Hanumar a écrit :Je suis d'accord avec vous, mais j'ai du mal a comprendre comment des persos qui respectent vraiment le bushido et qui sont magistrat imperiaux de surcroix, peuvent accepter de ceder au chantage d'un ronin criminel.
La réponse est simple : le fait que le parchemin ait été obtenu d'une manière honorable.
A Rokugan, la force et l'audace sont admirées. Ce que fait Koan n'est techniquement pas un chantage : il ne cherche pas à vendre une information déshonorante (il se trouve juste que ne pas amener le parchemin ferait éclater un scandale qui éclabousserait les PJ,). Il a tenté de s'emparer d'un parchemin qui aurait dû être mieux gardé et, hourra ! il a réussi. Un adversaire honorable est censé lui concéder la victoire et l'admirer pour ce qu'il a accompli. D'ailleurs, même certains adversaires peu honorable (comme les scorpions) ne peuvent qu'être admiratif devant son dispositif. Si la vérité venait à être sue, les PJ seraient ridiculisés, couvert de honte, et le Phénix négocierait pacifiquement le retour du parchemin en offrant à Niban la participation de Koan au tournoi. Ils sont comme ça les Phénix.
La propriété à Rokugan étant considérée comme une valeur moins importante que dans l'occident moderne, le vol n'est pas un délit important : c'est, au plus, une insulte si le vol est commis à l'insu de la victime et par des méthode de type pickpocket. En fait on peut considérer que ce qu'accomplit l'otokodate de Niban n'est pas un vol, mais une conquête. L'embuscade est menée à la lettre comme un Akodo s'y serait pris. Niban accomplit à petite échelle ce qu'accomplissent les daimyo de clans tous les jours : obtenir des monnaies d'échange dans les négociations avec leurs pairs, par la force, s'il le faut. Les petites guerres et escarmouches sont – comme les duels d'honneur – des ordalies, c'est le plus fort qui a raison, seuls les faibles et les pleurnichards contesteraient ce fait.
Du point de vue de l'honneur, Niban a mérité de s'emparer du parchemin car il a été meilleur tacticien que les PJ (et surtout que Gidayu qui s'est montré assez incompétent). Il serait déshonorant pour les PJ de ne pas lui reconnaître la victoire sur ce point.
Comme dit Kyorou, une Matsu peut refuser de le faire en raison de ses traits familiaux (orgueil démesuré), mais il y a beaucoup de mauvaise foi de sa part - autre trait courant chez les Matsu - et de grandes chances qu'elle meure (mais bon les PJ Matsu un peu trop caricaturaux ont cette tendance, et il faut bien dire que ça soulage tout le monde à la table quand ça finit par arriver).
Tuer Niban sur place avant que le chaos se déchaîne devrait être impossible sans y laisser la vie soi-même : Niban est l'équivalent d'un petit daimyo en matière de force de frappe et il connait la discipline. C'est un homme prudent et intelligent. Logiquement, sur ses terres, on l'approche comme on le ferait avec un daimyo et en cas de rencontre avec les PJ, il a des yojimbo autour de lui (comme dans tous les scénarios de L5R, il faut se dire qu'il est nécessaire d'adapter les carac des PNJ en fonction du rang des PJ) et des archers à portée.
Bien sûr, les PJ pourraient monter une expédition plus importante en faisant lever des troupes impériales pour le lui reprendre, mais ce n'est pas vraiment dans leur intérêt (Satsume leur demandera des compte, ça fera plein d'incidents diplomatiques avec le Phénix, etc.), surtout après qu'il leur ait proposé une solution pacifique et honorable (et surtout discrète) en offrant de restituer le parchemin au PJ.
Et il est normal, toujours selon les canons rokugani, qu'il demande une faveur en échange. Rien de ce que fait Niban n'est à proprement parler criminel (pas de conspiration contre l'Empereur, pas de traffic, pas de maho). En fait on pourrait éventuellement l'accuser d'avoir commis un acte de guerre sans le consentement de l'Empereur. Mais comme c'est un ronin, ce serait insulter l'Empereur (il faut bien que ça ait des avantages, d'être ronin).
En fait la seule chose qui peut permettre de considérer Niban comme un criminel est le fait-même qu'il soit ronin. Mais, rappelons-le, c'est un ronin quasiment chef de guerre et on est sur les terres du Phénix qui lui ont offert un village pour son otokodate, donc qui ont de l'estime pour lui. Est-ce que les Pj ont envie de faire lever une légion pour organiser le massacre du troisième acte en avance et sans le consentement du Phénix (qui ne le donnera pas d'ailleurs, s'il est mis au courant, préférant régler l'affaire par voie pacifique) ? Ils le peuvent, mais de mon point de vue, c'est la solution la plus déshonorante pour eux. ("La stratégie suprème, Vaincre sans combattre" dit Sun Tao).
Lorsque j'avais fait joué le scénario, Koan et Niban avaient avant tout insisté sur le fait qu'il était injuste de ne pas laisser un shugenja aussi puissant en dehors. La question était donc de la part des joueurs de trancher si oui ou non ils estiment qu'un shugenja de talent, s'il est ronin, a le droit de participer à un tournoi aussi important. Si les Pj pensaient que oui, alors il était honorable de l'aider. Si les PJ pensaient que non, alors c'était déshonorant.
Un scénario ne peut pas prendre en compte toutes les particularités de chaque groupe. C'est au Mj de s'en servir pour créer des situations qui renvoie chaque Pj à lui-même et lui donne un choix à faire.
Aujourd'hui je jouerai la chose assez différemment, parce que mes PJ ont beaucoup mieux assimilé certains principes rokugani (entre autre grâce à ce scénario) comme les échanges de faveur et le principe de "la victoire honorable donne des droits". Je ferai donc en sorte que Niban vérifie que certains des PJ estiment qu'un shugenja de talent, même ronin, devrait avoir le droit de se mesurer à ses pairs. Puis qu'il s'isole avec ceux d'entre eux qui sont d'accord avec cette idée. Puis qu'il leur offre immédiatement le parchemin comme une faveur majeure.
Si les Pj refusent de rendre la faveur (par orgueil), ils perdent de l'honneur (beaucoup). Mais c'est leur choix. S'ils acceptent, ils se font un ami de Koan, et la faveur majeure envers Niban disparaît. En cours de route, les PJ peuvent même gagner de l'honneur, en plaidant une cause qui en vaut la peine et à laquelle ils croient.