Modérateurs : Magistrats de Jade, Historiens de la Shinri
Une satire provocatrice et sauvage de la famille japonaise et de ses rêves dérisoires. Jeune cinéaste underground très en vue au Japon, Sogo Ishii a également réalisé le premier film punk japonais, Burst City.
Dans la famille Kobayashi, le père Katsuhiko se consacre à son travail, la mère Saeko occupe parfaitement sa place de femme au foyer, la fille Erika prend des cours de chant et le fils Masaki prépare ses examens. Tout va bien, d'autant que les Kobayashi réalisent leur rêve : emménager dans une maison moderne en banlieue. Cette petite musique du bonheur tourne court quand arrive le grand-père, Yasukune. Katsuhiko entreprend alors de creuser le sol de la cuisine pour lui faire une chambre, Saeko se met à faire des strip-teases, Masaki tente par tous les moyens de rester éveillé pour étudier et Erika ne maîtrise plus sa sexualité naissante...
Giro-ninjo
Les drames familiaux qui reposent sur le conflit entre le devoir et l'inclination personnelle, ou giro-ninjo, constituent au Japon un véritable genre. Chez Ozu, il revenait au spectateur d'en décoder les rouages symboliques. Sogo Ishii, lui, réalisateur de Crazy thunder road et d'Angel dust, cultive l'art de l'explosion et du grand guignol. La petite maison de banlieue des Kobayashi se transforme en un champ de bataille où éclatent les tensions suscitées par le travail, la soumission, la sévérité de l'école, la soif de reconnaissance, le patriotisme... On se bat à coups de battes de base-ball, de couteaux, de sabres ou de marteaux-piqueurs ! Jouant sur des oppositions très nettes entre les tableaux vivants et les scènes de violence, entre la tranquillité et le mouvement, Sogo Ishii fait naître la folie du quotidien. À travers ce film imprévisible, il livre un portrait insolent de la famille et, par extension, une satire provocatrice du Japon au milieu des années 80. Depuis son passage remarqué au festival de Berlin, en 1984, cette oeuvre miroir a ouvert de nouvelles voies au giro-ninjo. Depuis, tout un pan du cinéma japonais contemporain ne cesse de l'explorer, de l'interroger et de le réinventer, de Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro) à Takashi Miike (Visitor Q), de Hirokazu Kore Eda (Nobody knows) à Katsuhito Ishii (The taste of tea).
le 30 mars :Ce soit A 23h15 Tampopo
Tampopo (“Fleur de pissenlit”) tient courageusement une médiocre gargote de soupe aux nouilles (ramen) dans un quartier populaire de Tokyo. Un jour, Goro, un routier à la dégaine de cow-boy, lui dit que ses nouilles “manquent de corps et de tripes”. Elle le convainc de lui enseigner l’art de cuisiner un bon bouillon. Commence alors une longue et douloureuse ascèse à la recherche de la soupe aux nouilles absolue…
Western-nouille
À partir des aventures de Tampopo – qui, à force de persévérance et d’obstination, va s’imposer comme la reine de la nouille–, Juzo Itami nous invite à découvrir les relations extraordinaires que les Japonais entretiennent avec la nourriture. Aussi vrai que le bouillon est l’âme des nouilles, la nourriture et le sexe sont les deux grandes passions des Japonais. Les séquences s’enchaînent, hilarantes, bourrées de références cinématographiques qui vont du western au thriller en passant par le film érotique, le mélodrame et même la comédie musicale ! Le public japonais a fait un triomphe à ce film qui se plaît à ironiser sur les moeurs culinaires du pays tout en plaçant le bouillon de nouilles au niveau des plus grandes valeurs de l’existence.
