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par Kakita Inigin » 08 sept. 2009, 08:06
Retour aux argumentaires à rallonge, dans les faits.
Un débat se distingue par la pertinence des arguments, l’importance du sujet, la qualité des débateurs. Ceux-ci s’illustrent par leur cohérence, leur hauteur de vue, leur sens de l’à-propos. Et, peut-être, au-delà de ces éléments théoriques, leur capacité à entendre l’autre, à prendre leurs arguments non comme des charges frontales et obtuses, mais des nuances et des finesses qui peuvent s’ajouter à leur démonstration pour la rendre plus détaillée, plus solide, en un mot : plus belle. Sans vouloir entrer dans les représentations graphiques que certains livres de littérature anglaise, cloués au pilori par le Cercle des Poètes Disparus, mettent en exergue, disons simplement qu’on peut se contenter de certains de ces traits, et que de grandes qualités dans un sens peuvent compenser des oublis dans d’autres.
Le principe d’un forum étant d’être un lieu d’échanges, on peut s’attendre – et en attendre – qu’il soit justement propice à des débats, si possible et à l’occasion, de haute tenue, même s’ils peuvent à la rigueur être soumis aux restrictions évoquées plus haut. Celui qui s’est déroulé hier était loin du compte.
Il a été déclenché par une contradiction portant sur la référence que je faisais à un article. Personne ne s’est fatigué à commenter l’article (ni moi, du reste, les éléments que j’en ai tiré dans une réponse à Kzo n’avaient pas pour but d’y faire référence), mais par contre, on a préféré attaquer par le petit bout de la lorgnette. Par une remarque, du reste, relativement justifiée, c qui explique que j’ai modifié ma référence. Rebelote : celle-là non plus, bien que faisant explicitement référence à une phrase de l’article (ça tombe bien, pour le message qui l’introduit) ne plaisait pas plus (mais à Pénombre, cette fois, ah mon dieu c’est la ronde des canards*).
Là, trois réponses s’offraient à moi, qui disent en substance :
- mais on s’en fout ???
- mais j’écris bien ce que je veux, et je t’emmerde !
- ma référence est justifiée (parce que, etc.).
J’ai opté pour la première et la troisième (malgré le caractère évident de cette dernière). A la réflexion, la deuxième, pour autant qu’elle était plus sèche et plus grossière, aurait mieux convenu. Elle aurait surtout évité la farce qui a suivi.
Parce que, la farce, c’est de m’expliquer :
- qu’on n’est pas dérangé par le choix des termes que j’emploie, et qui n’engagent que moi (merci mon seigneur !)
- mais qu’on est dérangé par le biais de la réalité qu’il implique.
Je croyais que ce choix n’engageait que moi ? Mais alors, le biais de réalité n’engagerait que moi aussi ? ou alors non ? Le problème de dégager le sens, ou la conséquence, derrière un terme, une expression, un choix, c’est qu’on est très vite confronté à l’équivalence entre effectuer le choix entre les termes en balance et les notions qui se cachent derrière. Me dire « tes termes n’engagent que toi » et en même temps « il faut que tu renonces aux conséquences » (qi sont équivalentes aux termes), c’est me dire « il faut que tu renonces aux termes ». Ah ben oui.
Maintenant, sur l’occupation. Comme l’a rappelé Pénombre, au sens strict d’occupé, la France n’est pas concernée. La France de Vichy, non plus, à l’époque, n’était pas concernée (je me rattache au dernier cas d’occupation étrangère que le pays ait connu), puisque seule une « armée française » gardait ses frontières. Je n’avais, du reste, pas l’intention d’entrer dans un débat sur l’occupation du pays (témoins ce que certains pourraient appeler mes gesticulations pour l’éviter). Mais, si on cesse de se limiter à une approche analytique (c’est-à-dire des éléments épars) pour regarder l’aspect systémique (c’est-à-dire en regardant les relations d pouvoir avec les autres éléments de la société), quelle politique est menée ?
Un État (ou une entité politique) qui en occupe un autre (resp. une autre) peut voir caractérisée sa politique par trois éléments :
- la mise en coupe claire de ses ressources (au lieu d’œuvrer à l’enrichissement national)
- l’oppression de la population au moyen des forces armées et des institutions (notons, à propos, que l’oppression d’un peuple par ses propres forces armées, au nom du pouvoir légitime dans un contexte initialement démocratique, est pour moi l’élément constitutif du fascisme au sens étendu i.e. post-2nde GM)
- la crainte d’une résistance intérieure.
Que se passe-t-il en France ? A côté des 400 millions offerts à un ami personnel du Président de la République (élu démocratiquement, tout à fait), les médias se font l’écho de rumeurs de ventes massives des entreprises nationales à des entrepreneurs privés, amis du même Président. Dans certains cas, c’est déjà effectif (je pense au secteur de l’énergie, du gaz plus précisément, des autoroutes, et de l’eau) ; dans d’autres, on ne parle que de visées (nucléaire), dont le but avoué est de donner à des amis ou au moins au privé tout ce qui pourrait rapporter au public. Le concept de dette par l’emprunt vise le même résultat (emprunter à des taux plus élevés que ceux des marchés financiers ? Pour quoi, sinon pour verser des intérêts dispendieux, mais d’État, aux prêteurs ? Le Canard Enchaîné évoque 3 milliards de surcoût). Cela à côté d’une réforme fiscale qui rapporte aux riches (le bouclier fiscal) des centaines de millions … par tête, dans certains cas.
