Edit : j'ai fait une version plus présentable du même texte...
Un rapide retour sur une émission intéressante (il y en a encore...) : Pièces à Conviction du 30 novembre sur France 3 avec comme sujet "Immigration clandestine : vivre avec la peur".
L'émission est visible dans son intégralité ici :
http://programmes.france3.fr/pieces-a-c ... 612-fr.php
Tous les reportages étaient intéressants. Et chacun, en plus de nous faire partager des expériences de clandestins, démontrait une des aberrations majeures de notre système actuel.
De mémoire, dans le premier on suivait une famille de sans papiers chinois installés dans le 13ème (dans les immeubles au dessus de ma fac en fait). Deux parents et deux enfants (nés en France). On voyait leur vie au quotidien faite de la peur de l'arrestation qui devient vite une peur de vivre finalement. Avec un père de famille qui bosse 6,5 jours sur 7 pour faire vivre dignement sa famille depuis plusieurs années en se faisant exploiter ici et là (pouvant être licencié à tout moment, sans aucun recours ni droit). Le point aberrant ici est que cette famille a encore un enfant en Chine (une fillette qu'ils avaient laissé à la famille de peur qu'elle ne soit mise en danger durant leur voyage). Aujourd'hui la préfecture refuse de leur donner des papiers parce que cette petite fille est encore en Chine. La seule solution pour cette famille est donc de faire appel à des passeurs pour faire entrer illégalement la fillette sur le territoire (avec le coût - 20 000 euros environ - et le danger que cela représente) afin de pouvoir avoir des papiers... Faire venir illégalement quelqu'un pour le régulariser...
Après une jeune fille de 16 ans ex-sans papier régularisée récemment est venue sur le plateau expliquer ce que cela signifie que de vivre sans papiers au quotidien quand on est un enfant.
A voir ici :
http://www.dailymotion.com/video/x3ne8q ... r_politics
Dans le second reportage on voyait notamment des sans papiers originaires d'Afrique Sub-Saharienne qui bossaient dans une boite de nettoyage. Pour certains cela faisait 6 ans ou même plus qu'ils travaillaient dans cette entreprise, en cdi. Ils payaient leurs cotisations sociales et finançaient nos retraites alors qu'eux n'y ont aucunement droit. Il payaient leurs impôts sur le revenu. Il fallait voir leurs dossiers administratifs à ces types : extrêmement bien rangés avec toutes les déclarations d'impôts etc... Le point aberrant ici c'est que ces individus, qui étaient des piliers de leur entreprise, leur patron a du les virer (contre son gré, lui souhaitait vraiment les garder) quand il a appris qu'ils étaient "illégaux" (grâce à une nouvelle procédure qui passe par les préfectures pour vérifier les papiers des employés de chaque entreprise). Ca l'a mis dans une mauvaise situation, et pas qu'un peu. Mais en leur filant une promesse d'embauche ils peuvent éventuellement être régularisés et donc reprendre le boulot. Néanmoins, la procédure c'est on les vire, on les plonge dans la plus grande précarité vu qu'ils ne touchent rien (ni chômage, ni rmi, ni rien alors qu'ils ont cotisés pourtant), on les régularise peut être (j'y reviens) et après on peut les réembaucher si la boîte à tenu le choc de perdre un tiers de son effectif instantanément...
Mais ça ne s'arrête pas là. Désormais il y a deux listes de métiers : une de métiers très qualifiés (ingénieurs...) qu'on a réservé aux ressortissants d'Afrique Noire, et une autre, de métiers peu qualifiés (nettoyage, btp...), réservés aux membres des derniers pays adhérents de l'union européenne (sous le terme de "préférence communautaire" - qui sonne mieux que préférence nationale faut l'admettre). Ce qui est ubuesque là quand même c'est qu'en résumé les gars (ceux du reportage) ils sont dans un secteur où on a cruellement besoin d'eux, ils y bossent depuis des années donnant toute satisfaction à leurs employeurs qui souhaitent les conserver, mais tant pis, on préfère voir si on arrive pas éventuellement à trouver des roumains plutôt... Et pis si un ingénieur roumain clandestin en poste (cas moins fréquent j'imagine quand même) veut être régularisé on lui expliquera qu'on veut d'abord voir si on trouve pas un sénégalais pour le remplacer à son travail où il donnait toute satisfaction... Par ailleurs pour obtenir la régularisation, ces travailleurs doivent aller en préfecture. Or on sait très bien que, compte tenu des quotas d'expulsions par département (ou sinon on se fait remonter les bretelles par M. Hortefeux), ils prennent surtout le risque qu'on se jette sur eux comme un moustique sur une lumière afin de biffer une ligne de plus dans l'édition 2007 du grand livre des 25000 du ministère de l'immigration et de l'identité nationale.
