Message
par Pénombre » 11 août 2008, 11:52
Certainement, Yabu, mais c'est aux afro-américains de rester vigilants, comme en d'autres circonstances ce le fut à des salariés français pour obtenir certains acquis sociaux, actuellement battus en brèche
même un gouvernement humaniste doit tenir compte de certains facteurs d'ordre économique et politique qui font qu'il obéit plus ou moins à
certaines habitudes en matière de pression socio-économique sur certaines catégories de population.
la différence, c'est qu'un gouvernement avec des tendances progressistes va ouvrir certaines choses dans l'idée d'aller dans le bon sens, même s'il fera souvent un pas en avant et deux en arrière, alors que des gouvernements plus réactionnaires ne lacheront que ce qu'ils pensent être le strict minimum de lest.
dans les deux cas, c'est la vigilance des citoyens concernés qui pourra peut-être donner une opportunité d'aller plus loin dans certains acquis
En ce qui concerne la discrimination positive, c'est à mon sens un faux problème qui résulte de divergences de civilisation
les anglo-saxons et la plupart des démocraties actuelles qui suivent leurs orientations idéologiques voient les minorités culturelles, ethniques, religieuses ou sexuelles comme autant de communautés plus ou moins effectives, ayant le droit de proclamer leur différence, charge à un état dont l'interventionnisme est strictement réduit au minimum de leur garantir une égalité de droit. Tu es différent mais tu as les mêmes droits et notamment celui d'être différent.
la conception française des minorités est plus axée dans la démarche dite d'intégration au sein d'un creuset national. Théoriquement, ça n'est pas parce que tu fais partie d'une minorité que tu dois pouvoir défendre tes droits. C'est même l'inverse : tout le monde a les mêmes droits, qu'il fasse ou non partie d'une minorité. De fait, tu n'es pas censé pouvoir arguer de cette appartenance pour réclamer un droit puisque ce droit est censé à la base concerner tout le monde.
dans la conception anglo-saxonne, on court le risque d'une ghettoisation des minorités : chacune ayant le droit d'exister parce qu'elle est une minorité, c'est sa perpétuation et même l'accroissement de son influence qui prennent souvent le pas sur les intérets de la collectivité en général. Ce qui suscite donc des politiques clientélistes, sans parler du communautarisme. La discrimination positive peut donc servir à promouvoir la différence mais aussi la haine et la jalousie. La société peut s'orienter vers des communautés de plus en plus réduites puisque chacune génére ses propres déclinaisons et divergences internes... la seule parade, c'est que les leaders communautaires prennent conscience du fait qu'un même indidividu peut évoluer transversalement dans plusieurs communautés au lieu de devoir adhérer a des ensembles de plus en plus réduits (pour prendre un exemple caricatural : on peut être noir ou homo, mais les noirs homo ne sont pas forcément appréciés des autres noirs, ou des autres homos. La dérive communautaire est de créer alors une communautés de noirs homo, ce qui singularise encore de l'ensemble. Et la juxtaposition peut aller encore plus loin si l'intolérance grimpe et qu'on distingue le noir homo chrétien de l'athée du musulman du bourgeois, du chomeur du...)
dans la conception française, on court le risque d'un nivellement vers un mythe d'identité nationale qui, faute d'être défini car par essence "mythique" justement, devient un creuset d'intolérance envers tout ce qui dépasse, surtout si c'est lié à la religion, la couleur de peau ou l'orientation sexuelle. La discrimination positive peut aussi servir à limiter cette intolérance mais également provoquer un rejet et une adhésion plus ou moins idiote des citoyens à une vague identité nébuleuse ou l'on en revient à chercher qui est le plus français (et ce sont pas la plupart des pieds-noirs avec des patronymes d'origine espagnole ou italienne qui gagneraient face aux algériens qui eurent plus de générations de citoyens français qu'eux pour la petite histoire...). Le risque est alors de virer à une civilisation de plus en plus intolérante qui rejette de plus en plus de monde n'entrant pas dans ce moule d'une identité inexistante qui devient de plus en plus restrictif alors qu'on cherche à le définir en opposition avec un nombre sans cesse croissants "d'autres". La dérive identitaire c'est de finir par dire : un mec bien est un français, qui n'est pas musulman, qui n'est pas arabe, qui n'est pas noir, qui n'est pas un parasite qui n'est pas... la seule échappatoire étant, et dans un état comme le notre c'est le rôle des pouvoirs publics, de dire "nous devons avancer ensemble en respectant nos différences mais elles ne sont pas des droits. Juste des différences dans une société ou tout le monde a les mêmes droits".
le problème de la discrimination positive à la française, c'est qu'elle s'inscrit dans une politique d'un gouvernement qui dans le reste de son action va justement vers un mélange mal foutu d'effets d'annonces, de revirements et de déclarations encourageant à la fois l'identitaire et le communautarisme. (De fait, c'est dans la pratique ce qui se passe un peu partout, la différence entre l'approche anglo-saxonne et française étant surtout mise en évidence dans une perspective historique et idéologique).
C'est à dire que cette discrimination positive devient donc à la fois un bouc émissaire pour les communautaristes et pour les identitaires. Chacun peut la brandir et s'en servir, quitte à la dénigrer parce qu'au final, tout le monde a bien compris que nous n'allions pas vers une société ou les gens veulent aller plus loin ensemble (ça, c'était juste pour aller ensemble voter Sarko en Mai 2007...) mais les uns contre les autres. Les sans-papiers, les fonctionnaires, les chomeurs-qui-refusent-de-bosser, les syndicalistes-qui-refusent-de-se-faire-mettre alors que "les caisses sont vides" et tutti quanti devenant autant de groupes de boucs émissaires potentiels dans une société qui favorise de plus en plus ouvertement les potes du chef (cadeaux fiscaux, attaques sur les droits du salarié et du chomeur, justice à la tête du client...) et va jusqu'à trahir ceux qui lui ont électoralement permis de lui donner ses orientations actuelles (les cadres apprécieront d'ailleurs le principe du travailler plus maintenant qu'ils ont "découvert" que c'était une façon de davantage les exploiter... ce qui d'ailleurs n'a rien de surprenant. C'est même un des paradigmes essentiels de l'économie libérale en ce qui concerne les "catégories intermédiaires").