Sinon, un petit retour sur les question d'inégalités. Suite à une discussion (à laquelle je ne participe pas) sur le forum préféré de Ding On j'ai rédigé un petit mp dont je me suis dit que ce serait bête de ne pas vous en faire profiter (rien de nouveau mais quelques faits concrets) :
Bref, sur les histoires d'inégalités de revenus tu peux les renvoyer à ce document :
http://2006.ehameeting.com/schedule/pdf ... d_saks.pdf
Il s'agit d'une étude de deux grands économistes américains, Frydman et Saks, sur l'évolution des écarts de revenus aux états unis depuis 60 ans.
C'est en anglais et c'est assez technique (économétrie, constitution de bases assez complexes, prise en compte des différentes composantes des revenus, etc.). Mais en gros l'idée c'est de prendre les salaires (tout compris genre stock options et cie ou non) des 3 plus grands managers des 50 plus grandes entreprises us (qui doivent représenter une part très élevée du pib à elle seules) et de les comparer (sous forme de ratios) aux salaires médians et moyens de la population us.
Pour comprendre sans lire il suffit d'aller voir les graphs à la fin de l'article.
Trois figures symbolisent à elles seules ces évolutions :
- la figure 3 page 58 : rapport entre les revenus des 150 plus grands patrons et les revenus médians et moyens. On voit que ce ratio est stable de 1940 à 1980 (en gros) autour de 40-50. A partir de 1980 (connue aussi comme le début de l'ère réagano-tatchérienne) ça commence à croître de plus en plus vite et on arrive au début des années 2000 à des rapports de 1 à 350. Ca re-décroît légèrement à partir de 2001 pour des raisons évidentes.
Pour le commentaire on peut aller voir cet article de Alternatives économiques (http://www.alternatives-economiques.fr/ ... 41931.html) et notamment ce passage :
Mais tout l'article est intéressant (notamment parce qu'il évoque aussi la période plus récente et d'autres études). Mais revenons aux figures du rapport de Frydman et Saks.Les Etats-Unis ont beaucoup de défauts, mais ils présentent au moins un avantage: ils ont une tradition ancienne d'information statistique de qualité. Notamment en matière de revenus et donc de mesure des inégalités. C'est ce qui a permis à Carola Frydman, d'Harvard, et à Raven E. Saks, de la Réserve fédérale, de reconstituer l'évolution des rémunérations des dirigeants des plus grandes entreprises du pays depuis 1936 (2). Les résultats sont spectaculaires. Entre 1936 et 1939, la rémunération moyenne des 150 dirigeants les mieux payés des 50 plus grandes entreprises américaines représentait 82 fois le salaire moyen. Entre 1960 et 1969, ce ratio était tombé à 39, après ce que Paul Krugman appelle la "grande compression", intervenue à la suite notamment de la mise en place par le président Franklin D. Roosevelt, après la crise de 1929, de taux d'imposition très élevés sur les plus hauts revenus.
Mais, après l'élection de Ronald Reagan en 1980, ce ratio est remonté en flèche pour atteindre 187 durant la décennie 90 et culminer à 367 au début des années 2000! Cette envolée est liée en particulier au développement d'un mécanisme de rémunération qui n'existait quasiment pas avant les années 50, mais concerne aujourd'hui 90% des patrons américains: les stock-options. Celles-ci, qui ne représentaient encore que 11% des rémunérations des 150 plus gros patrons américains dans les années 60, en pesaient 48% au début des années 2000. Du coup, alors que la rémunération directe des patrons américains n'a été, en moyenne, multipliée "que" par 3,1 en dollars constants entre les années 60 et le début des années 2000, leur rémunération totale est, elle, devenue 8,5 fois plus élevée...
- La figure 2 page 56 compare maintenant ce "revenu" aux résultats des entreprises (valeurs de marché et CA). C'est "marrant" mais la courbe est cette fois ci décroissante assez rapidement... Autant pour l'indexation des revenus sur les performances... On voit que c'est simplement l'inverse...
- Enfin dernière figure intéressante, la figure 8 page 59. Elle présente l'évolution des taux marginaux d'imposition des différentes quartiles de revenus (les quartiles séparent la distribution des revenus en quarts - les 25% de revenus inférieurs, les 50% - la médiane - , les 75%). On voit deux choses : la baisse globale des taux d'impositions et la diminution de la progressivité de l'impôt qui finit par disparaitre (phénomène que l'on voit aussi apparaitre en France notamment depuis le premier mandat de Chirac et ses baisses d'impôts et qui s'accélère avec Sarkozy - j'ai pas les données mais j'ai lu un papier l'autre jour indiquant que désormais le taux marginal d'imposition des plus fortunés an France est équivalent voir inférieur à celui pratiqué aux usa).
D'autres études, notamment celles de Piketty et Saez (USA) ou celle de Camille Landais (France), confirment ces évolutions à partir d'autres méthodes (par exemple l'évolution de la part des revenus des plus riches dans l'ensemble des revenus ou l'évolution des revenus selon le niveau de revenus : évolution des revenus de l'ensemble des individus, du 1% le plus riche, du 1 pour mille, du 1 pour 10000 etc... plus on monte plus le taux - quasi nul pour l'ensemble de la population - grimpe jusqu'à atteindre de sacrées proportions - x2 ou x3 chaque année pour les plus riches). On peut aussi aller jeter un coup d'oeil au bouquin du dernier prix nobel d'économie (Krugman) cité dans l'article d'Alernatives éco.