de la famille Hida se fit entendre :

- Et bien sûr, voici venir Calamari-sama, fit-il avec un ricanement, un peu trop fortement pour que ses paroles soient considérées comme un murmure.
- Sachez, samurai-sama, que le calamar mange les petits crabes qui se cachent dans les trous des rochers, rétorqua à voix haute Sangkai.

Cette fois ce n'est pas ma faute.

- Si tu n'étais pas un chiot, je te ferais rendre gorge, larve de Scorpion.
- Mais qu'à cela ne tienne, Hida-sama, samurai, je le serai bientôt et connais déjà mon champion, n'est-ce pas Kenji-kun.

Mais va-t-il se taire à la fin !

Dans un mouvement rapide, Hiruma Ito, qui se trouvait agenouillé aux côtés du bushi Crabe, lui asséna un violent coup de coude au visage, tandis que son attention se portait sur Soshi Sangkai.
Le nez du bushi fit un bruit sinistre quand il se brisa, envoyant une gerbe de sang aux alentours.
Le bushi grogna et se prépara à asséner un coup en retour tout en se tenant le nez.

L'éclat de voix avait attiré l'attention des miharu qui déjà s'avançaient vers les belligérants, le sabre à demi-sorti.

- Que se passe-t-il ici, murmura le capitaine Seppun au bushi Hida, un peu refroidi. Il ne sera toléré aucun esclandre en présence de Son Auguste Majesté. Veuillez cesser immédiatement et me dire la raison de ce déshonneur.

Le bushi, soudain hagard, désorienté et le nez en sang, balbutia :

- Je ... je ne ... je ne sais pas Seppun Ichikawa-sama. Je ne me rappelle pas la raison de mon éclat de voix envers cet enfant.
- Et vous jeune Scorpion, qu'avez-vous à dire à ce sujet ?
- Je ne saurais blâmer Hida-sama, pour avoir fêté dignement l'arrivée de notre Empereur bien aimé. Hélas il semblerait qu'il ne tienne pas le shochu aussi bien que ses semblables ou que le prétend la réputation de son clan.
Je lui demandais juste d'éructer un peu moins fort, par égard pour cette illustre assemblée et je crois qu'il l'a mal pris. Ensuite, en se tournant vers moi, il a glissé et s'est cogné sur quelque chose de dur près du sol.

une tâche de sang venait d'apparaître, comme par magie sur le sol, tandis qu'Ito-san changeait ses manches de position.

- Je vous demande, samurai-sama d'excuser l'intransigeance de la jeunesse et de me pardonner mes paroles quelque peu malheureuses, reprit Sangkai.
- Hida-san, vous irez faire un rapport à l'ambassadeur de votre clan, dès le départ de son Altesse Royale. Quant à vous jeunes gens, faites silence ou je vous ferai évacuer.
- Hai Ichikawa-sama, fit Sangkai en se prosternant.

Le bushi Hida, blême de honte, se prosterna aussi.

le miharu repartit dans sa file.
Mais que s'était-il donc bien passé, se demanda Kenji.
La réponse vint de Sulimane-san, juste après le départ Hantei XXXVIII, de Sotorii-sama et de la cour.

- La prochaine fois que tu as l'audace d'utiliser un sort - quel qu'il soit - en présence de la garde rapprochée de l'Empereur tu es prié de nous avertir avant, Sangkai-san. A force de jouer avec le feu tu nous feras tous brûler !
- Quoi ? firent les autres en cœur.
- Oui j'ai utilisé un sort, mais avouez que je l'ai fait discrètement. Et je ne pouvais tout de même pas laisser ce mangeur de goémon, insulter l'héritier de la couronne. La famille Hantei doit passer avant toute autre considération. Et j'étais sûr que vous me suivriez.
- mais tu as menti, renchérit Kenji, ce n'est pas digne d'un samurai.
- Premièrement, aucun de nous n'est encore samurai. Deuxièmement, si tu vérifies ce que j'ai dit, tu verras que je n'ai prononcé aucun mensonge.

L'acte inconsidérément dangereux de Sangkai dénotait tout de même une grande discrétion et un grand talent dans la communion avec les Kami. Ceux de l'air en particulier.

- Et qu'est-ce que c'est que cette histoire, heureusement avortée, de duel avec un vétéran Hida ? fit Kenji un peu secoué. J'aime à choisir mes combats Sangkai-kun.
- Je suis un courtisan, tu es un duelliste. Qu'aurais-je pu faire d'autre. Ne te sentais-tu pas capable de le battre ?
- Si, bien sûr.
- Donc la question est réglée.

