Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

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Goju Kaze
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Goju Kaze » 16 juil. 2010, 17:48

Si je ne m'abuse, 45 milliards d'euros c'est le montant des rentrées fiscales de l'impôt sur le revenu, et c'est aussi du même ordre d'idée que la charge de la dette. Pour juste donner du poids au chiffres quoi...

:kaze:
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Ding On » 20 juil. 2010, 08:32

Pas si compliquée cette affaire au final :

http://www.slate.fr/story/24971/faceboo ... ettencourt
Hitler, qui était beaucoup plus petit que Mannerheim (Mannerheim mesurait plus de 1,90 m), portait des talonnettes et avait demandé à ses photographes de trouver un angle favorable pour la photo officielle.

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Kõjiro
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 20 juil. 2010, 08:46

Pas mal fait du tout ce petit montage.
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Goju Kaze » 20 juil. 2010, 09:42

Yup, j'aime beaucoup.

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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 20 juil. 2010, 10:57

Si vous avez un peu de temps : l'émission spéciale d'Arrêt sur Image sur les contrefeux de l'Elysée dans l'affaire Bettencourt.

http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3174

L'émission est en accès libre et on peut même la télécharger en intégralité gratuitement.

A voir, vraiment très intéressant.
Un pouvoir politique écartelé entre le désarroi et la fureur, et même pris de panique devant les révélations de la presse sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Cela faisait très longtemps que l'on n'avait pas vu cela en France, peut-être même depuis que le Monde avait révélé que le Rainbow Warrior de Greenpeace avait été coulé par des espions français, dans les années 80. La violence de l'affrontement entre le pouvoir et nos confrères de Mediapart chamboule toutes les lignes de partage entre les nouveaux et les anciens médias, et pose de nombreuses questions sur le rôle, et les méthodes, du journalisme d'investigation en France.

Pour évoquer ces thèmes d'importance avec nous sur le plateau, deux acteurs-clé : Fabrice Lhomme, l'un des auteurs des révélations de Mediapart, et Gérard Davet, qui suit l'affaire au jour le jour pour le Monde.

L'émission est animée par Daniel Schneidermann, déco-réalisée par François Rose
et préparée par Dan Israel

La vidéo dure 1 heure et 7 minutes.

Comment un des journalistes les plus écoutés de France suit-il cette affaire qui tient le pays entier en haleine ? C'est la question que s'est posée notre documentaliste Lucie Desvaux pour démarrer cette émission. Elle a scruté le traitement de l'affaire Bettencourt par Jean-Pierre Pernaut, et n'a pas été déçue : une toute petite poignée de sujets, des commentaires dénigrant "un site internet" et ses "rumeurs" et une large place laissée aux justifications gouvernementales… (acte 1)

L'affaire Bettencourt est désormais un feuilleton alimenté et suivi heure par heure par la presse. Dernière poussée de fièvre en date : l'audition de l'ancienne comptable de la milliardaire par les policiers jeudi 8 juillet, où elle a reculé en partie sur ses affirmations, publiées par Mediapart, concernant le financement illégal des campagnes de Sarkozy (tout le détail est dans notre article). L'Elysée, et le Figaro, se sont précipités pour clamer qu'une erreur sur une date et une hésitation sur des enveloppes allant directement à Sarkozy faisaient tomber toutes les révélations antérieures.

Mais nos deux invités racontent avec minutie comment des extraits soigneusement sélectionnés de l'audition sont arrivés dans toutes les rédactions : "On n'a eu aucun mal à obtenir des extraits du PV, les sources n'ont jamais été aussi nombreuses et faciles d'accès, signale Gérard Davet. Mais il a été beaucoup plus compliqué d'en obtenir l'intégralité." Et pour cause : dans ses déclarations, la comptable ne recule en rien sur son accusation principale : début 2007, elle a retiré 50 000 euros qui ont été remis à Eric Woerth pour financer la campagne de l'actuel chef de l'Etat. Le journaliste du Monde n'a aucun doute : la facilité avec laquelle diverses sources ont donné accès aux extraits choisis témoigne d'une "offensive élyséenne" pour décrédibiliser les accusations de Mediapart. Mais dans "la course à l'info" qui règne entre les médias, il a jugé qu'il devait néanmoins publier ces extraits tronqués, le temps d'obtenir l'intégralité de l'audition, avec laquelle il a complété son article. Au passage, Davet lâche une petite bombe : son journal s'était vu proposer les enregistrements, "mais n'a pas donné suite pour diverses raisons".

Fabrice Lhomme souligne, lui, que cette enquête est une enquête préliminaire "contrôlée par le procureur, dont les liens sont institutionnels avec l'exécutif, dans une procédure non-contradictoire" : "Ceux qui détiennent les informations sont les magistrats du parquet et leur hiérarchie." (acte 2)

Lhomme raconte ensuite, pour la première fois dans les détails, comment il a obtenu les confidences de l'ex-comptable Claire Thibout, qui ont fait tant de bruit (pour se faire une idée de ses répercussions, lisez notre article). Il l'a rencontrée une première fois le dimanche 4 juillet, avec dans l'idée de publier un long entretien en fin de semaine suivante. Mais il apprend le lundi soir que la comptable a été auditionnée deux fois dans la journée par la police, et qu'elle a lâché le morceau sur l'enveloppe glissée à Eric Woerth. "Je savais que cela allait faire l'effet d'une bombe, je l'ai donc rappelée dans la soirée", témoigne-t-il. "Et c'est elle qui a insisté pour que je publie son témoignage le plus vite possible." Mais alors que ce témoin capital est revenu sur une partie de ses déclarations, pourquoi ne pas avoir enregistré l'entretien ? Après avoir esquivé quelques instants, Lhomme convient qu'il n'avait pas d'enregistreur chez lui, et que dans l'urgence il n'a pas pu s'en procurer… Mais il n'était "pas du tout inquiet : la façon dont cette femme m'a parlé, la précision des détails qu'elle m'a donnés, ce que je savais d'elle… Je n'imaginais pas qu'elle pourrait se rétracter, même partiellement."

Daniel interroge ensuite Davet sur le choix de donner le nom de famille de la comptable. "Je ne voulais pas m'appuyer sur un témoignage anonyme." "J'ai considéré qu'il fallait crédibiliser ce témoignage en donnant tous les éléments aux lecteurs." (acte 3)

On passe ensuite aux très nombreuses attaques cont Mediapart de la part du gouvernement et de la majorité, des plus grossières (Xavier Bertrand dénonçant ses "méthodes fascistes") aux plus raisonnées (Eric Besson demandant pourquoi le site entretient à ce point un feuilleton, en sortant les informations au goutte-à-goutte). Après avoir balayé les critiques les plus brutales, le journaliste de Mediapart insiste : il n'a pas entretenu à dessein le suspense, mais il publie les informations lorsqu'elles lui parviennent et qu'il les a recoupées.

Pour Davet, "la volée de bois vert" que prend en ce moment le site d'info n'est pas liée à son travail journalistique, mais à son image, en particulier "dans la Sarkozie" : "Edwy Plenel est classé à gauche, un site ouvertement anti-sarkozyste, dont la direction a été pro-ségoléniste pendant très longtemps." Il salue en revanche le travail journalistique de ses confrères : "Evidemment, nous sommes tous à la remorque de Mediapart." Mais il estime avoir repris la main dans le suivi de l'enquête en cours… Et si Le Monde avait finalement eu les enregistrements en main, les aurait-il diffusés ? Davet n'en a pas l'air totalement convaincu, mais aurait "personnellement poussé en ce sens". Aujourd'hui, explique-t-il, Le Monde est moins centré sur l'investigation, et plus sur l'analyse et la chronique, ce qu'il regrette, même s'il est "très heureux" dans sa rédaction (acte 4).

