Euh y'a un déficit de 11 milliards ... on nous aurait menti ? la sécu serait pas en déficit à cause des fraudes, mais à cause des exonérations ? roooh ...plus de 20 milliards d'euros en 2006
Modérateurs : Magistrats de Jade, Historiens de la Shinri
Sarkozy en Libye: signature d'un accord pour un réacteur nucléaire
Par Michel LECLERCQ AFP - il y a 39 minutesTRIPOLI (AFP) - La France et la Libye ont signé mercredi à Tripoli un accord prévoyant d'étudier la fourniture d'un réacteur nucléaire à la Libye pour désaliniser l'eau de mer, à l'occasion de la visite du président français Nicolas Sarkozy au lendemain de la libération des infirmières bulgares.L'événement
Nicolas Sarkozy a assuré mercredi soir à Tripoli qu'il n'y avait "aucun lien" entre l'éventuelle fourniture à la Libye d'un réacteur nucléaire et la libération des infirmières bulgares. Interrogé lors d'un point de presse informel à l'occasion de sa visite en Libye, pour savoir s'il y avait un lien entre les deux, M. Sarkozy a affirmé: "il n'y a aucun lien". "Le seul, c'est que si les infirmières n'avaient pas été relâchées, je ne serais pas venu", a-t-il dit.
Après s'être personnellement impliqué, avec son épouse Cécilia, dans le dénouement de cette affaire qui a empoisonné pendant huit ans les relations entre l'Union européenne et Tripoli, M. Sarkozy a effectué à Tripoli une courte visite "pour aider la Libye à réintégrer le concert des nations". La manifestation la plus spectaculaire de cette volonté a été la signature d'un mémorandum d'entente sur le nucléaire civil signé par les chefs de la diplomatie des deux pays, Bernard Kouchner et Abderrahmane Chalgham.
"L'objectif, c'est de viser la fourniture à la Libye d'un réacteur nucléaire qui permette de répondre à un de ses besoins importants, c'est-à-dire la fourniture d'eau potable", a dit le secrétaire général de la présidence française Claude Guéant à des journalistes. "L'eau potable est rare en Libye, donc l'objectif c'est de permettre la désalination de l'eau de mer" par l'énergie nucléaire, a-t-il ajouté.
Parmi les différentes techniques de dessalement les plus utilisées figurent en effet la distillation. L'eau de mer est chauffée jusqu'à évaporation. Seules les molécules d'eau s'échappent laissant en dépôt les sels et les autres substances. Il ne reste plus ensuite qu'à condenser la vapeur d'eau pour obtenir de l'eau douce. M. Guéant a néanmoins souligné qu'"il reste beaucoup de travail à faire" et a indiqué qu'"il y a déjà eu un premier repérage fait par des ingénieurs français il y a trois semaines ou un mois pour étudier exactement la faisabilité de l'opération".
"C'est un signal politique fort qui signifie que les pays qui respectent les règles internationales sur l'énergie nucléaire, comme la Libye, peuvent disposer d'un équipement qui leur est nécessaire pour des besoins civils", a déclaré M. Guéant. La Libye a renoncé en 2003 à se doter d'armes de destruction massive, une décision qui a permis la levée de sa mise en ban de la communauté internationale.
Arrivé dans l'après-midi, Nicolas Sarkozy s'est rendu immédiatement au palais de Bab Azizia, un immense complexe où Mouammar Kadhafi a pour habitude de planter sa tente quand il est à Tripoli. En costume blanc, chemise noire, lunettes de soleil et une grande broche noire en forme de continent africain accrochée à son veston, le leader libyen a emmené Nicolas Sarkozy faire la visite obligée du bâtiment détruit par un bombardement américain en 1986.
Au-milieu des gravats, soigneusement laissés en place, le président français a eu droit au récit de ce "crime" dans lequel la fille adoptive du colonel Kadhafi a trouvé la mort. Sur le livre d'or, M. Sarkozy a écrit: "je suis heureux d'être dans votre pays pour parler de l'avenir". Avec leurs délégations, ils ont ensuite pris place sous une grande tente bédouine pour un entretien qui a été suivi par la signature de plusieurs accords de coopération: "un accord-cadre de partenariat global" (santé, éducation, flux migratoire, lutte contre le terrorisme, etc) et un dans le domaine militaire.
Dans un communiqué conjoint, les deux pays affirment "leur volonté de donner un nouvel élan aux relations bilatérales et de bâtir un partenariat stratégique". Le Guide libyen a ensuite offert dans la soirée un dîner en l'honneur de M. Sarkozy.