Kenji en resta bouche bée un instant.

- Tu comptes me faire le coup à chaque fois ?
- Oui, fort probablement.
- Bien. il semble qu'il faille que je m'entraîne encore plus intensément si je veux survivre à mes treize ans, fit Kenji avec un sourire ironique.
- Cela me semble sage en effet, répondit Sangkai avec un sourire froid. Ça et prier les Kami pour leur bonté et leur miséricorde.

Et tous éclatèrent de rire en remontant vers l'auberge.

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Message par Ashidaka Kenji » 17 mars 2010, 18:22

La nuit précédant le début du gempukku de Tsuma était l'occasion d'une grande fête populaire, où toutes les castes de Rokugan, pour une unique nuit, s'autorisaient des relations d'égal à égal.
La fête commençait par des spectacles de shugenja qui racontaient les grandes batailles épiques et les exploits du passé.
Et sous l'oeil pour une fois bienveillant de Messire Lune, étaient relatés les combats de Hantei contre son père, le premier tournoi qui le vit devenir Empereur ou la charge épique mais maudite de Shinjo Saburo dans l'Outremonde.
Les enfants, frissonnaient et sursautaient de peur face aux talentueux effets visuels des shugenja présents, tandis que fleurissaient les lumières joyeuses des lanternes en papier à chaque pas de porte, chaque arbre et chaque Torii, illuminant les Chrysanthèmes en fleurs qui avaient été artistiquement déposés sur une partie calme de la rivière Tangu, par des jeunes filles du clan hôte dans l'après-midi. Chaque chrysanthème représentait un vœu de bonheur, que les jeunes filles non mariées du clan de la Grue adressaient à Benten et Hantei.
Alors que la fête battait son plein et que les dragons paradaient entourés de cracheurs de feu, de jongleurs et de danseurs, un mendiant attira l'attention de Soshi Sangkai d'une manière très inhabituelle.
Le mendiant adossé à un Torii de Fukurokujin, sale, édenté, perclus d'arthrite et chenu au delà de ce que le Scorpion pensait possible, dénotait avec le luxe ambiant sans qu'aucun garde ne le déloge. Il héla Sangkai par ces mots :

- Eh, Soshi Sangkai-sama, voulez-vous vous abreuver à la sagesse de Fukurokujin ?

Sangkai s'approcha intrigué par ce mendiant qui connaissait son nom.

- Comment connais-tu mon nom, manant ?
- Le vieux Ichiin connait beaucoup de choses, oui, beaucoup. Mais il ne parle que contre dédommagement, hi, hi, hi, conclut-il par un rire édenté.

Sangkai se concentra en murmurant des paroles séduisantes aux Kami de l'air. Il l'avait déjà fait auparavant. Cela lui permettait de lire les pensées superficielles d'un individu. Mais pas cette fois. Aussi concentré fut-il, aussi volontaire, Sangkai ne pu briser la volonté de ce rebuts de la société Rokugani.
Les yeux du mendiant étincelaient de malice.

- Bien. Que peux-tu m'apporter, mendiant.
- Beaucoup, beaucoup d'informations répondit ce dernier presque dans un murmure. Chaque réponse : un bu.
- Essayons pour voir, fit Sangkai en lui jetant une pièce d'argent. Hormis les gens de mon groupe et moi-même, quel est le candidat le plus dangereux ?
- Assurément, Bayushi Sugai-sama, le neveux par alliance de Bayushi Kachiko-sama, mais tu l'as déjà vu... si, rappelles-toi... le jeune homme arrogant qui s'est approché de la barge impériale, et de Sotorii-sama.
- En quoi est-il si dangereux ? Renchérit Sangkai avec un bu.
- Il est très mauvais pour la santé du pauvre Ichiin d'interférer avec les affaires de ton clan Sangkai-sama. Je préfère me taire.
- Allons ... et pour un koku ? Cela te permettra de te retirer dans un endroit agréable et reculé où tu passeras tranquillement tes derniers jours.
- Non. Non vraiment, le risque est trop grand fit Ishiin, de façon moins assurée.
- Deux koku.
- C'est que ma vie est mon bien le plus précieux.
- Laissons cela mendiant, tu me fais perdre mon temps.

Et Sangkai commença à s'éloigner.

- Comme tu voudras, mon ami, mais saches que des choses graves se trament et que la mort frappera avant longtemps, lui lança le mendiant, avant de disparaître derrière une procession de dragons en papier.

