Hida Ichi a écrit :
Mais par célibataire, je veux dire "vierge", "pure", "n'ayant pas de rapport sexuel", ce genre de choses...
A ce propos, justement, il faut faire un peu gaffe à pas (trop) fourrer Rokugan avec des pépites de morale catholique : à vérifier, mais je viens justement de tomber sur un hors-série (j'allais dire un supplément, comme quoi le rolisme, ça nous déforme...) de la revue "L'Histoire" consacré au Japon, de Jomon à maintenant, dans lequel ce sujet est abordé. Et apparemment, d'après deux trois articles qui évoquent la question du mariage et de la sexualité au Japon (Bakufu/Edo), ceux-ci sont assez différent de ce qui se passe en Occident, du moins moralement :
Effectivement, les relations extraconjugales sont réprouvées, et peuvent être un motif d'annulation du mariage, mais à côté de ça l'héritage ne se dessine pas sur un rapport à la lignée de sang : les enfants adoptés avaient le même statut que les enfants naturels, et il n'y avait pas de droit de primogéniture (l'héritage ne tient pas compte de l'ordre de naissance, aîné-cadet). Ce qui a pour conséquence le fait que la sexualité n'est pas un élément central pour l'héritage et la transmission des statuts et du patrimoine, et donc que celle-ci est moins strictement surveillée.
Les relations extraconjugales sont réprouvées pour leur aspect moral ; mais avant le mariage les gens font ce qu'ils veulent. La virginité n'a pas d'importance pour le mariage (alors que chez nous c'était un motif d'annulation du mariage, justement parce que cet élément prend tout son sens dans une société qui lie l'héritage à la lignée de sang avant tout). Jusqu'à Edo, la polygamie était également totalement acceptée, tout comme les prostituées n'étaient pas comme chez nous des pécheresses et des sales tentatrices (parce qu'elles poussent les hommes mariés aux relations extraconjugales... et multiplient d'autant le risque d'avoir des bâtards qui viendront emmerder leur monde au moment de la succession - ceci n'est qu'un seul aspect du problème, évidemment, la culture chrétienne (plus exactement : "paulinienne") du péché étant un autre aspect non négligeable, tout aussi absent de la culture nipponne). Au contraire, elles avaient un statut différent mais pas plus mal vu que d'autres "professionnelles de l'amour" (où se retrouvent les geishas, plutôt orientées arts & début de soirée). Comme un dentiste et un neurologue, si on veut.
Bref, peut-être que les miko doivent explicitement être chastes, mais on ne peut faire l'équation prêtresse=chaste sur base de nos habitudes culturelles à nous, si rien n'est précisé à ce sujet. Il faut garder à l'esprit que dans le fonctionnemnet culturel nippon, la pureté n'est pas directement liée avec la sexualité. Chez nous l'idéal de la pureté implique clairement le fait d'être exempt du péché de chair ; cet élément n'entre pas nécessairement en ligne de compte dans le concept jap. de pureté, qui s'attache bien plus à la perfection du geste, du comportement et de l'âme.
Ah oui, et aussi : c'est étonnant pour nous, mais la société japonnaise, jusqu'à l'industrialisation, était globalement une société égalitaire sur la question homme/femme; plus exactement, les femmes ne faisaient pas forcément la même chose que les hommes, mais n'étaient pas infériorisées. Evidemment, le métier de guerrier était un métier d'homme (ce qui dans Rokugan n'est pas le cas), mais sur tout le reste on peut aisément se caler sur le Japon classique pour la considération de la femme à Rokugan : différente mais pas inférieure. Par exemple, c'étaient les femmes qui géraient intégralement les finances du ménage, dans un couple noble, ce qui leur donnait un certain pouvoir. Si le mari était trop un chieur, pour le dire simplement, elles pouvaient aisément se barrer, ce qu'elles n'hésitaient pas à faire, vu qu'elles en avaient les moyens. C'est une société qui n'est pas "égalitaire" au sens du féminisme bas de plafond (femmes et hommes font la même chose comme s'ils étaient du même sexe), mais différenciée et équilibrée (les pouvoirs et la considérations étaient plus ou moins équivalents). Pour donner encore un autre exemple qui montre qu'on est pas dans une société machiste à l'occidentale, avant l'ère Meiji il n'existait pas un mot unique pour dire mariage : il existait deux formes de mariage, l'une où le mari était intégré à la famille de la femme, et l'autre où la femme était intégrée à la famille de l'homme.