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par Pénombre » 19 déc. 2007, 10:18
l'histoire est un mauvais manga écrit en mode automatique parce que son auteur, atterré par le résultat du premier épisode, est parti à la pèche et ne reviendra pas.
c'est à dire qu'on utilise encore et encore et encore et encore les mêmes recettes à deux balles, les mêmes péripéties mille fois vues et les mêmes archétypes usés jusqu'à la corde.
mais y en a qui croient encore qu'en écoutant trois conneries habituelles arrangées différemment, on trouvera le chemin de la "rupture"
n'est ce pas, un certain nombre de mes contemporains et concitoyens ?
et il y en a qui croient encore qu'en faisant sonner très fort le clairon du patriotisme outragé et en brandissant très haut un tas de cadavres, on pourra justifier une "guerre juste" et balayer sous le tapis au passage les autres cadavres dont on est responsable et sur lesquels ceusses d'en face se hissent pour justifier leur "guerre juste" à eux...
n'est ce pas, chers amis de tous les pays qui vous sentez plus proche des victimes du 11/09/01 que des 40.000 mômes qui crèvent de faim chaque jour pour que nos grands capitalistes continuent à parader à la télé et pleurent sur leurs stocks options et leurs golden parachutes ?
et il y en a qui croient qu'en passant leur temps à se branler sur leurs petits problèmes en public, ça les soulagera et les dispensera du reste, qui ne donneront pas un centime, qui ne signeront aucune pétition, qui iront sagement voter comme des blaireaux ou à la pèche, qui surtout, surtout, surtout, n'oseront jamais reconnaitre que d'autres font la grève à leur place pour qu'ils leur crachent à la gueule et qui comme de juste iront sagement voter pour un homme providentiel, un messie au rabais qui au mieux fera du jihad sordide et au pire beaucoup de bruit pour rien... comme tous les messies grands et petits de "l'histoire"
n'est ce pas ?
alors, l'histoire étant en écriture automatique et sans pilote, elle est surtout aux mains de ceux qui se la sont appropriées pendant que d'autres, beaucoup beaucoup beaucoup d'autres, restent sur le bas côté à se lamenter d'être noyés dans la foule et oubliés par les grands évènements. A se lamenter d'avoir des vies ordinaires dans lesquelles ils se dépèchent de se trouver un petit maitre, un petit chef, un petit tyran pour pouvoir souffrir et se sentir encore plus malheureux
pendant ce temps, la moitié de l'humanité qui n'a jamais lu certains grands hommes se débrouille comme elle peut. Les neuf dixièmes de l'humanité qui n'ont pas accès à internet se débrouillent comme ils peuvent
l'histoire ne faisant rien par elle même, nous laissons couler et le mauvais manga continue tranquillement son chemin un peu erratique. Avec pas mal de violence inutile, de gore inutile, de cul tarifé, de cynisme érigé en modèle de réussite et de foutage de gueule général
mais la réalité ne suffisant pas, on va se réfugier dans la fiction. Pour y voir/lire/écouter des gens qui en majorité te parlent de quoi ?
de déboires sentimentaux aseptisés pendant que des centaines de milliers de gens des pays riches errent seuls dans la foule et finissent dans des hopitaux psychiatriques ou accros aux fées synthétiques vendues en pharmacie. Cherchant un peu d'oubli pendant qu'on leur demande d'être à la hauteur de leur travail avant d'être à la hauteur de leur chômage, d'être à la hauteur de l'odieux cynisme des raclures en perpétuelle représentation, des idôles au sens religieux du terme. Et surtout, surtout, de souffrir dignement et en silence parce qu'ils doivent s'estimer privilégiés.
on te parle aussi de péripéties sanglantes pathétiquement palottes ou des bobos américanisés en treillis jouent les cowboys de la justice pendant que des millions de gens bien réels crèvent du sida, de la guerre, de la malnutrition et de la connerie humaine.
on te parle enfin de tous ces braves héros de papier ou de pixels qui à force d'efforts finissent par y arriver pendant que partout sur la planète, un tas de gens à force d'efforts finissent dans la tombe, avec leurs pauvres peurs, leurs pauvres désirs, leurs pauvres ambitions dont la plupart ne leur appartiennent même pas mais leur ont été données, enfoncées dans la gorge. Vite enterrés, vite oubliés pendant que leurs enfants sont à leur tour dressés et embrigadés, gavés de bonheurs factices et de mesquinerie pitoyable
et si vous avez lu ça en moins de 100 minutes et bien c'était pas la peine. Vous auriez aussi bien pu prendre 200 minutes, ou 100 ans.
parce que pendant ce temps, l'histoire continue. Le Barde se lamente depuis l'outretombe, le philosophe de comptoir depuis le fond de son demi merdique, l'internaute derrière sa fenètre de plastique électrisé
la misère de l'un et la misère de tous continuent, peinardes, tranquilles, prètes à de nouveaux chapitres
et nous ne faisons rien
on continue ?