Modérateurs : Magistrats de Jade, Historiens de la Shinri
La censure politique est à l'oeuvre. Le 23 septembre 2008, se tiendra au Châtelet la cérémonie des Trophées des arts afro-caribéens. Plusieurs prix seront remis à des artistes, musiciens, cinéastes et écrivains. La sélection littéraire comprend 5 fictions et 5 essais, le but étant de récompenser les deux ouvrages qui s'inscrivent le plus dans la tradition littéraire et critique ouverte par Aimé Césaire - car la soirée est aussi un hommage au poète disparu. L'événement est co-organisé par Good Music Diffusion (GMD) et par le CRAN.
Président du jury littéraire, et porte-parole du CRAN, Louis-Georges Tin a reçu le 5 septembre un mail de M. Dunoyer, bras droit de Franck Anretar (président de GMD). De manière laconique, M. Dunoyer écrivait: «le comité souhaite qu'on retire ''L'Afrique répond à Sarkozy: contre le discours de Dakar''». En clair, il s'agissait de censurer cet ouvrage, qui figure parmi les 5 essais en lice. Surpris par ce message, Louis-Georges Tin a demandé des explications au président de GMD. Celui-ci a affirmé que la diffusion de l'événement sur France Télévision prévue début octobre et les pressions qu'il avait reçues impliquaient quelques petites «modifications». Le titre de cet essai, quelle que soit sa valeur par ailleurs, mettait en cause Nicolas Sarkozy, il fallait donc exclure cet ouvrage. Le porte-parole du CRAN a fait remarquer qu'il y avait aussi dans la sélection un ouvrage intitulé «L'Identité nationale hors-la-loi», écrit par Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant, et a demandé s'il était également question de le censurer compte tenu du titre et du propos. Les responsables de GMD ont précisé que la question n'était pas à l'ordre du jour, mais qu'ils étaient prêts à le faire si on le leur demandait.
Refusant de céder aux pressions politiques et aux tentatives de censure, le président du jury littéraire a maintenu la sélection, et a présenté les 10 ouvrages sans exception lors de la conférence de presse qui s'est tenue à la mairie de Paris le 15 septembre dernier. Cependant, les dirigeants de GMD ont écrit à l'éditeur du livre incriminé pour lui expliquer que son livre ne faisait pas partie de la sélection (éditions Philippe Rey), qu'il s'agissait d'une erreur. Ils ont diffusé des communiqués de presse en faisant disparaître le livre en question de la liste. Du coup, de nombreux sites, trompés par GMD, ont repris cette information tronquée, comme celui de RFO, par exemple (http://www.rfo.fr/article1941.html), et le 21 septembre encore, France Télévision travaillait sur un document ne mentionnant que 4 essais sur les 5 réellement nominés. Malgré des discussions nombreuses avec le président du jury, GMD a maintenu sa position, et a affirmé le 16 septembre qu'elle était «irrévocable». Dans ces conditions, le jury littéraire qui s'est réuni le 19 a refusé de délibérer, et n'ayant pas de garantie fiable sur l'indépendance et l'organisation de la soirée, a refusé de primer quelque livre que ce soit.
Les responsables du CRAN ne peuvent que dénoncer l'attitude de GMD. Chargés d'honorer la mémoire d'Aimé Césaire, l'auteur du «Discours sur le colonialisme,» les dirigeants de Good Music Diffusion sont prêts à capituler, et à accepter la pire censure, du moment qu'on leur propose de passer à la télévision. Trahissant la confiance de leurs partenaires, le CRAN, bien sûr, mais aussi la mairie de Paris, qui jusqu'ici soutenait l'événement, et le théâtre du Châtelet, ils ont cédé aux pressions politiques. Le Discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy contenait, on le sait, des propos offensants à l'égard de «l'homme africain». Cet ouvrage tentait d'y répondre de manière argumentée et rationnelle. En acceptant de pratiquer la censure, les responsables de GMD se sont mis eux-mêmes du côté du Discours de Dakar. Ils avouent qu'ils accepteraient, si on le leur demandait, de censurer Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau. Peut-être même accepteraient-ils de censurer Aimé Césaire.
En tout état de cause, le CRAN ne peut plus être solidaire de ce partenaire, et entend dénoncer l'attitude inqualifiable de GMD qui, à l'évidence, n'a plus la légitimité nécessaire pour organiser cette cérémonie.
Louis-Georges Tin
Porte parole du CRAN
La Cimade écartée des centres de rétention
Sans papiers et sans témoins
Le gouvernement a retiré à l'association son monopole d'accès aux centres de rétention. Par qui et comment seront contrôlées les conditions d'enfermement pour étrangers ?
