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Publié : 05 févr. 2008, 18:10
par Kõjiro
On continue sur la liberté de la presse (bon en même temps là c'est le Figaro, m'enfin quand même...)

http://www.rue89.com/2008/02/05/le-figa ... -sa-marque
Par Augustin Scalbert (Rue89) 16H44 05/02/2008

Depuis quelques semaines, Le Figaro accumule les controverses. Avec Michel Rocard, qui a fustigé le quotidien conservateur, avec le blogueur Eric Dupin, qui l'a accusé de censure. Une tribune du député socialiste Manuel Valls, commandée, est également passée à la trappe. Alors que la direction a annoncé ce matin un plan de départs volontaires, Rue89 revient sur les changements de ligne éditoriale insufflés par l'ancien numéro 2 de TF1, qui fêtera ses 68 ans le 1er mars.

Michel Rocard a justifié sa démission de la commission Pochard par une "faute" du Figaro, auteur selon lui d'un "titre mensonger" (lire l'encadré).

L'"état d'esprit" Mougeotte selon Rocard
Le 31 janvier, Le Figaro publie une interview de Michel Rocard avec cet appel à la Une: "Rocard propose de payer les profs au mérite". En pages intérieures, voici ce que déclarait l'ancien Premier ministre, membre de la commission Pochard sur le métier d'enseignant:

"C'est certain: il faut améliorer la prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des enseignants."

Dès la parution, Michel Rocard s'insurge, dément et face à la polémique déclenchée par ce titre, annonce sa démission de la commission. Dans sa lettre aux autres membres, publiée sur le site de L'Express, il s'étend longuement sur cet épisode, et conclut:

"L'étonnant est que cela vienne du Figaro, peu coutumier de ce genre de choses. Mais il a changé de direction il y a quelques mois, le nouveau directeur de la rédaction vient de la télévision commerciale. Il est un de ces boute-feux majeurs dans le paysage audiovisuel français. Je vois une trace nette de son état d'esprit dans ce qui vient de se passer..."

Etienne Mougeotte n'a pas souhaité répondre mardi à nos questions sur ces différentes controverses.

Eric Dupin, blogueur spécialisé dans l'analyse des sondages et chroniqueur au Figaro depuis fin 2006, attribue la fin de son contrat à un texte un peu trop prématuré sur la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy.

Pas de tribune pour l'adversaire de M. Dassault

Manuel Valls, lui, a rendu le 14 décembre une tribune sur les retraites qui lui avait été commandée par la rédaction du quotidien pour les pages "Débats-Opinions". Elle n'a jamais été publiée. Ces deux derniers incidents, qui ont suscité des frictions en interne, seraient à l'origine du licenciement de Stéphane Marchand, directeur adjoint de la rédaction en charge desdites pages, renvoyé en même temps que son homologue en charge des pages culture, Emmanuel Fessy, et qu'un éditorialiste économique, Philippe Reclus.

Par un pur hasard, le député-maire PS d'Evry se trouve être élu de la 1ère circonscription de l'Essonne. Elle couvre la ville de Corbeil-Essonnes, dont le sénateur-maire UMP est Serge Dassault, propriétaire du Figaro et adversaire malheureux de Valls aux législatives de 2002. Les deux hommes sont en campagne pour les municipales. Commentaire de Manuel Valls:

"A l'époque du prédécesseur de Nicolas Beytout, j'avais cru comprendre que M. Dassault était prévenu quand je publiais une tribune. Puis ça s'était arrêté. Là, je sens qu'il y a un changement."

Précisons cependant qu'un directeur de la rédaction reste maître de ce qu'il publie dans son journal...

La politique passe au premier plan

Etienne Mougeotte a remplacé Nicolas Beytout le 20 novembre 2007. Depuis son arrivée, un bouleversement de taille -du point de vue de la rédaction- s'est opéré dans le rubriquage: les pages politiques ouvrent désormais le journal. Cette première historique -l'international occupait auparavant cette place- intervient en raison des municipales.

