c'est un paradoxe de civilisation il me semble, Ding, c'est peut-être pour ça.
les pays occidentaux pronent de manière diverse une espèce de nomadisme économique et culturel ou l'on mélange allègrement le tourisme pur, la mutation forcée, la promotion/déplacement et la possibilité de nouer des contacts ailleurs. Contacts que tu peux entretenir via les technologies de communication bien évidemment. Il y a confusion des genres déjà dans la nature même de la mobilité géographique.
Ne parlons pas de la mobilité économique ("travaillons plus pour gagner plus" n'étant que le dernier avatar de la pression exercée par l'employeur sur l'employé... vu que c'est pas l'employé qui détermine comment on travaille plus de manière profitable pour l'employeur... et que c'est ce même employeur qui détermine combien il rétribue le "travail en plus" qu'il veut bien reconnaitre. Ne parlons pas de conventions collectives, désormais elles peuvent être inférieures au droit du travail si elles ont été "négociées par consentement" avec une parité salarié/patron qui n'a jamais été autre chose que théorique dans la plupart des entreprises...)
dans le même temps, ces mêmes pays occidentaux parlent (là encore de manière diverse) d'une sorte de développement plus planifié, que ce soit en terme d'urbanisation, d'exploitation des sols, de développement des réseaux de transport et ainsi de suite. Le tout dans une optique ou après une phase de concurrence acharnée, on souhaite que les acteurs survivants de l'urbanisation (entreprises de BTP, gestionnaires d'autoroutes, prestataires en téléphonie et télévision, services publics ou boites à missions publiques) évoluent dans le cadre d'une règle du jeu souple et pilotée par les instances internationales. On se rend compte que le nomadisme et l'immigration participent d'une même logique mais ne concernent pas les mêmes populations. On sait également que l'individu aisé nomade représente un consommateur potentiel dans toute la sphère géographique ou il évolue mais qu'en même temps il est donc moins fiable que son homologue sédentaire vis à vis du tissu économique local, ou national. En clair, les nécessités environnementales et économiques rendent incontournables une population majoritairement sédentaire et peu mobile. Ne serait-ce que pour la gestion des sols, du prix des terrains, du développement urbain et des subventions destinées aux acteurs économiques...
alors on vise quoi ? un mythe dans lequel en tant qu'individu tu serais propriétaire d'un point de chute autour duquel tu rayonnerais au gré de ta fantaisie et de tes possibilités professionelles/économiques.
ce qui concerne une infime minorité de gens au regard de l'ensemble des citoyens au final. Mais c'est un mythe qui est d'autant plus satisfaisant que :
- ceux qui décident en bénéficient déjà et depuis longtemps
- il est très "vendable"
- en tant que poudre aux yeux, il donne l'impression que tout le monde y trouve son compte : l'individu, les acteurs économiques locaux, l'industrie des loisirs et même la fameuse "diversité culturelle". Et ça, dans le cadre d'une construction européenne par exemple, ça le fait à bloc.
manque de bol, la réalité risque d'être assez différente.
on va créer une catégorie de propriétaires "mobiles" qui vont combler les coùts de leur mobilité (je dois rembourser ma maison mais dans le même temps je dois me loger ailleurs vu mon nouveau job) soit via des crédits supplémentaires, soit via de la location de leur ancienne résidence dont ils n'ont pas encore terminé l'acquisition. Ce qui semble être la solution idéale pour faire la pirouette... sauf que....
sauf que la précarité sociale et économique s'étendant, les locataires seront de plus en plus souvent ceux qui n'auraient jamais pu intéresser les banques comme futurs propriétaires. C'est à dire une population peu susceptible de payer régulièrement ses loyers... ce qui au final va augmenter la pression sur les classes moyennes coincées entre leurs sorties d'argent obligatoires et leurs difficultés à en faire rentrer davantage. Un phénomène qui existe déjà et qui joue pas mal dans le surendettement de ménages "middle classes" qui s'ajoute à celui des foyers modestes (le locataire endetté contribue à la précarisation du propriétaire...)
ce qui ramène au final le propriétaire devant le mur : emprunter encore. Et le locataire devant son mur à lui : quémander encore
le tout dans une logique de désengagement de l'état qui ne servira bientôt plus qu'à faire la police et payer des minima sociaux. Minima financés par les contribuables encore solvables qui raleront de plus en plus forts (chez nous en particulier parce qu'ils ne bénéficient pas du "bouclier fiscal" pour la plupart). Ce qui va augmenter les tensions et provoquer une ghettoisation accrue des catégories socio-professionelles qui souhaiteront vivre à l'écart les unes des autres.
ce qui précarisera encore plus les propriétaires souhaitant louer à des locataires modestes dans des zones résidentielles ou ils seront considérés comme des indésirables...
c'est à dire qu'on va droit dans le mur du paradoxe américain : le rève pavillonaire ou les gens aisés vivent à l'écart de tout et doivent prendre leur bagnole pour la moindre course. Culturellement, c'est ça la fondation du mythe du "nomadisme moderne" et le pire, c'est que là-bas ils commencent à se demander sérieusement s'il ne faudrait pas plutôt réinvestir les centres villes et repenser leur urbanisation
sauf que ça ne fait que frémir, que les plus médiatisés sont dans le courant dominant et que de toute manière, on a jamais été capables de copier les autres autrement que pour refaire leurs conneries, donc on n'ira pas dans cette direction là de toute manière.
pourquoi ? parce que les gens en place se foutent totalement de choix de
civilisation et qu'ils roulent par rapport à ceux qui les aident à se maintenir au pouvoir et par rapport à leurs besoins à eux, qui sont satisfaits dans le cadre de ce modèle débile.
arrétons nous là, je pense être assez clair et si je commence à exposer toutes les ramifications économiques et sociales que ça m'inspire, j'en ai pour des heures et vous pour des pages