Soshi Sangkai, interloqué, dû attendre la fin de la procession pour pouvoir revenir à l'endroit où se tenait il y a quelques minutes le vieux Ichiin.
mais ce dernier avait disparu.
Sangkai, mécontent, se promit d'apprendre un sort qui lui permettrait de retrouver et poursuivre un individu.


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Message par Ashidaka Kenji » 28 sept. 2010, 17:44

Le cœur des participants battaient la chamade.
L'heure de Bayushi venait de s'achever et tous les participants avaient été rassemblés dans la cour principale de dojo.
Sous l'œil des plus puissants personnages de l'empire, les jeunes postulants se faisaient expliquer les règles des épreuves de gempukku par un Kakita Toshimoko très solennel.
Quelles que soient leurs tentatives, tous les postulants dissimulaient mal leur nervosité.
Sauf peut-être Moto Sulimane dont la famille se considérait déjà morte en totalité, depuis la trahison de son ancêtre.

- Jeunes gens, je suis conscient de la pression et de la tension qui vous tiennent. Vos frêles épaules doivent porter les attentes et les espoirs de vos clans respectifs. Mais soyez fiers de l'honneur qui vous est fait. Vous êtes l'avenir, le destin de l'empire d'émeraude. Alors redressez-vous, bombez le torse et faites en sorte de mériter votre place dans l'Histoire.

Après une courte pause.

- Voici maintenant les règles des épreuves de gempukku : Le tournoi se déroulera sur trois jours. Les épreuves testeront vos connaissances et vos compétences. Il vous faudra atteindre cinq points pour devenir samurai, donc réussir cinq épreuves. Certaines épreuves se dérouleront par paires, à un contre un, d'autres se passeront en groupe. Les shugenja auront le droit de faire appel aux kami pour les aider, mais évidemment pas contre un postulant. J'attends de vous que vous vous conduisiez honorablement, car votre première épreuve sera celle de la maturité. Tous les participants... non... Tous les jeunes samurai auront la possibilité de participer au Championnat de Topaze, c'est à dire au tournoi de Iaijutsu ainsi qu'à la cérémonie de Gempukku proprement dite qui clôturera ces trois jours qui marqueront, j'en suis sûr, vos jeunes vies. Le tournoi comportera des épreuves physiques et des épreuves culturelles. Après tout un samurai accompli maîtrise aussi bien son corps que son esprit. Chacun de vous va être appelé et apparié par un des juges du tournoi, reconnaissables à leur obi blanc. Soyez digne de son Auguste Majesté qui vous regarde. Et maintenant que les épreuves commencent !!

Se levant du dais des augustes spectateurs le daimyo de la famille Miya, Miya Yoto, pria les postulants de se rassembler autour du cercle sacré du dojo.
Concentré et tendu à l'extrême Kenji faillit manquer l'appel de son nom.
Il sursauta et se rapprocha de la lice.
Dans une conque marine de grande taille avaient été déposées de petites billes de bois sur lesquelles étaient gravés les noms des participants.
Ces derniers étaient appariés au hasard par le tirage au sort de cet homme au dessus de tout soupçon.

- Donc… Kakita Kenji-san rencontrera … Bayushi Sugai-san.
- Hai répondirent les jeunes gens de concert.

Sugai toisa Kenji avec un sourire méprisant, auquel celui-ci répondit par le sourire carnassier qu'il avait « emprunté » à son ami Sangkai.
La matinée était bien avancée, Sangkai avait déjà mordu la poussière, dès son entrée en lice, apparié qu'il était avec un Hida Fujizaka qui se frottait déjà les mains de froisser le kimono d'un shugenja Soshi.Toutefois le jeune Soshi n'avait pas démérité et s'était vu battu pas la puissance brute du Crabe plus que par sa technique, qui était loin d'être supérieure à celle du concurrent Scorpion.
Hiruma Ito, lui,n'avait fait qu'une bouchée du shugenja Isawa Oruko, retrouvé assommé à l'extérieur du cercle sacré, après une poussée violente du râblé petit Crabe. Ito avait en outre choqué l'assistance en grondant son cri de guerre avec un sourire. C'était son sourire qui avait été le plus effrayant.
Shinjo Masud, lui,avait dû batailler pour battre un rônin sympathique du nom de Toku,invité par Miya Yoto lui-même.
L'Ise-zumi avait triomphé sans combattre de Asahina Tadamo, shugenja pacifique qui avait décliné le combat en admettant la supériorité de son adversaire dans ce domaine. Pour se faire pardonner de cette victoire par défaut, l'ise-zumi l'avait invité à venir boire un thé, plus tard à « la Maison de Megumi ».
Quant à Moto Sulimane il avait créé la sensation en soulevant à bout de bras la bushi Matsu Shorisuro et en la déposant délicatement à l'extérieur de la lice, malgré les coups de pieds et les atemi pratiqués par cette dernière. Un murmure impressionné avait couru parmi les courtisans installés sur le dais d'honneur et Shinjo Yokatsu-dono avait même sourit, au grand dam de Matsu Tsuko-sama qui avait fustigé du regard la postulante de sa famille.