"C'est un essai", justifie un rédacteur en chef. "Pour l'instant, ça ne dérange que les journalistes. Etienne est hyper-pragmatique: si ça marche, ça restera. Mais si ça dérange les lecteurs, on arrêtera." Selon le même journaliste, une très récente étude de lectorat montre que "l'international est un des points forts du journal, avec l'économie, la science et la médecine. Mais la politique suscite aussi un énorme intérêt."

Les pages municipales "régionalisées" auraient déjà un effet positif sur les ventes. Mais la rédaction s'interroge, et se souvient que Nicolas Beytout avait convaincu Serge Dassault de ne pas consacrer deux pages quotidiennes à l'actualité parlementaire.

Un journaliste: "C'est bas de gamme"

Etienne Mougeotte répète sans cesse son credo: "la proximité". "On a l'impression que le modèle, c'est Le Parisien et RTL", commente un autre rédacteur en chef. "Avant, c'était plutôt Le Monde ou le Herald Tribune." Et de dénoncer un titre de Une "bas de gamme" pour annoncer la mort de Carlos: "Il était l'ami de tous".

Dans la même veine, certains journalistes ont été choqués par le choix d'une photo d'Estelle Mouzin sur trois colonnes à la Une pour un supposé rebondissement de cette triste affaire. D'autres s'offusquent que le journal ait recours, dans l'édition de ce mardi, à une pigiste de luxe -Anne Sinclair- pour interviewer le journaliste américain Carl Bernstein. En promo pour son dernier livre, Bernstein s'est déjà abondamment exprimé dans les médias français.

Les services politique et économie échappent au plan de rigueur

L'article est ainsi vendu en Une, à côté d'une photo de l'épouse du directeur général du FMI: "Anne Sinclair parle du duel démocrate avec le journaliste du Watergate". "Ça a été très repris dans les revues de presse", justifie un rédacteur en chef. Renseignement pris, sur les trois radios généralistes nationales, seule RTL a évoqué l'entretien, en parlant du "retour au journalisme" d'Anne Sinclair...

Le même jour, la direction du groupe annonce un plan d'économies de 12 millions d'euros, dont 7 proviendraient de départs volontaires. Seul le quotidien -déficitaire de 10,5 millions d'euros en 2007 alors que le groupe est légèrement bénéficiaire- est concerné par le plan. Quarante employés administratifs et autant de journalistes devront partir. Seuls deux services de la rédaction seront épargnés, selon l'annonce faite par le directeur général, Francis Morel: politique et économie.

Publié : 05 févr. 2008, 18:15
par Kõjiro
Kyorou a écrit :mais il y a une chose que savent pertinemment bien les politologues (et le Dr. House) : les gens mentent. Toujours.
:)
Au passage, le referendum d'initiative populaire est très différent et idéal si on veut qu'un pays s'embourbe dans le conservatisme bas de plafond.
Ca semble logique vu qu'on inverse la question de l'initiative. Maintenant ça peut aussi s'apparenter à du lobbying... avec le même genre d'effets pervers. Non ?

Publié : 05 févr. 2008, 18:16
par Kakita Inigin
Merci pour le cours. :jap:
:lectureàtêtereposéeplustard:

Publié : 05 févr. 2008, 18:46
par Kyorou
Kõjiro a écrit :Maintenant ça peut aussi s'apparenter à du lobbying... avec le même genre d'effets pervers. Non ?
Je ne pense pas, vu que le lobbying consiste à s'adresser directement aux décideurs politiques pour les convaincre d'agir comme on voudrait qu'ils le fassent. Il s'agit de persuader les personnes qui sont en charge, entre professionnels. Le referendum d'initiative populaire a pour effet de décourager les décideurs politiques de prendre des initiatives, qui pourraient être sanctionnées négativement par le peuple, et de les pousser à suivre l'opinion -conservatrice- de la majorité.

