En fait, c'est la réconciliation avec la nature
évolutive de l'évolution, justement et ça soulève pas mal de choses au niveau de l'éducation par exemple.
Dans le schéma classiquement véhiculé autour de nous, on a des gènes qui transmettent les mêmes machins de génération en génération, ne se modifiant que selon des pressions externes plus ou moins mystérieuses, garantissant la survie de l'espèce en l'adaptant au milieu. En bref, les gènes ne gardent que des choses "utiles" (selon quels critères en fait ?) dans le parcours de l'individu pour le transmettre sous forme de patrimoine à sa descendance. Et dés qu'on dépasse les histoires de petits pois jaunes ou verts et de mouches drosophiles, on ne sait plus très bien ce qui est transmis et ce qui ne l'est pas. On sait à peu près ce qui se passe au niveau des caractères biologiques mais pour le reste...
De cette approche découle l'idée sous-jacente qu'il y a un plan, un mécanisme de transmission du patrimoine et surtout que ce mécanisme obéit à des impératifs sans guère de rapports avec nos petites illusions. Poussé à l'extrème, c'est le genre de raisonnement qui te mène droit à des conclusions discriminatoires : telle espèce (ou telle catégorie d'individus...) possède un "bon" patrimoine génétique par rapport à telle autre. Me rappelle encore les batailles avec un prof sur les bancs de la fac qui affirmait sans rire "les noirs ont de moins bons résultats que les blancs aux tests de QI. Ca ne veut pas dire qu'ils soient inférieurs mais qu'ils sont moins adaptés que les blancs à la société moderne"... ce qui peut facilement être repris pour justifier pas mal de choses dans le style "s'ils vivent dans des ghettos, c'est parce qu'ils ne sont globalement pas capables d'autre chose". Voire pire... pas inférieurs mais oui quand même, en clair.
Si on remet au coeur de la problématique des gènes le principe de
transmission de l'acquis alors, au mieux, on peut constater que le même acquis est plus ou moins transmis systématiquement par tel ou tel
patrimoine génétique. Ce qui demandera déjà pas mal de recherches sur des espèces courte durée de vie avant qu'on mène des études à plus grande échelle impliquant le génotype humain
il se peut que le serpent se morde la queue au final et qu'on constate qu'avec le même patrimoine génétique, la manière dont il est arrangé d'un individu à l'autre détermine peut-être sa capacité à conserver et surtout à transmettre certaines choses. Mais ça demandera quelques décennies d'efforts à très grande échelle, au mieux. L'idée que les gènes soient très importants reste donc valable, jusqu'à ce qu'on arrive à savoir
en quoi ils le sont par rapport a l'acquis.
Dans l'intervalle, la seule problématique qui reste valide, jusqu'à démonstration ou invalidation, c'est le principe de dire "on est tous capables, mais plus ou moins". On ne sort donc pas de possibles dérives en apparence.
Sauf qu'avec la transmission d'acquis non-biologiques, on pose le problème à un autre niveau : si on est tous capables, alors sur plusieurs générations, les efforts peuvent peut-être permettre de faire en sorte qu'un individu avec des acquis limités dans un domaine précis puisse transmettre à sa descendance des capacités accrues, qui au final mettront ses descendants à un niveau proche d'un autre individu dont la lignée avait une meilleure capacité sur ces mêmes acquis à l'époque de la génération initiale
Bref, on remet sur le tapis l'histoire du fait que malgré les différences génétiques, on doit veiller à ce que chacun ait le plus de chances possibles de s'épanouir, non seulement pour lui mais pour ses descendants et donc pour l'avenir du groupe humain. On parle donc d'acquis intellectuels et non plus simplement biologiques.
Le principal obstacle, en attendant évidemment de savoir à quel point le patrimoine génétique est malléable en matière de transmission autres que des caractères purement physiologiques, c'est donc bien l'histoire des choix de société : est ce qu'on considère comme normale l'inégalité pour la perpétuation du groupe ou est ce qu'on doit s'appuyer sur elle pour garantir sa progression globale. Est ce qu'on veut assurer les intérets d'une minorité ou ceux d'une espèce dont cette même minorité ne peut de toute manière se séparer ?
Mais comme ils disaient dans l'article : en fait, on en revient aux fondamentaux d'il y a deux siècles.
On n'a rien "inventé" de nouveau, on a juste la preuve que ce qui dérangeait tant ceux qui voyaient dans le darwinisme une menace sur la perpétuation de certaines discriminations sociales était fondé : les acquis peuvent modifier l'inné bien au delà du purement biologique et la plupart des discriminations et inégalités humaines sur plusieurs générations ne relèvent pas de cet inné (les gènes) mais du fait qu'on les entretienne en empéchant l'acquis de jouer son rôle à grande échelle