Dernier élément de langage en date pour dénigrer Mediapart ? Le rappel d'une grosse erreur du Monde à l'époque où il était dirigé par Plenel : en 2003, en plein cœur de l'affaire Baudis, où le président du CSA était accusé, à tort et sans preuve, d'avoir participé à des orgies sado-masochistes, le quotidien avait publié un article très détaillé décrivant la maison où étaient censées avoir lieu ces orgies (tous les détails sont ici). Plenel avait dû s'excuser, et le gouvernement ressort opportunément cet épisode. Mais l'argument n'émeut ni Lhomme, ni Davet, qui avait été missionné pour enquêter sur l'affaire Baudis après cette grossière erreur.

Reste à aborder un dernier point, incontournable et sensible : celui des sources. Qui a fourni les enregistrements pirates à Mediapart, mais aussi au Point ? Bien sûr, le journaliste de Mediapart ne divulgue pas sa source. Mais tous les regards se tournent vers M° Olivier Metzner, l'avocat de la fille de Liliane Bettencourt, qui annonçait le 10 juin dans le Nouvel observateur qu'il s'apprêtait à dévoiler un "document explosif". Dans un article publié le 8 juillet, Le Monde le désigne d'ailleurs sans ambiguïté. Toujours sans dévoiler sa source, Lhomme tient à corriger un point de cet article : contrairement à ce qui est indiqué dans le Monde, personne n'a "réparti les rôles entre le Point et Mediapart", en obligeant le site à se concentrer sur les révélations politiques, et le magazine sur les rapports compliqués entre Bettencourt et le photographe François-Marie Banier (acte 5).

Tous les épisodes de ce feuilleton haletant sont dans notre dossier "La milliardaire, le fisc et le pouvoir".
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 21 juil. 2010, 16:38

Un enfant de 8 mois, son père atteint d’une hépatite C, sa mère venant de faire une fausse couche expulsés !
Mardi 20 juillet, quatre policiers s’emparent de la famille ODIKADZE alors qu’elle sortait de sa chambre au centre de rétention administrative de Lyon pour le petit déjeuner et, ni une ni deux, sans leur laisser le temps d’avertir qui que ce soit ni le temps de prendre leurs affaires, ils les ont embarqués manu militari dans un avion spécialement affrété pour eux

DIRECTION LA POLOGNE !

Je m’appelle Georgi, j’ai 8 mois,
Mon papa souffre de l’hépatite c,
Ma maman vient de faire une fausse couche

nous voila expulsés en Pologne !

Zinaida et David ont fui la Géorgie en juin 2009 car leurs familles n’acceptent pas leur mariage. Ils arrivent en Pologne et, comme si l’exil n’était pas suffisamment difficile et douloureux, des médecins détectent une hépatite C chez David. Cette hépatite vient de transfusions faites après des sévices infligés par l’une des familles.

L’horreur continue pour eux. Ils se retrouvent une nouvelle fois en fuite, suite aux violences dans le camp de réfugiés en Pologne. Ils arrivent en France espérant trouver asile et vivre normalement avec leur fils qui va alors bientôt naître.

Demande d’asile en France : non prise en compte. La France de Sarkozy veut les renvoyer en Pologne en raison des accords qui font d’eux des « Dublin 2 ».

Demande de carte de séjour comme étranger malade : refusée. Le préfet de l’Isère ne veut pas entendre leur histoire et veut les renvoyer en Pologne. Il n’accepte pas de prendre en compte l’état de santé de David.

2ème demande de carte de séjour : refusée. Le préfet ne se contente pas cette fois-ci de fermer ses oreilles, il ordonne l’arrestation et l’expulsion de cette famille vers la Pologne.

Arrestation le 7 juillet
Centre de rétention de Lyon.
Expulsion prévue le 8 juillet.

L’avocat fait alors un référé qui permet de repousser l’expulsion.
Ouf ? Non !

Le tribunal administratif de Lyon maintien l’expulsion en toute connaissance du dossier : père malade, mère enceinte de son 2ème enfant, bébé malade d’une bronchite.

Le lendemain, le Juge des Liberté et de la Détention prolonge la rétention.

David devait subir une intervention médicale prévue de longue date ? Pas grave !
Georgi souffre d’une bronchite chronique et pleure toute la journée ? Pas grave !
Zinaida a des complications de grossesse ? Pas grave non plus !
Ils passeront l’été privés de leur liberté, enfermés dans une prison pour étrangers en attendant d’être expulsés.

Le 16 juillet, Zinaida est conduite d’urgence à l’hôpital Lyon Sud. Elle est entrain de faire une fausse couche mais son état ne nécessite pas une hospitalisation. Elle peut très bien finir sa fausse couche au centre de rétention entourée de son mari et son bébé eux aussi malades !

Le week-end passe entre douleur pour Zinaida, pleure pour Georgi et désespoir pour David. Lundi, Zinaida est reçu par le médecin du centre de rétention. Sa fausse couche est terminée, elle n’a pas besoin de se rendre à l’hôpital pour une visite de contrôle.

La machine à expulser de Messieurs Sarkozy et Besson s’est accélérée pour cette famille. Ils vont bien, sont en état de voyager et n’encourent aucun danger !

Expulsion.

Arrivés à Varsovie, Zinaida réussit à joindre son frère quelques courtes minutes au téléphone pour le prévenir et lui raconter les conditions de leur départ. Depuis nous sommes sans nouvelles car le téléphone ne passe plus, nous ne savons pas où ils sont, dans quelles conditions…

ON VA JUSQU’OU COMME ÇA ?

RESF invite tous les citoyens choqués, bouleversés par un tel acharnement à faire part de ce qu’ils pensent aux responsables de cette ignominie : le préfet de l’Isère, M. Sarkozy, M. Besson !

Le 20 juillet 2010
Ils ont emmené de force une femme qui venait de faire une fausse couche dans une prison dont tous les observateurs nationaux ou internationaux ont reconnu qu'il s'agit de lieux qui sont la honte de notre république, aux conditions d'hygiène déplorable, contraire à la dignité humaine.... Mais [bip] on va les faire aller jusqu'où comme ça pour remplir ces [bip] d'objectifs stupides. Cette femme, son seul crime c'est de s'être vu refuser une demande d'asile et de n'avoir pas accepté de repartir par peur des conséquence, c'est à dire d'avoir contesté une décision administrative parce qu'elle estime que ça la met en danger elle et sa famille. Quoi qu'on pense de ces questions d'immigration et cie qui peut soutenir que ce qu'elle a fait mérite qu'on la traite comme ça ? Qu'on ne lui laisse même pas le droit de se remettre psychologiquement et même physiologiquement de la perte d'un bébé au cours d 'une grossesse dans un hôpital. Quel monstrueux danger justifie qu'il soit absolument nécessaire de la remettre en prison aussitôt. Et quel monstrueux danger peut bien représenter un enfant de 8 mois pour qu'on l'enferme lui aussi au mépris d'absolument toutes les conventions internationales sur les droits de l'enfant que la France a signé. Merde ! 8 mois !!! Et je m'arrête là parce que je vais déraper méchamment.
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 22 juil. 2010, 10:25

Parce que j'ai trouvé ça très vrai :

Affaire Polanski : les filles de rien et les hommes entre eux
Par LOLA LAFON Ecrivaine, PEGGY SASTRE Ecrivaine

Certains refrains ne s’usent jamais et s’entonnent à plusieurs d’une voix forte et assurée, bras dessus, bras dessous, comme un seul homme. Et depuis des mois, une chanson inaltérable répète encore et encore l’histoire d’un Tout (puissant), «au-dessus de ça», «grand artiste», un «bienfaiteur de l’humanité», assigné à résidence dans cette «prison» qu’est son chalet suisse de 1 800 m². Face à rien, quelques tristes gueuses à la recherche de leurs «trente deniers». Evidemment, tout ça n’a rien d’un conte, ce brouhaha incessant, ce bruit de fond, ce grésillement permanent renouvelé sans arrêt au gré des relais médiatiques. C’est une histoire «idiote», «sans importance», une accusation qui «n’a pas de sens», «absurde» et «infâme», à peine un «délit», cette affaire vieille de «trente-trois ans», «ridicule» !