Publié : 05 févr. 2008, 18:48
par Kõjiro
Kyorou a écrit :
Kõjiro a écrit :Maintenant ça peut aussi s'apparenter à du lobbying... avec le même genre d'effets pervers. Non ?
Je ne pense pas, vu que le lobbying consiste à s'adresser directement aux décideurs politiques pour les convaincre d'agir comme on voudrait qu'ils le fassent. Il s'agit de persuader les personnes qui sont en charge, entre professionnels. Le referendum d'initiative populaire a pour effet de décourager les décideurs politiques de prendre des initiatives, qui pourraient être sanctionnées négativement par le peuple, et de les pousser à suivre l'opinion -conservatrice- de la majorité.
Ah je voyais pas ça comme ça (comme quoi les termes, c'est parfois flou pour les gens). C'est pas le truc genre si on arrive à x nombre de pétitionnaires sur un sujet, il doit être discuté au parlement ?

Publié : 05 févr. 2008, 18:52
par Kõjiro
Super vu qu'on a notre sarko maintenant, Berlusconi revient aux affaires.... Elle va être belle l'Europe...

Le chef de l'Etat va dissoudre le Parlement.

Publié : 05 févr. 2008, 20:03
par Kyorou
Kõjiro a écrit :C'est pas le truc genre si on arrive à x nombre de pétitionnaires sur un sujet, il doit être discuté au parlement ?
Le lobbying ? Non, pas vraiment. En Français, on traduirait plutôt par "groupes de pression" (en France, c'est plutôt mal vu, donc dissimulé):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobbying

EDIT : accessoirement, je pense que ce dont tu parlais, l'initiative législative, qui a à voir avec le concept de démocratie participative, devrait être introduit au niveau européen par le Traité de Lisbonne.

Publié : 05 févr. 2008, 20:36
par Kõjiro
Kyorou a écrit :
Kõjiro a écrit :C'est pas le truc genre si on arrive à x nombre de pétitionnaires sur un sujet, il doit être discuté au parlement ?
Le lobbying ? Non, pas vraiment. En Français, on traduirait plutôt par "groupes de pression" (en France, c'est plutôt mal vu, donc dissimulé):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobbying

EDIT : accessoirement, je pense que ce dont tu parlais, l'initiative législative, qui a à voir avec le concept de démocratie participative, devrait être introduit au niveau européen par le Traité de Lisbonne.
Non le lobbying je vois ce que c'est, c'est le réferendum d'initiative populaire et l'initiative législative que je confondais ;)

Et effectivement il me semble que c'est un truc qui va apparaitre au niveau européen. Mais je ne savais si c'était nouveau ou quelque chose de déjà existant par ailleurs.

Publié : 06 févr. 2008, 10:11
par Ding On
Un petit lien pour Kojiro :

http://saintseiyaforum.com/viewtopic.ph ... 530#174530

L'itw croisée de Thuram et du jeune d'origine sénégalaise est très intéressante.
Les réactions du topic, bcp moins comme d'hab' dans ce forum. Ca va encore hérisser notre pauvre porteur de la Perche à Sécher mais faut ce qui faut ! :mal:

Publié : 06 févr. 2008, 11:01
par Goju Kaze
Ding On a écrit :Un petit lien pour Kojiro :

http://saintseiyaforum.com/viewtopic.ph ... 530#174530

L'itw croisée de Thuram et du jeune d'origine sénégalaise est très intéressante.
Les réactions du topic, bcp moins comme d'hab' dans ce forum. Ca va encore hérisser notre pauvre porteur de la Perche à Sécher mais faut ce qui faut ! :mal:
Il faut être membre pour lire...

:kaze:

Publié : 06 févr. 2008, 11:26
par Ding On
Ding On a écrit :Un petit lien pour Kojiro :
Après, si d'autres veulent s'arracher les yeux devant tant de conneries, libre à eux.