La normalisation, entamée ces dernières années après l'abandon par le colonel Kadhafi du terrorisme et de tout programme d'armes de destruction massive, apparaît pleine de promesses pour les entreprises françaises (pétrole, gaz, nucléaire, banque) dans un pays gros producteur d'hydrocarbures qui ouvre ses portes aux investisseurs et tente de rattraper son retard après une décennie d'embargo.
A l'issue de cette visite - la deuxième, après Jacques Chirac en novembre 2004, d'un président français depuis l'indépendance de la Libye en 1951 -, M. Sarkozy devait se rendre jeudi au Sénégal et vendredi au Gabon.
Une enfant de 11 ans en prison, non mais sérieusement, au nom de quel principe débile peut on de toutes manières justifier un truc pareil... Que de dérives, que de jeu de dupes avec nos propres principes, avec les fondations de nos sociétés excusés par ce fantasme de la menace immigrationniste... Le plus incroyable c'est que l'on reproche à ces gens d'être dans l'illégalité (ils sont clandestins donc délinquants nonobstant toute réflexion sur ce qui transforme le plus souvent un citoyen étranger en règle en citoyen étranger en infraction avec la loi, à savoir une procédure administrative souvent inégalitaire et arbitraire) mais que du coup ce sont les états eux même qui deviennent hors la loi. Quel respect peut on accorder à la loi quand celle ci est inique (dans certains cas) et bafouée (dans d'autres) par ceux sensés la dire...La Belgique refuse au président équatorien de libérer Angelica, 11 ans et sans-papiers
LE MONDE | 25.07.07 | 13h51 • Mis à jour le 25.07.07 | 13h51
BRUXELLES CORRESPONDANT
Un président en exercice a, le 17 juillet, tenté personnellement d'obtenir la libération de deux de ses ressortissantes. Rafael Correa, chef de l'Etat équatorien, s'est rendu en personne dans un "centre fermé" belge, le "127 bis" de Steenokkerzeel, un lieu où sont incarcérés des immigrés clandestins en attente d'expulsion.
Le président, ancien étudiant de l'université de Louvain et marié à une Belge, voulait rencontrer Ana Elizabeth Cajamarca Arizaga, militante pour la défense des sans-papiers, et sa fille Angelica, 11 ans. Toutes deux ont été interpellées le 30 juin, dans la banlieue flamande de Bruxelles, alors qu'elles descendaient d'un autobus. "Une rafle", affirment leurs amis.
Angelica a ému l'opinion en adressant au journal Le Soir une lettre qui a été publiée le 18 juillet. La petite fille, qui vit en Belgique depuis 2003, y évoque ses pleurs, son stress, sa crainte des uniformes et d'une prochaine expulsion. "Nous avons envie de pleurer aussi. De rage. Et de honte pour un système qui oblige une fillette à passer ses vacances à l'ombre", a expliqué un journaliste du quotidien.
"ATTEINTE AUX DROITS DE L'HOMME"
Le président Correa s'est donc rendu au centre pour clandestins. Emu, il aurait longuement serré la maman et sa fille dans ses bras avant de dénoncer "l'atteinte aux droits de l'homme", que représenterait, selon lui, l'incarcération de l'enfant. Son appel, relayé par diverses personnalités belges, dont le délégué général aux droits de l'enfant, n'a pas fait bouger l'Office des étrangers, qui dépend du ministère de l'intérieur. "Nous ne nous laissons pas influencer par l'avis d'un chef d'Etat étranger", a indiqué Freddy Roosemont, le patron de ce service. Les autorités belges auraient indiqué au président Correa que 100 000 Equatoriens séjournent illégalement en Europe et que c'est à leur pays d'origine de leur offrir "une perspective". Le ministère des affaires étrangères, sollicité par l'ambassadeur d'Equateur, s'est quant à lui déclaré incompétent.
Dimanche 22 juillet, quelques militants ont accompagné le père, le frère et la soeur d'Angelica qui voulaient manifester devant le "127 bis". La police était présente en masse et quelques incidents ont éclaté dans le centre.
Les autorités campent toutefois sur leurs positions, alors que les quatre partis qui négocient en ce moment la formation d'un nouveau gouvernement examinent une note du futur premier ministre, Yves Leterme, évoquant la "recherche d'alternatives" à la détention d'enfants. L'actuel ministre de l'intérieur, Patrick Dewael, participe à ces négociations. La détention de mineurs a été à plusieurs reprises jugée illégale, mais une dizaine d'autres enfants qu'Angelica sont pourtant sous les verrous à Steenokkerzeel.
