Publié : 27 janv. 2007, 11:44
Ben qd même, une des premières étapes du totalitarisme, c'est bien la réunion des pouvoirs...
C'est ensemble que nous faisons avancer le jeu
https://www.voixrokugan.org/Forum/
Rebonds
Médiatiques
Scandales jetables, mode d'emploi
Par Daniel SCHNEIDERMANN
QUOTIDIEN : vendredi 26 janvier 2007
Une journée, et puis s'évaporent. La durée de nocivité moyenne d'un scandale de campagne électorale, dans la bulle politico-médiatique, c'est la journée. Ségolène Royal prononce-t-elle entre deux portes une amabilité contournée, et plutôt inoffensive, sur la souveraineté québécoise ? Aussitôt, quel effroi dans la volière ! Roulements de tambour, dépêches d'agence, alertes météo, war rooms en état de vigilance orange, ouverture des journaux radio du matin, reportages au journal télévisé du soir, où la planétaire gaffe se fait une place au milieu des reportages sur les naufragés de l'autoroute enneigée. Et ce n'est pas tout. Exégèses des tables rondes d'éditorialistes sur les chaînes câblées, commande en rafale de prochains sondages, reprises en multidiffusion du procès en incompétence diplomatico-économico-stratégique. Dailymotion et YouTube se garnissent immédiatement, par magie, des phrases en question. Et jusqu'au «Vive le Québec libre !» de De Gaulle à Montréal, qui surgit de sa tombe, en attendant la queue de comète le lendemain matin, avec le déchaînement du carré des éditorialistes de la presse régionale, qui constituent le fond de sauce de la revue de presse de France Inter.
Conclusion implicite : on se demande ce qui retient les sarkozystes de demander la traduction immédiate en Haute Cour de justice de cette candidate, qui serait capable de provoquer une guerre avec le Canada. Mais le procès attendra. Déjà, le système malaxe la boule puante du lendemain. Dans l'Empire du scandale jetable, être encore vivant chaque soir, c'est déjà triompher. Pas d'autre maître que le chronomètre. Pas d'autre kit de survie que la vigilance de la «cellule de veille». Toute minute de retard peut être fatale. Hier, c'était la préhistoire. Demain n'existe pas. Vive l'instant !
Encore faut-il viser juste. Il y a des scandales qui «prennent» et d'autres qui glissent. Pour que «prenne» un emballement, le terrain doit être favorable. Par exemple, Royal est présumée attaquable sur l'incompétence, mais non Sarkozy. Ainsi, en visite de lévitation au Mont-Saint-Michel, ce monument de compétence qu'est le candidat de la droite attribue à Mitterrand une réplique de Giscard dans le débat présidentiel de 1974 : «Vous n'avez pas le monopole du coeur.» On n'ose imaginer le déchaînement de sarcasmes éditorialisants, orchestrés par la «cellule de veille», si pareille confusion avait été commise par Royal. Mais là, silence. Simple mention factuelle de l'erreur dans le Monde et Libération. Mieux encore dans le Figaro : la gaffe est passée sous silence dans l'article de l'envoyé spécial. Passez muscade. Ce ne peut être qu'une erreur, due à la fatigue certainement. Un non-événement.
A ces scandales quotidiens, la parution des hebdomadaires offre cependant une deuxième vie, mais tout aussi périssable. Sur les patrimoines de Royal et de Sarkozy, par exemple, les «news» français ont enquêté. «Comment ils sont devenus riches», titre l'Express en caractères scintillants. «La fortune des politiques», renchérit le Point sur fond d'une vue imprenable sur une baie retouchée au bleu azur (laquelle ?). On va enfin savoir. Voire. Prenons la maison des Hollande-Royal à Mougins, par exemple. Sur le délicat sujet de son éventuelle sous-évaluation par le couple, il semble que chacun des grands magazines français, dans les pages jaunes des experts immobiliers azuréens, ait choisi celui qui lui convenait le mieux. Le Nouvel Obs nous invite sèchement à ne pas nous attarder devant les hauts murs de la Sapinière : la sous-évaluation de la maison par le couple Hollande-Royal «reste à prouver» . L'Express admet du bout des lèvres, à la fin d'un long article, que les Hollande-Royal «auraient eu tendance à minorer l'état de leur patrimoine» . Mais le Point , lui, dès l'attaque de l'article, tient à narrer sa rencontre avec des experts hilares : «A Mougins, tous les experts immobiliers rient encore de la déclaration de patrimoine de Ségolène Royal.»