Publié : 06 févr. 2008, 14:11
par Mirumoto Ohmi
La réalité dépasse la fiction!
Grand Angle
«Loue studette contre pipe»

Dupuy-Berberian
Certains propriétaires profitent de la crise et, contre un logement, proposent un nouveau type de troc. «Libération» a testé quelques annonces sur Paris.
ELHAME MEDJAHED et ONDINE MILLOT
QUOTIDIEN : mercredi 6 février 2008

77 réactions  
Il a rappelé une heure avant pour s’assurer que nous serions bien au rendez-vous, a ouvert la porte de son appartement en souriant, a offert un verre au salon, puis s’est assis, le sourire toujours aux lèvres et les yeux vissés sur nous. Antoine (1), 47 ans, haut fonctionnaire, est bavard et disert sur la «colocation» qu’il propose. «Confort», «calme», «indépendance»… «C’est un quartier agréable. Et vous aurez votre chambre.» Mais ce dont Antoine aimerait surtout parler, c’est des contreparties qu’il attend de sa colocataire. «Se promener nue le plus souvent possible. Ecarter les jambes sur le canapé pour m’exciter. Pas de contrainte de fréquence pour les rapports sexuels, mais faudra pas se foutre de ma gueule non plus. Au début, je risque d’avoir envie souvent.» Voilà environ deux ans qu’Antoine recrute ainsi des colocataires, via une annonce sur le site Internet Missive, à laquelle nous avons répondu. Pas de loyer numéraire, on paye en nature. Pas de bail non plus, «tout est basé sur la confiance». Quant à la durée, «pas de limites». «Ça peut être en mois, en années. Les seules filles que j’ai virées sont celles qui ne respectaient pas leurs engagements.»
Antoine n’est pas le seul à pratiquer ce type d’échange - appartement contre sexe - à Paris. Dans un contexte de crise du logement, la formule semble s’être répandue. Sur Missive, la rubrique parisienne «A louer» recense de nombreuses offres d’hommes proposant des colocations ou studios indépendants «contre services sexuels».Mais également de femmes, troquant leurs charmes contre un toit. Ailleurs, sur Kijiji, Vivastreet ou dans le journal gratuit Paris Paname, on trouve aussi des annonces, plus masquées. Le mot sexe n’apparaît pas, ce sont les mentions «pour jeune femme», «contre services» et l’absence de montant pour le loyer qui servent d’indices.
Exigences. Antoine est lucide sur les motivations de ses colocataires. «Je sais bien que si vous aviez les moyens de vous loger autrement, vous ne viendriez pas chez moi.» Ce qui n’entraîne aucun scrupule quant à ses exigences, dont la liste s’allonge au fil de l’entretien. «Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là le soir quand je rentre. Ce serait bien si on pouvait dormir ensemble. Je veux du ménage et du repassage.» On quitte Antoine en pleine description des jeux «uro-scato» dans lesquels il nous imagine. Pour rejoindre notre deuxième rendez-vous.
Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l’homme attend au bas de l’immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L’adresse qu’il nous a donnée au téléphone n’est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d’à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»
Enervement.La formule est la même que dans l’annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C’est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C’est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant. Nous demandons à visiter les toilettes sur le palier. Et prenons précipitamment congé.
De tous les hommes contactés, Laurent, 32 ans, est le seul à manifester une certaine timidité. Dans son studio propret du XVe arrondissement, il parle de tout, du temps qu’il fait, et surtout pas de l’annonce qu’il a passée. «J’ai connu Missive par leur rubrique de rencontres SM, se lance-t-il enfin. Je n’aurais jamais eu l’idée de proposer un hébergement contre du SM si je n’avais pas découvert là que ça se faisait.» Documentaliste, Laurent est un beau jeune homme svelte, les épaules carrées, le visage doux. «Ce que j’aime, confie-t-il,c’est être attaché. Servir à table en soubrette. Lécher des bottes en me prosternant.» Laurent propose de partager son modeste clic-clac en échange de quelques séances de ce type. «Je ne demande pas de relations sexuelles classiques. L’idée, c’est que ça reste cool. La fille a la clé, elle mène sa vie, mais juste, de temps en temps, elle me dit : "Fais ça." Ou moi, spontanément, je m’y mets, je lui sers de chaise, de repose-pieds.» Laurent a déjà eu deux expériences de colocation qui se sont «très bien passées». «Peut-être que les filles sont poussées à ça par leurs difficultés, admet-il. Mais, au final, chacun y trouve son compte.»
C’est aussi le credo de Julien, 30 ans, qui parle d’«échange de bons procédés». Agent de sécurité, il héberge régulièrement «des filles» dans son joli deux-pièces de l’Ouest parisien. «Ce sont souvent des escorts, qui viennent de province se faire un peu de fric à Paris. Je les reçois pour un mois ou deux, rarement plus, parce qu’après on se lasse.» Plutôt distant, Julien explique qu’il ne demande pas d’argent mais «du sexe classique» et «pas de prise de tête, parce qu’[il a] déjà eu des filles qui [lui] ont mis le bordel». Ses «colocataires» disposent du canapé-lit du salon, tandis qu’il dort dans sa chambre. Peu de temps après notre visite, il envoie un texto : «Désolé, ça va pas le faire.»
