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Publié : 02 mars 2007, 13:09
par Kakita Inigin
Il en faut un.
Ou alors c'est ue extrême-gauche c'est une expression et que Le Pen est vraiment extrême.

Et je ne suis pas d'extrême-gauche : le gauchisme ça commence après le PCF. :langue: (Voir après la Plate-forme 3 de la Ligue)

Publié : 02 mars 2007, 19:07
par Asako Keitaro
Kõjiro a écrit : La question était alors :" les riches ont ils raison de quitter la France".
Moi après un mois en guadeloupe je pense qu'il faudrait se poser la question inverse, "Les pauvres ont ils raison de rester en France?".
Sèrieusement, après un rapide état des lieux, la guadeloupe semble être le plus gros ramassis de profiteurs du système social français. Ici la voie royale pour réussir n'est pas la médecine, le patronat, ou une étude mystique, mais la fonction publique. En effet, un fonctionnaire en poste en gwada gagne 40% de plus qu'un fonctionnaire métropolitain, c'est la fameuse prime d'éloignement, en même temps pourquoi pas, on se dit que les fonctionnaires en gwada il y en a pas des masses, que c'est tout petit comme territoire, mais voilà 80% des travailleurs sont fonctionnaires :fou: les 20% restants travaillant souvent comme des dingues pour un salaire de misère. Bon ça donne une idée des dépenses engagées par l'état sur ce dom, et on se dit qu'ils doivent payer plein d'impots locaux pour compenser, mais là c'est le drame, si en métropole on compte dans les 30% de chomeurs, là on inverse tout, on a 30% de travailleurs, et 70% de gens au RMI. Et le RMI justement est la pire chose qui soit arrivée à la gwada après l'esclavage, comme les gens se sont vus payer le RMI pour rien faire, ben ils ont décidé de rien faire justement, ici pas d'entreprise qui marche, pas d'économie, pourtant tout le monde roule dans des voitures quasi neuves. C'est là que j'apprend en voyant sur une affiche criarde qu'il y a des prêts à la consomation de 0% :cut:
En fait il y a 10 ans on ne connaissait pas les prêts (c'était réservé aux blancs qui avaient à eux seuls les assurances de remboursement nécessaires) mais depuis les années 90 le prêt est arrivé en gwada, et avec lui une frénésie de consommation, ainsi le guadeloupéen de base a une Seat Ibiza de moins de 2 ans rabaissée avec un caisson de basse de la mort et une sono de fou, 2 portables, et vit dans une "case" en bois et en tole, du RMI et est bénéficiaire de la CMU. Effrayant de penser aux conséquences qu'auront le surendètement et l'excès de consommation dans 15 ans, parce que la guadeloupe n'exporte quasiment rien, avec un taux de un export pour dix, sans les subventions (ou perfusions) françaises ça serait pire que Haïti (ou ils ont su développer le tourisme). Mais bon il y a bien la banane et la canne à sucre, oui mais les coups de reviens sont tellements élevés que l'état est obligé de subventionner 80% du prix de vente pour les bananes et 60% pour la canne pour que ça soit compétitif. Et je vous parle même pas des 35h et de leur impact désastreux sur le rendement, des syndicats, et du pourcentage de fonctionnaires en arrêt maladie.
Effrayant. Et si finalement nos mesures sociales et nos acquis sociaux nous menaient à long terme à notre ruine?

Publié : 02 mars 2007, 19:16
par Kakita Inigin
Mais si on les avait pas nos enfants travailleraient encore dans les mines à partir de 6 ans.
Sans smiley.

Et je ne trouve pas que notre système de protection sociale soit si lourd que ça. pour un glandeur assisté, combien de miséreux qui sont à 50 heures par semaine et qui n'osent pas réclamer leurs hures spp à un patron qui voit passer l'inspection du travail une fois tous les dix ans ?

Si les lois étaient appliquées par les riches (parce que malheureusement les pauvres, s'ils ne les appliquent pas, ils vont en tôle) il y aurait moinsde chômeurs en France (et c'est pas moi qui le dis, c'est l'inspection du travail) parce qu'ils seraient embachés par des types qui par ailleurs trouve que la loi est trop bonn avec ceu qu'ils exploitent.