Je passe plus vite sur les suivants, puisque tout est du même tonneau, et on arrive au cas d'Ibrahim, un kurde, scolarisé en lycée technique (et apprécié des enseignants), parfaitement intégré avec ses camarades, disposant lui aussi d'une promesse d'embauche dans une entreprise de sa famille (qui est en France de manière régulière) et qui sera expulsé vers la Turquie alors qu'il est kurde et n'a pas fait son service militaire. Pour les détail vous pouvez allez voir ici :
http://sanspapiers.blogs.liberation.fr/ ... -ils-.html
Le point aberrant ici, c'est que la France met sciemment en danger des gens en les renvoyant chez eux et pratique ainsi, dans certains cas, rares mais quand même, une sorte de peine de mort par procuration. En effet dans certains cas (rares je le répète mais ce n'est pas une raison) les gens qu'on renvoi chez eux vont y être très probablement tués. Le cas d'Ibrahim rentre "un peu" dans ce cadre (lui, kurde, sera envoyé dans un uniforme turque combattre et tuer des kurdes à la frontière) mais il y en a d'autres. Un type de la Cimade parlait d'une dame qui, si elle est renvoyée dans son pays d'origine, sera tuée par des gens à qui son mari, qui l'a abandonné, doit de l'argent. Et elle préférera se suicider dans une prison française que de retourner dans cet enfer. Et elle n'est pas seule dans ce cas. Comment peut on croire un instant que les gens qui se jettent par la fenêtre ou se mutilent en prison ne le font pas parce qu'ils ont encore plus peur de retourner dans leur pays d'origine que de mourir. Comment peut on croire qu'ils le font pour s'accrocher à une aide sociale dont ils bénéficient pas.
Voir ici pour un récent cas tragique de ce genre :
http://olivierbonnet.canalblog.com/arch ... 80526.html
D'ailleurs sur le plateau viendra un gars de la Cimade. La Cimade (
http://www.cimade.org/) est la seule association a pouvoir entrer dans les centres de rétention pour aider les gens juridiquement. Dommage que son intervention ne soit pas en ligne à part parce qu'en quelques minutes il fait un résumé parfait, il dresse un état des lieux de la situation assez dramatique sans pour autant tomber dans l'excès, dans la caricature. On le sent un peu désabusé bien que très impliqué. Deux phénomènes sont particulièrement choquant : l'intensification de la chasse au sans papier pour remplir des quotas
quantitatifs qui génère des arrestations et reconduites vraiment dramatiques, avec des vies complètement brisées, des gens envoyés vers l'enfer ou la mort... Et l'autre point qui moi me choque au delà de tous les mots : la réintroduction dans le droit français depuis 2005 d'une possibilité d'enfermement de mineurs de moins de 13 ans dans des centres de rétention administratifs. Et l'accélération de ce type de procédures. Aujourd'hui en France, comme jamais cela ne s'était produit depuis des décennies (depuis au moins la seconde guerre mondiale) on enferme sciemment et volontairement des enfants en prison. A chaque fois que j'écris ça j'ai un haut le coeur et je me souviens pourquoi, non, je ne pardonnerais jamais à notre président actuel d'avoir fait de la France un pays capable de ça. On enferme même des nourrissons ! (voir ici pour des exemples concrets :
http://sanspapiers.blogs.liberation.fr/sans_papiers/). Je crois que l'image la plus symbolique de tout cela peut être extraite du reportage sur un centre de rétention de Lyon. La "vitrine" des CRA. Le seul qui ait jamais été visité, celui vers lequel on envoi tous les journalistes. Et on voit pourquoi : propre, non surpeuplé, il fait figure d'exception. D'ailleurs le directeur du dit centre se trahi de manière assez "amusante" quand on lui demande pourquoi son centre et uniquement son centre... Bref, on est donc dans un centre modèle. Et bien dans ce centre il y avait quand même cette vision horrible, cette vision inconcevable, de jouets d'enfants d'extérieur comme ceux qu'on trouve dans les cours des maternelle ou dans les parcs (où on peut grimper etc...) dans une petite cour entourée de grilles, avec au dessus de leurs têtes du grillage aussi, comme ceux d'une prison ou d'un camp de prisonniers militaire.
