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par Pénombre » 12 mai 2009, 13:21
Star Trek, en moins de 100 minutes
Alors voilà, c'est l'histoire d'une franchise bien connue qui a eu son heure de gloire et que ses propriétaires décidèrent d'arrêter il y a quelques années, le dernier avatar de leur production ayant eu un succès à tout le moins mitigé, insuffisamment rentable selon eux. Paradoxalement, ils remarquèrent que les fans de la franchise en voulaient encore, et avaient réussi à collecter jusqu'à trois millions de dollar dans une vaine tentative de les faire changer d'avis.
A l'époque, quelqu'un dans le staff de Paramount (j'ai oublié qui), déclara fort justement "trop de Star Trek tue Star Trek et toutes les bonnes choses ont une fin". Et au vu d'autres séries qui reposent dans leur tombe auréolées d'une certaine gloire télévisuelle, je me suis dit que ça n'était pas faux. Le monde change et tourne, et la nostalgie ne prend sa véritable saveur que quand elle s'adresse à un passé qui ne reviendra pas.
Donc, Star Trek était apparemment mort, et c'était une bonne chose de mon point de vue. Oui, même en temps que fan de la franchise. Parce qu'on pouvait espérer que dans un avenir plus ou moins lointain (télévisuellement parlant), un revival, ou une ré-imagination verraient le jour. Et qu'avec un peu de chance, à défaut d'être fidèle au concept d'origine, ça pourrait en tous cas plaire au public pour des raisons nouvelles. BSG est un bel exemple dans le style, s'pas ?
On aurait aussi pu espérer qu'après quelques années de mise au placard, on aurait droit à la poursuite du concept existant, reprenant un univers dans sa continuité temporelle mais en jouant sur des problématiques propres à un public qui aurait changé. Ce qui a marqué les séries successives en fait, à part la dernière en date. C'est un univers, pas juste le paté de maison en bas de chez moi, après tout. Bref, l'univers Star Trek était figé quelque part, dans les limbes, tout aussi capable de basculer dans la tombe que de revenir et poursuivre son chemin. Ca aurait pris le temps qu'il fallait, et puis dans l'intervalle on serait passé à autre chose. Et malgré tout, quand bien même cet enterrement serait devenu définitif, ben le monde ne se serait pas pour autant arrêté de tourner.
Y a pas que Star Trek dans la vie, pas vrai ?
Et puis, Paramount s'est dit qu'attendre ne servirait à rien et que le mieux était encore de tout reprendre à zéro. En refondant les icônes que chérissaient les vieux fidèles nostalgiques dans une tentative énorme de reboot total. Afin de ne pas froisser les susceptibilités excessives des anciens orthodoxes, confits dans leurs chambres transformées en mausolées commémoratifs, on décida rapidement que non, ça ne serait pas une prélogie mais une prélogie dans un univers alternatif. Voilà. Un concept déjà plusieurs fois abordé dans la franchise, les univers alternatifs, donc pas de quoi hurler des insultes en klingon, s'pas ?
Après tout, se dirent les gens de Paramount qui en guise d'ultime frontière ne voient que des courbes de retour sur investissement, si le public était prêt à rassembler 3 millions de dollar, si les produits dérivés continuaient à se vendre, il fallait sans doute s'y mettre avant que tout ça ne retombe. Notamment, avant que ces gens aillent gaspiller leur argent chez quelqu'un d'autre. Au hasard, chez l'éternel rival qui après un certain nombre de films à succès planétaire et de jeux vidéo, romans, comics et figurines s'approchait de plus en plus dangereusement de ses propres séries télé... (je vous donne un indice, cette autre franchise commence aussi par Star quelque chose...).
Et ainsi, Star Trek fut ressorti de la poussière et le énième film d'une franchise qui a toujours eu plus de succès en série que sur le grand écran fut lancé.