Inigin, qui en a marre des raisonnement "je connais un profiteur donc il faut foutre tout le monde dans une merde encore plus noire et ne surtout pas toucher aux vrais profiteurs" ... parce qu'ils sont richeset qu'on va rien lur dire.

Ah me direz-vous, ces profiteurs créent de la richesse dans leurs entreprises. Ben non. Même pas. Ceux qui créent de la richesse ce sont les travailleurs, pas les actionnaires. Pr contre ceux qui profitent de la richesse produite ce ont les actionnaires, pas les travailleurs.

Publié : 02 mars 2007, 22:59
par Kzo
Asako Keitaro a écrit :En effet, un fonctionnaire en poste en gwada gagne 40% de plus qu'un fonctionnaire métropolitain, c'est la fameuse prime d'éloignement, en même temps pourquoi pas, on se dit que les fonctionnaires en gwada il y en a pas des masses, que c'est tout petit comme territoire, mais voilà 80% des travailleurs sont fonctionnaires :fou: les 20% restants travaillant souvent comme des dingues pour un salaire de misère.
La population de la Guadeloupe est estimée au 1er janvier 2006 à 453 000 habitants.
Source : Site officiel du gouvernement français
Fonctionnaire guadeloupéen en 2003: 34700
Source : Lien sur le site de l'Insee
Faut revoir les chiffres un peu parce que 400000 enfants et vieillards moi j'y crois pas trop,
ou alors c'est le nombre de fonctionnaire qui a explosé en 3 ans...

Enfin le pamphlet les guadeloupéens sont des profiteurs, merci je passerais ce compliment
à ma famille, ils aprecieront.
On se demande meme ce qu'on fout encore ici, là bas c'est tellement mieux, y a le climat et la thune sur le dos de l'etat français, allez pas chercher ailleurs, les Pirates des Caraïbes c'est nous.

Encore qu'on parle des avantages comme les congés bonifiés, on va pas dire que c'est pas un beau cadeau (mais bon c'est quoi le cout veritable pour l'Etat? et qui plus est ça profite à ceux qui bossent en métropole c'est balo).
Les salaires de fonctionnaires majorés de 40%? Oui (et pour raison de vie chère, les prix sont pas pareil à Paris et en Gwada) et quand la retraite arrive tu dis au revoir au 40% et t'enleves même 25% (mais les prix sur place ils baissent pas pour autant).

C'est pas avec trois affirmation en l'air qu'on juge; y a des trucs à changer en gwada comme ailleurs mais de la à traiter toute l'ile de repaire à glandeurs et profiteurs avec des chiffres sortis de l'espace en prime, putain c'est minable! :vomir:

Publié : 03 mars 2007, 08:31
par Seppun Okama
Kakita Inigin a écrit :Et je ne trouve pas que notre système de protection sociale soit si lourd que ça. pour un glandeur assisté, combien de miséreux qui sont à 50 heures par semaine et qui n'osent pas réclamer leurs hures spp à un patron qui voit passer l'inspection du travail une fois tous les dix ans ?
C'est vraiment du n'importe quoi ! Un discours revandicard et partisan. Je fait le tour de nombreuses PME et TOUTES respectent les 35 heures... Et ca les fout dans une merde noire justement !

TU dis que ca ne pèse pas "si lourd" ... Va voir des entreprises et renseigne toi. Je vais aussi bien dans des boites francoises que dans des boites au luxembourg et en belgique. Et bien les 35 heures sont en train de plomber votre économie ! Lentement mais surement !