Kenji entra en lice.
Sugai, lui, salua le dais de l'Empereur et tout particulièrement Sotorii-sama.
Enfin il se présenta à son adversaire.

- Je me nomme Bayushi Sugai, neveu de Bayushi Shoju-dono et de Dame Bayushi Kachiko-sama. Mon lignage serait trop long à énumérer, autant laisser mes ancêtres observer leur descendant. Et toi qui es-tu mon garçon ?

Sa révérence fut discrète pour ne pas dire offensante.

- Kakita Kenji, de la maison Ashidaka, et je suis très heureux de débuter ce tournoi contre vous honorable Sugai-san. Peut-être le terminerai-je aussi contre vous !?

Kenji s'inclina franchement et prit une posture d'attente, mains ouvertes, le côté droit légèrement avancé, léger sur ses pieds.
Sugai s'accroupit doucement et commença à tourner autour de son adversaire.
Soudain, dans un mouvement d'une rapidité incroyable le jeune Scorpion jaillit vers l'avant et tenta d'empoigner Kenji.
Ce dernier pivota sur lui-même en murmurant :

- Souple, tel le roseau.

Sugai manqua de glisser mais se reprit prestement.
Il récidiva en empoignant les manches du kimono à son adversaire, qui répondit en tordant les deux poignets du Scorpion dans un ample mouvement circulaire de ses deux mains, de l'intérieur vers l'extérieur, puis retour vers l'intérieur.

- Torsion des pouces.

Sugai dut lâcher sa prise et réussit à retenir un petit cri de douleur.
Plus circonspect il reprit son lent mouvement circulaire à la recherche d'une ouverture dans la garde de Kenji.
C'est le jeune Grue qui décida de prendre l'initiative. Il tenta d'empoigner son opposant, pour passer une prise connue sous le nom du Marteau de la Terre.
En vain car Sugai réussit à se glisser sous la prise trop évidente de Kenji, et contre-attaqua par un coup au visage suivi d'une prise de la main gauche.
Mais Kenji était prêt.
Utilisant le mouvement de son adversaire il lui imprima une rotation, alliée à une clé de coude, suivi d'un brusque atemi de l'avant-bras à la gorge de Sugai, qui se retrouva projeté dans les airs et chuta lourdement sur le dos, l'air expulsé de ses poumons et presque assommé.
Kenji, faisant mine de le relever sportivement, lui murmura, avec un sourire ironique :

- Tel est le Vol du Dragon. Et je suis fort aise Sugai-san que vos ancêtres aient vu le spectacle de votre court quoiqu'harmonieux vol, si l'on excepte, bien entendu, l'atterrissage mal maîtrisé.

Sugai ayant reprit ses esprits, refusa la main tendue et se releva seul.
Ses yeux étincelaient de haine.

Après une courte pause et une petite collation, l'épreuve d'héraldique débuta.
Kenji détestait cette matière où il était loin d'exceller.
Le destin, en outre, ne lui fut pas favorable car il fut apparié à Matsu Shorisuro. Or, la généalogie et l'héraldique sont des matières communes à tous les Lions, en relation avec leur respect exacerbé des ancêtres.
Comme prévu, Kenji cala sur un mon de serpents entremêlés se mordant mutuellement la queue et fut vite ridiculisé quand la Matsu déclara à haute et intelligible voix :

- Ceci est le mon révéré de l'auguste famille impériale des Otomo.

Beau joueur, Kenji se dirigea vers son opposante, alors qu'ils se replaçaient dans la file des postulants.