Et cette image, cette terrible image de jouets sous un ciel grillagé, celle là j'aimerais que tous les français l'ait en tête au moment de justifier leurs choix politiques. Que plus personne ne puisse dire "mais je n'ai pas voulu ça moi, je n'adhérais pas à tout". Tout cela date d'avant son élection, On a élu l'homme qui a remis dans le droit de notre pays la possibilité d'enfermer des enfants et même des nourrissons, qui a placé des jouets d'enfants dans une prison, une vraie prison, entourés de grillage et de grilles. Et qui y a mis des enfants pour satisfaire des objectifs dont on sait (les autres reportages l'ont montré) qu'ils sont complètement insensés, inutiles voire économiquement absurdes en plus d'être moralement injustifiables. Il n'y a aucune excuse, vous le saviez, nous savions que ça se poursuivrait, il l'avait dit, il l'a fait. Nous savions.
Et j'ai gardé le moins grave mais pas le moins absurde pour la fin : il était aussi question d'un australien que l'administration va reconduire en Australie par avion privé avec encadrement spécifique de policiers pour qu'il puisse aller faire une demande de naturalisation en Australie pour la France. Et qu'il obtiendra à 100% sûr vu que dans son dossier tout va dans le sens d'une vocation à rester sur le territoire français...
Et à coté de ça Thierry Mariani, qui était invité sur le plateau, ne trouve rien d'autre à dire qu'il faut le comprendre, qu'il faut bien un "minimum" de règles etc... (portes, fenêtres et cie). Ce à quoi on a envie de lui répondre : mais ce "minimum", entre Pasqua, Debré, Chevènement, Vaillant, Sarkozy (compte quintuple lui) et aujourd'hui Hortefeux, ça ne fait pas un moment qu'on l'a atteint ? Enfermer des enfants était il nécessaire pour atteindre ce "minimum" ? Etablir des quotas ridicules qui conduisent à des situations ubuesques et/ou dramatiques était il utile pour arriver à ce "minimum" ? Les 4 ou 5 lois Sarkozy-Hortefeux étaient elles indispensables pour atteindre ce "minimum" ? Et lui, en bon politicien, de fustiger les socialistes qui en 2001 n'expulsaient qu'à peine 10000 sans papiers par an. Eux. Mais quels improductifs ces socialistes ! Ils n'avaient pas encore compris le "travailler plus pour gagner plus", eux. Sauf que peut être que ces 10000 expulsions correspondaient alors à un "minimum" de contrôle basé sur l'existant, sur la réalité des situations au regard de lois (Pasqua et cie étaient déjà passés par là sans compter les épisodes précédents depuis les années 70 quand même) qui assuraient déjà plus que le "minimum"... Qu'à l'époque on n'expulsait pas (ou moins) des gens qui ont de toutes manières vocation à revenir sur le territoire français de manière régulière. Qu'on n'expulsait pas (ou moins) des gens qui risquent de manière quasi certaine d'être tués et/ou torturés. Qu'on n'expulsait pas (ou moins) des gens qui travaillent et payent des impôts depuis des années en mettant des entreprises dans des situations difficiles... etc... Et surtout qu'à l'époque on avait pas besoin d'enfermer des enfants, des nourrissons dans des prisons.
Aujourd'hui oui. Pensons y la prochaine fois qu'il faudra choisir...