Et ce discours que les travailleurs n'osent pas réclamer les heures sups... N'importe quoi ! Les travailleurs n'hésitent plus une seule seconde. Dans la situation de morosité de l'état francais les gens ne se rendent même plus compte que c'est une CHANCE d'avoir un travail et pour pas mal (attention pas mal veut dire que j'en ai rencontre un ou deux dans presque toutes les boites, c'est loin de vouloir dire "majorité") pensent d'abord à "leurs droits" plutot qu'à celui de l'entreprise dont ils n'ont manifestement rien à foutre. Ce qui est, pour moi, stupide, car sans entreprises, pas de travail... mais c'est vrai qu'ils s'en foutent. Qui paye dans ce cas là ? Le patron qui se démène et les autres travailleurs qui "compensent" pour le connard qui n'en a rien à foutre ET A QUI PERSONNE N'OSE RIEN DIRE !!! C'est CA le problème pour moi. 95% (patrons y compris !!!) font leur boulot correctement et avec conscience MAIS 5% de revandicalistes à la cons pensant plus à leurs droits ET QUI n'ont rien à foutre du bien être de la boite foutent le bordel. Comme ils sont sur protégés par votre système personne n'ose (ne peut) rien leur dire... et c'est tout le monde qui est pénalisé.

NOTES IMPORTANTES :
Je ne critique pas les syndicalistes, qui ont souvent beaucoup plus conscience que les autres de l'importance de l'entreprise dans le tissu économique. Ils veillent au respect des lois pour les travailleurs et c'est tout à fait normal. Par contre sont clairement dans mon "collimateur" les imbéciles en tous genres qui "croient savoir" et pensent d'abord à eux plutot qu'à l'entreprise et qui se savent intouchables. Ceux qui se disent "de toute manière rien à foutre si la boite coule ou se porte mal...". Ce genre LA j'en rencontre dans TOUTES les boites. Par contre un patron "profiteur et exploiteur du peuple" je n'en ai pas encore rencontré. Même si je suis conscient qu'ils existent bel et bien...

PS : en me relisant je vois que "mon" discours vaut pas mieux mais j'ai trop la flemme de le ré écrire pour expliquer clairement ma pensée donc je vous le livre et débrouillez vous avec. A la semaine prochaine !

Publié : 03 mars 2007, 10:22
par Kõjiro
Ouais je crois que l'un comme l'autre vous soulevez des problèmes graves et légitimes mais que l'écriture simplifie trop votre propos ;)

Je ne pense pas que vous soyez si éloigné l'un de l'autre que ça.

Moi j'ai des exemples dans mon entourage très proche pour vos deux points. Le coup des heures sup', ma copine ne rentre quasiment jamais avant 20 heures, va régulièrement bosser le lundi (alors qu'elle bosse aussi le samedi), et généralement ses vacances commencent 2 ou 3 jours après la date qu'elle a posé... Elle ne touche rien pour tout ça... En gros si on considère son agence comme une tpe elle fait 50% du CA de celle ci alors qu'ils sont 5 employés... De l'autre coté mon beau père correspondait exactement à ce que tu décrivais : patron qui s'investi largement au delà du supportable mais dont la boîte finit quand même par couler... Et dans ce cas là je préfère être encore l'employé qui est licencié que le patron qui est endetté jusqu'à la fin de sa vie...

Sinon, sur la Guadeloupe pas mieux que Kzo...

En fait j'avais pas vraiment envie de répondre, je me disais juste, c'est bizarre quand même, quand certaines personnes y vont elles retiennent des choses positives sur les guadeloupéens, sur la vie auprès des gens là bas. D'autre le font à la Finkielkraut et ne peuvent qu'y voir une sangsue accrochée à la métropole... M'enfin...

Je rajouterais aussi que les fonctionnaires sur payés sont souvent des expat'. Et que c'est encore plus vrai dans les boites privées qui font venir les équipes de management d'encadrement (donc les mieux payés) de métropole plutôt que de recruter sur place.

Sinon, sur Haïti, il y aurait bcp à dire sur pourquoi la perle des caraïbes est dans cet état.

Publié : 03 mars 2007, 15:02
par Banshee
Kzo a écrit :Enfin le pamphlet les guadeloupéens sont des profiteurs, merci je passerais ce compliment
à ma famille, ils aprecieront.
On se demande meme ce qu'on fout encore ici, là bas c'est tellement mieux, y a le climat et la thune sur le dos de l'etat français, allez pas chercher ailleurs, les Pirates des Caraïbes c'est nous.
en 1 mois de temps, j'en suis deja a 3 personnes qui me dise ça, 1 antillais et 2 personnes qui ont été bosser la bas.
et a chaque fois le probleme etait celui du RMI.

