L'inquiétante rupture tranquille
Publié : 18 janv. 2007, 10:15
Edit : le lien vers le texte dont il est question :
L’inquiétante “rupture tranquille” de Monsieur Sarkozy
Le lien direct pour le télécharger : ici (pdf / 560 ko)
Bon je viens de finir le premier chapitre (sur 4) du bouquin du PS sur Nicolas Sarkozy. A savoir celui intitulé "Nicolas Sarkozy, l'apologiste du modèle communautariste religieux".
Globalement je trouve ça assez bien fait. Il arrive que ça "déborde" (au sens on extrapole un peu trop à partir de certains actes ou propos) mais c'est quand même rare.
Après je ne suis pas toujours d'accord avec ce qui est dit. Notamment parce que je ne partage pas tout à fait les même craintes que les auteurs sur certaines choses (cf les discussions qu'on a pu avoir ici ou ailleurs sur le voile - inutile de relancer le débat).
Mais force est de reconnaitre que c'est une belle mise en perspective d'une danger réel de remise en cause de certaines valeurs laïques par l'un des candidat à la fonction suprême.
Deux choses m'ont paru particulièrement importantes dont une dont je parle très souvent et une autre que je cernais moins bien avant la lecture du texte.
- l'incitation à la substitution de la régulation religieuse des problèmes sociaux à la régulation politique. Ce paragraphe le résume relativement bien (même s'il faut lire l'ensemble pour éviter que ça n'arrive comme un cheveu sur la soupe) :
- la remise en cause de la loi de 1905 est plutôt bien présentée. On voit bien que ce qui est présenté comme une simple toilettage de bon sens, pragmatique, répondant à des nécessités nouvelles liées à l'évolution de la société, d'une vieille institution dépassée est en fait la pierre angulaire d'un autre risque très grand de remise en cause de nos fondamentaux. Le texte montre plutôt bien que ce serait mettre le doigt dans un engrenage qui ne pourrait qu'être profitable aux mouvements sectaires qui bénéficierait alors avec une très grande facilité d'avantages forts en termes de fiscalité, d'aides de l'état etc... Simplement parce qu'en remettant en cause cette loi (et selon les modalités proposées par Sarkozy, donc sans extrapolation) on donne à l'état le soin de devoir dire qui est une religion (et doit donc bénéficier d'aides comparables aux autres) et qui ne l'est pas. Partout ou cela s'est fait ça s'est réglé à coup de batailles juridiques (rappelons que Sarkozy est avocat au départ) qui ont fini par être gagnées par les sectes. En effet ce qui maintient les sectes à l'écart aujourd'hui, c'est que l'état n'y a aucune affaire. Dès lors qu'on donne des moyens (et l'obligation) à ce dernier pour aider telle ou telle religion au nom d'une certaines égalité de traitement, cette même égalité de traitement ouvrira à terme des avantages à des mouvements aujourd'hui considéré comme dangereux. Alors que le seul point de justification avancé par Sarkozy : à savoir permettre à l'état d'aider les "nouvelles" religions désavantagées (en termes de lieux de cultes ou de formation des "prêtres") pour les rendre plus "fondables" dans le modèle républicain peut très bien être fait par le biais de fondations grâce à une loi de Villepin alors qu'il était à l'intérieur, torpillée par Sarkozy quand il y est revenu. Ce qui montre bien qu'une de fois de plus l'objectif affiché n'est pas le vrai mais plutôt un prétexte à des remises en causes plus fondamentales de nos modes de vie.
Dans les deux cas la question est donc de savoir, en toute connaissance de cause, si on est en accord avec ces changements. Après tout c'est une opinion comme une autre : on peut souhaiter que l'état se dégage un peu plus de la question sociale et que celle ci redevienne plus une affaire privée ou religieuse en comptant sur les solidarités locales. Cela veut dire moins d'impôt, une plus grande liberté de choix dans la manière dont on veut que son argent personnel soit utilisé en terme de solidarité. On peut aussi souhaiter une plus grande libéralisation en matière religieuse, en mettant sur un pied d'égalité les religions du livre avec des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie. Mais il faut le dire. Et non se retrancher derrière des arguments prétextes. Il faut avoir le courage de ses opinions et non se demander comment faire advenir son projet en manipulant l'opinion.
Il y a un dernier point en filigrane dans ce chapitre : c'est le renforcement du traitement communautaire de la population. L'état va privilégier la discussion et le traitement des problèmes de politique publiques par catégorie de population. C'est en gros une politique de lobbies. Là aussi c'est un choix possible qu'il faut assumer en tant que tel. Sur ce dernier Sarkozy était relativement plus clair que sur les autres il y a encore quelques mois. Depuis les frictions intra-ump il rejoue fortement la carte du républicain convaincu et donc trahis un peu ses positions pourtant assez assumées auparavant.
L’inquiétante “rupture tranquille” de Monsieur Sarkozy
Le lien direct pour le télécharger : ici (pdf / 560 ko)
Bon je viens de finir le premier chapitre (sur 4) du bouquin du PS sur Nicolas Sarkozy. A savoir celui intitulé "Nicolas Sarkozy, l'apologiste du modèle communautariste religieux".
Globalement je trouve ça assez bien fait. Il arrive que ça "déborde" (au sens on extrapole un peu trop à partir de certains actes ou propos) mais c'est quand même rare.
Après je ne suis pas toujours d'accord avec ce qui est dit. Notamment parce que je ne partage pas tout à fait les même craintes que les auteurs sur certaines choses (cf les discussions qu'on a pu avoir ici ou ailleurs sur le voile - inutile de relancer le débat).
Mais force est de reconnaitre que c'est une belle mise en perspective d'une danger réel de remise en cause de certaines valeurs laïques par l'un des candidat à la fonction suprême.
