Doji Satori a écrit :
Ce qui me pose problème en l’espèce n’est pas ce qu’il y a dans L5A mais l’extension qu’en fait Kocho.
Sauf qu'il s'agit uniquement d'une interprétation abusive de ta part… Il faudrait que tu montres clairement et sans ambigüité, avant de pouvoir lancer des accusations pareilles, en quoi j'ai fait une telle "extension".
Il n'y a eu aucun jugement de valeur dans mes propos. Que les classes dominantes inventent des critères de goût (ce que Bourdieu recouvre sous la notion de distinction) pour se différencier des classes dominées ne doit pas nous obliger à adopter les mêmes critères. Je ne l'ai d'ailleurs pas fait, j'ai juste montré le mécanisme. C'est toi qui en a déduit que les critères des classes dominantes étaient forcément des critères absolus. Ce n'est pas le cas en ce qui me concerne. Jusqu'à ce que tu apportes la preuve irréfutable du contraire (ce qui va être dur puisque je n'ai jamais dit une chose pareille), j'affirme qu'à moins d'une lecture tendancieuse, on ne peut conclure de mes propos sans les altérer que je considère les critères des samurai comme objectifs en matière de beauté.
En rajoutant dans mon discours des notions qui ne s'y trouvent pas (celle d'une supériorité intrinsèque liée à l'apparence, celle que les geisha singeraient la beauté des femmes nobles), tu tires des conclusions disproportionnées et déplacées. Supposer que je considère que l'humanité d'un samurai est supérieure à celle d'un heimin ou d'un eta, c'est non seulement faux mais c'est aussi insultant. Avant de tirer une conclusion pareille, il aurait peut-être fallu mieux relire de quoi on parlait, parce que c'est une accusation assez grave, très déplaisante si elle n'est pas justifiée, et qui ne devrait en tout cas pas être lancée à la légère. En l'occurrence il est facile de montrer, citations exactes à l'appui, qu'elle est sans fondement :
J'ai bien précisé "Je pense que la villageoise considérée belle comme un cœur par les autres heimin ne sera pas souvent considérée comme telle par le samurai". Je ne vois pas ce qui permet de déduire de cela que j'estime 1° que les samurai ont raison. 2° qu'ils sont pour moi intrinsèquement supérieurs, (ni même 3° que la villageoise belle comme un cœur est supérieure à une autre que les villageois considèreraient laide comme un pou, puisque la beauté semble si facilement pour toi assimilable à la supériorité). Ce n'est pas pour rien que j'ai précisé que la villageoise en question est belle comme un cœur
aux yeux des autres villageois, le fait que les samurai ne le voient pas ne permet pas d'en tirer la conclusion que selon moi, les villageois ont tort de la voir ainsi et certainement pas qu'une beauté quelle qu'elle soit est une marque de supériorité.
De même, j'ai dit et je répète que la geisha est là pour lui donner au samurai l'illusion qu'il passe un moment avec une femme de sa classe sociale (que les courtisanes copient les geisha ou que les geisha copient les courtisanes est donc sans importance). Ce n'est pas un jugement de valeur sur l'humanité de la geisha ou des non samurai, leur supériorité ou leur infériorité, mais une explicitation du point de vue du samurai et de la la fonction qu'occupe la geisha pour lui.
Je n'ai jamais parlé d'une illusion de beauté contrairement à ce que tu affirmes mais seulement de "l'illusion qu'ils [les samurai] sont avec des femmes distinguées" lorsqu'ils sont avec des geisha (sachant que j'avais déjà défini la distinction simplement comme "un moyen de distinguer entre ceux qui font partie de leur caste et ceux qui ne le sont pas" dans le même post, qui était par ailleurs sans ambigüité sur le peu de cas que je fais de l'importance d'être "distingué").