mais a chaque fois, c'etait pas juste du racisme de bas etage, c'etait la constatation d'un vrai probleme, qui n'est pas celui que les guadeloupéens sois des glandeurs (j'en ai suffisement rencontrer dans ma vie pour le savoir, faut pas deconner) mais plutot qu'il sont dans un cimat/une ambiance sociale qui les pousse a profiter du systeme (prkoi je bosserai alors que mon voisin est au RMI et s'en sors)

je sais pas vraiment comment expliquer cela sans me mettre tout le monde a dos, mais j'ai eu trop d'echo du meme genre que celui de keitaro pour croire que y'a pas un probleme.

mais loin de moi l'idée que les guadeloupéens sont des glandeurs a l'origine...

Publié : 03 mars 2007, 15:24
par Kõjiro
Mais y'a un réel problème là bas de ce point de vue.

Mais justement il ne se résume pas à une bête arbitrage entre travailler et rester au rmi.

Première question : pourquoi tant d'ultramarins qui viennent en métropole tandis qu'à l'inverse on envoi tant de métropolitains dans les dom ?

Ensuite si c'est si enviable d'être au rmi dans les dom et bien j'invite tout le monde à essayer... Mais en réalité je doute que ce soit un choix...

Et globalement il faut voir qu'on ne raisonne pas avec les dom comme avec les autres départements français. Notre relation à eux n'est pas complètement sortie encore aujourd'hui du schéma colonial. On y envoi "nos" élites (à nous métropolitains) pour y diriger des administrations ou des boites privées, idem pour les postes de techniciens ou d'une manière générale tout ce qui est "qualifié". On compte sur la main d'oeuvre locale pour les reste. Mais la meilleure preuve de tout ça est que personne ne songerait à dire que la creuse est sous perfusion du reste de la France parce que le taux de chômage ou de rmistes y est élevé... Alors que pour les ultramarins (et dans une moindre mesure les corses) ce genre de vieux réflexes ressort facilement. Il y a eux et nous. Ca en dit long alors qu'ils sont nous et que nous sommes eux normalement vu qu'on est un même pays depuis 250 ans... C'est d'autant plus amusant quand on sait que la plus grosse part de la surface privée des dom est possédée par une minorité de domiens qui, de manière fortuite je suppose, partagent un phénotype donné... Parce qu'on pourrait se dire que les domiens n'ont qu'à créer leurs propres boites et innover etc... Sauf que les conditions ne sont pas vraiment réunie pour faciliter cela et c'est le moins que l'on puisse dire. Formations au rabais, spécialisation des territoire dans un mode de production qui favorise à coup de subventions les propriétaires terriens dont on a vu ce qu'ils étaient. C'est d'ailleurs là que ça tourne au grand n'importe quoi. Le coups des subventions : elles servent qui ces subventions ? Bin justement cette infime proportion de gens qui continuent de profiter d'une rente acquise à un moment de notre histoire dont parait il il vaut mieux de pas parler sous peine être taxé de faire de la victimisation...

La lucidité c'est de dépasser les apparences et de voir qui profite vraiment du système...

Publié : 03 mars 2007, 16:43
par Kõjiro
Un texte de plus de 20 ans mais tellement d'actualité... (et d'un rapport pas si éloigné que cela avec les sujet précédent...).

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/1 ... AITH/12812
Derrière la fatalité, l’épuration sociale

L’art d’ignorer les pauvres

Chaque catastrophe « naturelle » révèle, s’il en était besoin, l’extrême fragilité des classes populaires, dont la vie comme la survie se trouvent dévaluées. Pis, la compassion pour les pauvres, affichée au coup par coup, masque mal que de tout temps des penseurs ont cherché à justifier la misère – en culpabilisant au besoin ses victimes – et à rejeter toute politique sérieuse pour l’éradiquer.

Par John Kenneth Galbraith

Je voudrais livrer ici quelques réflexions sur l’un des plus anciens exercices humains : le processus par lequel, au fil des années, et même au cours des siècles, nous avons entrepris de nous épargner toute mauvaise conscience au sujet des pauvres. Pauvres et riches ont toujours vécu côte à côte, toujours inconfortablement, parfois de manière périlleuse. Plutarque affirmait que « le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques ». Les problèmes résultant de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques-uns face à la mauvaise fortune des autres, sont une préoccupation intellectuelle de tous les temps. Ils continuent de l’être aujourd’hui.