Avec d’un côté, ceux qui, comme un seul homme s’insurgent, font signer des pétitions et se soulèvent, prennent la plume et l’audience à témoin : c’est intolérable, ça leur «soulève le cœur» qu’on puisse ainsi s’attaquer à un des leurs, déjà traqué, diminué, diffamé. De cocktail en interview, à la une de partout, comme un seul homme, la mine offusquée et le verbe vibrant, les voilà qui se font juges, parce que c’est ainsi, ils savent : cette «pure et simple opération de chantage» est «vraisemblablement» un mensonge…

Alors nous l’écoutons attentivement, cette caste des hommes entre eux, bien serrés, bien rangés, avec l’aplomb de leur rang, cette autoproclamée élite intellectuelle au verbe haut, abasourdie d’être mise en cause contre des pas grand-choses, bien dispensables. Une élite mâle qui s’arroge le droit du corps de quelques interchangeables et désobéissantes victimes qui ouvrent enfin la bouche.

Ceux pour qui elle était toujours habillée trop court, trop moulant, trop transparent, elle le voulait bien, elle faisait déjà femme, elle était une pute, ce n’était pas le premier, et ça l’arrangeait bien qu’il prenne les devants. Trop provocatrice, trop inconsciente, trop lolita, trop menteuse, trop folle - et si ce n’est pas elle, c’est donc sa mère qui l’a laissée aller au rendez-vous. Et qui dit non consent, bien entendu…

Et qui sont- elles, celles dont on parle, extirpées du silence où elles étaient rangées soigneusement après utilisation ? A cette question, comme un seul homme, il nous est répondu qu’il n’y a rien à voir, allez, les plaignantes ne sont : rien.

Rien, à peine quelques tas de culs et de vagins anonymes et utilitaires devenus viande avariée de «mère de famille» pour l’une et «prostituée peut-être» «en mal de publicité» pour l’autre, petite chose oubliée, fille de rien, une petite voix sortie du passé et une photo trimballée sur le Net, l’histoire d’une nuit dégueulasse commentée à l’infini.

Nous, nous passons des nuits blanches à nous retourner dans les échos de leurs précisions sordides «ce n’était pas un viol, c’était une relation illégale avec une mineure». A nous demander, nous aussi, ce qui se passe là, ce qui se déroule sous nos yeux pour qu’ils puissent affirmer, sans rougir, sans transpirer, que le viol d’une adolescente de 13 ans, droguée, sodomisée, ayant dit non à dix-sept reprises, ayant porté plainte le soir même puisse être défini en ces termes légers. Cette histoire nous la connaissons depuis longtemps, et tous ces propos, ces adjectifs, nous les avons déjà entendus ou nous les entendrons. Propos banals, courants et vulgaires. Consternants. Les mêmes mots pour les mêmes histoires, encore, toujours, encore.

Nous sommes toutes des filles de rien. Ou nous l’avons été. Nous, filles de rien, ne savons plus avec combien d’hommes nous avons couché. Nous avons dit non, mais pas assez fort sans doute pour être entendues. Nous n’avons jamais oublié ce que ça fait d’être un paillasson, un trou retournable. Nous n’avons réussi à mettre des mots sur cette nuit-là qu’un an, dix ans, vingt ans plus tard, mais nous n’avons jamais oublié ce que nous n’avons pas encore dit.

Nous, filles de rien, avons été ou serons un jour traitées de «menteuse», «mythomane», «prostituée», par des tribunaux d’hommes. Nous avons été ou serons accusées de «détruire des vies de famille» quand nous mettrons en cause un homme insoupçonnable.

Nous, filles de rien, avons été fouillées de mains médicales, de mots et de questions, expertisées interrogées, tout ça pour en conclure que nous n’étions peut-être pas des «innocentes victimes». (Il existe donc des victimes coupables…).

Nous ne sommes rien. Mais nous sommes beaucoup à n’être rien ou à l’avoir été. Certaines encore emmurées vivantes dans des silences polis.

Et nous les détectons, ces droits de cuissage revenus à la mode, ces amalgames défendant la révolution sexuelle, hurlant au retour du puritanisme, inventant commodément un «moralisme» «sectaire» et «haineux», faisant les gros yeux parce qu’une de ces innombrables anonymes utilitaires sort de son «rang», oublie de se taire et parle de justice. Relents de féodalité drapée dans «l’honneur» des «citoyens» «de gauche», éclaireurs de la nation, artistes, intellectuels, tous d’accord, riant à gorge déployée à la bonne blague des «moi aussi Polanski m’a violé quand j’avais 16 ans» - en être, entre soi, cette connivence des puissants. A la suivante.

Nous la voyons, cette frousse qu’on vienne, à eux aussi, leur demander des comptes, y regarder de plus près dans leur vie et au lit, y voir comment des viols, ces stratégies de pouvoir criminels, se font passer, sans l’ombre d’un doute, pour de la sexualité normale, joyeuse et libre, une sexualité avec sa «complexité» et ses «contradictions». Nous l’avons vue, cette peur de l’effet «boule de neige» : et si toutes les autres, toutes ces filles de rien et de passage, toutes celles à qui il arrive, aujourd’hui, tous les jours, de se retrouver dans la situation de Samantha Geimer en 1977, si toutes ces quantités négligeables se mettaient à avoir un visage, une voix, une identité, une valeur ? Et si elle se mettaient à parler, à l’ouvrir bien grand cette bouche traditionnellement en cœur, faisant valdinguer tous leurs accords tacites, leurs secrets d’alcôve ? Que feraient-ils, ces hommes de gloire, d’exception, ces au-dessus de la mêlée, du peuple, de la masse, ces gardiens de tours d’ivoire, ces êtres si sensationnels et précieux ?

Ils se rendraient compte que tout cela n’a rien à voir avec cette «affaire politique» ou encore ce «choc des cultures» qu’ils essayent de nous vendre. Que tout cela ressemble à tous les viols de toujours où la victime n’est jamais assez victime : où on n’est jamais assez sûr qu’elle ait bien dit non.

Car ce qui se joue là, c’est bien ceux-là contre rien, comme ils disent, tant il est entendu qu’il faut être Quelqu’un(e) pour être entendue d’eux.