Didier, au contraire, est «très, très motivé», comme il le répète dans ses nombreux messages. Il nous propose un deux-pièces dans le XVIIIe contre «550 euros, plus deux trois rencontres par mois». Il habite ailleurs avec femme et enfants, mais peut se «débrouiller» pour nous rejoindre les week-ends. Malheureusement, l’appartement n’est «pas encore» visitable. «J’attends le départ des locataires», nous explique-t-il lorsque nous le rencontrons à la terrasse d’un café. En attendant, il propose de «commencer» déjà le sexe. «Pour voir si on se plaît».
Sur Missive, plusieurs messages d’internautes mettent en garde contre ces «tests» préalables. «Ça m’est arrivé trois fois, raconte Lætitia, 26 ans. Les types te font visiter, te demandent de coucher immédiatement. Et ensuite, plus de nouvelles. Parfois, c’est même pas leur appart qu’ils t’ont montré. Ils ont pris les clés d’un copain.» Il y a six mois, Lætitia a décidé de passer sa propre annonce «pour avoir le choix». Elle a depuis reçu quelques propositions «intéressantes». «Mais quoi qu’il arrive, prévient-elle, il faut rester méfiante.»
Pierre Allain, le webmaster de Missive, reprend le même appel à la «prudence», sans pour autant censurer «ce qui relève d’un échange entre adultes consentants». «Il y a là parfois des hommes qui profitent de la détresse de jeunes femmes. Nous mettons en garde nos internautes. Mais nous ne pouvons pas faire une enquête pour chaque annonce.» Missive est hébergé en Suisse, comme la plupart des sites francophones proposant les services de prostituées ou escorts. «La Suisse a une législation plus permissive que la France, reconnaît Pierre Allain. Reste que, même en France, un homme a le droit de proposer un logement contre des services sexuels.»
«Habileté». «Cela s’apparente à de la prostitution, ce qui n’est pas interdit, nous confirme une source policière. Seul le site Internet qui héberge les annonces peut être poursuivi pour proxénétisme s’il est en France. Mais ce genre de poursuites aboutit rarement.» Hors Missive, pourtant, la plupart des sites et journaux d’annonces concernés expliquent qu’ils font tout pour «supprimer» ces annonces. «On en voit apparaître dans la rubrique "Colocation", on les transfère immédiatement dans celle des rencontres érotiques», dit Virginie Pons, responsable de la communication chez Vivastreet. «Nous n’acceptons pas ces annonces chez nous», affirment quant à eux Benjamin Glaenzer, directeur général de Kijiji France, et Bernard Saulnier, le patron de Paris Paname. Tous deux notent cependant «l’habileté» des annonceurs pour déjouer leurs contrôles.
Stéphanie a 38 ans, elle est «escort occasionnelle». Contactée via le tchat de Missive, elle déconseille formellement le troc «appart contre sexe». «J’ai une amie qui a fait ça. Elle s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain. Tu deviens dépendante d’un type qui risque de t’en demander toujours plus, en menaçant de te jeter si tu refuses. Sincèrement, il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer : tu restes libre.» Sur le même tchat, puis par téléphone, on discute avec Tina, 35 ans, qui, elle, profite depuis quatre ans d’un logement contre «services sexuels» dont elle se dit ravie. «Il ne faut pas choisir un homme jeune, car il ne te gardera pas longtemps, il aura envie de changement, conseille-t-elle. Le mien, il a 62 ans. Je l’ai rencontré sur les Champs-Elysées. Il vit à Dubaï et vient en France de temps en temps. Sinon, je suis seule dans l’appart, 115 mètres carrés dans le XVIe arrondissement.»
«A la porte». Zara, 23 ans, étudiante, n’est pas aussi bien tombée. Elle accepte de nous rencontrer dans un café parisien, «pour parler de ces types qui profitent des filles paumées». Il y a trois ans, Zara a passé une annonce dans Paris Paname : «Jeune fille cherche logement contre services.» «Je pensais ménage, repassage, baby-sitting, dit-elle. J’ai eu des dizaines de réponses. Que des hommes. Qui voulaient tous du cul.» Originaire du sud de la France, Zara ne veut pas détailler les raisons qui l’ont poussée à quitter sa famille. «Je n’avais pas le choix.» Elle a fini par accepter une colocation avec un homme, puis une autre. «Deux fois, je me suis retrouvée à la porte, sans nulle part où aller, parce que je ne voulais pas faire ce qu’ils me demandaient. Ces mecs-là ont besoin de sentir qu’ils exercent un pouvoir sur toi. Ils t’en veulent de savoir que si tu n’étais pas dans la merde, tu ne les aurais jamais regardés.»
Aujourd’hui, Zara a un travail, un appartement. Heureuse et soulagée que ces mois de «galère» soient derrière. «Tandis qu’eux, ajoute-t-elle quand même amère, dans dix ans, ils en seront toujours au même point. A passer et repasser leur annonce pour trouver des filles.»
(1) Les prénoms ont été changés.