C'est comme si je disais qu'une actrice de comédie romantique donne au spectateur de la classe moyenne l'illusion d'être sa voisine de palier. Ça ne nous informe pas sur qui est l'actrice en réalité (il y a pourtant peu de chance qu'elle vive sur le même palier qu'un spectateur de la classe moyenne), mais uniquement sur la fonction symbolique qu'elle occupe auprès du spectateur. Si tu veux en tirer la conclusion que l'actrice "singe" la classe moyenne et protester en rappelant que la classe moyenne s'inspire des vêtements portés par les vedettes de cinéma, libre à toi, mais c'est sans rapport avec l'argument soulevé (en l'occurrence la supériorité ou l'infériorité sociale sur laquelle tu mets l'accent n'est pas pertinente, puisqu'il s'agit juste dans le cas de l'actrice ou de la geisha de donner l'illusion d'une
proximité sociale et que le phénomène décrit est le même - créer un désir par le biais d'une connivence sociale simulée. Mais après le tournage du film, l'actrice retourne dans sa somptueuse villa de Beverly Hills, et après la soirée où des samurai l'ont traitée comme si elle faisait partie de leur monde, la geisha reste une hinin).
Affirmer que la formation du goût est une affaire de classe ne suppose absolument pas qu'une classe sociale, même dominante, même si elle est adoptée comme modèle, a meilleur goût qu'une autre. D'ailleurs je n'ai jamais prétendu non plus que les critères de beauté d'une société étaient des absolus et ne sous-tendaient pas une certaine superficialité (car il ne tiennent compte que des apparences). Déjà que je trouve que les critères esthétiques de notre société sont discutables…
Perso, j'ai tendance a trouver que les riches ont souvent des goûts de chiottes (une rolex, c'est moche et voyant), parce que conformistes et sans créativité, mais au fond, j'admets que c'est juste ça : une affaire de goût. Ça ne m'empêchera pas de jouer un riche qui porte une rolex dans un scénario contemporain et qui croit que les pauvres ont tous mauvais goût et sont vulgaires, et pour bien le jouer, il est nécessaire que je comprenne et interprête (ce qui n'est pas la même chose qu'adopter) ce point de vue.
Ce qui m’interpelle, c’est que pour Kocho et toi avoir une société supérieur / inférieur « dure » légitimée sur des critères physiques / raciaux / pseudos génétiques vous apparait ignoble alors que d’avoir la même société légitimée sur des aspects « ordre céleste » / dynastique / descendant des dieux passe très bien.
Non seulement c'est un raisonnement spécieux, mais c'est une affirmation sans fondement qui ne reflète aucunement mes convictions, ni la façon dont je joue, ni les propos que j'ai tenus dans ce forum.
La société Rokugani n'a jamais été pour moi un modèle utopique, ni même un fantasme. Je n'ai jamais dit que c'était un système désirable ou indiscutable, et encore moins qu'il ne posait pas de problème. Au contraire ce que j'aime dans le système Rokugani, ce sont les problèmes et les conflits qu'il pose. Jouer dans un background de société idéale où tous les problèmes ont été résolus, et où il n'y a plus d'abus de pouvoir, m'intéresse assez peu.
En revanche, Rokugan, pour moi, est un très bon background de fiction qui permet de mettre en valeur entre autre les rapports de classe en les radicalisant. Mais pour cela, il faut que les joueurs acceptent de jouer le jeu et d'interpréter l'état d'esprit d'un membre d'une caste élitiste et dominante (même si elle n'est pas que cela, ce sont deux caractéristiques importante de leur condition de samurai). Ça ne veut pas dire qu'ils trancheront un hinin à chaque fois que celui-ci les regardera de travers en se basant sur le kirisutegomen, mais qu'ils ont le choix de rendre une "justice" sommaire si jamais ils estiment un membre des basses castes compromet leur honneur ou les insulte. À partir du moment où le principe qu'un samurai à Rokugan peut tuer un membre des basses castes sans être inquiété existe, cela devrait avoir une implication pour les PJ et les campagnes jouées à Rokugan (ou alors c'est juste sans intérêt de le préciser). Ainsi les joueurs se rendent compte de ce que cela veut vraiment dire et quelles en sont les conséquences (il doit y en avoir) quand c'est mis en application.
