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par Pénombre » 25 déc. 2004, 01:42
allez, juste pour faire plaisir à Rashan, la suite :
Us et Coutumes
Le complexe code de l'honneur Yakuza repose parait-il sur trois notions fondamentales : jingi, giri et ninjo.
- jingi : le respect et l'obéissance envers ses supérieurs, une notion essentielle dans le Japon en général. Le chef de clan est son seul soleil et personne ne peut lui désobéir, lui résister ou se montrer familier envers lui. Le jingi impose un comportement bienséant et correct, civilisé selon les Japonais. Bien sûr, beaucoup de membres du yakuza adoptent une attitude du genre "un comportement civilisé n'est du qu'à des personnes civilisées …" nommément leurs pairs et supérieurs. Pour le reste du monde …
- giri : le sens du devoir et des obligations. Toute dette doit être payée, en argent si nécessaire mais le plus souvent sous forme de loyauté et de services. Cela marche dans les deux sens : le Yakuza paye toujours ses dettes mais n'oublie jamais de réclamer son dù.
- ninjo : la capacité du yakuza de comprendre et compatir aux problèmes des petites gens et de leur rendre justice. Comme on peut le supposer, cet aspect des traditions a été quelque peu laissé de côté avec le passage des siècles, s'il a jamais existé d'ailleurs ...
Irezumi
Lorsque un individu jugé acceptable par l'organisation intègre ses rangs, le chef de clan (Oyabun) l'envoie au tatoueur du clan qui lui donne son premier tatouage et scelle son appartenance à l'organisation. Le tatoueur mets des heures à réaliser son travail sur le dos du nouveau membre, utilisant une aiguille de bambou et l'inconfort ainsi que la douleur endurés sont considérés comme un honneur par le tatoué.
Les tatouages du Yakuza incluent les motifs spécifiques au clan et une imagerie typiquement japonaise avec des fleurs de cerisiers, des chrysanthèmes et surtout des dragons qui sont le symbole traditionnel du yakuza.
Au fur et à mesure que l'homme rend des services et grimpe dans l'organisation, il reçoit de nouveaux tatouages et et devient une œuvre d'art vivante. La tradition impose que les tatouages ne montent jamais plus haut que le col et ne descendent jamais au delà de l'extrémité des manches d'un kimono classique, permettant au yakuza de dissimuler son appartenance et son importance. Néanmoins, il n'est pas rare dans les fameux bains collectifs japonais de pouvoir admirer les tatouages des Yakuza bien que tout le monde fasse semblant de ne pas les voir...
Les tatouages ne sont jamais enlevés et de nombreuses superstitions leur confèrent un pouvoir protecteur. En gardant à jamais ses tatouages le yakuza demeure à jamais lié à un clan dont il porte la marque et les traditions de l'organisation interdisent le changement de loyauté. Nous reviendrons plus loin sur les affrontements entre yakuza.
Yubitsume
Etant donné que les tatouages signes d'accomplissement ne sont jamais enlevés d'un yakuza, il se doit de marquer son déshonneur d'une autre manière lorsqu'il déçoit ses supérieurs. La forme la plus commune de réparation est de se couper le petit doigt devant le clan et de réclamer pardon. Cette opération est une cérémonie très précise durant laquelle le fautif enroule son doigt dans un linge blanc, prend un couteau offert par un assistant et procède lui-même à l'ablation. Montrer le moindre signe de douleur ou d'inconfort est très mal vu durant cet épisode. Rares sont les Yakuza qui parviennent à un âge avancé sans avoir perdu au moins un doigt de cette manière. Nombreux seraient ceux qui le gardent d'ailleurs dans une petite bouteille de formaldéhide (un agent conservateur), bien en vue dans leur demeure afin de ne jamais oublier leur disgrâce.
Si cette offre de réparation ne suffit pas aux yeux de l'oyabun, il impose alors son propre châtiment qui peut aller jusqu'à la mort mais un simple refus du Yubitsume est déjà extrêmement blessant et peut pousser le subordonné fautif à un comportement suicidaire, dans une vaine tentative de racheter son honneur. On admet généralement qu'une proportion non négligeable des actes violents commis par les Yakuza et se soldant par leur mort violente sont réalisés par des "soldats" déshonorés qui se sont vus refuser le Yubitsume
Il est crucial de noter qu'à l'exemple des seigneurs féodaux japonais, le yakuza n'a jamais pris en compte l'existence de "circonstances atténuantes". Donc, si on vous place dans la position d'un soldat du Yakuza, même si une mission qui vous a été confiée à échouée parce que les autorités sont intervenues alors qu'on ne les attendait pas, même si une météorite s'est écrasée pile sur votre voiture pendant l'opération, même si un raz de marée à englouti le quartier ou vous vous rendiez, vous avez échoué et il faut donc en payer le prix. L'échec impose réparation. toujours.