- Bravo pour cette victoire éclatante Matsu Shorisuro-san. Peut-être daignerez-vous la fêter avec moi et mes amis à l'auberge de « la Maison de Megumi » ce soir ?
- Ces épreuves ne sont peut-être qu'un amusement pour vous et vos pairs Kakita-san, mais sachez que pour moi tout ceci est très sérieux.
- Loin de moi l'idée de minimiser l'ampleur d'une épreuve de gempukku aussi prestigieuse que celle de Tsuma – en présence de notre Auguste et Vénéré Empereur et de son héritier – toutefois, mon sensei n'avait de cesse de me répéter : si tu n'y arrives pas la première fois, ce n'est pas grave, ré-essaie jusqu'à y arriver.
- Votre sensei vous laisserait probablement une autre chance de passer votre gempukku. Pas le mien. Sachez que la tradition dans ma famille veut que les jeunes postulants qui ne réussissent pas les épreuves de gempukku doivent faire seppuku.
- Quoi !? Mais c'est abject comme traitement ! Voyez en moi, dès cet instant, un allié Shorisuro-san. Je ferai mon possible pour vous aider.
- Comment osez-vous remettre en cause des siècles de tradition ! Cela n'a rien d'abject, si un bushi Matsu n'est pas apte à réussir les épreuves les plus faciles de la vie, il n'est tout simplement pas digne de servir le clan. Et je refuse votre aide, quelle qu'elle soit. Si je ne puis y arriver seule, alors je saurais en tirer les conséquences.

Kenji resta sans voix devant cette dernière déclaration. Cette philosophie de la vie était si loin de ce que prônait Karizuki-sensei.
Il décida, en son fort intérieur, d'aider malgré tout cette obtuse, mais jolie Matsu.
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Ashidaka Kenji
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Re: (Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

Message par Ashidaka Kenji » 05 oct. 2010, 21:20

L'épreuve suivante fut la course d'obstacle. Celle-ci alliait la rapidité à l'endurance et se courait aussi à un contre un, mais tous les postulants la passaient simultanément. Kenji courut contre un bushi discret du clan du phœnix. Sugai et Ito dominaient nettement la course, suivis de près par une grappe de bushi comprenant Kenji, Sangkai, Masud, Sulimane et l'ise-zumi ainsi que Otaku Shiko, Matsu Shorisuro, Doji Kuwanan, Hida Fujizaka et Toku.
Le premier obstacle était une passerelle en bois glissant posée au dessus d'un ru boueux. Une seule personne pouvait y circuler.
Ce fut donc la foire d'empoigne entre les concurrents.
Tous se bousculèrent et tous ou presque chutèrent dans la boue. Kenji prudent et voyant comment cela se passait, prit un peu de recul. Son adversaire direct chuta et se retrouva à courir avec une seule sandale. Refusant de souiller son kimono, Kenji le laissa passer.
Bien lui en prit,car le jeune Phœnix marcha sur une rangée d'épines acérées en hurlant et s'écroula.
Kenji l'aida à se relever puis continua la course, non sans avoir découvert un tapis d'épines et un mécanisme qui les redressait au passage des concurrents. Apparemment Ito l'avait détecter à temps et caracolait toujours en tête de la course.
Qui avait bien pu mettre un piège aussi infâme sur le tracé de la course ? Les organisateurs ? Peu probable étant donné l'honorabilité du gempukku de Tsuma.
Un concurrent ?
Peut-être.
Kenji réfléchissait tout en courant. Il avait ralenti l'allure, son concurrent direct n'étant plus une menace.
L'obstacle passé,il s'ensuivait une longue portion de course pure dans les bois environnants.
Soudain, certains des concurrents devant Kenji se mirent à crier et agiter les bras en tout sens.
Le jeune Grue eut juste le temps d'identifier la menace avant que celle-ci ne s'abatte sur lui : des frelons. Des centaines de frelons assaillaient tout être vivant qui passait à proximité de leurs nids. Trois en tout.
Kenji se recouvrit avec son kimono et accéléra la cadence afin de passer le plus rapidement possible la zone dangereuse.
Les autres concurrents firent de même.
La brûlure de deux piqures de frelon, provoqua une douleur cuisante sur les avants-bras de Kenji qui continua malgré tout de courir.
Un nouvel obstacle apparut face aux jeunes gens.
Un mur de bois rugueux, avec des aspérités, s'élevait à presque cinq mètres de haut et barrait entièrement le chemin balisé.
Kenji s'élança et prit son élan avant de sauter le plus haut possible.
Il s'agrippa aux nombreuses aspérités présentes et dans un intense effort musculaire se hissa sur le mur de bois.
Il allait redescendre quand il nota l'approche d'Asahina Tadamo, blême de fatigue, suivi de près par son adversaire Phœnix.
Kenji décida de les aider à passer le mur. En effet s'il avait été expressément interdit de s'attaquer à un concurrent par la magie, rien n'avait été spécifié quant à une aide éventuelle. D'autant que cela ne couterait pas grand chose à Kenji puisque son adversaire direct ne pouvait plus courir et qu'Asahina Tadamo avait lui-même été distancé par son adversaire direct : Ito-san.
Enfin, le juge avait précisé qu'il tiendrait compte, dans l'attribution des points, de ceux qui terminaient en premier, mais aussi de ceux qui terminaient tout court.
Kenji tendit donc sa main à son doshi forcé et à Tadamo-san.
Après une hésitation et une explication – l'entraide n'a pas été expressément interdite – les deux postulants acceptèrent l'aide proposée.
Après l'escalade ne restait plus qu'un long sprint final jusqu'à l'arrivée