ET la meme nuit a 0h35 !!!Jeudi 30 mars 20h40 Le festin chinois
Au Siu-Fung est le patron du Quing et Han, l’un des meilleurs restaurants de Hong Kong. Un jour, Wong Wing, un mafieux qui veut mettre le business de la restauration en coupe réglée, vient le provoquer en duel. Un duel culinaire, arbitré par un jury d’experts : le traditionnel “festin impérial”. Au Siu-Fung relève le défi mais, lâché par son personnel, il a une attaque. Sa fille Au Ka-Wai et le jeune voyou Chiu, apprenti cuistot au Quing et Han, décident de l’aider. Il leur faut trouver un cuisinier qui connaisse les secrets du festin. Sur le conseil d’un jeune chef prodige, Lung Kwun-Bo, ils se mettent en quête de Kit, maître de l’art culinaire tombé dans la débine quand sa femme l’a quitté, cinq ans auparavant…
Patte d’ours et cervelle de singe
Relation à la nourriture, philosophie et moeurs culinaires : Le festin chinois est à la Chine ce que Tampopo est au Japon, mais dans un tout autre style. Car il est réalisé par le cinéaste hongkongais Tsui Hark, celui qui a revivifié le film de genre, sabre ou kung-fu, qui a fait renaître les mythes chinois à l’écran et qui a fondé en 1984 sa société de production, Film Workshop Ltd. Scénariste, réalisateur et producteur boulimique, il applique ici, après avoir exercé ses talents dans le polar ou l’épopée historique, son éblouissante maîtrise visuelle à un duel… culinaire. Sa virtuosité fait merveille. Les woks flambent, les crabes agitent leurs pinces, les poissons géants sèment la zizanie. Des cuisiniers karatéka tranchent le chou chinois à la vitesse de la lumière et sculptent le fromage de soja avec la délicatesse d’un Rodin. C’est très beau et ça a l’air très bon (même la patte d’ours et la cervelle de singe au menu du festin impérial). Parmi les acteurs, il y a bien sûr Leslie Cheung, mais il faut attribuer une mention spéciale à Anita Yuen et à Kenny Bee, tordants dans leurs numéros comiques. Quelques blagues purement chinoises nous échappent sans doute au passage, mais cela ne nous empêche pas une seconde de goûter avec bonheur ce petit régal de cinéma.
La nuit des morts vivants
(Etats-Unis, 1968, 96mn)
Le premier film d'horreur moderne de l'histoire du cinéma est un huis clos explosif, une épopée cruelle et efficace, une parabole cynique et politique sur la monstruosité du monde.
Chaque année, Barbara et Johnny vont fleurir la tombe de leur père. La route est longue, les environs du cimetière déserts. Peu enclin à prier, Johnny se souvient du temps où il était enfant et où il s'amusait à effrayer sa soeur en répétant d'une voix grave : "Ils arrivent pour te chercher, Barbara." La nuit tombe. Soudain, un homme étrange apparaît. Il s'approche de Barbara puis attaque Johnny, qui tombe et est laissé pour mort. Terrorisée, Barbara s'enfuit et se réfugie dans une maison. Elle est bientôt rejointe par Ben, un homme qui lui aussi cherche un abri.
LES PETITS PLUS
Ils sont vivants
Stylistiquement, La nuit des morts vivants s'inscrit dans la lignée du cinéma-vérité. Pour des raisons économiques, l'image est en noir et blanc. L'action se déroule dans un décor unique, le son est pris sur le vif, le cadrage serré, la caméra portée à l'épaule. Le montage et la musique sont discrets mais efficaces. Les acteurs miment le souffle de la vie et puisent au fond d'eux-mêmes leurs émotions, comme l'enseignait l'Actor's Studio. George A. Romero exhume une forme devenue banale - le huis clos - en prenant à contre-pied les attentes du spectateur. Il n'y a pas de romance entre Ben et Barbara, pas de plan d'attaque pour combattre les morts vivants revigorés par un nuage de radiations. Ces derniers sont (presque) relégués à l'arrière-plan, tandis que le conflit entre les personnages nourrit l'action. Le mordant du réalisateur de Zombies se dévoile à travers quelques scènes cruelles et ironiques. Réalisé en 1968, le film eut un succès immédiat et fut même présenté quelques années plus tard au Moma (Museum of modern art) de New York. Cette intrigue paranoïaque, épopée horrifique dont le héros principal est un Noir, se faisait l'écho des préoccupations politiques de son temps. Aujourd'hui, le statut des personnages, les morts décervelés et les médias bavards continuent de surprendre et d'intriguer. Romero a établi les conventions d'un genre. Son film, maintes fois copié et réadapté, reste une référence.