Il faut commencer par la solution proposée par la Bible : les pauvres souffrent en ce bas monde, mais ils seront magnifiquement récompensés dans l’autre. Cette solution admirable permet aux riches de jouir de leur richesse tout en enviant les pauvres pour leur félicité dans l’au-delà.

Bien plus tard, dans les vingt ou trente années qui suivirent la publication, en 1776, des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations – à l’aube de la révolution industrielle en Angleterre –, le problème et sa solution commencèrent à prendre leur forme moderne. Un quasi-contemporain d’Adam Smith, Jeremy Bentham (1748-1832), inventa une formule qui eut une influence extraordinaire sur la pensée britannique et aussi, dans une certaine mesure, sur la pensée américaine pendant cinquante ans : l’utilitarisme. « Par principe d’utilité, écrivit Bentham en 1789, il faut entendre le principe qui approuve ou désapprouve quelque action que ce soit en fonction de sa tendance à augmenter ou diminuer le bonheur de la partie dont l’intérêt est en jeu. » La vertu est, et même doit être, autocentrée. Le problème social de la coexistence d’un petit nombre de riches et d’un grand nombre de pauvres était réglé dès lors que l’on parvenait « au plus grand bien pour le plus grand nombre ». La société faisait de son mieux pour le maximum de personnes, et il fallait accepter que le résultat soit malheureusement très déplaisant à l’encontre de ceux, très nombreux, pour lesquels le bonheur n’était pas au rendez-vous.

En 1830, une nouvelle formule, toujours d’actualité, fut proposée pour évacuer la pauvreté de la conscience publique. Elle est associée aux noms du financier David Ricardo (1772-1823) et du pasteur anglican thomas Robert Malthus (1766-1834) : si les pauvres sont pauvres, c’est leur faute – cela tient à leur fécondité excessive. Leur intempérance sexuelle les a conduits à proliférer jusqu’aux limites des ressources disponibles. Pour le malthusianisme, la pauvreté ayant sa cause dans le lit, les riches ne sont pas responsables de sa création ou de sa diminution.

Au milieu du XIXe siècle, une autre forme de déni connut un grand succès, particulièrement aux Etats-Unis : le « darwinisme social », associé au nom de Herbert Spencer (1820-1903). Pour ce dernier, dans la vie économique comme dans le développement biologique, la règle suprême était la survie des plus aptes, expression que l’on prête à tort à Charles Darwin (1809-1882). L’élimination des pauvres est le moyen utilisé par la nature pour améliorer la race. La qualité de la famille humaine sort renforcée de la disparition des faibles et des déshérités.

L’un des plus notables porte-parole américains du darwinisme social fut John D. Rockefeller, le premier de la dynastie, qui déclara dans un discours célèbre : « La variété de rose “American Beauty” ne peut être produite dans la splendeur et le parfum qui enthousiasment celui qui la contemple qu’en sacrifiant les premiers bourgeons poussant autour d’elle. Il en va de même dans la vie économique. Ce n’est là que l’application d’une loi de la nature et d’une loi de Dieu. »

Au cours du XXe siècle, le darwinisme social en vint à être considéré comme un peu trop cruel : sa popularité déclina et, quand on y fit référence, ce fut généralement pour le condamner. Lui succéda un déni plus amorphe de la pauvreté, associé aux présidents Calvin Coolidge (1923-1929) et Herbert Hoover (1929-1933). Pour eux, toute aide publique aux pauvres faisait obstacle au fonctionnement efficace de l’économie. Elle était même incompatible avec un projet économique qui avait si bien servi la plupart des gens. Cette idée qu’il est économiquement dommageable d’aider les pauvres reste présente. Et, au cours de ces dernières années, la recherche de la meilleure manière d’évacuer toute mauvaise conscience au sujet des pauvres est devenue une préoccupation philosophique, littéraire et rhétorique de première importance. C’est aussi une entreprise non dépourvue d’intérêt économique.