Publié : 06 févr. 2008, 14:20
par Kõjiro
Oui j'ai lu ça ce matin aussi. Affligeant.

Entre ça et les gens qui se jettent sur les poubelles des supermarchés pour trouver à manger, la multiplication des sdf avec des dizaines sinon des centaines de morts chaque années et autres éléments traumatisant de ce genre on se demande comment c'est possible dans un pays qui s'est autant enrichi ces dernières décennies.

Dans le même genre y'a aussi cet article qui m'a bien mis le blues :

L’assurance maladie rechigne à admettre la réalité des suicides au travail.

Et celui ci sur le même sujet, que je copie vu qu'il est court :
Des souffrances niées

QUOTIDIEN : mercredi 6 février 2008

«En France, le "pollueur" n’est pas payeur», regrettait, hier, Patrick Légeron, psychiatre au cabinet de conseil sur le stress en entreprise Stimulus lors de la présentation d’un sondage sur les risques psychosociaux au travail (stress, alcoolisme). «En 2006, seules douze dépressions de salariés ont été reconnues comme maladies professionnelles. Quand on sait qu’il y a 3 à 4 millions de victimes de dépression en France, on imagine que plus d’une douzaine sont dues au travail. Même si la jurisprudence commence à prendre en compte les souffrances psychosociales du travail, les risques juridiques pour l’entreprise restent faibles. Dans les pays anglo-saxons au contraire, on estime que la moitié des sommes versées par les entreprises à leurs employés sont destinées à réparer le stress.»

Publié : 06 févr. 2008, 17:11
par Mirumoto Ohmi
Edifiant Kojiro ce que tu nous raconte là... mais je suppose que nier un phénomène est une bonne façon de ne pas générer de problème supplémentaire...

Après tout, si il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème...

Publié : 06 févr. 2008, 18:44
par Moto Shikizu
ca rejoint les infos sur la prostitution estudiantine d'il y a un mois... effarant :sadangel: