[Culture] Les shugenja du Japon
Publié : 21 déc. 2006, 17:43
Pour répondre à Usagi-sama, au Japon, les shugenja 修験者 sont des ascètes itinérants qui pratiquent un mélange de shintô, de bouddhisme, de taoisme et d'onmyôdô, appelé shugendô 修験道 ! Comme la plupart d'entre eux errent dans les montagnes, cela leur a valu de se faire appeler yamabushi.Usagi a écrit :D'ailleurs (peut-être pour un autre thread) c'était quoi, au-japon-et-non-pas-à-Rokugan-hin-on-est-bien-d'accord, les shugenja?
Attention ! yamabushi ne signifie pas du tout "guerrier de la montagne" !!! C'est une erreur récurrente dans un bon nombre de livres en langue occidentale ! Cela peut prêter à confusion si on ne sait pas lire les kanji ! Ainsi le bushi guerrier s'écrit 武士, alors que yamabushi s'écrit 山伏 ! Ce qui n'est pas la même chose ! yamabushi signifie "ceux qui se prosternent, ou qui couchent (fusu 伏す) dans la montagne (yama 山)". la forme substantivée du verbe fusu est fushi, et en deuxième position, le f devien un b, donc bushi.
Une autre source de confusion est que le terme yamabushi ressemble phonétiquement à yamabôshi 山法師, qui signifie littéralement "les moines du Mont", et qui désigne les moines bouddhistes (hôshi 法師) du Mont Hiei, et plus précisément, les moines guerriers du temple Enryaku-ji, sur le Mont en question.
En somme les yamabushi, ne sont ni des guerriers de la montagne, ni des moines guerriers !
Le terme shugendô 修験道, la "voie des shugenja", signifie littérament "la voie (dô 道) de l'apprentissage (shu 修) des effets miraculeux (gen 験)". gen ou (ken) est ici l'abbréviation de reigen 霊験 (ou reiken) : effets miraculeux qui proviennent des pouvoirs surnaturels du bouddhisme, du shintô ou autres.
Le shugendô peut aussi s'appeler genjutsu 験術 (à ne pas confondre avec genjutsu 幻術 "l'art de l'illusion"), et les shugenja : genja ou genza 験者.
Le shugendô aurait été fondé par dénommé En no Ozunu 役小角, surnommé En no Gyôja 役行者 "l'Ascète de la famille En" durant la période de Nara. Durant la période de Heian, le shugendô a été rapproché des sectes bouddhiques Tendai 天台 et Shingon 真言, connues pour leur enseignement du mikkyô 密教 : le bouddhisme ésotérique. Puis, durant les périodes de Kamakura et des Nanbokuchô, le shugendô affirma son indépendance, mais comme il y a beaucoup de liens avec le mikkyô, il est souvent considéré comme étant une secte bouddhique.
Au cours de l'histoire, il y a eu plusieurs sectes de shugendô, attachée chacune à un mont sacré (reizan 霊山 ), certaines plus versées dans le bouddhisme, d'autres dans le shintô, etc...
En 1868, au tout début de l'Ere Meiji, il y eut une grande volonté de retour aux sources, et de rejet du bouddhisme. , il fut promulgué l'édit de séparation du shintô et du bouddhisme (shinbutsu bunri rei 神仏分離令),et le shugendô fut interdit. A cette époque, tout ce qui avait attrait au bouddhisme fut détruit (ou, heureusement, quelque fois sauvé et emporté à l'étranger par des personnes comme Emile Guimet).
Après l'ère Meiji, il ne restait parmi les sectes de shugendô que celles qui privilégiaient le shintô, et n'avaient conservé que peu de rapports avec le bouddhisme.
De nos jours (oui, on peut encore croiser des shugenja dans les montagnes au Japon!), le trois sectes principales de shugendô sont :
- le Kinpusen Shugen Honshû 金峰山修験本宗, du temple Kinpusen-ji 金峯山寺, sur le mont Yoshino 吉野山dans le département de Nara.
- le Honzan Shugen-shû 本山修験宗, du monastère Shôgo-in 聖護院, à Kyôto.
- le Shingon-shû Daigo-ha 真言宗醍醐派, du monastère Sanpô-in 三宝院, dans l'enceinte du temple Daigo-ji 醍醐寺, à Kyôto
En invoquant les kami ou les buddha, les shugenja peuvent exorciser des lieux ou des presonnes, et sont capable de guerir maux et maladies. Ils peuvent aussi fabriquer des talismans (o-mamori お守り), etc...