Des quatre ou peut-être cinq méthodes en cours pour garder bonne conscience en la matière, la première est le produit d’un fait incontestable : la plupart des initiatives à prendre en faveur des pauvres relèvent, d’une manière ou d’une autre, de l’Etat. On fait alors valoir qu’il est par nature incompétent, sauf quand il s’agit de gérer le Pentagone et de passer des marchés publics avec des firmes d’armements. Puisqu’il est à la fois incompétent et inefficace, on ne saurait lui demander de se porter au secours des pauvres : il ne ferait que mettre davantage de pagaille et aggraverait encore leur sort.
Un mécanisme de déni psychologique

Nous vivons une époque où les allégations d’incompétence publique vont de pair avec une condamnation générale des fonctionnaires, à l’exception, on ne le dira jamais assez, de ceux travaillant pour la défense nationale. La seule forme de discrimination toujours autorisée – pour être plus précis, encore encouragée – aux Etats-Unis est la discrimination à l’endroit des employés du gouvernement fédéral, en particulier dans les activités relevant de la protection sociale. Nous avons de grandes bureaucraties d’entreprises privées, regorgeant de bureaucrates d’entreprise, mais ces gens-là sont bons. La bureaucratie publique et les fonctionnaires sont mauvais.

En fait, les Etats-Unis disposent d’une fonction publique de qualité, servie par des agents compétents et dévoués, honnêtes dans leur quasi-totalité, et peu enclins à se laisser surfacturer des clés à molette, des ampoules électriques, des machines à café et des sièges de toilettes par les fournisseurs. Curieusement, quand de telles turpitudes se produisirent, ce fut au Pentagone... Nous avons presque éliminé la pauvreté chez les personnes âgées, grandement démocratisé l’accès à la santé et aux soins, garanti aux minorités l’exercice de leurs droits civiques, et beaucoup fait pour l’égalité des chances en matière d’éducation. Voilà un bilan remarquable pour des gens réputés incompétents et inefficaces. Force est donc de constater que la condamnation actuelle de toute action et administration gouvernementales est en réalité l’un des éléments d’un dessein plus vaste : refuser toute responsabilité à l’égard des pauvres.

La deuxième méthode s’inscrivant dans cette grande tradition séculaire consiste à expliquer que toute forme d’aide publique aux indigents serait un très mauvais service à leur rendre. Elle détruit leur moral. Elle les détourne d’un emploi bien rémunéré. Elle brise les couples, puisque les épouses peuvent solliciter des aides sociales pour elles-mêmes et leurs enfants, une fois qu’elles se retrouvent sans mari. Il n’existe absolument aucune preuve que ces dommages soient supérieurs à ceux qu’entraînerait la suppression des soutiens publics. Pourtant, l’argument selon lequel ils nuisent gravement aux déshérités est constamment ressassé, et, plus grave, cru. C’est sans doute la plus influente de nos fantasmagories.

Troisième méthode, liée à la précédente, pour se laver les mains du sort des pauvres : affirmer que les aides publiques ont un effet négatif sur l’incitation à travailler. Elles opèrent un transfert de revenus des actifs vers les oisifs et autres bons à rien, et, de ce fait, découragent les efforts de ces actifs et encouragent le désœuvrement des paresseux. L’économie dite de l’offre est la manifestation moderne de cette thèse. Elle soutient que, aux Etats-Unis, les riches ne travaillent pas parce que l’impôt prélève une trop grande part de leurs revenus. Donc, en prenant l’argent des pauvres et en le donnant aux riches, nous stimulons l’effort et, partant, l’économie. Mais qui peut croire que la grande masse des pauvres préfère l’assistance publique à un bon emploi ? Ou que les cadres dirigeants des grandes entreprises – personnages emblématiques de notre époque – passent leur temps à se tourner les pouces au motif qu’ils ne sont pas assez payés ? Voilà une accusation scandaleuse contre le dirigeant d’entreprise américain, qui, de notoriété publique, travaille dur.

