Shoju a écrit :
Ce qui est "con" avec toi Pénombre, c'est que tes posts s'adressent quasi toujours à ceux qui lisent la "vraie" presse et qui ont donc l'habitude de lire plus que 3 lignes de 20 mintutes/métro et autres ... C'est très intelligible et intelligent, mais malheureusement ça ne fait pas mouche envers ceux qui dorment les yeux ouverts.
Je crois que pour frapper les consciences de la génération internet/forum/smileys/lol&cie cette situation que je mets en exergue suffirait. Merci pour cette prose, j'ai apprécié ... (Va vraiment falloir que j'aille à Nice un de ces 4)
Personnellement, je ne lis quasiment jamais la presse quotidienne. J'écoute la radio, je me tape les dépèches AFP et c'est à peu près tout. J'ai peut-être un langage écrit qui n'est pas évident à appréhender mais je n'ai pas accès à des informations qui ne seraient disponibles qu'à une minorité de gens. Par contre, je prends le temps de décortiquer ce qu'on me raconte et au-delà des habitudes de lecture (ce vieux cheval de bataille de l'éducation nationale), il y a peut-être un souci à se poser sur la manière dont on forme le sens critique. Non pas que j'aie l'impression d'avoir vraiment été formé dans ce domaine mais en tous cas, je n'ai pas l'impression que ça soit un challenge éducatif à l'heure actuelle.
Pour le dire plus clairement, je n'ai jamais eu le sentiment de disposer d'un bagage qui serait hors de portée de la plupart des gens de mon entourage. J'ai une formation qui n'a rien de bien exceptionnel (un bac de secrétariat médical, un DEUG de psycho. Et sans mention svp…) et je pense que mon QI (dans la mesure ou ça vaut quelque chose) n'a rien d'ébourriffant. Disons que je suis peut-être un peu au dessus de la moyenne mais pas dans ce qu'on pourrait appeler les Esprits ou les Intelligences notables.
Tout ça pour dire quoi ? Ben que la plupart des raisonnements que je peux tenir sont à la portée de pas mal de monde et ne demandent ni une culture générale de haut niveau (la mienne est un agrégat assez improbable en fait), ni des facultés intellectuelles exceptionnelles, ni l'appartenance à un milieu ou l'on travaille sur ce genre de choses (mon job, c'est de faire des bons de commande et de payer des factures

)
Le seul pré-requis, c'est de vouloir se poser des questions que l'on passe beaucoup de temps à nous rendre "invisibles" ou de décortiquer des questions à réponses induites qui n'ont pas lieu d'être.
Tiens, prenons une question sensible par exemple : Koan nous disait hier "demain, je ne peux pas travailler. C'est normal ça ?"
- si je réponds oui, on me dit que je suis dans le camp des preneurs d'otages qui empèchent les autres de gagner leur vie et leur imposent en plus des contraintes supplémentaires (aller au boulot, rattraper le temps perdu à cause de la grève…)
- si je réponds non, on me dit que je suis contre le droit de grève, que j'ai ma place en Sarkozie et que je suis un égoiste qui gagne surement plus de fric qu'il ne veut l'avouer.
Et si je crée une troisième réponse en décortiquant le problème ?
- Il est légitime pour un salarié d'avoir les conditions matérielles pour se rendre sur son lieu de travail.
- Il est légitime pour un salarié de défendre ce qui lui rend le boulot moins désagréable ou plus sympa (financièrement ou non…)
- Il est légitime pour un employeur de veiller à maintenir et à accroitre ses profits.
Ce sont les trois paramètres au sein desquels nous évoluons, d'accord ?
Les deux premiers paramètres semblent mutuellement incompatibles. Donc, un salarié peut se défendre mais ce faisant il ne doit pas léser d'autres salariés.
Mais comment est ce qu'il les lèse au fait ? En les empéchant d'aller sur leur lieu de travail. Il ne leur prends pas l'argent de la poche, il les empèche d'accomplir leur travail.