Maintenant, non, (en général) les samurai ne voient pas (tous) les eta comme des meubles, en tout cas, pas s'ils ont un serviteur eta qui les accompagne tous les jours pour participer à des autopsies (c'est assez bien montré dans La Voie de l'Ombre). Maintenant, à toutes les époques, il y a des gens qui traitent ceux qui travaillent pour eux moins bien et avec moins de respect que si c'était des objets de prix (j'en ai malheureusement rencontré), je ne vois pas pourquoi Rokugan échapperait à ça...
Soyons clair, je ne mélange pas le joueur et le personnage et je prends ceux avec lesquels je joue comme des personnes assez intelligentes pour faire la distinction entre le point de vue des PJ rokugani sur leur société et leur point de vue de joueurs, citoyens d'une société moderne.
Si j'ai dit plus haut que ton raisonnement était spécieux, c'est parce que le fait qu'une hiérarchie sociale soit légitime est tout à fait compatible avec le fait qu'elle constitue un système ignoble... Tu opposes artificiellement ignoble et légitime, alors que ce sont des notions qui ne s'excluent pas : l'une est un jugement de valeur, l'autre est simplement un état de fait qui dépend des critères d'une société particulière : un Daimyo élu au suffrage universel ne serait pas légitime à Rokugan, ça ne veut pas dire que ce serait ignoble (juste, ça ne marcherait pas, et d'ailleurs une telle idée ne viendrait à l'esprit de personne).
Dire que l'Empereur Hantei soit légitime à Rokugan parce qu'il descend en ligne directe d'un Kami, ce n'est pas discutable. Qu'il ait droit de vie et de mort sur ses sujet et qu'il ne soit soumis lui-même à aucune loi, me semble néanmoins ignoble dans mon contexte moderne ou les notions de liberté individuelle, d'égalité et de droits de l'Homme ont été théorisée - parce qu'un tel pouvoir me semble disproportionné et dangereux qu'il s'agisse du descendant d'un Dieu ou d'un homme.
Pour autant, cela apparaitra probablement normal à la plupart des Rokugani que j'interprète en partie (non parce qu'ils sont plus bêtes que moi, mais parce qu'ils sont le produit de leur société, comme je suis celui de la mienne). Pour autant, un Hantei peut être un souverain juste et éclairé, et ce serait assez stupide de la part d'un MJ de ne montrer que les aspects dysfonctionnels et arbitraires du pouvoir à Rokugan sous prétexte qu'il veut prouver à ses joueurs qu'il est un vrai humaniste éclairé (au bout d'un moment, on se demanderait comment la société fait pour fonctionner, et tout le monde aurait l'impression de jouer à "Legend of the Obvious GM's Message RPG").
Donc, voilà, on peut aimer Rokugan pour son histoire, pour la diversité, ses métaphores, pour les possibilités que cela donne de raconter des histoires, pour essayer d'épouser le code d'honneur des samurai, le tao de Shinsei et chercher à comprendre le point de vue de ceux qui s'y conforment sans adhérer aucunement aux principes archaïques (nécessairement, puisque cette société l'est) de la société dans son ensemble. Comme on peut aimer Pendragon pour la possibilité de raconter des histoires de chevaliers valeureux sans peur et sans reproche et se demander comment interpréter au mieux le point de vue des chevaliers sans pour autant considérer comme vertueuse la structure féodale elle-même et la centralisation du pouvoir autour d'un roi Arthur qui unifie son pays par la conquête armée et légitime son pouvoir par la possession d'une épée divine.