PS : les mots et les phrases entre guillemets sont tous extraits de propos tenus au sujet de l’affaire Polanski.
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 23 juil. 2010, 10:21

Deux ans après le lancement du plan banlieues, quel est le bilan de Fadela Amara ?
Nous vous en parlions le 20 juin 2008. Ce jour-là, François Fillon lançait le plan Banlieues. A cette époque déjà, ce plan de Fadela Amara, en était à son troisième lancement officiel. Le premier avait eu lieu en janvier 2008 : Christine Boutin et Fadela Amara s’étaient déplacées à Vaulx-en-Velin. Le plan médiatique avait coûté la coquette somme de 600 000 euros. Mais le mois suivant, Nicolas Sarkozy, qui ne s’était pas rendu à Vaulx-en-Velin, fait un deuxième lancement officiel du plan Banlieues. Malgré les différentes orientations pour mettre en œuvre ce plan, aucun financement n’est prévu. En juin 2008, c’est François Fillon qui prend le relais annonçant le plan Banlieues officiellement. Troisième édition donc.

Où en est-on aujourd’hui ? Il semblerait que rien n’ait vraiment changé puisque ce plan n’a pas de financement propre. En effet, en février 2008, Fadela Amara espérait obtenir un milliard d’euros pour mener à bien son projet. Mais, le « seul vrai chiffre mis en avant par le locataire de l'Elysée : 500 millions d'euros destinés au désenclavement des quartiers les plus « handicapés », souvent dépourvus de transports en commun. Mais cette somme sera en fait débloquée sur les crédits alloués au… Grenelle de l'environnement ». Echec encore avec les contrats d’autonomie censés aidés les jeunes à trouver un emploi. Alors que la secrétaire d’Etat avait annoncé 45 000 contrats d’autonomie en trois ans, moins de 6 000 ont été signés…

Fadela Amara perd au fil des mois encore plus de terrain : « Avec les nominations de Martin Hirsch, haut-commissaire à la Jeunesse, et de Yazid Sabeg, elle a pris un coup dans le dos, explique Challenges. La discrimination positive et les statistiques ethniques, vantées par Yazid Sabeg, la font bondir. Et, pour mettre un peu plus d'ambiance, Monsieur Diversité s'est vite présenté comme le «démineur du plan Banlieues» ».

En octobre 2009, nouvelle casserole : dans son plan "Espoir Banlieue", Fadela Amara a prévu un dispositif de coaching qui consiste à payer des boîtes privées de placement pour qu'elles trouvent un emploi ou une formation à des jeunes issus des quartiers défavorisés. Mais le système mis en place est contre-productif et favorise davantage les boîtes de placement que les jeunes concernés. Le résultat est à la hauteur du fiasco : l'Etat a déboursé jusqu'à présent 34 millions d'euros pour l'embauche ou la formation de seulement 1 160 jeunes.

Aujourd’hui, le plan Banlieues demeure invisible et la crédibilité de Fadela Amara est fortement remise en cause par un chef d’Etat qui envisage sérieusement un bon coup de balai lors du prochain remaniement en octobre prochain. Il est fort à parier qu’il n’y aura pas de quatrième lancement officiel du plan Banlieues.

*** Liens

- La face cachée du plan : 34 millions d'euros dépensés pour 1 160 jeunes
- Plan Banlieue de Fadela Amara : 600 000 euros pour l'annoncer en 2008
- Pourquoi y a-t-il eu 53 départs au sein du cabinet de Fadela Amara depuis 2007 ?
34 millions pour 1.160 personnes, ça fait quand même 30.000 euros par personne que l'on file à des boîtes privées... (pdt que pôle emploi / l'anpe suffoque faute de moyens décents... ils apprécieront).
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kzo » 23 juil. 2010, 12:39

le prix d'une école privée mais c'est pas pour un master...
"Je suis un gentil, j'ai que des amis et plus d'ennemis :mal:"

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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 23 juil. 2010, 13:09

Kzo a écrit :le prix d'une école privée mais c'est pas pour un master...
Et encore avec 30.000 euros t'as bien deux ans d'école privée...
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 26 juil. 2010, 12:03

Prenez un abonnement mediapart, rien que pour cet article ça vaut l coup ;)

Je le recopie en entier (s'pas bien !) mais il manquera tous les liens et les illustrations donc, si possible allez le lire en ligne.

Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France
Un tour de bonneteau. Sinon une arnaque !... Les termes peuvent sembler outranciers sinon populistes. Et pourtant, ils viennent immanquablement à l'esprit. Car depuis de longs mois, Nicolas Sarkozy et, derrière lui, tout le gouvernement s'appliquent à convaincre l'opinion que les mesures d'économies drastiques qui se profilent dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011 sont l'inévitable contrepartie de la crise économique. Mais en réalité, si les finances publiques françaises sont en si piteux état, c'est d'abord parce qu'elles ont été ruinées par la politique de baisse des impôts conduite depuis dix ans. C'est ce qu'établissent très clairement trois rapports publics publiés ces derniers mois: sans cette avalanche de cadeaux fiscaux au profit des plus riches, les moins favorisés ne seraient pas aujourd'hui menacés par ce plan d'austérité.

En bref, la crise a bon dos. Car si la France n'avait pas participé à cette course effrénée au moins-disant fiscal, elle aurait certes été prise dans les turbulences de cette crise sans précédent, mais ses finances publiques auraient été largement assez prospères pour traverser cette tempête.

Ce constat iconoclaste est passé pour l'heure presque inaperçu parce qu'il ne figure pas en introduction ni en conclusion de l'un ou l'autre de ces trois rapports publics. Il transparaît juste au détour de certaines pages. Mais les indications données et les chiffres cités sont si éloquents qu'ils retiennent l'attention: sans cette course folle aux baisses d'impôts, qui s'est accélérée au cours de ces dix dernières années, la France serait dans une situation financière tout à fait confortable, même à la sortie de cette crise économique historique.

Compte tenu de ses auteurs, qui sont Jean-Philippe Cotis, l'actuel directeur général de l'Insee, et son prédécesseur, Paul Champsaur, le premier de ces documents est au-dessus de tout soupçon. Il s'agit du «Rapport sur la situation des finances publiques» qui a été rendu public le 20 mai, en ouverture de la Conférence sur les déficits qui s'est tenue à l'Elysée et que l'on peut consulter ci-dessous. A l'époque, déjà, le chef de l'Etat et le premier ministre tendaient à accréditer l'idée auprès de l'opinion que la France vivait au-dessus de ses moyens et que des coupes claires dans les dépenses de l'Etat étaient une priorité absolue de la politique économique. Dans le même mouvement, le chef de l'Etat a mille fois répété qu'il ne fallait pas compter sur lui pour relever les impôts.

En clair, voici l'alpha et l'oméga de la politique économique sarkozyste: taillons dans les dépenses de l'Etat, et même à la hache s'il le faut, mais ne remettons pas en cause les baisses d'impôts!

Or, ce rapport, au détour d'une démonstration, pointe une réalité dont le gouvernement ne parle jamais: si les finances publiques sont délabrées, c'est effectivement du fait d'abord des baisses d'impôt. C'est dit rapidement (à la page 13 du document), mais c'est dit clairement: «Depuis 1999, l'ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont ainsi réduit les recettes publiques de près de 3 points de PIB: une première fois entre 1999 et 2002; une deuxième fois entre 2006 et 2008. Si la législation était restée celle de 1999, le taux de prélèvements obligatoires serait passé de 44,3 % en 1999 à 45,3 % en 2008. En pratique, après réduction des prélèvements, ce taux a été ramené à 42,5 %. À titre d'illustration, en l'absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd'hui qu'elle ne l'est en réalité générant ainsi une économie annuelle de charges d'intérêt de 0,5 point de PIB.»