La quatrième technique permettant de se soulager la conscience est de mettre en évidence les effets négatifs qu’une confiscation de leurs responsabilités aurait sur la liberté des pauvres. La liberté, c’est le droit de dépenser à sa guise, et de voir l’Etat prélever et dépenser le minimum de nos revenus. Ici encore, le budget de la défense nationale mis à part. Pour reprendre les propos définitifs du professeur Milton Friedman (1), « les gens doivent être libres de choisir ».

C’est sans doute la plus révélatrice de toutes les arguties, car quand il s’agit des pauvres, on n’établit plus aucune relation entre leurs revenus et leur liberté. (Le professeur Friedman constitue une fois de plus une exception car, par le biais de l’« impôt négatif », qu’il recommande, il garantirait un revenu universel minimum.) Chacun conviendra pourtant qu’il n’existe pas de forme d’oppression plus aiguë, pas de hantise plus continue que celles de l’individu qui n’a plus un sou en poche. On entend beaucoup parler des atteintes à la liberté des plus aisés quand leurs revenus sont diminués par les impôts, mais on n’entend jamais parler de l’extraordinaire augmentation de la liberté des pauvres quand ils ont un peu d’argent à dépenser. Les limitations qu’impose la fiscalité à la liberté des riches sont néanmoins bien peu de chose en regard du surcroît de liberté apporté aux pauvres quand on leur fournit un revenu.

Enfin, quand tous les raisonnements précédents ne suffisent plus, il reste le déni psychologique. Il s’agit d’une tendance psychique qui, par des biais variés, nous conduit par exemple à éviter de penser à la mort. Elle amène beaucoup de gens à éviter de penser à la course aux armements, et donc à la ruée vers la probable extinction de l’humanité. Le même mécanisme est à l’œuvre pour s’épargner de penser aux pauvres, qu’ils soient en Ethiopie, dans le sud du Bronx ou à Los Angeles. Concentrez-vous sur quelque chose de plus agréable, nous conseille-t-on alors.

Telles sont les méthodes auxquelles nous avons recours pour éviter de nous préoccuper du sort des pauvres. Toutes, sauf peut-être la dernière, témoignent d’une grande inventivité dans la lignée de Bentham, Malthus et Spencer. La compassion, assortie d’un effort de la puissance publique, est la moins confortable et la moins commode des règles de comportement et d’action à notre époque. Mais elle reste la seule compatible avec une vie vraiment civilisée. Elle est aussi, en fin de compte, la règle la plus authentiquement conservatrice. Nul paradoxe à cela. Le mécontentement social et les conséquences qu’il peut entraîner ne viendront pas de gens satisfaits. Dans la mesure où nous pourrons rendre le contentement aussi universel que possible, nous préserverons et renforcerons la tranquillité sociale et politique. N’est-ce pas là ce à quoi les conservateurs devraient aspirer avant tout ?

(Ce texte a été publié pour la première fois dans le numéro de novembre 1985 de Harper’s Magazine.)

John Kenneth Galbraith.

(1) NDLR. L’économiste Milton Friedman est, avec Friedrich von Hayek, un des piliers de l’école de Chicago. A partir des années 1960, les « Chicago boys » ont diffusé les idées néolibérales à travers le monde, des Etats-Unis de Ronald Reagan au Royaume-Uni de Mme Margaret Thatcher, en passant par le Chili de M. Augusto Pinochet. Le livre de référence du professeur Friedman est Capitalisme et liberté (Robert Laffont, Paris, 1971).
Edit : j'adore particulièrement ce passage :
« Les aides publiques (...) opèrent un transfert de revenus des actifs vers les oisifs et autres bons à rien, et, de ce fait, découragent les efforts de ces actifs et encouragent le désœuvrement des paresseux. (...) Donc, en prenant l’argent des pauvres et en le donnant aux riches, nous stimulons l’effort et, partant, l’économie. »

Publié : 03 mars 2007, 17:01
par Kõjiro
Je vous recommande également celui-ci pour une màj ;)

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/1 ... /14220#nb8

Au passage on retiendra le rôle sympatoche de l'ocde qui donne des recettes pour manipuler les peuples...

Publié : 03 mars 2007, 21:49
par Kakita Inigin
Merci Kõjiro et Kzo.
moralité : méfions-nous des statitiques, elles veulent dire n'importe quoi.

Bon je vais fairte une rponse un peu plus longue.