Tu fais d'ailleurs une autre similaire erreur de raisonnement en disant que Rokugan n'est pas une société de caste mais une société d'élite, comme si les deux étaient incompatibles ! Que ça n'ait pas de rapport avec la société historique japonaise on le savait, merci (et tant mieux), mais en revanche c'est quand même une société de caste (avec ordre céleste, cycle des incarnations et tout le toutim).
Et entre parenthèse ce que tu dis sur la xénophobie est tout à fait absurde. La xénophobie radicale est justement liée à l'isolation… Ce sont ceux qui ne n'ont jamais vu pas d'étrangers et aucun contact avec d'autres cultures qui ont le plus de chance d'avoir des préjugés xénophobes. Plus on s'intéresse et plus on s'ouvre aux étrangers plus la xénophobie s'atténue (cela ne va pas sans friction, naturellement, puisque toute confrontation avec d'autres civilisations peut créer des tensions et que l'être humain a tendance a percevoir comme menaçant tout ce qui n'est pas familier). Dans le cas de Rokugan la xénophobie est largement liée à l'isolation de l'Empire et au souvenir laissé par l'invasion gaijin. Ce n'est pas une xénophobie intrinsèque, mais une attitude générale justifiée par un contexte. Du reste, personne ne peut dire sérieusement que tous les Rokugani sont xénophobes (les Licornes, par exemple ne le sont pas…)
Pour finir, je garde l'impression que ton attaque (c'en était une) était mal avisée. La réduction ad hitlerum ne pouvait que créer une réponse négative sur le thread d'autant qu'elle n'était pas justifiée. Tu ne sembles pas avoir lu les posts précédent d'un œil débarrassé de préjugés et tes réponses déforment les propos tenus autant sur le fond que dans la forme.
Certes, ce ne serait pas glorieux de considérer sérieusement et sans recul que les eta de Rokugan ne sont pas des êtres humains ou que les geisha ne peuvent que singer la beauté des Doji, mais il me semble qu'avant de donner de grandes leçons moralisatrices sur des propos (que je n'ai pas tenus) par rapport à des êtres de fiction, il vaut mieux ne pas diaboliser ses interlocuteurs gratuitement (en utilisant par exemple des propos à l'évidence tenus sur le point de vue des PJ et PNJ samurai à L5R, pour les transformer par un effet de manche peu convaincant en un point de vue de joueurs).
Les interlocuteurs en question, eux, ne sont en tout cas pas des êtres de fiction, et émettre sans éléments probant le soupçon qu'ils sont crypto-fascistes - tu n'utilises pas le mot, mais c'est exactement comme ça qu'on appelle le genre de personne qui met sa main sur le cœur en prétendant que tous les hommes sont égaux, mais fantasme une société dans laquelle il peut traiter ceux qui ne sont pas de sa caste comme des sous-hommes –, même si ce soupçon est sans fondement aucun, me semble définir une échelle des priorités assez discutable (genre : "je m'indigne et m'inquiète de vous entendre dire des choses horribles lorsque vous prenez le point de vue de personnages fictionnels sur une autre catégorie de personnages fictionnels dans un monde de fantasy, mais je n'hésite pas à accuser des personnes réelles de défendre l'indéfendable en déformant leurs propos même si ça les faire apparaitre comme des crypto-fascistes").
Affirmer ensuite, comme dans ton dernier post, qu'il ne faut pas inverser les propos etc, apparait comme une tentative assez impressionnante de contorsion rhétorique pour passer pour le bouc-émissaire du thread… Ce n'est pas gagné : il suffit de relire quelques post en amont pour voir personne ne t'a attaqué avant que tu ne te lances dans une comparaison aussi insultante que déplacée, qui ne pouvait que desservir ton discours et oblitérer tout autre discussion en cours. Ici, tu as été l'agresseur (peut-être par maladresse, admettons), non une victime (même si tu essayes maintenant de jouer à celui qui voulait rétablir le compas moral), et tu as récolté ce que tu as semé (des réponses parfois agressives à un post qui l'était bien davantage).