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par Seppun Kurohito » 27 mai 2005, 20:23
LES NOMS
Noms de famille
A l'origine, il n'existait pas de noms de famille, mais seulement de clans (uji, kabane) auxquel étaient souvent ajoutés des noms de fonction. Durant l'Ere Heian, ces noms se diversifièrent et furent créés, généralement par les empereurs, en adoptant des noms de lieux, comme Fujiwara, Ichijô, Satô, etc. Il n'y avait pas de noms de famille pour les gens du peuple, qui n'utilisaient que leurs noms personnels, parfois en y apportant une précision relative à leur parenté, à leur village ou à leur occupation. Les noms de famille, distincts des noms personnels ne furent rendus obligatoires pour tous, nobles comme paysans, qu'en 1868.
Noms personnels
Le véritable nom des personnes n'était que rarement utilisé, la croyance voulant que celui qui le connaissait pouvait influer sur le destin de celui qui le portait. Ainsi, demander à une jeune fille son véritable nom personnel équivalait à une demande en mariage, et si la jeune fille le donnait, cela équivalait à une acceptation. On utilisait alors un autre nom, sobriquet, nom de fonction, titre, etc. à la place du nom personnel, principalement dans les relations avec des supérieurs.
Durant le cour de sa vie, le samurai peut s'attendre à être connu sous une série de noms. Cette tradition produisit occasionnellement un nombre important de surnom pour un seul samurai réputé.
La période du XVème et XVIème siècle fournit les meilleurs exemples.
Noms d'enfance (yômyô, dômyô)
A la naissance, un samurai se voyait conférer un nom par lequel il était connu jusqu'à la cérémonie de passage à l'âge adulte, bien qu'il puisse choisir de le conserver toute sa vie. Il était occasionnellement choisi par fantaisie, ou pour son sens. A titre d'exemple, le nom d'enfance de Takeda Shingen était Katsuchiyo, (qui peut être traduit par « Victoire Eternelle).
Ces noms d'enfance se terminaient souvent par -waka, -maro, -maru, -o. Ils pouvaient avoir trait à l'ordre des naissances, comme Tarô (grand mâle), Ichirô (premier mâle), Jirô, Saburô, Kotarô (petit mâle), etc… ou encore à la famille ou au clan dont ils dépendaient : Gen (pour Genji), Hei (pour Heike), donnant par exemple : Gentarô, Heitarô…
Lorsque les hommes avaient atteint leur majorité, lors de la cérémonie du gempuku (vers 13-14 ans), on leur donnait un nom véritable (jitsumyô, nanori) qui souvent était frappé d'une sorte de tabou (imina), mais qui servait à les distinguer officiellement.
Samurai célèbres du XVème et XVIème siècle et leurs noms d'enfance :
Date Masamune : Bontenmaru
Kobayakawa Takakage : Tokyujumaru
Môri Motonari : Shojumaru
Sanada Yukimura : Gobenmaru
Takeda Shingen : Katsuchiyo
Tokugawa Ieyasu : Takechiyo
Tokugawa Hidetada : Nagamaru
Uesugi Kenshin : Torachiyo
Noms d'adulte
Un samurai recevait généralement son « premier » nom d'adulte durant son passage à l'âge adulte (normalement dans sa 14ème année). Celui-ci était presque toujours composé de deux caractères, l'un d'eux étant héréditaire dans sa famille, et l'autre qui pouvait parfois être offert par un personnage important (comme le shôgun), ou simplement choisi. Le caractère héréditaire était souvent, mais pas nécessairement repris du nom de son propre père. Souvent aussi, certains caractères pouvaient être associés à une famille donnée, changeant avec le temps.
Pour l'exemple, ci-dessous les seigneurs Môri, entre le milieu du XIVème siècle jusqu'en 1600 :
Torachika - Sadachika - Chikahira - Motoharu - Hirofusa - Mitsufusa - Hiromoto - Okimoto - Motonari - Takamoto - Terumoto
Les Môri illustrent aussi l'exemple des caractères « offerts ». Môri Okimoto (le frère aîné le plus connu de Motonari) reçut le Oki dans son nom du puissant Ouchi YoshiOKI, un daimyô dont les terres s'étendaient à l'ouest. Môri Takamoto, le fils de Motonari, reçut le Taka dans son nom du fils de Yoshioki, YoshiTAKA. Terumoto reçut le Teru de son nom du shôgun Ashikaga Yoshiteru.
Autres daimyô célèbre ayant été honorés d'un caractère shôgunal :
Asakura YOSHIkage
Date TERUmune
Shimazu YOSHIhisa
Takeda HARUnobu (Shingen)
Uesugi TERUtora (Kenshin)
Certains samurai, spécialement les seigneurs, pouvaient décider de changer les caractères de leur noms durant leur vie, la plupart du temps comme une récompense, après un événement fortuit ou par convenance politique. Cela pouvait même concerner le nom de famille.