Ils sont capables de marcher sur des braises, et de se baigner dans une rivière glacée.

Voila une représentation typique d'un yamabushi
Traditionnellement, on considère que les yamabushi ont seize attribus : yamabushi jûroku dôgu 山伏十六道具 (ou douze, selon les versions yamabushi jûni dôgu 山伏十二道具)
- 1. le tokin 頭襟 / 頭巾, porté sur le front.
- 2. le suzukake 鈴掛 / 篠懸, une sorte de kosode 小袖 dont on peut réduire les manches grâce à un système de lacet.
- 3. le yui-gesa結袈裟(ou fudô-gesa 不動袈裟), leur version du kesa 袈裟 (étole bouddhique), composé de quatre ou six pompons à l'avant, et un à l'arrière, reliés par une bande de tissu.
- 4. le irataka nenjû 最多角念珠, rosaire (nenjû) à cent-huit perles.
- 5. la hôra 法螺 (ou hôragai 法螺貝) : une conque, qui leur sert à effrayer les mauvais esprits.
- 6. le hangai 斑蓋(ou hi-gasa 檜笠, chapeau de paille plat.
- 7. le shakujô 錫杖(ou bosatsu-shakujô 菩薩錫杖), bâton à anneaux. C'est un bâton de marche, mais le bruit produit par les anneaux leur permet de faire fuir les mauvais esprits. a la place il arrive qu'il possède un simple bâton (hi-zue 桧杖) ou à section octogonale (kongô-jô ou kongô-zue 金剛杖).
- 8. le oi 笈, objet qui sert à porter ses affaires, des reliques, des sûtra, etc... Il existe deux sortes de oi : le hako-oi 箱笈 est un coffre portatif avec deux portillons, souvent lacqué et muni de ferrures. Le fuchi-oi (ou en-oi) 縁笈 ou ita-oi 板笈 a la forme d'une petite étagère sans pans de part et d'autres.
- 9. le kata-bako 肩箱 (ou kata-awase 肩合), boîte fixée au dessus du oi.
- 10. le hisshiki 引敷, sorte de tablier de fourrure qui ne couvre que les fesses. il symbolise le lion que Monju Bosatsu 文殊菩薩 à chevauché. Il évite surtout de ne pas avoir froid aux fesses quand le yamabushi s'assied dans la nature.
- 11. un paire de kyahan 脚半, housseaux.
- 12. yatsume no waraji 八目の草鞋, sandales de paille.
- 13. le hi-ôgi 檜扇 / 桧扇, éventail.
- 14. le shiba-uchi 柴打 / 柴内 ou tsurugi (剣), épée droite à double tranchant qui symbolise la force de Fudô-Myôô. A la place, il arrive qu'ils portent un sabre (tachi 太刀) ou une grosse hache (masakari 鉞). Ces armes servent d'avantage lors de cérémonies que pour le combat !
- 15. hashiri-nawa 走縄(ou kai-no-o 螺緒), cordon porté autour de la taille pour suspendre la hôra.
- 16. hoki no sen 簠簋扇, sorte de tige au bout de laquelle est attachée une plume de paon. Sert lorsque le shugenja invoque Kôjaku Myôô , connue pour protéger des venins et poisons, de la peur, et des désastres.
ils portent aussi comme vêtement :
- un nobakama 野袴 (un hakama 袴 court)
- un sodenashi-baori 袖無羽織 (un haori 羽織 sans manche) qui évite le frottement des bretelles du oi.
N'importe quelle persoone de n'importe quelle classe sociale peut tenter de pratique le shugendô. Si un samurai décide de le devenir shugenja, de la même façon que s'il se faisait moine, il rejette alors son rang de samurai, et coupe tout lien avec sa vie d'avant.
Il y a plusieurs histoires de samurai qui se sont déguisés en shugenja pour approcher discrètement une position ennemie. Ils pouvaient porter un sabre sans éveiller les soupçons, et cacher leur armure dans le oi !
Minamoto no Yorimitsu et ses lieutenants ont ainsi approché le repère du démon Shuten Dôji. De même, Minamoto no Yorimitsu et son fidèle Benkei ont échappé de cette façon aux patrouilles qui les recherchaient.
Sources :
livre :
Shugendô no Hon 修験道の本, collection Books Esoterica n°8, Editions Gakken.
net :
[url=ttp://ja.wikipedia.org/wiki/%E4%BF%AE%E9%A8%93%E9%81%93]Article de wikipedia sur le shugendô[/url]
Article wikipedia sur les yamabushi
Article sur les attributs des yamabushi[/quote]