Qui rétribue le travail du salarié ? Pas le gréviste… mais l'employeur.
L'employeur estime, légitimement, que puisque le salarié ne fait pas ce pour quoi on le paye, on ne le paye pas pour cette journée qu'il n'a pas faite. Ca semble logique, hein.
Le fait est que si le salarié n'était pas venu au boulot non pas par la faute d'une grève mais parce qu'il était malade, ou qu'un évènement climatique a rendu la route impraticable par exemple, l'employeur serait tout aussi légitimement en droit de faire pareil.
Il n'y a rien dans le contrat qui le lie au salarié qui spécifie que le dit salarié à droit à des circonstances atténuantes quand il ne vient pas à son travail. Mieux que ça, s'il est malade on ne l'indemnisera même pas pour la totalité de son arrèt maladie, dans le souci d'éviter les absences journalières à répétition aux frais de la princesse. Tout ça est très logique.
C'est-à-dire en résumé que de toute manière, c'est toujours et forcément la faute au salarié. Que Koan n'aille pas travailler parce que la SNCF est en grève ou parce qu'elle a 41 de fièvre, c'est son problème à elle.
Pas celui de son employeur.
Donc, le droit pour un salarié de veiller sur ses propres intérets est
conditionnel et ne s'applique pas automatiquement, ni totalement. Le droit pour l'employeur du dit salarié de défendre ses bénéfices lui n'est
pas conditionnel mais systématique. L'employeur a autre chose à faire que de tenir compte des évènements qui affectent son salarié, évènements dont ni lui ni le salarié ne sont responsables, au passage, sauf que le salarié, lui, il va devoir "prendre ses dispositions".
En résumé, le salarié est forcément en défaut et doit prouver que sa situation est légitime alors que son employeur lui est forcément quelqu'un qui défend des intérets légitimes qu'on ne saurait remettre en question.
Et ça, c'est "normal".
Et puisque c'est normal, lorsqu'un employeur sait dix jours à l'avance que ses salariés ne pourront très probablement pas venir parce qu'une grève générale a été publiquement annoncée, il est également normal qu'il s'en foute totalement. Après tout, ce sont ses salariés qui vont devoir se démerder pour venir quand même, ou pour rattraper le boulot non fait. Ca n'est pas de sa faute à lui, hein.
Alors posons nous une autre question si vous voulez bien : si demain il n'y a pas de grève mais que Koan est malade, pas longtemps, juste une journée, est ce que son employeur la traitera différemment d'aujourd'hui ?
Très probablement, non.
Et ça sera la faute à qui ? A Koan ? Aux grévistes de la SNCF ?
Est-ce qu'il ne faudrait pas non plus se poser un autre problème, à savoir que pour un patron il est légitime de défendre ses bénéfices quelles que soient les péripéties qui frappent ses salariés alors que pour un salarié, il n'est légitime de défendre ses droits que sous certaines conditions, même quand il n'est en rien responsable de ce qui lui arrive. Et que notamment, un salarié est forcément en tort et perdra sa journée de salaire si d'autres salariés, ou sa propre santé, ou n'importe quel évènement lui tombe dessus. Il n'avait qu'à le prévoir et prendre ses dispositions parait-il…
Et ça, c'est normal ?
Alors avant d'aller taper sur "le preneur d'otages" qui fait grève et empèche les autres de travailler, est ce qu'il ne faudrait pas se souvenir de qui paye nos salaires et à quelles conditions ?
On me dira, fort justement en prime, "mais dans ma boite, comment tu veux que je me fasse entendre ?"
Voilà une question cruciale. Qu'on ne se pose que rarement parce que la réponse est souvent "induite". On sait que le rapport de forces n'y est pas, ou l'on ne veut pas s'aventurer dans ce genre de vie salariale, voire "on vient pour bosser et on ne demande rien de plus". Chacun ses raisons.
Mais ça, désolé de le rappeler, ça n'est pas la faute des grévistes de la SNCF…