Une perte de recettes de près de 120 milliards en dix ans

Le rapport n'en dit pas plus... Mais le chiffre, qui n'est jamais cité par un ministre ou un membre de la majorité, laisse pantois: la dette publique serait donc de 20 points de PIB inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui sans ces baisses d'impôts décidées depuis dix ans.

Le chiffre mérite un temps de réflexion. 20 points de PIB en moins! Autrement dit – et ce sont des experts qui travaillent pour le gouvernement qui le suggèrent –, la France, malgré la crise, serait presque encore en conformité avec les sacro-saints critères de Maastricht si ces baisses d'impôts n'étaient pas intervenues, et notamment le critère européen qui fait obligation à ce que la dette d'un Etat ne dépasse pas 60% de sa richesse nationale. Concrètement, sans ces baisses d'impôts, la France aurait certes crevé ce plafond, mais dans des proportions raisonnables. Juste un chouïa...

Parlons clair! Lorsque nous avons relevé cette évaluation des baisses d'impôts conduites durant ces dix dernières années dans le rapport Cotis-Champsaur, nous sommes restés sur notre faim. Car, à plusieurs reprises, dans des analyses pour Mediapart, nous avions nous-mêmes tenté de donner la mesure de cette course au moins d'impôts, avec sa contrepartie, l'Etat-pauvre. Mais comment donner une évaluation fiable des baisses décidées année après année? Selon quels critères? Pour une fois qu'une évaluation académique était fournie, digne de foi, nous l'avons donc accueillie avec plaisir. Tout en regrettant que le même rapport ne s'y attarde pas plus longuement. Et parvienne même à conclure à l'inverse que l'absolue priorité était de poursuivre dans la voie de la réduction de la dépense publique. En clair, dans la voie de l'austérité.

Mais visiblement ce premier rapport public a levé un tabou. Car, dans la foulée, un autre a été publié, en prévision du traditionnel Débat d'orientation budgétaire (DOB) qui s'est tenu le 6 juillet dernier à l'Assemblée nationale. Portant la signature de Gille Carrez, le rapporteur général (UMP) de l'Assemblée nationale, ce document présente lui aussi toutes les garanties de sérieux. Issu de la droite, l'expert est respecté dans son camp, mais tout autant à gauche.

Or, ce deuxième «Rapport d'information», que l'on peut consulter ci-dessous, reprend, en le détaillant longuement, ce constat juste évoqué dans le premier rapport. Un constat qui met en évidence l'extrême danger qu'a fait courir aux finances publiques cette course au moins d'impôts.

Au total, ce rapport fait ainsi ce constat (à la page 7): «Entre 2000 et 2009, le budget général de l'Etat aurait perdu entre 101,2 – 5,3 % de PIB – et 119,3 milliards d'euros – 6,2 % de PIB – de recettes fiscales, environ les deux tiers étant dus au coût net des mesures nouvelles – les «baisses d'impôts» – et le tiers restant à des transferts de recettes aux autres administrations publiques – sécurité sociale et collectivités territoriales principalement.»

77,7 milliards de baisse d'impôts

Cette évaluation, qui recoupe celle du rapport Cotis-Champsaur, vient confirmer ce que personne ne veut aujourd'hui admettre: la France serait, malgré la crise, presque dans les clous de Maastricht, ou peut-être même totalement, si ces baisses d'impôts inconsidérées n'étaient pas intervenues. Les chiffres sont là, incontestables! L'objectif du programme français de stabilité, transmis à Bruxelles, est de réduire les déficits publics de –8% du produit intérieur brut (PIB) en 2010 à –6% en 2011, puis –4,6% en 2012 et enfin –3% en 2013. Or, selon le rapport Carrez, sans les baisses d'impôts, les déficits publics de 2010 seraient seulement de... 1,8%! Respectant ses engagements européens, la France ferait figure de bon élève de la zone euro et n'aurait pas à envisager un plan d'austérité.

Mais l'intérêt de ce rapport écrit (avec un indéniable courage pour un membre de la majorité UMP) par Gilles Carrez, c'est qu'il s'applique aussi à évaluer qui ont été les principaux bénéficiaires de ces 77,7 milliards d'euros de baisses d'impôts depuis dix ans. Et là encore, la réponse est très éclairante. S'appuyant sur le graphique ci-contre, le rapport écrit: «La moitié des allègements fiscaux décidés entre 2000 et 2009 ont concerné l'impôt sur le revenu. Le manque à gagner en 2009 sur le produit de cet impôt s'établit en effet à environ 2% de PIB, contre 0,6% de PIB pour la TVA et 0,5% de PIB pour l'Impôt sur les sociétés (IS).»

Publiant le graphique ci-contre, le rapport relève ainsi que de 2000 à 2009 le montant total des baisses de l'impôt sur le revenu a atteint de 32,9 à 41,6 milliards d'euros. Cette indication est évidemment majeure. Car comme ne sont assujettis à l'impôt sur le revenu que les 50% des contribuables les plus fortunés, cela veut donc dire que l'essentiel des baisses d'impôts (41,6 milliards d'euros sur 77,7 milliards d'euros) a profité à ces ménages les plus favorisés sous la forme de baisses de l'impôt sur le revenu.

Ces baisses d'impôts ont donc été très inégalitaires. Le constat est même encore plus marqué que cela puisque, à ces baisses, il faut encore ajouter celles décidées par 2007 par Nicolas Sarkozy, portant sur l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le bouclier fiscal ou encore les droits de successions. Dans ces cas, ce sont même les plus grandes fortunes qui sont sorties gagnantes de cette irresponsable politique fiscale. L'enquête conduite par Mediapart sur les impôts versés par Liliane Bettancourt (voir notre article Liliane Bettancourt: cherchez l'impôt!) vient illustrer cette tendance: la milliardaire est en effet soumise à une imposition équivalente à seulement 20% de ses revenus (avant restitution du bouclier fiscal) et à 0,17% de son patrimoine. Ce qui est vraiment dérisoire au regard des taux marginaux d'imposition que la droite fait mine de juger souvent écrasants, et qui culminent à 40% pour l'impôt sur le revenu et à 1,8% pour l'impôt sur la fortune.

Mais la liste des bénéficiaires des baisses d'impôts ne s'arrête pas là. Il faut encore ajouter les entreprises qui, sous la forme d'allègements divers de l'impôt sur les sociétés, ont bénéficié de presque 10 milliards d'euros (9,8 milliards d'euros pour être précis) de baisses, par des biais multiplies, qu'il s'agisse du crédit d'impôt recherche, du prêt à taux zéro ou encore de la taxation à taux réduit des plus-values à long terme de titres de participations.

Et puis à toutes ces baisses, il faut encore ajouter celles qui ont profité à la TVA, dont la plus stupide et la plus coûteuse, celle qui a profité aux restaurateurs pour un coût de seulement 1,25 milliard d'euros en 2009 mais de 3 milliards en année pleine.