L'affaire a pris un tour d'autant plus choquant qu'un juge a ordonné, il y a une semaine, la libération de la fillette et de sa mère. Le parquet a fait appel mais le dossier n'a pu être traité par le tribunal compétent, lundi 23 juillet : la direction du "centre fermé" avait "oublié" d'organiser le transfèrement des deux Equatoriennes pour leur permettre d'assister à l'audience. Les magistrats espéraient pouvoir trancher mercredi 25 juillet.
Jean-Pierre Stroobants
Quoi, t'en doutais ?Kõjiro a écrit :Je suis rassuré, en Belgique ils ont l'air d'être aussi con que chez nous finalement
Centre fermé de Vottem, des gardiens parlent
« Il y a des violations des droits de l'homme ! Ça ne peut plus continuer »
« Nous sommes témoins d’atteintes aux droits de l’homme et à la dignité
humaine. Certains d’entre nous rentrent chez eux en pleurant », contient
plusieurs agents du centre fermé pour sans papiers de Vottem. Ils dénoncent
la présence de « résidents » souffrant de lourdes pathologies mentales... «
Ce n’est pas leur place. Ils ne reçoivent aucune aide thérapeutique.
Quotidiennement, nous sommes confrontés à des drames qui nous révulsent. »
Enquête : Michel Bouffioux - Photos : Reporters - Article paru dans
Ciné-Télé-Revue N°46/16 novembre 2006
Avant d’entamer la discussion, l’un de nos quatre témoins, tous agents du
centre fermé de Vottem, près de Liège, cette prison qui ne porte pas son
nom, ce lieu secret où séjournent des « illégaux » en attente d’expulsion,
précise clairement les règles : « Vous devrez garder le silence sur notre
identité. Notre statut nous interdit tout contact avec la presse. On risque
notre emploi. » Il expose ensuite le malaise ressenti par lui même et
plusieurs collègues : « Ce boulot, on l’a accepté. Nous sommes des agents de
l’État et nous obéissons aux ordres. Mais on est quelques uns à avoir des
problèmes de conscience. Pour retrouver notre sérénité, on voudrait faire
notre travail en respectant la dignité de tous. Or, d’année en année, la
situation se détériore. On nous demande de garder des gens qui n’ont pas
leur place à Vottem ! »
De quelles personnes parlez vous ?
Julien (tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des
témoins) : Depuis plus d’un an, on nous transfère très régulièrement des
gens souffrant de graves problèmes psychiatriques. Des schizophrènes, des
psychotiques, des paranoïaques avec délire mystique et j’en passe, qui
auraient bien plus besoin d’une aide thérapeutique que d’une détention en
centre fermé. C’est inhumain !
Jean : Récemment, on a eu un jeune Turc avec un problème mental... Il
s’est retrouvé quinze jours complètement nu dans un cachot. Il passait son
temps à se masturber en insultant Allah. Et une fois qu’il avait fini, il
culpabilisait d’avoir insulté son Dieu. La direction a mis trois longues
semaines à se décider à le transférer dans un lieu psychiatrique.
Quinze jours nu dans un cachot ?
Joseph : Oui, et ce n’est pas un cas unique. Il y a eu aussi cet
Africain, qui s’est d’abord retrouvé dans une aile avec d’autres. On s’est
rapidement aperçu que cela ne tournait pas très rond dans sa tête. Cet homme
était tétanisé. Il mourait littéralement de trouille et restait immobile,
serré dans une couverture. Peut être avait-il vu des choses horribles dans
son pays... Décision de la direction : mise en isolement.
Jacques : C’est la décision systématique lorsque ces malades s’avèrent
dérangeants pour la vie en groupe.
Joseph : Celui là, il a été mis au cachot parce qu’il ne se lavait pas et
que ses codétenus en avaient assez de devoir le conduire à la douche. De
toute évidence, cet homme n’était plus en état de contrôler ses actes. Au
point qu’il déféquait et urinait sur lui. Il a été laissé nu dans sa cellule
d’isolement pendant des semaines. De temps en temps, l’un ou l’autre agent
qui en avait le courage désinfectait sa cellule...
De temps en temps ?
Jean : Oui, il est parfois resté plusieurs jours comme ça dans sa m...
Finalement, cela jouait sur la corde sensible de certains agents, qui ont
dit : « Nous, on va le faire, on va l’amener à la douche. » Ce n’est pas
notre rôle pourtant...
