Doji Satori a écrit :Personnellement, la pilule "Crédit Lyonnais" a eu beaucoup de mal à passer. Donc, pour moi effectivement ce n'est pas le rôle de l'Etat de faire ci ou de faire cela.
Il y a eu des erreurs de gestion publique. Et combien en gestion privée? Si je te parle d'Enron par exemple? Franchement, c'est égalité. Une mauvaise gestion privée, une mauvaise gestion publique, même combat. Une bonne gestion privée, une bonne gestion public, idem.
Le fait d'être public n'est pas obligatoirement un gouffre à argent.
Regarde Air France, première compagnie mondiale ; EDF qui est le leader européen ; et même FT, contrairement à ce qu'on dit, est regardé en exemple en dehors de nos frontières... (mais ils ont fait les cons avec des placements en Argentine juste avant la crise et dans des investissements sur une technologie qui n'a jamais prise sur le public)
Doji Satori a écrit :Je ne suis pas d'accord non plus que ce service est quasi toujours meilleur dans les faits et si c'était le cas pourquoi il y aurait concurrence par le privé ?
Parce qu'au début, le privé n'intervenait que là où le public n'était pas. Ouverture signifiait au privé d'entrer sur un nouveau marché (ex. la téléphonie portable qui n'était pas contrôlée par FT) Puis ensuite, il y a eu l'idée qu'il fallait que le public ne puisse concurrencer le privé. C'est très récent de voir le public concurrencer le privé sur son propre terrain. Et avec un franc succès (d'où toute la guerre juridique qui s'en est suivie)
Mais l'ambiance actuelle considère que le privé gère mieux que le public. D'où la demande d'un tout privé. C'est exactement la même chose que de dire : "les arabes sont tous des terroristes, donc faut pas en mettre un seul à des postes de responsabilités", si tu me permets la provocation inhérente à ce message (j'ai des travaux sur le sécuritaire en ce moment, dsl de la jonction).
De plus les secteurs investis par le public sont fortement lucratif, ce qui ne gâche rien et vaut la chandelle.
Doji Satori a écrit :D'une façon générale, ce n'est pas parce que c'est non lucratif que c'est nécessairement d'un meilleur rapport qualité / prix que du non lucratif.
Par exemple, l'assurance mutualiste, tant de couverture de risque que de santé n'est pas nécessairement "meilleure" que l'assurance auprès de sociétés à but lucratif.
Euh... Juste comme ça... Public ne veut pas dire "non lucratif". Non lucratif, ce sont les associations. Le secteur public est extrêmement lucratif, sinon pourquoi est-ce qu'on s'empresse tant à démanteler le public avec une foule d'entreprises qui ne rêvent que de se partager le pactole... Vivendi, c'est sa partie environnement qui a le plus de profit. Celle qui agit dans l'ancien champ public.
Lyonnaise des eaux et compagnie, idem. Que des DSP et MP.
Bouygues, etc.
La police aussi, par exemple, est une superbe manne de revenu, si tu la rends payante. Est-ce qu'elle sera mieux gérée? Peut-être. Pas sûr. Il y aura avant tout rupture d'égalité (mais elle existe déjà, alors pourquoi ne pas l'accroître?)...
Doji Satori a écrit :"Seul l'Etat a été capable de transformer ça en sources de revenu" est particulièrement étrange pour moi.
Pourquoi quelque chose de non rentable en privé deviendrait rentable en public ?
Ces services ont été assuré à l'époque par l'Etat et par les collectivités locales parce que ces besoins étaient non solvables et le déficit en résultant ont été financé par la collectivité publique.
Parce qu'il a été mal géré par le privé. Les faits sont là. L'Etat n'a pas arrêté de subventionner les entreprises de transport, il a même loué gracieusement son domaine public, etc. Sauf que la gestion était mauvaise, ils se sont fait une concurrence stupide jusqu'à la mort de tous (pas de gagnants) et n'avaient aucun sérieux quant à la gestion des trains. L'Etat a repris cela et nous avons été un modèle au monde (qui a péréclité par la suite, certes). Tu n'avais qu'à aller au Royaume-Uni pour voir ce que c'est... D'ailleurs, c'est Keolia qui a raflé les plus gros marchés de transport ferroviaire des pays étrangers (Royaume-Uni, Suède, etc). (Keolia : SNCF+RATP)
Note pour ce qui est du comblement des déficits par les collectivités, il n'y a eu qu'un simple transfert des subventions et marchés déjà accordés aux entreprises privées à l'entreprise publique. Ca n'a pas couté plus à la collectivité (solde identique) mais l'entreprise a mieux fonctionné.
Par ailleurs, dire que si c'est public, c'est déficitaire ou sans profit, c'est assimiler tous les établissements publics aux établissements administratifs et oubliés les "industriels et commerciaux" (dès 1921 pour le concept par un arrêt, donc existait déjà avant dans les faits).
Je ne te dis pas que c'est une règle générale genre "l'État transforme ce qu'il touche en or", mais qu'il existe des exemples où l'État a mieux géré que le privé. Il ne faut pas généraliser l'inverse. Il ne s'agit que de modalité de gestion.