Je n'ai jamais dit que les patrons étaient tous des salauds. je n'ai jamais dit que les entreprises étaient inutiles.
Je dis que le système économique est tout entier tourné vers la maximisation des profits por une infime minorité qui eploite tous les autres ... patrons y compris. Parce que je sui désolé, quand un chef d'entreprise est à 70 heures, y'a un problème (pour info, en Angleterre, si vous faîtes plus de 48h par seaine vous avez pas le roit, vous avez l'obligatio légale, d'aler voir un mdecin du travail). Poureux, pour leur famill, pour leur boite (je fais partie des ens qui pensent qu'en dessous d'une certainequantitéde sommeil, on ne travaille pas correctement).

Je dis aussi que dans la majorité des entreprises la législation d travail est contournée. pour une raison ou une autre (par exemple parce que personne ne connaît, et dans les PME je vous raconte pas, l'esnemble de la législation ... mais aussi parce que sinon il faudrait payer des heures supp et ça grèverait les dividendes).
je dis aussi que pour une part significative (plus que significative en fait) la vie est trop chère et les salaires trop bas (parce qu'ils n'ont que leur salaire poiur vivre, manque de bol, tout le monde n'hérite pas d'une grosse fortune).
Et je dis aussi qu'il y a quelques connards qui trouvet que ficher des gens à la porte, ça permet de faire monter le cour de leurs actions (et en plus, dans ce monde de merde, c'est vrai).

Ce qui ne m'empêchera pas de bosser dans l'industrie, et pas comme ouvrier.

J'aimerais rajouter une chose.
que le coût du travail soit trop élevé en France à cause des trente cinq heures ou d'autre chose (mais qui osera prler de ces entreprises qui veulent faire 20% de bénéfs annuels ??? ca coûte pas super cher ça ???), tous les Français qui n'arrivent pas à boucler leur budget parce que leur travail ne leur rapporte pas assez s'en fichet pas mal.

Quand tu ne gagnes pas assez d'argent pour vivre, les discours "vous gagnez trop d'argent" ont un peu du mal à passer. Et tant pis pour les impératifs de l'économie mondialisée.

Publié : 04 mars 2007, 07:02
par Goju Kaze
Tu cites l'Angleterre, pays dans lequel les gens cumulent les emplois et ou les "retraités" doivent continuer à bosser comme exemple de modèle social?

Pas mal pour le pays de Margaret...

:kaze:

Publié : 04 mars 2007, 11:31
par Ding On
Je pense au contraire qu'il montre que même un eden libéral comme l'Angleterre sait poser qques limites que la France, pays social-démocrate par excellence, ne fixe pas.

Publié : 04 mars 2007, 12:18
par Ben
un jour il faudra m'expliquer ce que la bourse fait de mal, ce n'est pas le démon et il faudrait arrêter de la stygmatiser.

La base de la base de la base de la base de la bourse c'est de pouvoir lever des fonds quand on introduit sa société en bourse pour arriver enfin à la taille dîte critique. Sans bourse c'est impossible et si c'est impossible on se fait manger par les plus grosses sociétés qui ont mis ces choses en place.

C'est simple non ?

Aprés des abus il y en a mais ce sont les personnes (du genre les guéguerres entre les boss d'Airbus) qui les provoquent pas la bourse. C'est comme si on critiquait la fourchette qui nourrit et pas la main qui la manie pour agresser.


BEn qui autrefois était de gauche mais qui est désormais de droite sans aller jusqu'au Petit

Publié : 04 mars 2007, 12:20
par Ben
Ding On a écrit :Je pense au contraire qu'il montre que même un eden libéral comme l'Angleterre sait poser qques limites que la France, pays social-démocrate par excellence, ne fixe pas.
Nous aurions pas mal à apprendre de l'Angleterre,

enfin sauf la gelée et les ptits déjeuners au thon-mayonnaise,

plus sérieusement, l'Angleterre est libéral à souhait mais comme le dis Rom1 sait se fixer des limites. Par contre c'est LE pays d'Europe où j'ai vu le plsu de personnes âgées dans la rue et aucun anglais n'a jamais voulu m'expliquer pourquoi.


BEn