Et en face ? Même flou. Sur les raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy, propriétaire d'un magnifique appartement de Neuilly avec vue sur la Seine, n'a pas payé l'ISF avant 2005, la sévérité est tout aussi variable, mais inversée. Le même Nouvel Observateur rejette tout aussi sèchement l'explication fournie officieusement par le candidat : la fin du versement d'une indemnité compensatoire à son ex-épouse, «ce qui n'a aucun sens. L'arrêt d'un versement est sans effet, sauf à la marge, sur le patrimoine» . Ni l'Express, ni le Point ne posent même la question sacrilège.
Accessoirement, de ces trois articles, il ressort en filigrane que les hebdomadaires ont interrogé individuellement l'entourage de Sarkozy, qui leur a répondu «off the record». Contrairement à sa promesse, le candidat, à l'inverse de sa concurrente, n'a donc pas rendu public son patrimoine. Il s'est contenté de laisser chuchoter par l'entourage des demi-aveux à des confrères, qui s'en sont eux-mêmes contentés. A une exception près, comme d'habitude : le Canard enchaîné, apparemment le seul à faire état explicitement de l'embarras de l'équipe de Sarkozy à honorer sa promesse. «Entrer dans le détail des chiffres, ça me semble délicat», a glissé le directeur de cabinet au palmipède. Affaire close, donc. La date de péremption du scandale est passée.
Le prochain président américain, qu'il soit démocrate ou républicain, va être soumis à des pressions fortes de la part des électeurs
http://tempsreel.nouvelobs.com/speciale ... ssion.htmlMédiatisation : Nicolas Sarkozy largement devant Royal en 2006
NOUVELOBS.COM | 29.01.2007 | 15:14
Selon une étude réalisée par TNS Media Intelligence, et Médiamétrie, le candidat UMP à la présidentielle serait la personnalité politique qui a eu le plus fort impact médiatique.
Selon une enquête réalisée par TNS Media Intelligence et Médiamétrie, publiée lundi 29 janvier, Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l'élection présidentielle, est la personnalité politique qui a bénéficié du plus fort impact médiatique en 2006. Loin devant la candidate socialiste, Ségolène Royal, l'actuel ministre de l'Intérieur est celui qui a connu la plus grande médiatisation. Son implication dans l'affaire Clearstream, sa prise de position sur les magistrats, et enfin sa déclaration de candidature restent les moments forts de son année médiatique. Cité par Le Monde, Bruno Lalande, directeur des Etudes de TNS Media Intelligence affirme : " En 2006, la pression médiatique de Nicolas Sarkozy est de 38% supérieure à celle de Ségolène Royal". Cette dernière a, notamment, connu un pic de médiatisation, à l'occasion de son intronisation par les militants socialistes. De son côté, François Bayrou, président de l'UDF, qui le premier, avait critiqué le traitement de la campagne par les médias, en dénonçant la bipolarisation, a eu un "bruit médiatique" huit fois inférieur à Nicolas Sarkozy. L'unité de bruit médiatique (UBM) mesure la présence d'un acteur dans les quotidiens, dans les journaux télévisés, et à la radio.
Comment Sarko met la presse sous pression
NOUVELOBS.COM | 29.01.2007 | 15:09
Tantôt charmeur, tantôt menaçant, le président de l’UMP est un expert en relations médiatiques. Depuis des mois, il sature colonnes et écrans. Décryptage.
Et soudain, c’est comme si la Terre s’arrêtait de tourner. Avant, pendant et après il n’y a plus que lui. Son sacre, le 14 janvier porte de Versailles, son score, son émotion, son discours. Pendant cinq jours, Nicolas Sarkozy a régné sans partage sur les médias. Le jour J, "le Journal du dimanche" titrait même: "Tout commence aujourd’hui". Sans autre explication. Si ce n’est pas la gloire, cela y ressemble. Couvertures de presse à profusion, retransmission intégrale du couronnement sur les chaînes d’info, invitation au 20-heures de TF1… Et ces accréditations de journalistes, délivrées jusqu’au matin même: plus de 800, dont la moitié d’étrangers. Même ceux qui ne sont pas directement en charge d’une rubrique politique ont voulu assister à l’événement. Et, de l’autre côté du poste, le spectacle, soigneusement réalisé par les caméras de l’UMP, dont les plans sur la larme de Micheline Chaban-Delmas ou le profil d’Edouard Balladur ont été repris sans sourciller par toutes les chaînes…
Sarko président? Pas encore. Mais Sarko empereur du microcosme médiatique, c’est déjà fait. Pourtant l’intéressé ne cesse de râler contre le mauvais traitement qui lui est infligé. Il serine que "les trois quarts des médias sont contre [lui]". Il se souvient, avec rancune, de toutes les unes qui ne l’ont pas encensé… Les dix couvertures que "le Point" lui a consacrées en vingt mois (contre quatre à Ségolène Royal) ou ce Sarkozy en majesté à la une de "Paris Match" – "Un destin en marche" – ne lui suffisent pas. Ou bien est-ce là une simple rouerie pour vaincre les dernières résistances? Côté télé, Jean-Claude Dassier, le patron de LCI, ne cache pas à ses équipes qu’il rêve de voir Sarkozy élu président. France 2, avec un "Sarkothon" ("A vous de juger", pour le vrai titre) de près de trois heures, remporte le pompon. Programmé juste avant que les règles du CSA empêchent de donner autant de temps à un seul! Déjà, après les émeutes en banlieue de 2005, Sarkozy avait eu droit à une spéciale mettant en scène des contradicteurs qui ne risquaient pas de le mettre en difficulté.
Mais les exemples sont rarement aussi flagrants, et on n’a pas encore trouvé la méthode pour calculer le niveau de sarkozysation des médias. Simplement, une succession d’indices troublants finit par camper un paysage. Fin septembre, 220 policiers font une descente dans la cité des Tarterêts. Ils arrêtent 12 personnes suspectées d’avoir violemment tabassé deux CRS. Ce spectacle, orchestré sous l’œil des caméras, ouvre tous les journaux télévisés. Trois jours plus tard, le "guet-apens" invoqué au début est récusé par les enquêteurs et 7 des 12 personnes arrêtées sont disculpées. France 3 traitera l’épilogue en grand, Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, l’expédiera en huit secondes chrono, PPDA attendra… sept jours, l’occasion d’une autre descente, pour l’évoquer. En sous-estimant le phénomène Ségolène, de nombreux médias ont aussi – en creux – favorisé son concurrent. Le directeur de la rédaction de la Tribune – un journal qui appartient au milliardaire Bernard Arnault, proche de Sarkozy – a ainsi fait sauter un sondage qui avait le tort de placer la candidate socialiste en tête pour "résoudre les problèmes économiques et sociaux de la France".
Tous les journalistes ne sont pas sous le charme – et le "problème Sarko" est une question sensible dans pas mal de rédactions: journée de grève à "Paris Match", motion de censure à la Tribune, tracts syndicaux dans les chaînes publiques. Seulement, Sarkozy a organisé son omniprésence, il sature volontairement l’espace médiatique. Quand ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui fait l’actualité, c’est le président de l’UMP ou le candidat à la présidentielle. Le jour où un supporter du PSG est mort, la première réaction, à TF1, a été: "Encore du Sarko! On ne passe pas d’extrait !" Finalement, son propos était carré et percutant, l’extrait a été diffusé. "Il répond aux questions, il dit ce qu’il pense être vrai, il ne donne pas d’impression de langue de bois. Il est très agréable à interviewer parce qu’il est très réactif", décrypte Laurence Ferrari. "Sarkozy, c’est le client parfait. Aux yeux du rédacteur en chef, il occupe le créneau formidable de la sécurité. Et le journaliste est sûr qu’il trouvera le temps de lui accorder une bonne interview dont il pourra tirer un bon extrait", dit Gérard Leclerc, ancien chef du service politique de France 2. En retour, Sarkozy n’a pas affaire à des ingrats. "Quoi qu’il fasse, on envoie qui il faut", dit un journaliste d’Europe 1. "On surcouvre sous de faux prétextes, répond en écho France 2, on envoie des caméras sans discernement, dans l’espoir d’une petite phrase, d’un dérapage." Lors de la présentation d’un rapport sur la police, en présence de Sarko, deux services avaient chacun envoyé une équipe… alors que ce type d’info est inexploitable à la télé.
Sarkozy a compris que cette profession travaille dans l’urgence. "Deux ou trois types, autour de lui, peuvent parler en son nom. Notamment son chargé de communication, Franck Louvrier, qui rappelle tout de suite", poursuit Leclerc. Et, délicate attention, depuis la rentrée la maison UMP offre aux télévisions les images des meetings filmés sous les meilleurs angles, comme il y a quinze jours lors de la grand-messe de la porte de Versailles. "Notre envoyé sur place est seul juge de leur utilisation, explique Paul Nahon, directeur de la rédaction de France 3. Mais pour les petites chaînes qui n’ont pas nos moyens, c’est très tentant." Last but not least, le produit Sarkozy est un formidable dopeur d’audience.
Bien sûr, certains, en ménageant un futur président potentiel, jouent le coup d’après. D’autant que Sarkozy est doté d’une surmémoire: les faits peuvent dater, il vous les resservira sans relâche. Dans la hiérarchie des représailles, il y a d’abord cette manière de prendre publiquement les gens à partie. Lorsque, devant un parterre d’HEC, le directeur de la rédaction de Challenges, Vincent Beaufils, l’interroge, il le cueille sur un numéro paru neuf mois plus tôt: "Challenges, vous avez dit? C’est ce journal qui a fait cette célèbre couverture: “Pourquoi Sarko fait-il peur?” Eh bien, vous ne manquez pas de courage de m’affronter comme cela!" La salle ricane. En octobre dernier, sur les ondes de France-Inter, il lance dès le début de son interview au journaliste Nicolas Demorand, qui pilote depuis peu la tranche matinale: "Ah, ben, vous êtes aussi bon journaliste qu’on me l’a dit, alors! – C'est-à-dire? – Vous êtes le contraire de cette journaliste russe, courageuse, qui voyait tout [Anna Politkovskaïa venait d’être assassinée]. Donc vous ne voyez rien…" Fin novembre, il a même asséné gratuitement une leçon de journalisme à Patrick Poivre d’Arvor sur le plateau du 20-heures: "J’ai regardé le Journal de TF1 où vous avez interviewé – c’est un grand mot! – Mme Royal, et l’art avec lequel elle n’a répondu à aucune de vos questions."
Il y a plus violent. Lui et les siens savent faire planer une forme d’intimidation, voire de menace. En riant… bien sûr. Recevant la rédaction du Parisien, le premier flic de France interpelle ainsi l’auteur d’articles sur ses déboires conjugaux: "Moi aussi, je sais des choses sur votre vie privée…" Il insiste: "Moi aussi, je pourrais en dire, des trucs…" Et il y a l’autre version, glaciale celle-là, expérimentée par notre confrère de l’Obs, Hervé Algalarrondo, sur qui Sarkozy a par deux fois pointé publiquement un index vengeur: "Je ne l’oublierai pas! Je ne l’oublierai pas!" Quoi donc? Le numéro titré "Sarko secret", qui lui avait déplu.
Le 1er mars dernier, il vient au "Grand Journal". Canal+ le voit débarquer "blême et fou de rage", selon un témoin, harponner Rodolphe Belmer, directeur général, et lui asséner un "coup de boule psychologique". Tout, à Canal+, l’énerve: "les Guignols", "7 Jours au Groland", "la Matinale", Ardisson… Ce jour-là, c’est une micro-phrase de Michel Denisot dans le Parisien qui l’a mis en rage. L’animateur prend ses distances avec son invité: "J’avais fait un livre avec lui […]. Il n’est plus vraiment le même, et je n’ai pas gardé de relation." Il faut préciser que Sarkozy avait instrumentalisé sa venue au "Grand Journal". Il avait " dealé ", sans y associer Canal+, une couverture de TV Magazine (5 millions d’exemplaires!) en imposant sa mise en scène. La chaîne avait résisté puis, face au chantage, plié. Avec cette impression diffuse que s’il se retrouve à l’Elysée tout cela pourrait se payer. Alors, parfois, certaines rédactions prennent les devants. Pour ne pas avoir relayé son interview sur le droit de vote des immigrés, un rédacteur en chef de LCI a été convoqué par sa direction.
Avant l’été, sur TF1 et LCI, Sarko était à toutes les sauces. Mais depuis la rentrée cette sarkomania s’est atténuée. "Bien sûr, ce genre de choses ne se discute pas en conférence de rédaction, note une fine mouche du groupe, mais on saisit que la ligne éditoriale a été infléchie, à de subtils indices: ouverture du Journal, hiérarchie des sujets, traitement…" Parce que le CSA, qui institue l’équité du traitement entre les candidats, veille. Et aussi parce que les incertitudes du scrutin incitent la chaîne à la prudence. "TF1 ne sera pas sarkozyste comme elle a été balladurienne en 1995, confie l’un de ses membres, cela nous a trop poursuivis." Autrement dit, ne faisons pas trop de zèle, c’est ainsi qu’on servira le mieux les intérêts du groupe, mais aussi ceux de Sarkozy. Les dirigeants traquent tout ce qui les fait passer pour "Télé-Sarko ". "Dans un sketch des Guignols, Sarko désignait la tour de TF1 d’un “Et là, c’est ma chaîne de télé.” On a reçu, les uns ou les autres, des coups de fil de TF1, note un cadre de Canal+. Pourtant ils se font souvent étriller et, d’habitude, ne réagissent pas." Selon un sondage TNS-Sofres, TF1 est perçue par 37% des Français comme la plus orientée à droite. Du coup, elle fait attention. Les chiffres l’attestent. En décembre, selon le CSA, France 2 a consacré plus de temps à Sarkozy que TF1 (1 heure 19 minutes 57 secondes contre 19 minutes 25 secondes). Plus édifiant encore, les statistiques de l’INA de janvier à novembre. Là, surprise, Sarkozy a été 50% plus présent aux 20-heures de France 2 qu’à ceux de TF1 ou de France 3 (100 "passages" quelle qu’en soit la forme, contre respectivement 64 et 58 sur les chaînes concurrentes).
En fait, Nicolas Sarkozy a conçu un système de tenaille inédit et diablement efficace. Au sommet des principaux médias, il compte nombre d’amis intimes dans le club des propriétaires: Martin Bouygues (TF1, LCI), Bernard Arnault (la Tribune, Radio-Classique), Arnaud Lagardère (Europe 1, Paris Match, le Journal du dimanche, plusieurs quotidiens régionaux)… Quand on dit "ami intime ", ce ne sont pas que des mots. En 2004, Sarkozy dénoue les problèmes d’héritage d’Arnaud Lagardère, et ce dernier désigne publiquement son bienfaiteur comme "un frère". Il l’a prouvé en licenciant Alain Genestar: le directeur de la rédaction de "Paris Match" avait publié en une la photo de Cécilia Sarkozy avec son amant, sans prévenir son patron. Lagardère a justifié officiellement la sanction par une baisse des ventes, mais "off the record" il expliquait depuis des mois que la confiance était irrémédiablement rompue entre Genestar et lui. Le fait est donc là: un grand patron de média a pris le risque d’abîmer son fonds de commerce – si l’on admet que l’indépendance est un actif important – pour complaire à Nicolas Sarkozy. Les rédacteurs en chef de ses autres journaux savent quelle peut être la sanction s’ils s’en prennent eux aussi au candidat…
Au sommet des rédactions, aussi, Sarkozy a son réseau: les vacances au Pyla sont des occasions de fréquenter en privé Jean-Claude Dassier (LCI), dont le fils est d’ailleurs le conseiller internet de l’UMP. Ou encore le voisin d’Arcachon, Nicolas Beytout, directeur du Figaro. Jean-Marie Colombani (le Monde) est aussi un ami, si l’on en croit son ancien adjoint Edwy Plenel, qui relate ainsi un rendez-vous à trois : "J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir été un intrus(1). " Et comme la vie est bien faite, l’Agence France Presse est dirigée par Pierre Louette, ancien conseiller de Balladur, dont Sarkozy était lui-même ministre. Louette jure n’avoir pas eu un seul contact avec le ministre – ou ses proches – depuis son arrivée à l’Agence il y a trois ans, mais sa présence suffit à rassurer la Place-Beauvau. Toutes ces "relations" n’obligent mécaniquement pas les rédactions à faire du pro-Sarko, mais disons qu’elles ne leur facilitent pas leur travail, surtout quand Sarkozy lance à un journaliste: "Tiens, j’ai dîné avec ton patron, hier."