Les graves inégalités face à l'impôt sur les sociétés

En bref, depuis dix ans, les ménages les plus riches ont été les plus choyés. Et aussi les entreprises. Mais pas n'importe quelles entreprises. Car un troisième rapport permet d'achever notre tableau consternant des baisses d'impôts en relevant que les entreprises fiscalement les mieux dorlotées ont été celles qui en avaient sans doute le moins besoin: les plus grandes entreprises, celles du CAC 40. Et pendant ce temps-là, les plus petites entreprises, elles, ont payé leurs impôts plein pot. En clair, dans ce domaine-là aussi, les cadeaux fiscaux ont été distribués de manière gravement inégalitaire, avec un bonus pour les gros contribuables et un malus pour les petits.

Etabli en octobre 2009 par le Conseil des prélèvements obligatoires, un organisme adossé à la Cour des comptes dont les avis sont difficilement contestables, ce troisième rapport – que l'on peut consulter ci-dessous – a pour objet «les prélèvements obligatoires des entreprises dans une économie globalisée».

Première indication fournie par le rapport (à la page 43): on y apprend que l'impôt sur les sociétés pèse effectivement très différemment sur les entreprises selon leur taille. Ainsi, pour l'année 2007, sur les 1,1 million d'entreprises de moins de 250 salariés assujetties à l'impôt sur les sociétés (IS), pas loin de la moitié, soit 523.000 de ces entreprises, ont effectivement versé une contribution d'IS pour un montant brut total de 29,3 milliards d'euros. Et dans le même temps, sur les 12.100 entreprises de plus de 2.000 salariés assujetties à l'IS, seules près de 4% d'entre elles, soit environ 500 entreprises ont effectivement versé une contribution d'IS pour un montant brut total de seulement... 19,4 milliards d'euros. Chiffres accablants et trop peu connus: en France, ce sont les petites entreprises et non les grandes qui paient l'essentiel de l'impôt sur les sociétés.

Deuxième indication fournie par le rapport (à la page 78): on y apprend que les mesures d'abattements et d'exonérations (ce que les experts appellent les dépenses fiscales, ou si l'on préfère les « niches ») au profit des entreprises «se sont multipliées ces dernières années». Ainsi, pour 2009, le total des niches fiscales est évalué à 69,1 milliards d'euros; et, sur ce montant, 29,5 milliards d'euros profitent aux entreprises sous forme de fiscalité dérogatoire.

Or, ce sont à l'évidence les très grandes entreprises qui ont su capter le mieux ses baisses d'impôt, en mettant en œuvre des pratiques très sophistiquées dites d'optimisation fiscale. Le résultat (détaillé aux pages 158 à 160 du rapport) est accablant: les grandes entreprises ne paient effectivement que très peu d'impôt alors que les petites paient en proportion nettement plus qu'elles.

Pour en faire la démonstration, le rapport s'applique à calculer ce qu'il appelle le taux implicite d'imposition: il s'agit des recettes de l'impôt sur les sociétés rapportées à l'excédent net d'exploitation (ENE). Le calcul réserve une première surprise: alors que le patronat français, emmené par le Medef, ne cesse de déplorer des taux d'imposition exorbitant pesant sur les entreprises, beaucoup plus forts qu'à l'étranger, avec notamment un taux de l'IS qui est de 33,3%, le document établit qu'en pratique, compte tenu de ces niches multiples et ces pratiques d'optimisation, les entreprises paient beaucoup moins. «Le taux implicite d'imposition des entreprises françaises est en moyenne de près de 18%, soit un niveau notablement inférieur au taux facial affiché (–16 points)», lit-on ainsi dans le rapport.

Un taux d'imposition de 13% pour les grandes entreprises

Mais ce 18% n'est qu'une moyenne. Car, en réalité, le taux implicite d'imposition grimpe jusqu'à 30% pour les entreprises de moins de dix salariés et s'effondre ensuite pour n'atteindre plus que 13% pour les entreprises de plus de 2.000 salariés. Ce contraste entre les petites et les grandes entreprises est d'autant plus invraisemblable que, officiellement, les grandes entreprises sont toutes taxées à 33% alors que nombre de petites entreprises bénéficient d'un taux dérogatoire de 15%. Chiffres révoltants! Il en va de la fiscalité des entreprises comme il en va de la fiscalité sur les ménages: selon que vous serez puissants ou misérables...

Cette cascade de statistiques constituent donc un grave réquisitoire contre la politique économique suivie par Nicolas Sarkozy. Car du même coup, on comprend mieux le tour de passe-passe qui se prépare dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011, et les deux projets de loi suivants. Car pour ces trois exercices budgétaires, le gouvernement a indiqué qu'il mettrait un œuvre un plan de stabilisation de 100 milliards d'euros, dont 45 milliards d'euros d'économies budgétaires. On sait aussi (voir en particulier notre article Le Plan d'austérité sera plus violent que prévu) que les dépenses sociales de l'Etat pour les Français les plus fragiles, comme le Revenu de solidarité active, l'Allocation adulte handicapé ou l'allocation logement, seront les premières visées par ce plan d'austérité.

Face à ces chiffres fournis par ces trois rapports, cette politique de rigueur apparaît donc marquée d'une spectaculaire injustice. Car si ces cadeaux fiscaux n'avaient pas été distribués aux ménages les plus fortunés, si les grandes entreprises payaient l'impôt sur les sociétés au taux normal, ce tour de vis ne serait pas nécessaire.

C'est même plus grave que cela. Car au total, sur cette période de dix ans, c'est effectivement un formidable tour de bonneteau qui aura été organisé. Les gros contribuables (ménages et entreprises) auront profité d'allègements, qui sont à l'origine du plan d'austérité que les foyers modestes vont devoir maintenant supporter. En bref, la politique économique a organisé sur cette décennie un gigantesque transferts de revenus, au profit des plus fortunés, au détriment des plus modestes. Il faut donc dire les choses comme elles sont: une politique de classes!

Très sévère pour Nicolas Sarkozy, qui a accentué les effets les plus néfastes de ce tour de passe-passe, avec comme mesure phare son célèbre bouclier fiscal, et qui pilote désormais le plan d'austérité, ce constat concerne aussi la gauche. Car dans ce bilan des baisses d'impôts conduites depuis dix ans, elle a aussi sa part de responsabilité.

Car si les impôts ont au total baissé de 77,7 milliards d'euros au cours des années 2000-2009, les baisses s'élèvent à presque 26 milliards d'euros pour les seuls trois premiers exercices, ceux des années 2000-2002, comme le relève le rapport de Gilles Carrez. En clair, Lionel Jospin, épaulé par son ministre des finances, Laurent Fabius, ont les premiers enclenché cette très inégalitaire mécanique, notamment en organisant une baisse massive de l'impôt sur le revenu, l'impôt citoyen par excellence.

Certes, depuis, les socialistes ont fait amende honorable (voir en particulier notre article Le projet socialiste, entre audaces et habiletés). Ils préconisent ouvertement une «révolution fiscale» et souhaitent refonder un véritable impôt général sur tous les revenus, renouant avec la progressivité qui a été si rudement mise à mal ces dernières années.

Si d'aventure la gauche revient au pouvoir, honorera-t-elle cet engagement? Ce ne serait que justice car depuis une décennie entière – ces rapports officiels l'attestent –, c'est la plus détestable des politiques fiscales qui a été conduite, résumée par un adage bien connu des experts en impôts: «Pourquoi faire payer les riches! Faisons payer les pauvres, ils sont beaucoup plus nombreux...»
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 27 juil. 2010, 10:16

Je lisais ça : 93 députés s'exposent à des sanctions pour absentéisme

Depuis peu (c'est d'ailleurs un point positif au bilan de Sarkozy) il y a des sanctions pour les députés absents (bon après je ne sais pas trop comment ça va réellement s'appliquer en fonction des mots d'excuses ;) ).
Ces parlementaires de toutes tendances encourent des sanctions allant de 353 à 2.119 euros en fonction du nombre de réunions manquées sans justification.