Dans le même temps, la police durcit ses conditions d’action. Le témoignage de ce policier suisse se passe, apparemment, de commentaires. Notons cependant que la politique des statistiques mène à ce que la police monte des traquenards, et même verbalise de parfaits innocents (il y a un forumiste célèbre sur ce forum pour répéter à chaque fait divers qui montre l’inanité ou l’arbitraire des forces de l’ordre « ça fait un bâton »). Souvenez-vous de l’affaire du Vélib cassé …
Dans le même temps, la politique de reconductions aux frontières (ne cherchons pas à résoudre les problèmes, cherchons des boucs émissaires … ça tombe bien, comme me le disait un militant suisse, « les noirs c’est plus facile à reconnaître que les juifs ») nous mène son lot d’arrestations illégales, de contrôles d’identités au faciès (on a même des statistiques, de nos jours, sur ce phénomène honteux), de pères menottés devant leur enfants à la sortie des écoles, « mais ce sont des délinquants » ce qui explique pourquoi ils ont le droit d’êtres humiliés et traités comme des sous-hommes …), d’oreillers plaqués sur le visage des « reconduits » pour les calmer … et son lot, heureusement, de condamnations par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La France, un pays qui viole les Droits de l’Homme au quotidien ? Parlez-moi de valeurs républicaines … de l’indépendance de la justice (tiens, mais il n’y a pas un gars qui est chargé de la garantir ?), de la liberté de la presse …
Déjà, en 2005, il y avait un climat pré-insurrectionnel dans les milieux du pouvoir (c’est pas moi qui le dit, c’est le Point, et il parlait des cercles villepinistes). Des milliers de voitures brûlaient et le ministre de l’intérieur faisait de la provocation. Il venait à peine de supprimer (enfin, depuis 3 ans) la police de proximité e sa politique montrait ses effets : éloignement des policiers des populations, insécurité qui s’installe. Bah non, vous comprenez, « on n’est pas des assistantes sociales » … non, c’est une « armée d’occupation », qui se comporte comme telle : rafles d’immigrés, mépris ouvert de la racaille.
En 2006, rebelote : trois millions de personnes dans les rues et un gouvernement qui numérote ses abattis (pire qu’en 2005)**. On a eu la répression derrière : Sarkozy élu, réforme de ces putains d’universités, destruction planifiée de l’enseignement public. Et le pire ? C’est que les impôts des pauvres servent à payer les grandes écoles des fils de riches. Mise en coupe réglée, je vous disais …
Si on regarde le gouvernement, non dans les mots dont il s’affuble mais dans la politique qu’il mène, la France est occupée. Par le parti des riches, ou plus exactement, par un parti (au sens de groupe minuscule) de vautours qui a décidé de se goinfrer sur notre dos et de se maintenir au pouvoir (légitime, oui) par tous les moyens. Y compris la manipulation de la presse (aux ordres, ça ne fait même plus question … je me souviendrai toujours d’une candidate à la présidentielle interrogée par une « journaliste » de télévision sur ses goûts musicaux), voire du pouvoir judiciaire (ou plus exactement du parquet) pour se faire bien voir de la communauté juive (affaire Halimi) …
Et là, au lieu de parler de l’intérêt du témoignage de ce policier suisse, qui renforce mon opinion sur la nature du régime actuelle, d’en pointer les éventuelles faiblesses, que font les brillants penseurs de la Voix, ceux qui paraît-il partagent mes idées ? Ils me parlent d’une question de mots, de son effet dialectique, et ils me houspillent. Tout en disant que si je leur rends la pareille, je ne livre pas la bonne bataille. Ouais, cool. Maintenant, je saurai à quoi ça mène de poster des liens vers des articles (peut-être ?) intéressants sur la Voix : à une polémique stérile, avec des gens qui me harcèlent de leurs discussions dans lesquelles je ne veux pas entrer, et qui, lorsque je relance de deux (sujets différents), préfèrent à changer de sujet revenir à la charge et me traiter en enfant (mais je commence à avoir l’habitude). Merci au passage, Kõjiro, d’avoir tenté de relancer une discussion intéressante (ça avait commencé à pas mal marcher).
Oui, Pénombre, à mes yeux tu as été nul hier. Et comme j’avais écrit « aujourd’hui » hier, maintenant j’écris « hier ». Ca n’engage pas ce que je pense de tes écrits les autres jours. Mais ton obsession (oui, ton obsession, ce mot-là non plus je ne le retirerai pas) à revenir à une discussion que je refuse, m’a énormément déçu hier. Tu m’as dit un jour que ce forum servait à apporter aux autres, et que ça devait (devrait) être la finalité de chaque message. Il me semblait qu’avoir ton opinion sur la politique de ce gouvernement aurait été intéressant, même si tu ne l’as pas cachée, et à plus forte raison dans cette optique (et aussi parce que ce que tu écris les autres jours est en général passionnant, témoins – au hasard – ce que tu as écrit sur les catastrophes ou la morale politique). Voila pourquoi je te l’ai demandée. Deux fois. Tu as préféré me « renvoyer dans les cordes ». Et bien je vais t’apporter quelque chose, que tu sembles avoir oublié : ce forum n’est pas un ring de boxe.
Allez, tu feras mieux demain.
(C'est assez au fond des choses pour toi, ça ?)
* pardon à tous les canards que j’offenserais.
** à propos de défendre ses convictions, ça me rappelle que j’ai sacrifié mon année et une opportunité de carrière au service du mouvement étudiant. CPE oblige. Quelle bêtise, aussi, d’avoir des idées quand on est en troisième année d’école d’ingé. Ce qui ne m’a pas empêché d’aider RUSF l’année suivante – chasse aux immigrés oblige.