Cette porosité avec les décideurs s’accompagne d’une incroyable intimité avec la base. Avec lui, c’est tutoiement imposé, main sur le bras, tape sur l’épaule. Il n’a jamais négligé les sans-grade. Lesquels, au fil des années, sont montés dans les hiérarchies… Il applique ce qu’il théorisait, en 1995 et sous pseudonyme, dans un feuilleton estival publié par le quotidien les Echos : "Privilégiez les [journalistes] les plus jeunes et les moins titrés […], vous les formerez à votre main et vous bénéficierez d’un réseau qui vous sera acquis." La toile tissée par le président de l’UMP, du haut jusqu’au bas de la hiérarchie – et c’est inédit à ce degré – l’amène à ignorer délibérément la séparation des pouvoirs. Déjeunant avec la rédaction du "Parisien", il lance à l’ex-directeur, Christian de Villeneuve: "Toi, Christian, t’es un mec de droite, tu peux adhérer à l’UMP." Sourire crispé de l’intéressé. De la proximité à l’ingérence, il n’y a qu’un pas... Il est intervenu pour sauver (en vain) "le Vrai Journal" de Karl Zéro sur Canal+. On l’a vu aussi se lancer publiquement, lors d’une conférence de presse à Bercy, dans une fort inhabituelle protestation d’amitié envers Gérard Leclerc (France 2), qui venait d’être placardisé. Venant d’un ministre éminent, cela revient à se mêler d’une affaire interne de la chaîne publique... Mais pourquoi se gênerait-il? Il s’est même trouvé un Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1, pour le consulter sur le recrutement d’un journaliste politique. Décidément, la règle d’airain édictée voici bien longtemps par Hubert Beuve-Méry garde toute son actualité: "Un journaliste doit être proche de ses sources et distant à la fois."
Véronique Groussard et Claude Soula
Notes: (1) Lettre adressée à "Marianne" le 18 mars 2006.
(Cet article est publié dans le Nouvel Observateur daté jeudi 25 janvier 2006)
AFFRONTEMENT UMP-PS
"On n'en est pas encore à la bataille de chiffonniers"
NOUVELOBS.COM | 29.01.2007 | 15:51
Le durcissement de ton entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy est-il inévitable à ce stade de la campagne ?
- C'est surtout intéressant du point de vue de Ségolène Royal. Sa campagne a commencé à flotter. Pour la relancer, elle a besoin de se remotiver et de remotiver ses troupes face à un adversaire forcément inacceptable. D'où l'emploi par elle-même, puis par son co-directeur de campagne Jean-Louis Bianco, de mots mettant Sarkozy et l'UMP en dehors du cercle de la raison démocratique: "clan", "bande", "meute", etc.
En 1988, François Mitterrand avait donné du relief à une campagne très consensuelle sur le plan économique et social en employant ce type d'expressions contre le RPR et Chirac. La gauche devient alors le camp de la démocratie et la droite une menace, telle qu'elle justifie l'oubli de tous les doutes et de toutes les hésitations.
Les attaques portées par l'un ou l'autre camp sont-elles fondées ? Qui, de l'UMP ou du PS, se montre plus agressif ?
- Quand les Renseignements généraux se promènent dans la vie d'un conseiller de la candidate socialiste, cela donne évidemment une justification, même partielle, aux accusations des socialistes. De même, la jouissance des porte-parole ou "porte-flingues" de Nicolas Sarkozy à souligner les manques ou les bourdes de leur adversaire. Même si Ségolène Royal surjoue son indignation pour reprendre l'offensive, il y a dans le présent et dans le passé de la droite de quoi nourrir beaucoup de soupçons. Plus le temps passe, plus la double casquette du candidat-ministre de l'Intérieur lui sera reprochée.