Disons le tout de suite, et je le répéterais plus loin, je ne m'attendais pas à grand-chose. La grande majorité des revivals ou préquelles auxquels j'ai eu droit m'ont laissé dans la bouche un gout assez bizarre, et pas très ragoutant. Mais je me disais dans le même temps "ma foi, s'ils reprennent tout à zéro franco, à défaut d'être du Star Trek à papa, ça peut être un truc nouveau et sympa". Dans d'autres domaines, revisiter Batman dans The Dark Knight par exemple était même un sacré bon coup, de mon point de vue. Repartir de zéro, voilà. Vers du nouveau et du sympa.
Super.
Hé ben non. C'était pas nouveau et disons le aussi, c'était pas sympa.
Comprenons nous bien : j'ai passé un bon moment sans faire fonctionner un seul neurone. A voir des batailles spatiales comme on sait maintenant les faire (même si les vaisseaux étaient soit très familiers, soit totalement moches). En plus, puisque tout était rebooté et annoncé comme tel, c'était pas la peine de chercher les incohérences et les conneries habituelles à ce genre de démarche prélogiques, s'pas ? On parlait bien de réalité alternative ? Donc, pas d'accès de purisme bête et con à craindre. Oublie tes milliers d'heure de lecture et de décryptage du trekverse, pose tout ça deux minutes, et éclate toi.
Mais de quelle réalité alternative parlons nous en fait ? Ben d'une réalité de films pour ado au rabais. Ou tout est téléphoné quarante minutes à l'avance et où les dialogues recèlent à peu près autant de surprises que les lundi matin quand on va au boulot (c'est à dire que les surprises quand il y en a ne sont jamais bonnes).
Avec une profondeur scénaristique et une cohérence dignes de cet autre monument cinématographique qui hante encore certaines de mes nuits les plus sordides : Independance Day. Et si vous avez aimé Indépendance Day, ben un jour faudra qu'on se parle en direct, parce que je pensais pas découvrir des formes de vie d'outre-espace au mode de pensée incompréhensible aussi facilement que ça.
Evidemment, certains critiques ont trouvé que c'était assez primaire, ce film Star Trek. Mais bon, franchement, un film grand public qui flirte (tout en prétendant le contraire) avec le western galactique d'un autre Star truc bien connu, ben vous vouliez que ça soit quoi ? C'était clair qu'on allait pas mourir d'overdose de considérations socio-psycho-métaphysiques non plus, hein. Paramount voulait surenchérir sur "l'autre franchise", pas doubler les frères Cohen en mettant trois fois la dose de discussions pompeusement intello de Matrix.
Tout ça pour vous dire que non, moi je ne me suis pas trompé de film et que non, je n'ai pas vu Star Trek au milieu d'une bande de trekkies fous qui avaient déjà décidé avant d'entrer dans la salle qu'après la séance on irait planter la zone au mac do pour infliger au monde entier notre légitime sentiment de trahison. Nan, je dis ça, parce que des fois, les gens, avant de savoir ce que vous pensez, ils font comme s'ils le savaient déjà. Le trip "allons-y pour voir si c'est comme à la belle époque" en matière de prélogie, ça m'a passé en sortant de La Menace Fantôme… et depuis, j'en ai plus rien à foutre. Donc, c'était pas tant "Star Trek" que je voulais voir que "le film de space-opera qui porte le nom de Star Trek". Nuance de taille, n'est-il pas ?
Je dois dire quand même que les acteurs s'en tirent bien. Mieux que les effets spéciaux même, parce que bon, les effets spéciaux on les remanie comme on veut tant qu'on a des dollars, le jeu des acteurs, c'est plus difficile. Au moins, niveau acteurs de film de divertissement grand public, là, pas d'arnaque. J'ai vu des films beaucoup plus sérieux et pas forcément beaucoup mieux joués...
Donc, visuellement, pas de souci et un jeu correct malgré le fait qu'évidemment, on attend les acteurs au tournant dés qu'ils jouent des personnages icôniques qu'on ne peut s'empêcher de comparer à leur réédition. Mention honorable pour des gens qui ont fait au mieux sur des rôles qui sont assez formatés dans la tête de toute une partie du public.