- Pardonnez-moi Shiba-san, mais je dois courir et donc vous battre, l'honneur de mon clan m'y oblige.
- Je comprends Kakita-san et je l'accepte, j'avais déjà perdu cette épreuve quand je me suis empalé sur ces étranges épines. Je suis pour l'heure fort aise de pouvoir – grâce à vous – terminer cette épreuve.
- Je vous remercie aussi Kakita-san, vous avez les remerciements de l'humble shugenja que je suis. A ce propos, je me nomme Asahina Tadamo.
- Je suis enchanté de vous rencontrer Tadamo-san, Je me nomme Kenji. Nous aurons l'occasion de terminer cette conversation devant un verre de saké à l'auberge « La Maison de Megumi ».

Et Kenji se remit à courir, suivi de loin par ses nouvelles relations et passa enfin la ligne d'arrivée.
Deux points. Kenji avait déjà deux points, sur trois possibles. Ses amis étaient à deux voire trois points pour l'ise-zumi.
Les juges leur accordèrent à tous deux heures de repos et de soins. La course avait laissé des traces : la plupart des concurrents étaient blessés et crottés.
Tous se lavèrent à l'eau bouillante et furent soignés de leurs plaies et leurs bosses.
Nos six compères se sustentèrent et se reposèrent comme les autres participants, pour enchaîner par l'épreuve de législation et de savoir-vivre.Cette épreuve regroupait des épreuves de loi, d'étiquette et de Connaissance du Bushido, sous forme de courtes questions.

Là encore chaque participant fut apparié.

Kenji se retrouva lié à Mirumoto Uriko, une petite bushi du clan Dragon, aux muscles durs comme l'acier et aux pommettes hautes et saillantes. Son visage en lame de couteau était fermé et ne recelait aucune empathie pour le monde qui l'entourait. Elle portait un fin kimono en soie verte et or, un obi piqué à l'or fin et une lame stricte et sans fioriture,dont on pouvait deviner qu'elle avait été utilisée maintes et maintes fois.
La règle de cette épreuve voulait que Yoto-sama choisisse pour chaque paire un des grands seigneurs spectateurs et le convie à poser une ou des questions à la paire désignée.
L'épreuve pour Kenji, quoique rapide, chamboula fortement tout son être.
Yoto-sama, aidé en cela par la main moqueuse du karma, avait choisi Bayushi Kachiko comme jury pour ce test.
Quand elle se leva du dais, calmement, presque discrètement, les yeux baissés et les mains bien à plat sur son obi, sa silhouette époustouflante fit s'arrêter de battre le cœur de tous les samurai masculins de l'assistance, y compris celui de Kenji. Malgré son humilité de façade, il lui était impossible de dissimuler sa beauté fascinante.
Sa démarche, lente, posée et ondulante, captiva d'emblée les personnes présentes jusqu'au moment où elle s'assît en face des deux postulants, sur le coussin prévu à cet effet.
La jeune femme du daimyo de Sangkai joua délicatement avec son magnifique éventail, les yeux toujours baissés.
Elle referma soudain son éventail d'un coup sec, leva son regard d'émeraude, fascinant et dur comme le regard d'un tigre, et le vrilla dans celui des deux adversaires.
Elle lissa le dessus de son kimono, qui n'en avait pas besoin et déclama de sa voix grave et suave :

- Voudriez-vous, me parler de la sincérité, je vous prie, jeunes gens !?

C'était plus une injonction qu'une question.
Et Kachiko sourit.
C'est à ce moment précis que Kenji fut fasciné par cette femme qui allait prendre une place toute particulière dans son destin.

Ce fut Uriko qui répondit en premier.

- Seule compte la vérité, les mensonges et les illusions sont le démon qui gangrène le samurai.

Oh ! Au temps pour la sincérité de cette idéaliste jeune demoiselle, pensa Kenji, en souriant intérieurement.

Lui répondit ce que l'on attendait de lui :

- Tout ce qui compte c'est la perception. Ce qui peut être déduit compte moins que ce que l'on sait.