Julien : Des gens ne veulent pas le faire. Des agents ne supportent pas
l’odeur parce que cela refoule... C’est mon cas. En plus, je vous le dis
honnêtement, j’estime que ce n’est pas mon boulot d’aller désinfecter une
cellule d’isolement.
Ces résidents restent donc parfois sans soins...
Julien : ils reçoivent leur nourriture, leurs médicaments, mais sur le
plan de l’hygiène, cela ne va pas. Une personne qui défèque sur elle pourra
rester de 24 heures à une semaine sans nettoyage. Se développe alors une
odeur pestilentielle... Et ce sont toujours les mêmes qui s’y collent, avec
des masques.
Jacques : Ce n’est pas facile à vivre, Il m’arrive souvent de rentrer
chez moi et de chialer parce que j’ai vu des trucs qui ne devraient pas
exister. Ce type, ils l’ont rapatrié sans suivi, sans rien...
Jean : Quand on demande pourquoi des cas psychiatriques arrivent chez
nous, on nous dit que pour savoir si ces gens doivent être rapatriés ou pas,
il faut qu’ils passent d’abord par Vottem. Ils doivent être dans le système
pour que l’Office des étrangers puisse les « valider ». Si cela se faisait
en quelques jours, je comprendrais. Mais là, cela dure beaucoup trop
longtemps. Pour eux comme pour nous.
Joseph : Il existe des établissements spécialisés pour aider et soigner
ces personnes !
N’y sont elles pas transférées lorsqu’on constate leur état à Vottem ?
Joseph : Après quelques trop longues semaines d’isolement, cela peut
arriver, mais c’est loin d’être systématique. Le plus souvent, leur état
psychiatrique n’empêche pas leur rapatriement.
Julien : Et d’autres sont tout simplement relâchées dans la nature.
Comment cela ?
Julien : Pour faire de la place au centre ou pour une autre raison, ils
reçoivent un ordre de quitter le territoire (OQT) dans les cinq jours.
Concrètement, cela veut dire qu’ils sortent, livrés à eux mêmes. À charge
pour eux de quitter le pays. Je me souviens notamment du cas d’un obsédé
sexuel qui se masturbait dès qu’il voyait passer une femme de ménage dans le
couloir. Après quelques semaines chez nous, il a été remis en liberté avec
un OQT de 5 jours...
C’est mettre la société en danger !
Julien : Tout à fait, mais nous nous sentons aussi en danger. Par
exemple, le mois dernier, on nous a amené un type potentiellement très
violent. Un schizophrène, nous a dit la direction. Il parle avec vous très
calmement, et puis, il pète un câble. Avant que vous compreniez ce qui se
passe, il est en train de vous étrangler. On n’est pas formés pour s’occuper
de gens comme ça ! Ce type est bien resté deux ou trois semaines en cellule
d’isolement. De temps en temps, un volontaire lui faisait prendre sa douche.
Et puis, il a été transféré on ne sait où... Aux dernières nouvelles, il
serait à Lantin.
Jacques : Des gens à problèmes psychiatriques lourds, il y en a de plus
en plus. L’un chasse l’autre. En ce moment, un Guinéen parle et chante seul
toute la journée. Il défèque dans son assiette et balance le tout par
l’œilleton de sa cellule... C’est triste à voir. Il faudrait qu’il reçoive
une aide psychiatrique, mais, comme souvent, la direction préfère décréter
qu’il s’agit d’une simulation. Jouer la comédie pendant deux ou trois jours,
je veux bien, mais pas pendant des semaines !
Jean : Le dilemme pour cette direction qui dépend du ministère de
l’Intérieur, c’est que si le type est reconnu malade par un psychiatre, il
n’est plus rapatriable... Donc, elle fera éventuellement venir des kinés de
l’extérieur, mais jamais un psychiatre. Sauf cas tout à fait exceptionnel.
Je me souviens d’un type déjà suivi par un psychiatre avant sa détention.
Dans un moment de lucidité, il a réussi à demander à revoir son thérapeute,
et finalement, il a pu quitter Vottem.
Jacques : Vottem est devenu un centre poubelle. Si une personne se balade
en rue avec un comportement bizarre, qu’elle est interpellée par la police
et qu’elle n’a pas de papiers, le plus simple pour les flics, c’est de
l’envoyer chez nous, où elle sera enfermée sous le label « personne
étrangère et sans papiers ». Officiellement, il n’y a donc pas de cas
psychiatriques dans les centres. Dans la pratique, on improvise...
Et les gens qui souffrent de problèmes psychiatriques se retrouvent en
cellule d’isolement ?
