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par JBeuh » 26 juin 2007, 14:28
Si on analyse cela sous l'angle d'une grosse entreprise, parce que c'est quand même une logique qui est souvent demandée par les "experts" économiques...
Alors là, nous avons une dette, grosse, mais facile à résorber selon les banquiers. Toutefois, nous souhaitons diminuer assez vite cette dette pour faire disparaitre son service (les intérêts, etc).
Et là, le PDG décide d'une part de diminuer les tarifs entreprises, augmente les tarifs particulier et vend les actions les plus rentables.
1/ il diminue les ressources potentielles obtenues sur les plus gros acteurs économiques ;
2/ il augmente le coût pour les particuliers qui sont dans une situation de morose économique et hésite à investir ;
3/ il dilapide vite fait des investissements à fort taux de rentabilité sur du court, moyen et long terme.
Dans une entreprise, un PDG qui fait ça est limogé. En France, on applaudie notre Président pour son courage.
Si on reprend l'histoire des finances publiques françaises, par exemple sous la V° République, il s'avère que le droit public économique (qui se confondait totalement avec le droit public, on considérait que c'était l'essence même du droit public) avait vocation à alléger le poids de l'impôt tout en accroissant les ressources de l'État. Cela a bercé les 30 glorieuses.
Dans les années 70, on a décidé de refuser l'interventionnisme étatique sous le coup de la doxa libérale protectionniste de l'initiative privée. Les impôts ont augmentés, grévant davantage les particuliers les moins riches (qui n'ont plus investi) d'une part ; les activités de l'État ont laissé le champ libre aux entrepreneurs les plus riches pour continuer à s'enrichir.
Lorsque la Gauche a été au pouvoir, avec les nationalisations, etc., jamais le CAC 40 n'a été aussi bon, parce que contrairement à ce qu'on croit, une bonne gestion administrative vaut une bonne gestion privée. La seule différence est la finalité (dans quelle poche ça revient).
Ce qui me gène, ce n'est pas de revendre des actions ou des parts, même dans des secteurs comme l'électricité ou autre. C'est un choix politique, on a décidé d'avoir du libéralisme avec notre Président.
Ce qui me dérange, c'est la mauvaise gestion. On revend une action quand on espère en tirer le maximum de bénéfice et parce que l'on croit que l'action va chuter par la suite.
Or ici, on revend tout en sachant que l'action est haute, qu'elle va continuer à grimper, que ça va la booster même, et qu'on perd une bonne source de revenu assuré qui n'avaient pas besoin de passer par l'impôt (donc une ressource 'indolore').
A la rigueur, ce serait une situation de crise (on est au bord de la faillite) ou pour investir dans mieux... soit. Là, non. C'est un pur cadeau pour certain et un total sabordage d'une bonne gestion saine et pragmatique des finances publiques. Je ne parle pas d'un communisme d'État, mais d'embrasser l'économie de marché de manière lucide et d'en tirer un maximum d'avantage.
Ce qui m'énerve, c'est que cette logique libérale est totalement cohérente et vise à enfermer l'État dans un cercle vicieux :
- on se retire des activités lucratives sous couvert de rembourser les dettes ;
- après, n'ayant plus ces entrées régulières, il faut augmenter l'impôt pour couvrir toutes les dépenses ;
- cette hausse d'impôt étant contestée, on prend la décision de réduire les charges de l'État et donc de réduire son champ d'activité, à commencer par ce qui est encore le plus lucratif pour le privé ;
- enfin, on se retrouve à un État minimaliste qui gère un minimum d'impôt, un minimum de service et qui peut quasiment disparaître.
Et pour finir, à ceux qui pensent que ce n'est pas le rôle de l'État que de faire ci ou de faire cela :
1/ préfèrent-ils payer des impôts en aveugle ou plutôt une redevance pour un service de qualité, dont ils peuvent se plaindre ou se féliciter le cas échéant? Par ailleurs ce service peut être mis en concurrence avec le privé, il est quasi toujours meilleur dans les faits.
2/ l'État a investi ces champs parce qu'aucun opérateur privé n'agissait. Le socialisme municipal des années 1930 s'est développé pour "lacune ou carence de l'initiative privée". Le chemin ferré et les transports communs qui sont tellement désirés ont été repris par l'État parce que tous les gestionnaires privés ont fait faillite. Seul l'État a été capable de transformer ça en source de revenu. Maintenant, on lui récuse ce rôle, alors qu'hier on l'appelait de toute son âme.
On parle de monopole d'État. La plupart ont disparu. Encore dernièrement, dans les appels d'offre, des personnes publiques ont remporté les contrats parce qu'ils étaient plus efficaces, plus efficients, moins coûteux, plus rapides et plus sûr. Or, pour candidater, ils devaient intervenir avec des critères plus rigoureux que les personnes privées, notamment avec l'impossibilité d'utiliser des subventions publiques (ce que font des entreprises privées) ou de compenser entre deux budgets (idem).
Le simple exemple de la gestion de l'eau ou des transports en commun montre comment les entreprises privées font tout pour rendre cela opaque afin d'impacter dans des marchés juteux des frais pour obtenir d'autres marchés moins juteux et garder un oligopole de fait.
Note : l'Union européenne a beau demander plus de libéralisme, elle accepte très bien les interventions économiques publiques selon les conditions de ci-dessus. Le problème est qu'il existe un soupçon à l'égard des personnes publiques et qu'un scandale financier privée est moindre qu'un léger abus public (une commande de livres pour 5000€ par une BU sans faire un appel d'offre, et les acheter directement à l'éditeur qui pratiquait le prix le plus faible et offrait même une remise...).
Arrêtons de nous plier à la pensée unique du libéralisme réagannien. Il a fait son temps et a démontré ses échecs.
JBeuh, pour une économie moderne et surtout pragmatique...