Date Masamune, par exemple, se vit offrir le nom de famille honorifique Hashiba par Toyotomi Hideyoshi. Durant la dernière décennie du XVIème siècle, il devint proche de Tokugawa (Matsudaira) Ieyasu et, comme une manière de prouver sa loyauté, changea son nom de famille en Matsudaira.
Finalement, certains noms de samurai réputés incluaient les titres ou les positions occupés. Il ne s'agissait pas de véritables noms, mais pouvaient être employés comme tel.
Furuta Oribe (Shigenari)
Takayama Ukon (Shigetomo)
Yamamoto Kansuke (Haruyuki)
Yamanaka Shikanosuke (Yukimôri)
Occasionellement, un samurai pouvait être nommé en se référant à la province qu'il «tenait », résultant du titre honorifque « seigneur de… » (…no kami). Baba Mino no kami Nobufusa pouvait donc être appelé Baba Mino, ou simplement Mino…mais seulement par des personnes d'un statut social au moins équivalent.
Noms de religieux (hômyô)
De nombreux samurai, autant daimyô que vassaux, adoptaient, arrivés à un certain âge, des noms bouddhistes, en prenant l'habit de moine et en se rasant la tête. Certains daimyo considéraient ce changement très sérieusement, certains moins, comme Ôtomo Sorin, qui passa de laïque à moine bouddhiste, puis chrétien, et enfin à nouveau moine bouddhiste.
Exemple de daimyô ayant adopté des noms bouddhistes (leurs noms séculiers en parenthèse) :
Hôjô Soun (Nagauji)
Ikeda Shonyû (Nobuteru)
Maeda Gen-I (Munehisa)
Ôtomo Sorin (Yoshishige)
Takeda Shingen (Harunobu)
Uesugi Kenshin (Terutora)
Yamana Sozen (Mochitoyo)
Une pratique unique de la seconde moitié du XVIème siècle au Japon, consistait, pour des samurai s'étant converti au christianisme, à être baptisé avec des noms occidentaux. En voici quelques exemples :
Kuroda Yoshitaka: Dom Simeo
Omura Sumitada: Dom Bartolomeu
Ôtomo Sorin: Dom Francisco
Takayama Ukon: Dom Justo
Nom conféré après la mort (kaimyô, okurina)
Le nom final porté par un samurai était son nom posthume, un nom "d'esprit", qui, dans quelques cas, marquait la déification. Ce nom était utilisé dans les cérémonies et les rites d'adoration des ancêtres.
Quelques exemples de fameux samurai et leur « noms d'ancêtre » :
Ôtomo Sorin: Sanhisai
Takeda Shingen: Hôsho-in
Tokugawa Ieyasu: Tosho-daigongen
Toyotomi Hideyoshi: Hokoku daimyôjin
Uesugi Kenshin: Sôshin
Noms de femmes
Avant le IXème siècle, les noms féminins se terminaient presque tous (dans la noblesse tout au moins) par -me, -iratsume ou encore -toji. Par la suite, les noms de femmes nobles prirent le suffixe -ko. Les autres voyaient leurs oms (généralement tirés de noms de vertus ou de fleurs, par exemple) se terminer par d'autres syllabes comme -e, -i ou -o. Mais à partir de l'Ere Meiji, les noms n'étant pas réglementés, nombre de femmes adoptèrent le suffixe -ko (fille, princesse), et on vit fleurir d'innombrables Yôko (fille du Soleil), Sachiko (fille heureuse), Kazuko (fille de la paix), Fumiko (fille lettrée), Shizuko (fille tranquille), Hisako (fille de longue vie), etc.
Noms des empereurs
Ils n'ont pas de noms de famille, mais seulement un nom personnel de prince, et sont désignés après leur mort par le nom de leur ère suivi de leur titre posthume (tennô)
Ainsi, Hirohito est devenu, depuis 1990, Shôwa Tennô. Certains d'entre eux, cependant, furent dotés, au cours de l'histoire, d'autres noms posthumes.
Noms d'artiste et divers
Ils existent d'autres catégories de noms utilisés de préférence au nom personnel, comme les gô. Faisant partie de ces gô, on trouve les geimyô, noms donnés à des artistes, et les haimyô à des poètes de haiku.
Certains artistes pouvaient avoir plusieurs gô, comme Hokusai par exemple, qui en utilisa une trentaine.
Nombres de personne n'étaient connues que par leur sobriquet (adana, azana) comme par exemple Hidari Jingorô (Jingorô le gaucher), soit constitué par un adjectif, soit par le nom d'un lieu ou d'une maison, comme les yagô utilisés par certains acteurs de kabuki.
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Seppun Kurohito le 30 mai 2005, 13:25, modifié 1 fois.