Quatre-vingt-treize députés s'exposent à des sanctions pour absentéisme répété lors des travaux en commissions. La participation à ces réunions a d'ailleurs augmenté depuis la mise en œuvre de ces sanctions en décembre 2009, selon une étude du collectif "Regards citoyens" rendue publique mercredi 21 juillet.

Selon une source parlementaire, on compterait "10 à 20" députés sanctionnables "par mois", soit une fourchette de 70 à 140 députés depuis l'entrée en application de ces sanctions.

Selon le nouveau règlement de l'Assemblée, adopté dans la foulée de la révision constitutionnelle de 2008, les députés absents plus de deux fois par mois en commission, le mercredi matin, se voient infliger une retenue financière égale à 25% de l'indemnité de fonction (soit 25% des 1.400 euros d'indemnité de fonction) sur un total de 7.043.69 euros d'indemnité totale.

Selon le collectif "Regards citoyens", les 93 députés les plus absentéistes encourent des sanctions allant de 353 à 2.119 euros en fonction du nombre de réunions manquées sans justification.

1.766 € de retenue pour Marie-Josée Roig

Champion des absentéistes, selon "Regards citoyens": François-Xavier Villain (non inscrit, divers droite) passible d'une sanction de 2.119 euros, suivi de Marie-Josee Roig (UMP) avec 1.766 euros de retenue.

Plusieurs députés sont passibles d'une sanction comprise entre 1.000 et 1.400 euros: David Douillet (UMP), Arnaud Montebourg (PS), Renaud Muselier (UMP), Michel Vauzelle (PS) ou encore Marie-George Buffet (PCF).

"La somme de ces sanctions représenterait 52.986.38 euros d'économies possibles pour l'Assemblée sur la session 2009-2010", indique le collectif, qui note cependant que la participation aux réunions des commissions du mercredi matin a "doublé" depuis la mise en application du nouveau règlement par rapport au début de la législature, en 2007.

En outre, le nombre de présents lors des réunions de commission durant le reste de la semaine est également en nette augmentation, indique le collectif.

Jusqu'à 243.000 € d'économie

Toujours selon "Regards citoyens", le règlement de l'Assemblée prévoit deux types de sanctions. Si les absences en commission le mercredi matin sont effectivement sanctionnées, celles pour la participation aux scrutins solennels n'auraient jamais été appliquées. Si tel avait été le cas, d'après les estimations établies par le collectif, l'économie totale pour l'Assemblée aurait été de 243.000 euros pour la session 2009-2010.

Rôle des commissions renforcé

La menace de sanctions n'explique qu'en partie la meilleure assiduité des députés en commission, analyse la présidence de l'Assemblée, pour qui les députés sont plus assidus car le rôle des commissions a été considérablement renforcé par la réforme constitutionnelle.

C'est désormais le texte modifié par la commission qui est examiné en séance publique alors qu'auparavant le débat y reprenait à zéro, sur la base du texte du gouvernement. En clair, c'est en commission que s'établissent la plupart des compromis et les députés sont donc contraints d'y être pour défendre leurs amendements.
Pour plus d'info la source utilisée par l'article : http://www.nosdeputes.fr/confiseurs/ind ... =3#deputes

Apparemment quand on frappe au portefeuille les types sont motivés à venir plus souvent. Etrange... :sarcastic:

Le truc quand je lis ce genre d'article c'est que je suis toujours un peu frustré parce que globalement ça suit toujours le même schéma : on explique que ça concerne tous les groupes politiques et puis on file un ou deux exemples généralement extrêmes. Et si possible en tapant à gauche et à droite.

Or il me semble que c'est un peu le degré zéro de l'analyse au niveau politique (pour le reste c'est intéressant). On en sort éventuellement avec l'impression : bah "c'est tous les mêmes ces branleurs". Or je pense que ça fait le jeu de d'une réaction politique molle à ces constats. Un peu de comparaison entre partis permettrait de les aiguillonner un poil plus. Par ailleurs c'est également intéressant pour l'électeur de savoir ce qu'il en est des efforts respectifs de chaque parti pour respecter les règlements et s'investir dans leur job.

Du coup je me suis amusé à faire ce comparatif par parti à partir des données sources. Quelle part représente chaque groupe politique dans les absences ou les économies potentielles que l'on peut réaliser. Et, pour être honnête, j'ai comparé ces résultat au poids de chaque parti au sein de l'Assemblée (un parti avec bcp de députés à plus de chance d'avoir des absents nombreux). Voici les résultats :

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Donc on voit que :
* L'UMP c'est 55% des députés et un peu plus de 61% des absents et des économies réalisables.
* Le PS (SRC) c'est 35% des députés, 29% des absents et 24% des économies.

Donc le PS c'est, proportionnellement au nombre de députés, moins d'absents et moins d'absence par députés.

Pour les autres groupes les résultats sont quand même moisn facilement interprétable vu les effectifs très réduits. Il semble que les députés NC soient les plus sérieux et les communistes et non inscrits (NI).
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 27 juil. 2010, 10:30

« Il ne peut être question en aucun cas pour moi d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait. »
Lettre de Jacques Bouveresse à Mme Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur

En réaction à l’attribution d’une Légion d’honneur qu’il n’a jamais demandée, Jacques Bouveresse nous a transmis la lettre (en date du 17 juillet 2010) par laquelle il a refusé cet « honneur ».

Madame la ministre,

Je viens d’apprendre avec étonnement par la rumeur publique et par la presse une nouvelle que m’a confirmée la lecture du Journal officiel du 14 juillet, à savoir que je figurais dans la liste des promus de la Légion d’honneur, sous la rubrique de votre ministère, avec le grade de chevalier.

Or non seulement je n’ai jamais sollicité de quelque façon que ce soit une distinction de cette sorte, mais j’ai au contraire fait savoir clairement, la première fois que la question s’est posée, il y a bien des années [1], et à nouveau peu de temps après avoir été élu au Collège de France, en 1995, que je ne souhaitais en aucun cas recevoir de distinctions de ce genre. Si j’avais été informé de vos intentions, j’aurais pu aisément vous préciser que je n’ai pas changé d’attitude sur ce point et que je souhaite plus que jamais que ma volonté soit respectée.

Il ne peut, dans ces conditions, être question en aucun cas pour moi d’accepter la distinction qui m’est proposée et – vous me pardonnerez, je l’espère, de vous le dire avec franchise – certainement encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l’égard de l’Éducation nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable.

J’ose espérer, par conséquent, que vous voudrez bien considérer cette lettre comme l’expression de mon refus ferme et définitif d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait en l’occurrence et prendre les mesures nécessaires pour qu’il en soit tenu compte.

En vous remerciant d’avance, je vous prie, Madame la ministre, d’agréer l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Jacques Bouveresse
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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 28 juil. 2010, 10:12

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Re: Actualité politique et sociale - Saison 2010 - Episode 1

Message par Kõjiro » 30 juil. 2010, 15:14

Ca faisait longtemps tiens...

Sécurité, immigration : la surenchère de Nicolas Sarkozy
Le chef de l'Etat a annoncé plusieurs mesures très marquées à droite, dont la déchéance de la nationalité française pour certains délinquants et une extension des peines planchers.