Doji Satori a écrit :Maintenant que ces besoins sont solvables, pourquoi serait-il nécessaire de les maintenir obligatoirement dans le domaine public ? (de la même façon que pourquoi faudrait il obligatoirement brader ces entreprises)
Si tu reprends ce que je disais dans mon premier message, les raisons pour maintenir ou vendre ces services relèvent d'un simple choix de bonne gestion. Tu peux les vendre, tu peux les garder. Il faut que ça demeure cohérent. Je ne suis pas un "tout public" ou un "tout privé", mais pour agir au cas par cas. Je crois que c'est ce que m'ont appris mes cours de management public. Du pragmatisme.
JBeuh a écrit :Ce qui me gène, ce n'est pas de revendre des actions ou des parts, même dans des secteurs comme l'électricité ou autre. C'est un choix politique, on a décidé d'avoir du libéralisme avec notre Président.
Ce qui me dérange, c'est la mauvaise gestion. On revend une action quand on espère en tirer le maximum de bénéfice et parce que l'on croit que l'action va chuter par la suite.
Or ici, on revend tout en sachant que l'action est haute, qu'elle va continuer à grimper, que ça va la booster même, et qu'on perd une bonne source de revenu assuré qui n'avaient pas besoin de passer par l'impôt (donc une ressource 'indolore').
A la rigueur, ce serait une situation de crise (on est au bord de la faillite) ou pour investir dans mieux... soit. Là, non. C'est un pur cadeau pour certain et un total sabordage d'une bonne gestion saine et pragmatique des finances publiques. Je ne parle pas d'un communisme d'État, mais d'embrasser l'économie de marché de manière lucide et d'en tirer un maximum d'avantage.
Doji Satori a écrit :L'ouverture à la concurrence ne peut être qu'un mieux, si l'entreprise publique est effectivement "la meilleure" quel risque de perte de marché encoure t-elle ?
Penser que l'ouverture à la concurrence ne peut être qu'un mieux est un dogme. Les faits ne l'ont jamais confirmé. C'est une croyance et non quelque chose de prouvée et avérée.
Il a d'ailleurs été prouvé par des économistes que la concurrence libre et non faussée n'existait pas et qu'elle avait un effet pervers. Si elle est réellement libre, alors on finit par obtenir des monopoles ou oligopoles pratiquant des tarifs exorbitant par rapport au service rendu.
J'ai eu des cours de droit de la concurrence (privée) et son analyse économique. Je ne me suis pas enfermé dans une sphère purement publiciste.
Les États-Unis sont l'État le plus interventionniste économiquement parlant. Les Antitrust-law sont du keynésianisme pur et non du libéralisme classique du libre échange. De nombreuses barrières non tarifaires, des marchés publics militaires, un bureau du commerce américain, etc. sans parler de l'action de la FED. A coté d'eux, de manière objective, l'État français est ultra-libéral!
Actuellement, l'idée, pour maintenir haut niveau de service et recourir au privé, est l'allotissement. Le corolaire est le "contrat de service public" (ce qui est con, c'est qu'il n'est signé que par des entreprises publiques...)
J'essayerai un de ces quatre de te retrouver les rapports de l'OCDE où il est montré que la concurrence et son ouverture ont des effets pervers et peuvent être antiproductifs.
Le problème est surtout que globalement, une entreprise en monopole ne se remet pas en question et n'évolue pas.
Et en France, un des refus réels d'ouverture à la concurrence du marché énergétique n'est pas qu'EDF va péricliter. C'est qu'une ouverture à la concurrence a été vue analysée comme augmentant les prix pour le public pour une prestation inférieure et qu'autoriser un retour en arrière (comme pour le gaz avec les collectivités territoriales) serait en contraire illégalité avec le droit de la concurrence (et notamment au niveau européen).
L'ouverture à la concurrence, toutes les grandes entreprises publiques le demandent. Au niveau européen, la poste publique allemande désire l'ouverture à la concurrence. La poste française s'y prépare et devrait vaincre ses adversaires par des services inédits (en cours de préparation) sur son territoire. Mais elle va avoir plus de difficulté à croître.
EDF mange déjà la moitié de l'Europe et ne pense pas perdre la France.
SNCF et RATP s'exportent déjà avec succès.
France Télécom est présente sous ses filiales dans de nombreux pays étrangers et s'en sort très honorablement. Je n'ai aucune crainte pour eux. D'autant que les investissements en cours en France devraient leur être très rentables...
Doji Satori a écrit :De mon point de vue, je ne pense pas qu'il faille pour autant en tirer des principes absolus.
Sur ce point, on se rejoint. Mais tu tires certains absolus dans tes propos. Comme le fait que la concurrence est toujours meilleure. Ou que le privé gère au moins aussi bien que le public.
La principale différence entre le management privé et le management public est l'objectif : d'une part l'optimum, d'autre part le maximum. C'est con, mais à part cela, tout est identique.
JBeuh, cumuleur de casquette...