Julien : Pas tous, mais la plupart, notamment les cas difficiles, qui
posent problème pour la vie en groupe. Dans notre jargon, on appelle cela le
« régime différencié ».
Jean : Et ils ne sont pas en isolement pour un ou deux jours, mais pour
trois semaines, voire deux mois. Même pour une personne normale, rester dans
ce type de cachot si longtemps, c’est insupportable. On en ressort à l’état
de zombie.
Julien : Un Polonais y était resté deux mois. Il en était ressorti
complètement cassé, avant d’être renvoyé dans son pays.
Jean : Il est rare que quelqu’un de normal se retrouve pour une longue
période en isolement. Après deux ou trois jours, l’intéressé comprend le
message et reprend la vie en groupe... Seules les personnes fragilisées par
des problèmes psy y restent donc longtemps.
Avec quels droits ?
Jacques : Trois repas par jour comme les autres. En théorie, le «
différencié » peut aussi avoir une promenade au préau, deux heures par jour.
En pratique, certains refusent, d’autres ne comprennent même pas qu’ils ont
ce droit, et pour d’autres encore, les troubles comportementaux empêchent
toute sortie. On ne peut pas demander à trois agents de promener une seule
personne...
À quoi ressemble une cellule d’isolement ?
Jacques : À un cachot de prison. Il n’y a pas de table, juste un matelas
posé sur un bloc de béton. C’est une pièce vide.
Vous dites qu’un cas psychiatrique chasse l’autre. Que faut-il comprendre
par là ?
Julien : Il y en a deux ou trois par mois !
Jacques : On a en permanence un cas très grave qui doit être isolé.
Julien : Sans oublier les toxicomanes, les gens qui ont des troubles du
comportement liés à ce qu’ils ont vécu dans leur pays, les personnes
sujettes aux crises d’angoisse, de colère. Les délires... On craint tous
qu’un jour il y ait un accident.
Jean : Mais Julien, des accidents, il y en a déjà eu ! Des nez cassés, un
genou explosé... Des réfugiés qui se font du mal à eux-mêmes.
Julien : C’est vrai. Il y a aussi des tentatives de suicide et beaucoup
d’automutilations. Nous ne sommes pas aptes à juger s’il s’agit de
simulations pour obtenir un transfert en hôpital ou une sortie. Il faudrait
un véritable suivi des détenus sur le plan psychologique, mais il est
totalement inexistant. Cela nous met en permanence dans une situation de
malaise.
Jean : Vous savez comment l’Office réagit en cas grave de tentative de
suicide ou d’automutilation ? Il transfère dans un autre centre ou à
l’hôpital. Généralement, dans cette seconde hypothèse, la personne s’échappe
parce qu’il n’y a pas de surveillance. Et ce n’est pas un mieux pour elle :
elle se retrouve alors dans la nature, sans ressources, dans la
clandestinité, avec ses troubles psychologiques ou psychiatriques toujours
entiers.
Soit on écarte le « problème », soit on le cache ?
Jacques : Et c’est la même chose avec les tuberculeux... On touche à un
problème de santé publique. Des « résidents » souffrant de cette affection
contagieuse ont parfois été relâchés dans la nature, plutôt que d’être
soignés.
Joseph : Il y a quelque temps, un type crachait ses poumons. La direction
n’avait pas envie qu’il perde la vie au centre, mais elle ne l’a pas envoyé
à l’hôpital. L’homme a reçu un ordre de quitter le territoire dans les cinq
jours. Sur le plan humanitaire, c’est tout à fait désastreux.
Julien : C’est sans doute aussi illégal. La tuberculose est une maladie à
déclaration obligatoire. Or je vois régulièrement sortir des gens qui ont
viré leur cuti. Les centres les déclarent-ils ? J’ai des doutes.
Joseph : Plusieurs agents de Vottem ont aussi contracté cette maladie...
Revenons aux cas de troubles mentaux. N’y a-t-il pas de psychiatre au
centre ?
Joseph : Non. On le demande régulièrement. On voudrait aussi des
infirmières spécialisées.
Jacques : Dans l’organigramme du centre, il y a un psychlogue, mais il ne
voit jamais les résidents. Cela ne l’intéresse pas d’aller parler avec le
gars qui vit dans ses excréments dans une cellule puante.
Julien : De toute façon, n’étant pas psychiatre, il n’est pas qualifié
pour soigner ces gens.
Jacques : La question se situe simplement sur le plan de la dignité
humaine, des droits de l’homme. En tant que membre de la direction, il
devrait juger intolérables ces mises en isolement d’êtres aussi fragilisés.