Deux choses m'ont paru particulièrement importantes dont une dont je parle très souvent et une autre que je cernais moins bien avant la lecture du texte.
- l'incitation à la substitution de la régulation religieuse des problèmes sociaux à la régulation politique. Ce paragraphe le résume relativement bien (même s'il faut lire l'ensemble pour éviter que ça n'arrive comme un cheveu sur la soupe) :
On notera d'ailleurs (mais ça reviendra peut être dans le chapitre suivant) que ce n'est pas anodin. En effet (je crois que je le redis souvent) dans l'évaluation de l'évolution de la criminalité aux usa les chercheurs (sérieux) ont mis en évidence que parmi les facteur qui expliquaient la variation de la criminalité, les solidarités religieuses, l'impact des églises étaient relativement important. Alors qu'à l'inverse l'application de la fameuse politique de tolérance zéro avec son cortège de loi répressives et l'accroissement affolant de la population carcérale n'avait au mieux aucun effet voir au pire des effets pervers par la marginalisation croissante d'une population et le renforcement des inégalités sociales. Soit Sarkozy le sait et alors il est d'un cynisme absolu : il sait que sa politique pénale, sécuritaire n'aura aucun impact réel (sinon en terme d'images auprès des classes moyennes + et hautes) mais il compte sur le fait religieux pour faire du contrôle social pour masquer cet état de fait. Soit il ne le sait pas ce qui veut dire qu'il agit comme un idéologue voir un intégriste, sans recul donc très loin de l'image de pragmatique qu'il veut se donner."Jaurès ne s’y était d’ailleurs pas trompé. Il voulait clore la question religieuse pour pouvoir enfin traiter de la question sociale. C’était le leitmotiv de ses discours en 1905 :« il est urgent de le faire pour passer à la question sociale ». Nicolas Sarkozy poursuit un siècle plus tard un objectif diamétralement opposé : rouvrir la question religieuse pour ne pas traiter la question sociale. N’ayant rien à proposer pour résoudre
les problèmes sociaux de notre société, si ce n’est donner les pleins pouvoirs au marché, il prend argument de la diversité de notre société pour réhabiliter les identités communautaires et revenir sur la loi de 1905 et chacun des trois piliers de la laïcité française : l’autonomie des cultes, la liberté religieuse, et le respect de l’ordre public.
- la remise en cause de la loi de 1905 est plutôt bien présentée. On voit bien que ce qui est présenté comme une simple toilettage de bon sens, pragmatique, répondant à des nécessités nouvelles liées à l'évolution de la société, d'une vieille institution dépassée est en fait la pierre angulaire d'un autre risque très grand de remise en cause de nos fondamentaux. Le texte montre plutôt bien que ce serait mettre le doigt dans un engrenage qui ne pourrait qu'être profitable aux mouvements sectaires qui bénéficierait alors avec une très grande facilité d'avantages forts en termes de fiscalité, d'aides de l'état etc... Simplement parce qu'en remettant en cause cette loi (et selon les modalités proposées par Sarkozy, donc sans extrapolation) on donne à l'état le soin de devoir dire qui est une religion (et doit donc bénéficier d'aides comparables aux autres) et qui ne l'est pas. Partout ou cela s'est fait ça s'est réglé à coup de batailles juridiques (rappelons que Sarkozy est avocat au départ) qui ont fini par être gagnées par les sectes. En effet ce qui maintient les sectes à l'écart aujourd'hui, c'est que l'état n'y a aucune affaire. Dès lors qu'on donne des moyens (et l'obligation) à ce dernier pour aider telle ou telle religion au nom d'une certaines égalité de traitement, cette même égalité de traitement ouvrira à terme des avantages à des mouvements aujourd'hui considéré comme dangereux. Alors que le seul point de justification avancé par Sarkozy : à savoir permettre à l'état d'aider les "nouvelles" religions désavantagées (en termes de lieux de cultes ou de formation des "prêtres") pour les rendre plus "fondables" dans le modèle républicain peut très bien être fait par le biais de fondations grâce à une loi de Villepin alors qu'il était à l'intérieur, torpillée par Sarkozy quand il y est revenu. Ce qui montre bien qu'une de fois de plus l'objectif affiché n'est pas le vrai mais plutôt un prétexte à des remises en causes plus fondamentales de nos modes de vie.
Dans les deux cas la question est donc de savoir, en toute connaissance de cause, si on est en accord avec ces changements. Après tout c'est une opinion comme une autre : on peut souhaiter que l'état se dégage un peu plus de la question sociale et que celle ci redevienne plus une affaire privée ou religieuse en comptant sur les solidarités locales. Cela veut dire moins d'impôt, une plus grande liberté de choix dans la manière dont on veut que son argent personnel soit utilisé en terme de solidarité. On peut aussi souhaiter une plus grande libéralisation en matière religieuse, en mettant sur un pied d'égalité les religions du livre avec des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie. Mais il faut le dire. Et non se retrancher derrière des arguments prétextes. Il faut avoir le courage de ses opinions et non se demander comment faire advenir son projet en manipulant l'opinion.
Il y a un dernier point en filigrane dans ce chapitre : c'est le renforcement du traitement communautaire de la population. L'état va privilégier la discussion et le traitement des problèmes de politique publiques par catégorie de population. C'est en gros une politique de lobbies. Là aussi c'est un choix possible qu'il faut assumer en tant que tel. Sur ce dernier Sarkozy était relativement plus clair que sur les autres il y a encore quelques mois. Depuis les frictions intra-ump il rejoue fortement la carte du républicain convaincu et donc trahis un peu ses positions pourtant assez assumées auparavant.