Avec un petit sourire, Kachiko s'inclina et déclara Kenji vainqueur en ajoutant :

- J'espère que vous vous en souviendrez en temps utile, Kenji-san.
- Hai, Kachiko-sama !

Uriko, ulcérée, salua brièvement Kachiko et Kenji puis s'enfuit du dais, courant presque.
Kachiko, se penchant un peu, laissant entrevoir la naissance de ses seins, murmura à Kenji :

- Je formule le souhait que vous deveniez l'ami de mon neveu, Kenji-san. Vous n'imaginez pas à quel point il peut être désagréable quand il est désappointé.
- Cela, Dame Kachiko, dépend plus de lui que de moi, hélas ! Lui répondit Kenji.

Kenji :grue:
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Re: (Nouvelle) Une Vie : Ou les chroniques d'Ashidaka Kenji

Message par Ashidaka Kenji » 23 oct. 2010, 11:12

La journée d'épreuves se termina par la course à cheval.
Le but de cette épreuve était de galoper le plus rapidement possible jusqu'à une première cible à trancher au sabre puis aller jusqu'à la seconde, qu'il fallait transpercer d'une flèche, faire une volte et enfin revenir sur ses pas jusqu'à l'arrivée qui était aussi la ligne de départ.
Cette épreuve n'était pas réellement une des favorites de Kenji, au mieux piètre cavalier.
Mais les Fortunes lui sourirent à nouveau.
Il fut apparié avec le rônin Toku, qui lui avoua très naturellement qu'il n'avait jamais appris à monter à cheval.
Ainsi, avec un rire communicatif, Toku assura le spectacle en marchant aux côtés de sa monture et en sabrant la première cible en sautant – cette dernière était en effet à hauteur de cavalier – puis en tirant sa flèche, en équilibre sur la selle.
Kenji n'eut donc aucun mal à paraître meilleur que son doshi d'un jour, même s'il ne réussit à atteindre la deuxième cible avec sa flèche qu'avec la bénédiction de Kaze-no-Kami. La flèche se planta juste sur le bord libre de la cible, la faisant tourner sur elle-même.
Toutefois, l'épreuve était gagnée.
Et de quatre.
Ce fut Otaku Shiko qui gagna cette épreuve, haut la main, juste derrière venait Shinjo Masud.
A la fin des épreuves, tous les membres de son groupe d'amis avaient quatre voire cinq victoires. Curieusement ceux qui s'en sortaient le mieux (et qui étaient déjà techniquement samurai) étaient les plus étranges :Ito-san et l'Ise-zumi.
Les organisateurs avaient prévus un grand banquet pour clôturer cette première journée d'épreuves.
Tous étaient conviés, même s'il devait y avoir au moins cinquante mètres et autant de miharu entre les postulants et le dais impérial.
Même à la table des postulants, les différences de statuts avaient été respectées.Les futurs samurai de basse extraction avaient été relégués en bord de table, tandis que les kuge et les shugenja avaient été placés au centre.
Au début du repas,Toshimoko-sensei prit la parole, avec la permission de l'empereur qui lui fit un petit signe d'assentiment :

- Postulants, je tiens à vous féliciter pour votre comportement d'aujourd'hui, en tout point remarquable pour la plupart d'entre vous. Certains même sont déjà samurai. Félicitations à eux, bien qu'ils devront attendre la cérémonie d'allégeance pour être officiellement intronisés. Toutefois, il m' a été rapporté des incidents lors de la course à pieds. Sachez que ces désagréments, à priori accidentels, ne sauraient se reproduire, j'y veillerai personnellement.

Après ce discours en demi-teinte, Toshimoko souhaita un bon appétit à l'empereur, à l'héritier et à la cour et enfin à l'assistance avant de se rasseoir.
Un courtisan Grue, habillé avec toute l'harmonie et la munificence digne de son clan se leva et prit la parole.

- Que Votre Divine Majesté me permette de présenter les hommages de mon clan et de mon daimyo Kakita Yoshi aux augustes invités qui resplendissent et font par leur seule présence resplendir l'honneur de la belle cité de Tsuma et du clan de la Grue tout entier. Bien sûr, j'envoie mes prières à la Bienveillante Amaterasu, pour avoir permis à son Fils Préféré et son Héritier d'illuminer l'assemblée toute entière par leur simple présence.
- Ca y est, v'là l'moment des discours des chochottes, murmura Ito-san.
- Moi Kakita Yuri tiens aussi à remercier le daimyo d'un clan qui nous fait rarement l'honneur de sa présence, j'ai nommé le clan du Blaireau, formidablement représenté en la personne d'Ichiro Akitomo-sama, ici présent à ma droite.