Il fait partie de la direction ?
Julien : Le psy est aussi directeur adjoint du centre. Et il l’est avant
tout : ce qui compte, c’est que la machine continue à tourner sans faire de
vagues...
Joseph : Il reste dans son bureau. Et ce sont les agents qui font de la
psychologie comme ils le peuvent, en discutant avec les personnes à
problèmes.
Jacques : Il lui arrive tout de même de parler à des résidents excités
pour tenter de les calmer.
Joseph : Sans doute, mais de toute façon, il y a toujours confusion des
rôles. Il discute avec un type un jour, et le lendemain, s’il est de garde,
c’est lui qui décidera de mettre le même homme en cellule d’isolement. À qui
parlent ces gens lorsqu’ils ont des problèmes de détention : au directeur ou
au psy ?
Les médecins visitant le centre ne voient pas les cas graves en isolement
prolongé avec ces soucis d’hygiène ?
Jacques : Si, bien sûr... C’est peut-être pour cela qu’ils changent
souvent. Quand ils se retrouvent face à un mur, ils s’en vont.
Le 29 janvier dernier déjà, Vottem faisait la une des journaux avec la
manifestation, initiée par Amnesty International, contre l’enfermement des
enfants.
Julien : Un psychiatre devrait prochainement débarquer chez nous, un type
qui fait des expertises pour le ministère. On verra bien...
Jean : En attendant, cela va crescendo. Un groupe de travail vient de se
former sur cette problématique des cas psychiatriques, que la direction
présente simplement comme des « cas difficiles ». Ils pensent créer une aile
spécialisée de 24 lits.
Vous sentez vous mal dans ce travail ?
Jacques : Parfois, je me demande ce que je fais là. Mais je me dis que
j’occupe la place d’un type qui pourrait être pire que moi. Ces centres
existent de toute façon. Et il faut gagner sa vie.
Joseph : La plupart d’entre nous font de leur mieux dans un contexte
difficile. Certains pourraient croire que les agents des centres fermés sont
des brutes sans scrupules ou des racistes. Il n’y a rien de plus faux. Par
exemple, quand il a été question de recevoir des familles à Vottem et que
rien n’était prévu à cet effet, on s’est démenés pour rendre l’accueil
acceptable, parce qu’on savait qu’il y aurait des enfants. Ce qui a été fait
en un an ailleurs, on l’a réalisé en deux mois. Les familles qui sont venues
pendant un temps chez nous étaient mieux accueillies que dans d’autres
centres.
Julien : Ce travail est pesant. Des gens font des crises parce qu’ils ne
parviennent pas à concevoir de retourner dans leur pays. Je pense par
exemple à ce Chinois resté trois jours à l’infirmerie ou à cet ado de 18 ans
qui avait fait toutes ses études en Belgique et devait repartir... Si vous
êtes gardien de prison, vous savez que le gars en face de vous n’est pas là
par hasard : il a tué, il a volé. Ici, beaucoup n’ont jamais rien fait de
mal !
Jacques : À la création du centre, les gens présents étaient uniquement
des illégaux, mais depuis quelques années, il y a de plus en plus de smex :
ils représentent pas loin de 50 % de la population.
De qui s’agit-il ?
Jacques : Smex, cela veut dire sans moyens d’existence . Ce sont des
Sans-papiers condamnés à une peine de prison, qui viennent purger leurs
dernières semaines chez nous avant d’être rapatriés ou de recevoir un OQT de
cinq jours. En quelque sorte, on sert aussi à désengorger les prisons.
Jean : Parmi eux, il y a beaucoup de petites frappes qui se prennent pour
des caïds, de gens violents... On n’est pas formés pour s’en occuper. On
craint qu’un jour il y ait un accident...
Julien : D’ailleurs, c’est un smex qui a récemment donné un coup de
ciseaux à une gardienne du 127 bis. Auparavant, il avait aussi fait un
séjour chez nous !
Joseph : Cette population très particulière pose également problème aux
autres résidents, qui n’ont jamais eu de contact avec le milieu criminel.
Ils sont victimes de pressions, de rackets, de violence.
Julien : Des Africains qui fuient un régime politique dictatorial sont
mélangés à des Albanais venus ici faire du proxénétisme. Les résidents sont
logés dans des chambres non fermées et regroupés dans des ailes contenant
jusqu’à 40 personnes. Très souvent, pour ne pas dire tout le temps, il n’y a
qu’un seul agent pour surveiller tout le monde. Quand c’est calme, ça va,
mais lorsque cela commence à s’énerver, mieux vaut se tirer. Des groupes se
créent dans le groupe. Des hiérarchies. Comme en prison.
