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par Pénombre » 12 août 2008, 11:44
Plusieurs choses :
- d'abord, c'est peut-être parce que justement il y a 20 ans on s'est dit qu'il faudrait attendre une génération pour que l'éducation porte ses fruits qu'on n'a rien fait. Je parle là des gens qui voulaient faire bien sûr... pas des autres. Parlons justement des autres...
- il y a vingt ans, on assistait à l'essor du front national comme parti de première importance et on continuait à ressasser en prime l'indépendance algérienne. Dans le même temps, la droite dite "républicaine" ne se montrait pas moins ambigue qu'à l'heure actuelle. C'est bien sous Chirac comme premier ministre qu'on a eu droit entres autres au coup du "tu es né en france de parents étrangers, tu n'es français que si tu le demandes de manière expresse arrivé à majorité et en ayant clairement signifié ton intention à 16 ans" qui n'est pas tout à fait la même chose que "tu deviens automatiquement français à dix-huit ans à moins que tu fasses la demande de conserver la nationalité de tes parents". Et à l'époque, personne ne doutait que la mesure ne ciblait pas les fils d'immigrés italiens (comme moi d'ailleurs) ou autres européens mais bien les africains, noirs et maghrébins.
- pour que l'éducation porte vraiment ses fruits, il faudrait que la classe politique soit majoritairement d'accord sur certaines orientations, ce qui n'est pas le cas en matière de racisme ou de nationalité. Malgré l'essor dans les années 80 de SOS racisme. De fait, il y avait et il y a encore un tas d'orgas anti-racistes mais SOS racisme fut rapidement totalement instrumentalisée et mis en avant par le PS, ce qui n'a pas forcément à terme servi la cause de la tolérance mais peut-être plus celle du clientélisme et du lobbying.
- en ce qui concerne la discrimination sexuelle, elle est déjà totalement illégale en ce qui concerne les femmes, et pas depuis hier. Dans la pratique, que constate t'on ? que les femmes progressent moins rapidement que les hommes en ancienneté dans le privé et que dans un grand nombre d'instances paritaires, celles qui représentent le patronat admettent cela comme un fait, qu'un grand nombre de ces représentantes n'ont guère cherché à éradiquer jusqu'à ces dernières années. J'en connais personnellement quelques unes. On a constaté aussi que les quota obligatoires de parité en politique ont amené tous les partis à un moment ou un autre a des gesticulations grotesques pour tout à coup mettre en avant un tas de femmes jusque là maintenues en deuxième ligne, avec des résultats parfois comiques.
On a constaté enfin, en matière d'emploi public, que les femmes y étaient largement majoritaires par rapport aux hommes dans la plupart des corps, en particulier administratifs. Dans les secteurs santé, éducation et action sociale, les femmes occupent 75% des emplois publics. Cependant, des tas d'études ont montré qu'elles étaient bcp moins nombreuses aux échelons supérieurs. Or, en dehors des possibilités restreintes de promotion par ancienneté/notation à des grades plus élevés, la majorité des fonctions d'encadrement ne sont accessibles que par concours, interne ou externe.
On constate que si la proportion de femmes dans les concours externe leur offre un certain nombre d'accès direct à ces corps d'encadrement, et même d'encadrement supérieur, on en reste encore au schéma traditionnel en ce qui concerne les concours internes. C'est à dire que les femmes progressent moins que les hommes au sein d'un même corps par concours internes.
On sait que le facteur essentiel de cette situation, malgré des évolutions dans les moeurs du couple, reste simple et facile à mettre en évidence : l'implication plus forte des femmes que des hommes dans tout ce qui relève de la vie de famille, en particulier une fois qu'il y a des enfants. A ce niveau là, le "modèle traditionnel" reste - avec diverses nuances et exceptions - très largement majoritaire : les femmes qui ont un travail sont plus impliquées que les hommes qui ont un travail dans les autres aspects de la vie familiale au quotidien.
On continue également à perpétuer de manière largement majoritaire l'idée qu'une femme interrompe ses études pour s'occuper du premier enfant du couple.
ne parlons pas de l'immense quantité de femmes qui pensent être "libérées" alors que de fait elles font exactement à la maison ce que faisaient leurs mères avant elles, sans qu'un accord explicite et mutuel ait entériné cette situation. Simplement parce qu'elles et leurs conjoints perpétuent de manière tacite certaines habitudes, qu'on continue d'ailleurs à perpétuer dans le champ des médias (je vous mets au défi de trouver plus d'une pub sur 10 en matière de lessive ou de tambouille qui montre un homme en action au lieu d'une femme... sans parler de toutes celles ou "maman" explique à sa fille "libérée" ce qu'elle est censée savoir et que visiblement - de manière clairement implicite - elle avait raté à l'époque ou elle se dressait contre le modèle parental. Il y a des seconds degrés vraiment bien ciblés...)
De fait, tout cela nous mène à quel constat ? c'est bien la force de certaines habitudes sociales, qui découlent donc de l'éducation familiale mais aussi des modèles transmis par la société, qui contribue à perpétuer la discrimination.
Il me semble crucial de remettre l'éducation au coeur de ce problème mais aussi, puisque le législateur se sent des ambitions de contrainte et de "discrimination positive" de battre en brèche sur le plan des médias les stéréotypes de la plupart des fictions et de la quasi-totalité des pubs.
- des fictions : d'une façon générale, les femmes s'en tirent assez bien au niveau images valorisantes possibles (juges, médecins, commissaires...) mais les beurs et les blacks restent cantonnés dans des rôles types. On en a très peu qui ont un rôle de chef et la plupart du temps, un seul dans le casting central (quota dissimulé ?). Rares sont les personnages de couleur qui sortent du stéréotype du "brave gars bien intégré" comme si le fait d'avoir la couleur de peau noire était obligatoirement la preuve qu'on est un "étranger". Par ailleurs, si l'on sait depuis longtemps sous-entendre des relations hétéro platoniques en matière de fiction, pour les relations homo, c'est plus rare, voire même rarissime. Ca reste dépeint comme quelque chose qui ne peut être platonique, qui est forcément semi-clandestin, voire honteux.
- des publicités : en dehors des trucs pour djeuns qui jouent la pluralité ethnico-sexuelle autour du dernier machin électronique en vente, les pubs montrent quasi-totalement des couples ou des individus de type caucasien et laissent presque exclusivement aux femmes un rôle "traditionnel". J'avoue que voir des pubs sur les préservatifs ou l'on te montre clairement un couple homosexuel est à peu près la seule évolution notable dans le bon sens que j'ai pu voir.
alors, je crois que si déjà on s'attaquait aujourd'hui à la pub d'aujourd'hui et à l'éducation de la génération de demain, on avancerait certainement plus qu'à coups de discrimination positive qui part à contrecourant de ce que la société continue majoritairement à voir et à montrer
mais pour cela, il faudrait aussi que la classe politique soit claire sur le sujet de la discrimination. La gôche l'est rarement, empétrée dans sa progression par a-coups vers une respectabilité qui passet par son adhésion au modèle conservateur soit-disant "social démocrate" et la droite minée par un tas de survivances de son sens de la république "post-coloniale traditionnaliste" (les étrangers chez eux, les femmes à la maison). Je caricature pour les besoins de la cause, bien évidemment. C'est plus nuancé mais pas moins vrai.