Mais un film, à défaut d'être aussi vaste que la galaxie, ça n'est pas que le jeu des acteurs et des effets spéciaux. C'est aussi une histoire et des dialogues, ainsi qu'un certain tempo.
Alors voilà, on a une histoire ou ouvertement on assiste au prémices d'une grande épopée. On sait que ces jeunes gens là vont passer un certain temps ensemble par la suite. Que dans cet univers fictif, leur vie ne fait que commencer. Et déjà, j'ai plus envie de la suivre, leur vie qui ne fait que commencer.
Déjà, les personnages qui se retrouvent catapultés à faire à peu près tout et n'importe quoi sans rapport avec la sauce d'une minute à l'autre parce qu'il faut qu'à la fin du film, forcément ils soient des héros et que le film doit tourner autour d'eux même s'ils n'ont rien à faire là, ça le fait pas. Pas du tout.
Au moins, dans les films Tomb Raider, on sait que le personnage principal agit comme son homonyme d'un jeu vidéo survolté au scénario dont on se fiche de la crédibilité et rien de plus. Mais dans un film de science-fiction qui en plus veut pour des raisons bassement mercantiles capter le public d'une franchise au bord des limbes de l'enterrement hollywoodien, ça le fait beaucoup moins bien.
Dans cette histoire qui ne sert à rien, pour contenter les nostalgiques, on fait un super cross-over avec "l'univers original" de Star Trek. Et ça se voit tellement que bon, quand ils ne s'agitent pas dans tous les sens, on voit bien que les acteurs, ils ont du mal à décider à quoi ils servent là, à part vendre le concept revisité de leurs personnages réduits à leur plus élémentaire caricature dans une histoire qui n'a rien à faire d'eux et pas davantage du spectateur. Les gentils méritent des baffes, les méchants sont vilains comme il faut, tout ce petit monde défouraille en respectant toutes les conventions du genre (y compris les mauvaises) et puis hop, direction la prochaine séquence ou on sait pas très bien ce que vous faites là mais agitez vous, ça le fait pour le public.
Mais voilà, le problème de ce film, ça n'est pas que ç'est "du mauvais Star Trek", mais que c'est juste un film saccagé par des dialogues à la noix et une histoire pitoyable. On aurait changé les noms, les costards et le titre, gardé les mêmes icônes archétypales et la même histoire fumée sans intérêt, ça aurait été absolument pareil : un truc facile à consommer, ou on en prend plein la vue, ou on glisse sur les 587 conneries scénaristiques les plus éculées qu'on s'attendait presque à voir (enfin, moi, je les attendais presque toutes) et puis, on passe à autre chose.
Vous savez, le cinéma de divertissement, ultime frontière vers laquelle voyage le spectateur. Sa mission: explorer de nouveaux concepts étranges, découvrir de nouvelles idées, d'autres façons de le distraire et au mépris de la platitude et du commercial de bas étage, avancer vers l'inconnu en espérant découvrir, quelque part, là-bas, de temps en temps, une étincelle de vie....
Ben cette fois, c'est raté, mon hyperpropulseur a calé.
La banalitude des dialogues (malgré un jeu tout à fait correct), l'absence d'intérêt pour des péripéties ultra-convenues (malgré des effets spéciaux tout à fait regardables), la multiplication de ces raccourcis scénaristiques bas de gamme dans le genre "faites comme si vous aviez rien vu, on a encore des séquences choc à caser et le film ne dure pas 4 heures". Bref... bâillement, lassitude entre deux scènes ou ça explose et cascade dans tous les sens, un ou deux haussement de sourcils vulcains lorsqu'une ébauche d'idée sympa surgit brièvement et dégouline ensuite dans un bruit de flan qui s'affaisse...