Jacques : Ceux qui n’ont jamais eu de soucis avec la justice n’ont
vraiment pas besoin de ce stress supplémentaire, alors qu’ils sont déjà
déstabilisés par le fait de se trouver dans un milieu carcéral. On ne sait
plus trop comment les protéger et les rassurer...
Julien : Et puis, il y a une autre injustice. Les smex reçoivent le plus
souvent un OQT de cinq jours. Les résidents les plus difficiles, les types
dangereux mais qui savent se payer de bons avocats, échappent généralement à
l’expulsion. Ils reçoivent cet OQT, qui, bien entendu, restera lettre morte
jusqu’à leur prochaine interpellation. Le gars perdu, sans relations,
fragilisé par son exil, ce sera toujours plus facile de le taper dans un
avion...
Comment se passent les rapatriements ?
Joseph : Un Pakistanais avait refusé de monter à bord à Zaventem. Ce gars
est revenu tellement cassé qu’il ne savait plus marcher. Il a passé plus
d’un mois à l’infirmerie. Rien n’a changé depuis Sémira Adamu. Il n’y a plus
de coussin, mais c’est toujours aussi violent.
Julien : Personne n’est tabassé à Vottem. Par contre, quand les gens
reviennent de l’aéroport, on constate que certains - pas tous - ont été
l’objet de violences sérieuses. Beaucoup de choses se passent à Zaventem.
Des gens partent aussi avec un GSM ou de l’argent dans une enveloppe qui
devait leur être remise à leur montée dans l’avion et reviennent au centre
sans rien.
Jacques : D’après les témoignages de plusieurs résidents, les policiers
utilisent des techniques assez incroyables, qui ne laissent pas de traces.
Ils appuient fortement sur un endroit du front, ce qui provoque une douleur
tellement intense que la personne perd tous ses moyens. Il y a aussi
beaucoup d’insultes verbales.
Julien : Il est arrivé qu’un médecin vienne pour constater les dégâts,
mais la plupart du temps, les résidents ont peur de déposer plainte. Ils
croient que cela influencera leur dossier.
Jacques : Il y a un autre aspect du travail dont on voudrait vous parler
car il nous inquiète très fort : la distribution des médicaments aux
résidents. Ce n’est pas notre job ! Que se passera-t-il le jour où il y aura
une erreur ?
Une erreur ?
Jacques : Les médecins et les infirmières ne sont pas là en permanence.
Il arrive donc, la nuit ou à d’autres moments, que des gardiens se
retrouvent face à des « résidents » qui ont besoin de certains médicaments.
Par exemple, un calmant pour dormir. Le système en place veut que l’on
téléphone alors à l’infirmière de garde.
Joseph : On reçoit donc une consigne verbale de donner tel ou tel médoc.
Imaginons qu’il y ait une contre-indication ou que le résident ne supporte
pas ce qu’on lui a donné pour tel ou telle raison. Qui va porter le chapeau
?
Et quand les infirmières sont là, comment cela se passe ?
Joseph : Ce n’est pas du tout satisfaisant non plus. Ce sont elles qui
préparent des plaquettes à donner aux détenus...
Jacques : Et il y a constamment des erreurs dans les plaquettes... Un
jour, il y aura un problème. C’est couru d’avance.
Joseph : Cette question des médicaments est aussi à l’origine de beaucoup
de situations de violence. Certains gardiens hésitent à donner des calmants
ou des antidouleurs pour les raisons que nous venons de vous expliquer. En
retour, il y a des résidents qui vivent cela très mal et qui s’énervent...
Vous vous êtes plaints de cette situation à la direction ?
Joseph : Bien entendu. On nous répond qu’il n’y a pas de budget pour
assurer une présence permanente d’une infirmière dans le centre.
Jacques : Les infirmières sont intérimaires ou contractuelles à mi-temps.
Elles n’ont pas intérêt à ruer dans les brancards. La direction leur fait
comprendre qu’il ne faut pas qu’elles soient trop proches des résidents.
Joseph : En fait, on se contente de bourrer les gens de médicaments pour
les garder calme. Les médocs à Vottem, c’est un budget de plusieurs milliers
d’euros pas mois.
Jean : Et dans le même temps, il y a des gens qui attendent 5 jours pour
voir le médecin, parfois plus. Cela fait monter la colère et c’est nous qui
avons les problèmes. Par exemple, si un « résident » a une rage de dent, il
s’inscrit chez le médecin et cela peut durer un mois pour qu’il voie un
dentiste.