Quant à la question de savoir qui est plus violent ou plus "méchant" que l'autre, elle n'a pas d'intérêt en soi… Sauf si l'opinion est définitivement tombée dans une ère de politique-bisounours, où les "méchants" seront toujours punis. Ce qui est terrible dans cette séquence, c'est qu'on est totalement sorti du fond et des propositions. Si la campagne doit se résumer, d'un côté, à "Ségolène est bête" et, de l'autre, à "Sarkozy est une brute", la cinquième République n'en sortira ni grandie, ni raffermie.
A qui peut profiter le durcissement de l'affrontement entre les deux principaux candidats ?
- On n'en est tout de même pas encore à la bataille de chiffonniers qui écoeurerait la majorité de l'électorat. Si on y arrivait, toute serait possible, aussi bien un sursaut de "dignité" qui profiterait à François Bayrou, qu'un haut-le-cœur qui profiterait à Jean-Marie Le Pen. Mais on peut aussi imaginer une campagne d'une intense médiocrité qui n'affecterait ni Royal ni Sarkozy: le clivage et la détestation entre les deux camps sont tels que Royal, même jugée médiocre par certains de ses électeurs, ferait le plein de voix face à l'horrible Sarkozy - et vice-versa. Alors, la France serait devenue, un peu plus, l'Amérique.
Propos recueillis par Chiara Penzo
(le lundi 29 janvier 2007)
Droit au logement opposable : la loi examinée au Sénat
NOUVELOBS.COM | 30.01.2007 | 10:06
La majorité sénatoriale veut protéger les élus locaux face au risque de multiplication des contentieux si le demandeur de logement saisit le tribunal.
Les sénateurs examinent à partir de mardi 30 janvier le projet de loi instituant le droit opposable au logement, que Jean-Louis Borloo veut rebaptiser "Abbé Pierre", avec la ferme intention de protéger les élus locaux face au risque de multiplication des contentieux.
Ce texte, décidé dans l'urgence en réaction à la mobilisation en faveur des sans-abri orchestrée par l'association "Les Enfants de Don Quichotte", vise à permettre à terme à toute personne de saisir la justice contre les pouvoirs publics en cas de refus d'un logement décent. Vieille revendication des associations, il était réclamé depuis 2002 par le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées.
Mise en œuvre progressive
Le projet de loi prévoit une mise en œuvre progressive du droit au logement opposable: fin 2008 pour les personnes les plus en difficulté et le 1er janvier 2012 pour l'ensemble des mal-logés.
Concrètement, une personne n'ayant pas obtenu de réponse à une demande de logement pourra saisir une commission de médiation. Les sans-logis, les personnes menacées d'expulsion, placées dans une structure d'hébergement temporaire, logées dans une habitation insalubre ou les ménages avec enfants mineurs logés dans des taudis pourront la saisir sans délai.
Les autres demandeurs en attente de logement pourront faire valoir leur droit s'ils n'ont pas obtenu de réponse "dans un délai anormalement long", dont la durée sera définie par le préfet en fonction des caractéristiques locales.
Tribunal administratif
Si aucune solution n'est trouvée par la commission de médiation, le demandeur pourra saisir le tribunal administratif. Le juge ordonnera le relogement et pourra assortir cette injonction d'une astreinte.
L'Etat sera le garant du respect du droit opposable au logement. Il pourra cependant déléguer cette responsabilité avant le 1er décembre 2008 à titre expérimental aux élus locaux qui le souhaitent. L'expérimentation concernera les 52 communes et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) qui distribuent aujourd'hui au nom de l'Etat les subventions en faveur de la construction.
"Mesure d'affichage"
Mais la majorité sénatoriale refuse cette "mesure d'affichage". "Le maire ou le président de l'EPCI ne disposent ni des moyens (pouvoir de réquisition par exemple), ni forcément de la volonté de la mettre en oeuvre", fait valoir Bernard Seillier (Rassemblement démocratique et social européen), rapporteur du texte pour la commission des Affaires sociales, qui défendra un amendement de suppression.