A l'occasion de l'installation officielle du nouveau préfet de l'Isère, Nicolas Sarkozy a prononcé vendredi 30 juillet, à Grenoble, un discours musclé, très marqué à droite. Revenant sur les violents événements de Saint-Aignan, le président de la République a choisi de lier les sujets de la délinquance et de l'immigration.

Critiqué par l'opposition, qui souligne que les grands discours tenus depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur, en 2002, n'ont pas été suivis de résultats, Nicolas Sarkozy a annoncé plusieurs mesures:

- Déchéance de la nationalité française

Nicolas Sarkozy a proposé que la nationalité française puisse être retirée à "toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie" d'un policier, d'un gendarme "ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique". "Nous allons réévaluer les motifs pouvant donner lieu à la déchéance de la nationalité française. Je prends mes responsabilité", a déclaré le chef de l'Etat.

"La nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique", a-t-il poursuivi.

Le chef de l'Etat souhaite aussi "que l'acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant au moment de sa majorité ne soit plus automatique". "La nationalité française se mérite. Il faut pouvoir s'en montrer digne. Quand on tire sur un agent chargé des forces de l'ordre, on n'est plus digne d'être Français", selon lui.

- Extension des peines planchers

Pour l'instant, les peines planchers concernent les seuls récidivistes. Nicolas Sarkozy souhaite que le dispositif des peines planchers s'étende "aux auteurs de violences aggravées".

"Dès le 7 septembre prochain, les peines plancher qui fonctionnent bien mais qui ne s'appliquent qu'aux multirécidivistes (...) seront désormais étendues à toutes les formes de violence aggravées c'est-à-dire notamment les violences sur des personnes dépositaires d'une autorité publique", a déclaré le chef de l'Etat.

24.000 peines plancher ont déjà été prononcées, s'est-il félicité. "L'instauration d'une peine de prison incompressible de 30 ans pour les assassins de policiers ou de gendarmes sera discutée au Parlement dès la rentrée".

- Prestations pour les sans-papiers

Nicolas Sarkozy souhaite que l'on "évalue les droits et prestations auxquelles ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière". Le président affirme qu'en 2009 "le taux de chômage des étrangers non communautaires [non-citoyens de l'Union européenne, NDLR] a atteint 24%", soit plus de deux fois la moyenne nationale. Le président a ainsi sous-entendu que les sans-papiers abusaient des prestations sociales.

"Je souhaite d'ailleurs que l'on évalue les droits et les prestations auxquelles ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière", a-t-il ajouté. "Une situation irrégulière ne peut conférer plus de droits qu'une situation régulière et légale!". Le président n'a pas dit quels seraient ces droits dont bénéficieraient actuellement les personnes en situation irrégulière, et dont les personnes en situation régulière ne bénéficieraient pas.

- La destruction des camps de Roms

Nicolas Sarkozy a également rappelé la nécessité de reconduire aux frontières "les clandestins". Il est aussi revenu sur la situation de certains Roms, qui était déjà au centre d'une réunion mercredi à l'Elysée. "Nous devons mettre un terme aux implantations sauvages de campements Roms. Ils constituent des zones de non-droit qu'on ne peut tolérer en France", a-t-il lancé, en évoquant le démantèlement d'ici fin septembre "de l'ensemble des camps de Roms qui font déjà l'objet d'une décision de justice". "Là où cette décision de justice n'a pas encore été prise, nous allons engager des démarches pour qu'elle intervienne le plus rapidement possible".

"Dans les trois mois, je veux qu'au moins la moitié des implantations sauvages de ce type aient disparu du territoire français", a encore indiqué le président, répétant ce qu'avait annoncé mercredi le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.
Super précis le "d'origine étrangère"...

Etre d'origine étrangère est un facteur suffisant pour aggraver la peine (en ajouter une de fait). Intéressant. Bon j'imagine que le Conseil Constitutionnel va devoir encore devoir relire les articles de notre constitution à Minilui qui visiblement à une mémoire défaillante (je me demande combien il les a acheté ses diplômes de droit). A force il va p'têt décider que le CC ça fait chier et leur retirer la nationalité pour propagande anti-patriotique. A moins qu'il ne le fasse exprès sachant que ce sera retoqué mais qu'entre temps on aura plus parlé de ça que du fait qu'il a autorisé une ultra-riche branleuse à frauder le fisc avec l'aide passive de l'état contre du pognon pour gagner les élections ou faire bosser les gras cassés de l'entourage. Ou provoqué la mort de plusieurs civils français parce qu'il a merdouillé dans une autre affaire de pots de vin. On a déjà oublié tellement d'affaires comme ça (genre son appart' à Neuilly). Ou bien zapper la réforme des retraites...

Sinon, bah oui c'est évident que les clandestins ont droit à un max de prestations sociales... Trop évident même... On est plus à une absurdité près faut croire. Pis ça m'amuse vu que dans l'extrait suivant il parle des étrangers non communautaires (manière de dire les noirs et les bougnoule même si en fait y'a encore du gars de l'est "non communautaire" et pas mal d'asiat'). C'est quoi le rapport entre les étrangers non communautaires et les sans papiers ? En quoi le taux de chômage des uns explique qu'on doit surveiller les prestations sociales que recevraient les autres ?

Il mélange tellement tout qu'il faudrait des pages et des pages pour faire une explication de texte.

Et sérieux, j'aime pas les références à la con mais ça sent vraiment mauvais ces attaques répétées contre les "étrangers", les "immigrés", les "roms", les "gens du voyage", les "sans-papiers", les "musulmans" etc. Je met des guillemets parce que c'est tellement une bouillie mal digéré ses catégorisation à l'autre énervé qu'on ne sait plus de quoi il parle. Je ne pense pas du tout que notre minimus se rêve en new Fürher (surtout qu'il a pas du kiffer la fin du film), je pense plutôt qu'il fait de la com' tous azimuts, mais sérieux il ne se rend peut être pas compte des forces qu'il met en branle en flattant et confirmant tous les bas instincts et autres préjugés stupides déjà bien enracinés dans les inconscients populaires. On est en train de perdre 15 ans de lutte contre l'imbécilité là. Au moins. Sans compter les dérapages qui ne vont pas manquer d'augmenter et de monter en gamme. En Italie les ratonnades (expéditions armées façon vindicte populaire à l'ancienne) de Roms se sont pas mal multipliée ces derniers temps.

Mais il s'en branle de ça. Au contraire, fragmenter, diviser, forcer les oppositions ça le sert (enfin il semble). Et accessoirement sur chaque point il se trouve toujours une majorité de gens pour penser que les roms c'est quand même un peu des voleurs, les noirs des feignasses, les arabes des arnaqueurs, les immigrés des aspirateurs à aides sociales etc. Donc pourquoi qu'il s'priverait (à part pour rendre les gens moins cons mais bon ça...).

Sur le même sujet :
Le Monde : Nicolas Sarkozy met la déchéance de nationalité au coeur de sa politique sécuritaire
Libé : http://www.liberation.fr/societe/010164 ... ns-papiers
Le Fig' :Sarkozy veut déchoir certains criminels de la nationalité

Edit : le Monde propose un décryptage (bien fichu d'ailleurs vu le temps de rédaction) : Délinquance, immigration : Sarkozy poursuit son virage à droite
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"Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais" - Henry Morgenthau, remettant son rapport sur l'utilisation abusive des paradis fiscaux par les contribuables au président Roosevelt en 1937.

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