Michel Bouffioux
Des faits inacceptables
Le juriste Pierre Arnaud Perrouty s’occupe des questions liées à
l’enfermement et à l’expulsion des Sans-papiers à la Ligue des droits de
l’homme. Récemment, il a participé à la rédaction d’un rapport alarmant
(téléchargeable ci-dessous) sur les six centres fermés où sont détenus des
migrants en Belgique. « Les témoignages apportés par ces agents sont très
graves », estime-t-il. « Ils confirment en bien des points des informations
que différentes ONG avaient recueillies au cours des dernières années en
visitant des détenus des centres fermés. Et ces témoins de première main
évoquent des pratiques totalement illégales. Certes, nous connaissons
l’existence des cellules d’isolement, la problématique de leur usage
excessif et les durées de détention trop longues. Normalement, un détenu ne
peut y rester que cinq jours au grand maximum. Mais ces gardiens expliquent
ce qui s’y passerait vraiment. Des gens souffrant de problèmes
psychiatriques s’y retrouveraient abandonnés, sans soins. Ces faits, s’ils
devaient être avérés, sont tout à fait inacceptables. Il s’agit de graves
atteintes aux droits de l’homme, qui doivent impliquer une réaction forte et
rapide des autorités compétentes. Il faut que cela cesse et que des
responsabilités soient déterminées. Je souligne aussi dans ces témoignages
les propos tenus sur la violence persistante lors de rapatriements. Cela
confirme également des récits de Sans-papiers. Ces faits pourraient
constituer un traitement inhumain et dégradant interdit par la Convention
européenne des droits de l’homme. »
Ces personnes font l’objet d’un « régime différencié »
Nous avons pris contact avec la direction de l’Office des étrangers (O.E.).
Kareen Vandeweeghe, porte-parole, nous a demandé de lui envoyer nos
questions par mail et elle nous a répondu par le même canal. Comme on le
constatera, la vérité officielle s’oppose à celle de nos témoins en ce qui
concerne les durées des détentions en cellule d’isolement. Par ailleurs,
l’O.E. reste muet sur la nature du « régime différencié » qu’il dit donner
aux résidents souffrant de problèmes psychiatriques. À cet égard, rappelons
que les gardiens nous ont expliqué que dans le jargon du centre, le « régime
différencié » équivaut... au placement en cellule d’isolement. À en croire
l’O.E., le nombre de « smex » (sans moyens d’existence) est moins important
qu’affirmé par les gardiens. La question de savoir si cette population pose
des problèmes pour la vie en groupe au sein du centre est éludée par notre
interlocutrice. Le 10 novembre, pour en savoir plus, nous avons également
laissé un message au directeur de Vottem, M. Jacob, mais au moment de
boucler cette édition, le 13 novembre au matin, il ne nous avait pas encore
répondu.
Selon nos informations, Vottem accueille régulièrement des étrangers
souffrant de problèmes psychiatriques graves. Ces personnes font elles
l’objet d’un traitement différencié en termes d’hébergement et de soins ?
Le nombre de personnes présentant des troubles psychiques ou
psychiatriques peut varier d’un moment à l’autre. Nous constatons toutefois,
depuis quelques mois, que le nombre de personnes présentant des troubles
relevant de la psychiatrie est en légère augmentation. Ces personnes font
l’objet d’un régime différencié, déterminé au cas par cas et selon nos
moyens en fonction du comportement spécifique de chacun. Autant que faire se
peut, ces personnes sont orientées vers un service spécialisé.
Quelle est la durée maximum dun séjour en cellule d’isolement ?
La durée maximale de l’isolement est de 24h. En cas de prolongement de
plus de 24h, parce que le résident n’est pas intégrable dans le groupe, le
directeur général doit donner son avis et l’autorisation. Dès que le délai
de 72h est atteint, seul le ministre peut décider du maintien ou non du
résident en isolement.
Confirmez vous la présence de plus en plus importante de « smex » à
Vottem, et cette population est elle à l’origine de roblèmes particuliers ?
À la date du vendredi 10/11/2006, 09h10, il y a 18 résidents Smex. Seules
les personnes provenant directement d’un établissement pénitentiaire sont
reprises dans cette catégorie.
Merveilleux.Les autorités belges auraient indiqué au président Correa que 100 000 Equatoriens séjournent illégalement en Europe et que c'est à leur pays d'origine de leur offrir "une perspective".