La date d'entrée en vigueur du dispositif devrait également faire débat. Alors que Bernard Seillier veut s'en tenir au calendrier fixé par le gouvernement, Dominique Braye, rapporteur UMP de la commission des Affaires économiques, propose d'instituer un droit à l'hébergement temporaire au 1er janvier 2008, et de repousser au 1er janvier 2012 la reconnaissance du droit au logement opposable pour les cinq catégories de demandeurs éprouvant des difficultés particulières de logement.
Le sénateur UMP propose de repousser au 1er janvier 2014 la date d'entrée en vigueur pour l'ensemble des demandeurs. La crainte d'une multiplication des contentieux est à l'origine de ces amendements.
"Improvisation"
De leur côté, les sénateurs socialistes vont défendre une motion de renvoi en commission pour dénoncer "les conditions d'impréparation et d'improvisation dans lesquelles ce projet de loi est présenté".
Tout en saluant le projet de loi, les associations soulignent que la mise en œuvre du droit au logement opposable doit s'accompagner d'un effort massif de construction, sauf à risquer de rester purement incantatoire. La Fondation Abbé Pierre considère ainsi ce texte "comme une étape d'un processus qui devra être accompagné, à court terme, par des mesures concrètes pour son effectivité".
Le projet de loi doit être examiné par les députés avant la suspension le 22 février des travaux du Parlement. (AP)
C'est un bon résumé je trouve...Kyorou a écrit :Donc, si je suis bien, ils sont pour un droit au logement opposable mais non-opposable. Ca peut continuer longtemps, cette petite farce...
Un des sept jeunes militants qui écrivent sur le blog collectif "Partis de campagne" raconte qu'il est convoqué par la police après avoir diffusé la vidéo d'une séance de collage d'affiches anti-Sarkozy, le matin du congrès de l'UMP du 14 janvier dernier.
Dans un billet intitulé "Les services secrets de Sarko ont encore frappé !" (et publié sur son blog personnel et sur "Partis de campagne"), Quentin écrit ce matin : "Dimanche 14 janvier 6H00 : Opération anti-sarko avec collage d'affiche autour du parc expo, lieu où se déroulera le matin-même le congres de l'UMP pour d'investiture de N. Sarkozy. Vendredi dernier : Comme chaque jour, je vais chercher mon courrier. Surprise : une lettre de la préfecture de Police. Je l'ouvre et j'y découvre une convocation de la Brigade de la Répression de la Délinquance aux Personnes pour être entendu par Procès-Verbal."
"Etonné d'une telle lettre et n'ayant rien de particulier à me reprocher (en tous les cas dans ce domaine), je téléphone illico à l'Officier de Police Judiciaire chargé de m'auditionner" poursuit le jeune blogueur. "Je lui demande de pouvoir déplacer le rendez-vous et lui demande l'objet de ma convoc, celui-ci n'étant pas mentionné dans la lettre. J'apprends que c'est au sujet de mon blog (http://viemilitante.canalblog.com) et plus particulièrement d'une vidéo dernièrement postée.
Quentin, qui se demande ce qu'on lui reproche, constate qu'il s'est déroulé moins de dix jours entre la mise en ligne de la vidéo et la réception de la convocation. Il conclut : "La liberté d'expression est toujours en danger avec des personnes comme M. Sarkozy qui mélangent les genres : candidat et Ministre de l'Intérieur..." et "Il est toujours dangereux de n'être pas d'accord avec M. Sarkozy (voir tous les actes en justice actuels contre l'association RéSo, conceptrice du site : www.antisarko.net)..."
Dans les premiers commentaires, celui de l'avocat et blogueur Maître Eolas qui écrit : "Je suis moi même très curieux de connaître l'infraction qui vous est reprochée. L'affichage sauvage est certes une contravention, mais la BRDP ne s'occupe pas de cela en principe." et un internaute qui dit : "Je m'occupe du bureau Internet et libertés de Reporters sans frontières. Pouvez-vous me tenir au courant des suites de cette convocation ?"
La vidéo "coupable" sur : http://politique.fluctuat.net/militants ... ppes-.html
A cela rajoutons que l'association RéSo, conceptrice du site www.antisarko.net est régulirèrement en justice.
Bref il ne fait pas bon d'aller contre Monsieur.