Rien. Nada. Pas une once de sympathie pour les personnages (parce que les acteurs malgré tous leurs efforts ne peuvent pas faire grand-chose quand on a affaire à des dialoguistes et des scénaristes qui accumulent les poncifs pour essayer de capter le dernier carré de puristes a coups de clins d'œil grand comme une nébuleuse, tout en essayant de plaire en même temps à un public qu'en a rien à fiche de ces vieilleries). Pas un soupçon d'intérêt pour une histoire qui n'en est pas une. Pas un frémissement de curiosité, ou d'impatience, ou d'expectative en se demandant "et maintenant, que vont-ils faire ? comment vont-ils s'en sortir ? qu'est ce que le méchant il leur réserve comme coup tordu ?"
RIEN.
Espace, frontière de l'infini... Et au bout d'une heure et cinquante six minutes, le sentiment d'avoir vu un film de plus comme on en voit souvent. Ce genre de film qui ne laissera rien comme bon souvenir. Qu'on pourra revoir l'année prochaine en ayant presque l'impression de le découvrir. Le blanc, le vide, comme trop souvent.
Fallait pas s'attendre à grand-chose, en fait. Je l'ai déjà dit. Et comme je m'attendais à rien, ben on peut pas dire que j'ai été déçu. Contrairement à d'autres.
J'ai juste eu l'impression que moi aussi, j'avais été rebooté, catapulté encore une fois dans cet univers parallèle du mauvais cinéma, ou on mélange n'importe comment n'importe quelles péripéties à la con, toutes déconnectées la minute suivante de leurs connotations émotionnelles au mépris du contexte. Pénible sentiment de déjà vu dans des décors et avec des acteurs différents... la galaxie du film de divertissement grand public serait-elle si petite en fin de compte ? Ou un ordinateur dément serait-il chargé de mixer selon un algorythme aléatoire quelques séquences porteuses parce que vues 14 milliards de fois sous d'autres coutures ?
Tout ce vide convenu, balancé dans l'idée que tout le monde l'acceptera parce que les personnages icôniques dont on attend déjà les prochaines aventures doivent passer par là faute de quoi...
faute de quoi...heu... ben on a rien à leur faire faire en fait... mais alors rien de rien. Eux ou n'importe qui d'autre… l'histoire aurait été la même, sauf qu'il fallait que ça soit eux, parce que bon, fallait vendre la franchise. Voilà.
Même le grand méchant, pauvre de lui, n'est là que pour aider à divorcer du concept précédent afin d'embrasser ce nouveau truc... Déjà, méchant, c'est rarement jouissif parce que tu sais qu'à la fin, tu crèves et que c'est pas dans ton plumard avec une jolie poulette pas farouche, hein. Mais en plus, méchant ramené d'une trame parallèle pour en justifier une autre histoire d'enterrer la première une fois pour toutes après quarante ans de bons services, wouah. La prochaine trame parallèle, s'il revient dans une péripétie scénaristique aussi pitoyable qu'improbable, le méchant il va en avoir des choses pas gentilles à dire, tellement on lui a marché sur la gueule.
Le pire, c'est que par rapport à la moitié du cast des gentils, il faisait plus crédible. C'est dire à quel point on est tombé bas dans les dialogues, quand le vilain antipathique jetable de service d'un produit commercial est à peu près le seul personnage que malgré toutes les contorsions les scénaristes ne sont pas parvenus à rendre aussi creux que les héros officiels. Et qu'eux, on les reverra, par contre…
Donc, si vous avez lu ça en moins de 100 minutes, il ne me reste qu'une chose à dire : à mon avis vous avez déjà assez perdu de temps sur le film Star Trek, qui lui en fait très exactement 156. Si vous avez lu ça et vu le film, ben vous avez encore plus perdu votre temps que vous ne le pensiez. Il vous reste plus qu'à faire comme le grand méchant : rebootez.
Mais essayez de faire ça mieux que lui, quand même. Allez y à fond, et sans regret : Balancez Kirk junior par la fenêtre, foutez les trekkies et leur mausolée dans le désintégrateur, passez en distorsion 10 et En Avant Toute !!
Toutes les bonnes choses ont une fin, il parait
Mais elle est encore meilleure quand on les laisse partir.