(Chine, 2004, 98mn)
Réalisateur: Li Yifan, Yan Yü
Dans le chaos des destructions et des relogements, chronique du quotidien à Fengjie avant la montée des eaux du barrage des Trois Gorges. Un beau film, mélange de réalisme social et de poésie.
Des berges escarpées du Yang-tseu-kiang, de larges escaliers montent vers la ville millénaire de Fengjie. Non loin des quais, M. et Mme Xiang tiennent une modeste pension où logent des débardeurs. Déjà âgés, Haiyu et Gulzen Xiang vont pourtant devoir reconstruire leur vie ailleurs. Après la mise en service du barrage des Trois Gorges, les eaux du fleuve engloutiront leur maison et la moitié de la ville. Les habitants sont censés être indemnisés et relogés. Mais ce qu'ils peuvent espérer obtenir est bien maigre... s'ils obtiennent quelque chose ! Dans le bureau du maire de Fengjie, M. Xiang tente de défendre sa cause. Rien à faire. Sa maison ayant été construite illégalement, il ne recevra aucune compensation. Plus haut dans la vallée, la nouvelle ville sort de terre. Les habitants sont loin d'être tous relogés. Malgré tout, en bas, les destructions commencent, à l'explosif pour les grands immeubles, à la force des bras pour le reste. Entre révolte et fatalisme, chacun réagit comme il peut. Certains refusent de quitter leurs maisons, d'autres s'en prennent aux cadres locaux. La population boycotte largement une réunion de tirage au sort des logements. M. Xiang, lui, cherche un nouvel emplacement pour sa pension... sous les piles d'un gigantesque pont ! Sa femme, elle, a baissé les bras...
LES PETITS PLUS
Injustice de toutes parts
"Nos amis nous suggéraient de faire un film sur la beauté et l'atmosphère de Fengjie, 'la ville des poètes', l'emblème de l'âge d'or de la culture chinoise classique. Certes, la poésie est la clé de notre travail. Mais une fois là-bas, nous n'étions plus très sûrs de savoir comment elle pourrait rendre compte de la douleur d'un vétéran, de la vie misérable des dockers traités comme des chiens. Tous n'avaient qu'une obsession : leur maison. Ce n'était de toutes parts que pauvreté et chômage, injustice sociale et droits civils oubliés." Li Yifan et Yan Yü ont filmé pendant plusieurs mois le quotidien des habitants de Fengjie, un quotidien fait de confrontations, de négociations, de destructions. Le sentiment d'impuissance et le désespoir sont palpables. Haiyu Xiang pleure en silence quand il comprend que ses efforts pour trouver une maison, ou ne serait-ce qu'un bout de terrain, sont vains. La situation des habitants de Fengjie est tout simplement révoltante. On est d'ailleurs surpris par leur relative sérénité car, malgré quelques disputes, bagarres et crises de nerfs, tout se passe plutôt dans le calme. Le documentaire, construit autour de quelques personnages clés, est aussi une plongée hallucinante dans cette ville en plein chambardement. Nuages de poussière, montagnes de débris, entrelacs de ferraille... la poésie du chaos.
Ah merde, moi qui pensais que Spielberg était juif...pas la version de M Scientologie.
C'est une association pour diriger le monde !Ding On a écrit :Ah merde, moi qui pensais que Spielberg était juif...pas la version de M Scientologie.