Cette année, un dossier aride et déprimant est en train de devenir l'ouvrage culte, qu'on se passe entre journalistes, politiques ou associatifs. C'est le dernier rapport de la Cimade sur la situation des sans-papiers dans les centres de rétention, où ils attendent leur expulsion. La raison de son succès est aussi sinistre que les 296 pages qui composent l'édition 2007 : ce rapport est le dernier. D'ailleurs, la Cimade, seule association autorisée en France a travailler dans les centres de rétention depuis leur création en 1984, risque elle-même d'en être expulsée l'année prochaine.
Depuis plusieurs mois, en effet, les contestations se multiplient autour de ces centres, qui sont peu à peu devenus un des emblèmes de la politique des «quotas d'expulsion», mise en oeuvre par le ministre Brice Hortefeux. Dans ce contexte, les rapports annuels de la Cimade étaient plus que jamais l'unique lucarne sur la vie quotidienne en ces lieux d'enfermement. Aurait-on su sans elle qu'un bébé de 3 semaines avait été mis en rétention, il y a quelques mois, à Rennes ? Que lacets, ceintures, briquets, stylos sont généralement confisqués, l'accès au téléphone improbable, alors qu'il devrait être libre ? Que le Coran est saisi car «il pourrait servir à allumer un feu» ? Ou bien que, en février dernier à Vincennes, des «étrangers retenus» avaient été forcés de regagner leur chambre, chassés par une soixantaine de policiers, dont un armé de Taser ? Deux ont fini à l'hôpital, une enquête est en cours.
L'éviction de la Cimade, cette «association-symbole, sérieuse et reconnue, est une tentative de mise au pas du secteur associatif», analyse Pierre Henry, qui dirige la tout aussi sérieuse France Terre d'Asile. De son côté, un policier explique : «Dans l'imaginaire des politiques, s'en prendre à la Cimade fait clairement partie des représailles contre les protestataires. Les gouvernants ne sont plus dans la logique classique où cohabitent pouvoirs et contre-pouvoirs. Aujourd'hui, l'Etat dit : avec moi ou contre moi.»
Au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, les choses ne sont pas dites de cette manière. Guillaume Larrivé soutient qu'il s'agit surtout de «mettre fin à un monopole». Mille chinoiseries techniques enrobent en effet la mise à l'écart de l'association, obligeant à un décryptage tellement ennuyeux qu'il découragerait presque l'indignation, et c'est d'ailleurs là tout le talent de l'Administration. Pour comprendre, il faut donc se résigner à lire l'appel d'offres, publié fin août au «Journal officiel», pour un marché public de 4 millions d'euros au total : celui-ci édicté que l'ensemble des 25 centres de rétention en France ne seront plus confiés à un seul organisme, comme c'était le cas depuis vingt-cinq ans pour la Cimade, mais désossés en 8 lots géographiques, faisant chacun l'objet d'un agrément différent, et limité à une durée d'un an. Autrement dit une manière de tester, mettre en concurrence et choisir entre différentes associations.
A la clé, c'est encore et toujours le fameux enjeu des «quotas d'expulsion» qui se joue, dont l'objectif est fixé à 26 000 pour 2008. Dans cette course au chiffre, «tout est bon pour essayer de faire tomber les obstacles et opérer le maximum de reconduites, quitte à contourner la loi», explique Marc-Antoine Lévy, avocat à Evry. En France, si les chiffres de la rétention ont en effet explosé entre 2000 et 2007, passant de 13 centres à 25, de 17 000 personnes retenues à 35 000, d'une durée d'enfermement autorisée de 12 jours à 32, un seul indicateur refuse obstinément de bouger : le taux d'expulsion. En centre de rétention, une personne sur deux, environ, ne peut en réalité pas être légalement reconduite et finit donc par être libérée. Or près de 40% de ces décisions relèvent de magistrats. Mais qui s'occupe de l'exercice délicat des recours devant les tribunaux ? Qui monte les dossiers ? Qui tient le rôle complexe à la fois de juriste, de traducteur et de conseiller dans les centres de rétention, sans lequel l'accès à la justice deviendrait, de fait, impossible pour une population parfois analphabète, souvent non francophone et en tout cas jamais spécialiste en procédure ? La Cimade, dont la mission est précisément de garantir «l'accès aux droits». «Lui faire barrage est une manière de tarir les audiences devant les magistrats, continue Me Lévy. Je