Organisation
Au bas de l'échelle, on trouve le kumi-in (l'homme engagé), c'est à dire l'exécutant qui sera peut-être intégré au clan s'il s'en montre digne. Une fois cette intégration réalisée, il reçoit ses premiers tatouages et devient un kobun. L'organisation aux échelons supérieurs n'est pas sans rappeler une corporation avec des chefs d'équipe (wakagashira-hosa), des comptables (kaikei), des conseillers (komon) et des secrétaires particuliers (hisho) qui rendent tous compte au wakagashira (lieutenant), lui même juste en dessous du chef de clan (oyabun).
Un clan yakuza est désigné sous le terme de gumi. Lorsque l'on parle du clan, on donne donc son nom avec le suffixe gumi. Si le clan porte le nom de son oyabun, par exemple Takada, on l'appelle alors le Takada-gumi. L'influence d'un gumi peut varier considérablement selon sa taille et sa puissance.
Plusieurs gumi peuvent s'allier ensemble pour se protéger mutuellement ou se partager un marché donné et forment alors un rengo. Dans le cadre du rengo, chaque oyabun conserve le contrôle de son propre gumi mais rend compte à celui que l'ensemble des oyabun considèrent comme le plus puissant du rengo, ce qui peut changer avec le temps. Généralement, un rengo est formé par plusieurs gumi de petite taille mais un gumi de grande importance peut forcer des gumi plus faibles à s'allier avec lui après les avoir intimidés ou vaincus.
il ne semble pas y avoir dans le Yakuza de chef suprème, de "cappo di tutti cappi". Dans le fond, rien n'empèche un oyabun membre d'un rengo de laisser brutalement tomber ses alliés. C'est dans l'ordre des choses. A lui de prendre garde à le faire au bon moment ou à ne pas sous-estimer ses anciens partenaires. Un gumi ne dépend que de son oyabun et l'oyabun ne rend de compte à personne, sauf s'il y est contraint ou qu'il y voit un intérêt. Cela aussi est dans l'ordre des choses.
Par contre, la loyauté d'un kobun est toute entière à vouée à son oyabun, à son "père" adoptif. Un kobun ne change pas de gumi et fait ce qu'on lui ordonne, fidèlement et sans hésiter. Le double jeu est impensable dans le gumi alors qu'il est chose courante et normale entres gumi dans un même rengo.
Les traditions n'interdisent pas du tout la destruction totale de l'ennemi mais le yakuza considère toujours que ses guerres internes sont des affaires privées et un oyabun est complètement déconsidéré par ses pairs si durant un conflit il laisse ses hommes nuire aux katagi (les non-yakuza) qui ne doivent jamais être concernés par ce genre de choses. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et en particulier depuis les affrontements de plus en plus fréquents avec les Triades qui s'implantent au Japon, de nombreux exemples montrent que ce principe n'a plus cours et il reste à prouver qu'il fut vraiment respecté par le passé.
Principales sources de revenus
Le yakuza est un spécialiste de l'extorsion politico-financière. Une source majeure d'influence dans le monde économique est le sokaya (littéralement : ambassade auprès des actionnaires), c'est à dire le racket exercé sur des entreprises et des compagnies basées au Japon en infiltrant des membres du gumi parmi les actionnaires et en les faisant chanter de diverses manières (menaces de problèmes de sécurité, de fuites d'informations sensibles, de problèmes financiers ou légaux...) . Ainsi, de tous les syndicats du crime, le yakuza est le champion incontesté du crime en col blanc sous toutes ses variantes (fausse monnaie, détournement de fonds, surfacturation, délits d'initiés …). La prostitution et le jeu sont les deux autres grandes sources de revenus du Yakuza.
voilà, je pense que ça donne déjà quelques bases pour ceux qui s'intéressent au crime organisé et au japon.