Le visage du daimyo du clan mineur reflétait la gêne et l'étonnement. Lui-même avait compris que ce que venait de faire Kakita Yuri ce n'était ni plus ni moins qu'insulter les daimyo des clans majeurs présents à la table et tout particulièrement Matsu Tsuko, dont le front s'était empourpré devant l'affront subi.
Même Doji Satsume fronça ses sourcils broussailleux.
Les autres invités de la table d'honneur, eux, firent mine de ne rien avoir remarqué. Bayushi Shoju et Bayushi Kachiko restèrent de marbre, Akodo Toturi se contenta de fixer Kakita Yuri impassiblement, seul Doji Hoturi, assis à côté de Kachiko, s'autorisa l'ombre d'un sourire vite réprimé devant le regard cinglant de son père Doji Satsume.
L'empereur resta impassible et écouta le discours lénifiant de Yuri, les yeux perdus dans le vague, ce dont ne parut pas s'apercevoir Kakita Yuri, dont le seul réel talent avait été d'engendrer une fille magnifique : Kakita Asami.

Cette dernière, repérée par Kenji dès l'entrée dans la salle de banquet, était en tout point conforme aux standards élevés du clan de la Grue. Elle était menue, donnant l'impression d'être fragile comme de la porcelaine, les cheveux longs, lisses, soyeux et teints en blanc. Sa peau d'albâtre était tellement claire que l'on pouvait apercevoir les veines de ses poignets et de son cou. Sa mise était princière mais sans ostentation : Les cinq couches de kimono racontaient une scène de l'hiver où le motif du kimono externe, d'une grue bleu glacial brisant la couche glacée d'un étang pour se nourrir était apposé sur les autres couches formant un dégradé allant des couleurs froides de l'hiver aux chauds ocres de l'automne. La parure d'Asami racontait le passage des saisons et faisait ressortir le froid glacial de ses yeux bleus et clairs.
Kenji fut subjugué par la beauté marmoréenne de cette jeune noble de son clan.
Au point d'en oublier d'écouter le discours de son père.
Il fut donc pris au dépourvu par les applaudissements polis des convives à la fin du discours.
Matsu Tsuko n'avait pas applaudi, tandis que Doji Satsume s'était contenté du strict minimum requis par l'étiquette.

Dès que Yuri fut assis, la ronde des plats débuta.
Il n'y avait qu'une chose à dire : Le repas fut impérial.
Ce fut le propre chef de l'empereur qui créa ce festin, qui lui aussi racontait une histoire, celle de la première impératrice, fille de pêcheur qui séduit Hantei sur les plages du clan de la Grue. Toutes les décorations de plats tournaient autour du thème de la pêche et de celui des âmes sœurs, chaque plats révélant un duo de saveurs ou étant bicolore.
Kenji parla peu lors de ce banquet, subjugué par la beauté et le port altier d'Asami.
Elle, en revanche, ne daigna pas lever la tête de son repas.
Au fur et à mesure que le temps passait, les convives observaient l'empereur qui malgré toute sa bonne volonté présentait des signes de fatigue.
Sotorii-sama, lui, s'ennuyait ferme et le faisait savoir par moult soupirs déchirants et par une moue renfrognée, à peine égayée de temps à autre, par les réflexions de son voisin de droite, pourtant un joyeux drille autoproclamé, le conseiller impérial Otomo Banu.
Au troisième dessert, l'empereur se leva, s'excusa et prétextant la fatigue du voyage, se retira dans ses quartiers, suivi de près par l'héritier et leur suite.
Ce fut le commencement de la diaspora des grands personnages de Rokugan qui quittèrent, un à un mais prestement, la salle de banquet.
En vingt minutes ne restaient plus que certains postulants dont nos joyeux lurons de la « Maison de Megumi ».

- Et si nous allions terminer cette belle soirée à notre auberge, proposa Shinjo Masud !
- Voilà la seule vraie bonne idée de la journée, renchérit Hiruma Ito !
- Je vous rappelle que nous avons aussi des invités, mes amis, ajouta Kenji, si mes souvenirs sont bons, nous avons invité Otaku Shiko-san, Asahina Tadamo-san, Hida Fujizaka-san et Toku-san.
- Et bien qu'ils viennent, plus on est de fous et plus on rit, dit Masud.

C'est ainsi que toute la petite troupe, passablement éméchée, sauf Otaku Shiko, se dirigea vers l'auberge à travers les jardins de l'Académie des Arts de Tsuma.

Kenji :grue:
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