serais curieux de voir quel sera désormais le taux de recours quand la Cimade ne s'en occupera plus. En tout cas, c'est le noyau dur des droits de l'homme qui est attaqué.» Plusieurs associations ont déjà été contactées par le ministère pour répondre à l'appel d'offres. La Croix-Rouge a sobrement refusé. France Terre d'Asile ne «fera rien sans s'être concertée avec la Cimade». D'autres, en revanche, sont tentées par le marché, mais la plupart entendent très différemment leur mission. «Nous n'avons pas l'habitude de contester ce que dit le gouvernement : nous sommes des gestionnaires purs et durs, explique Jocelyn Baillez, de l'Aftam, spécialisée dans l'hébergement social. On met les textes en musique, point à la ligne. Nous proposerons sans doute l'ouverture d'une permanence d'information sur les sites où sera distribuée la documentation fournie par le ministère.» Egalement sollicité, l'Ordre de Malte, qui, depuis 1999, travaille avec des déboutés du droit d'asile préparant leur retour au pays. «Nous avons de bonnes relations avec les pouvoirs publics, quelle que soit leur couleur politique, souligne Alain de Tonquedec. Si nous postulons, nous ne pensons pas mettre le juridique en avant, plutôt l'humanitaire pour que les gens rentrent chez eux dans des conditions décentes et avec dignité.» Née d'une scission avec la Cimade, Forum Réfugiés envisage aussi d'envoyer son dossier, tout en reconnaissant que «le petit monde associatif est bien emmerdé par cette histoire, selon Olivier Brachet. Je ne soutiens pas le gouvernement actuel mais je ne pense pas non plus qu'il s'agisse d'un régime nazi. Nous ne postulons pas avec l'état d'esprit de dire : les expulsions et la rétention sont anormales. Notre position serait plutôt comment faire des expulsions respectueuses. Il ne faut pas laisser les centres de rétention se refermer sur eux-mêmes.»
Enfin, et c'est tout à fait nouveau, l'appel d'offres exige désormais des associations «confidentialité» et «neutralité». Mais «si une association veut publier un rapport, elle pourra le faire», reprend Guillaume Larrivé. Sera-ce une raison susceptible de rompre le contrat ? «Cela dépend de ce que dira le rapport.» Dans les centres de rétention, en tout cas, on regrette déjà la Cimade. Qui ? Les sans-papiers ? Non, les policiers et les gendarmes qui gèrent les sites. «Il faut qu'il y ait des contrôles : c'est une garantie indispensable», réclame, par exemple, Yannick Danio, du syndicat l'Unsa Police. De son côté, un autre gradé estime que «ça va être bouillant, si la Cimade s'en va Surchargés, les centres sont devenus un concentré de désespoir, où des gens prêts à tout pour rester en France se retrouvent face à des policiers qui ont l'impression défaire un boulot de merde, en remplissant wagons et statistiques. Tous partagent le même sentiment d'injustice. La Cimade arrive à servir de tampon entre les deux, parce que les étrangers la vivent comme réellement indépendante.»
La clôture de l'appel d'offres est fixée au 22 octobre.
Florence Aubenas
Le Nouvel Observateur
Me suis fait la même remarque.Kakita Inigin a écrit :Non de dieu, un policier qui traite le gouvernement de nazi ...en remplissant wagons
Combien que l'Aftam aura le marché ? Comme disait l'autre, "l'apolitisme, c'est au mieux une hypocrisie, au pire une lâcheté."«Nous n'avons pas l'habitude de contester ce que dit le gouvernement : nous sommes des gestionnaires purs et durs, explique Jocelyn Baillez, de l'Aftam, spécialisée dans l'hébergement social. On met les textes en musique, point à la ligne. Nous proposerons sans doute l'ouverture d'une permanence d'information sur les sites où sera distribuée la documentation fournie par le ministère.»
Au moins tout le monde aura été prévenu."Pourquoi ne pas geler les dépenses, à part celles de la défense, des anciens combattants (...) je pense que nous devrions sérieusement y penser".
Je crois surtout que les guignols se tordraient de rire rien qu'à la voir arriver sur le plateauKakita Inigin a écrit :Elle n'a pas encore de marionnette aux Guignols ... ça ne saurait tarder
Shosuro Uso a écrit :Je rêve d'un débat tripartite Sarah Palin - Jean-Pierre Raffarin - Jean-Claude Van Damme...
No comment.quand la journaliste lui a demandé quel était son "talon d'Achille", Sarah Palin a parlé... de son expérience de dirigeante d'un Etat producteur de pétrole