Bon, eh bien l'honneur est toujours un sujet qui fait couler de l'encre...
Quelques réflexions supplémentaires.
L'honneur (tel que nous l'avons joué dans notre partie) est d'abord un honneur 'social', qui comprend une bonne part de 'face'...C'est aussi un honneur basé sur les actes et pas les intentions. Et je suis d'accord, il y a des situations où il n'y a pas de bon choix, et où on perd de l'honneur de toute façon.
Le samurai à qui on ordonne un acte déshonorant comme d'assassiner quelqu'un a classiquement deux choix :
- le faire (et perdre de l'honneur)
- faire un seppuku de protestation (honorable)
La solution créative 'c'est la tête de votre épouse, c'était un kitsune' est également déshonorante puisqu'il y a mensonge, mais probablement moins déshonorante qu'un assassinat.
Le daimyo qui ordonne un assassinat ou autre acte déshonorant perd de l'honneur.
Le daimyo qui donne un ordre vague à son subordonné, si ce subordonné utilise des méthodes déshonorantes pour le faire, sans que ces méthodes soient publiques, ne perd pas d'honneur.
Par exemple : "J'aimerais bien savoir ce que Untel et Untel vont dire demain au daimyo de W" (allez espionner leur conversation), pas de perte d'honneur, du moins tant que l'espionnage n'est pas détecté.
C'est également le fameux 'Faites au mieux' (et je ne veux pas savoir comment vous vous y prenez, surtout s'il n'y a pas de méthode honorable pour y parvenir).
Si un de ses subordonnés dit "je vais aller assassiner les sentinelles" ou "je compte utiliser du poivre gaijin pour faire sauter la porte", le daimyo honorable n'a d'autre choix que de s'indigner et d'ordonner à son serviteur de tomber sur son sabre pour avoir osé proposer une telle infamie.
S'il dit "j'ai une idée pour pénétrer dans la forteresse", pas de perte d'honneur pour le daimyo (même si celui-ci se doute que les méthodes utilisées ne sont pas nécessairement les plus reluisantes).
Avec Kenji-kun nous avons eu un certain nombre d'échanges sur ce sujet
En ce qui concerne les embuscades, on peut prendre l'exemple des 7 samurai :
A un moment donné, deux des ronin s'apprêtent à intercepter des bandits. L'un d'eux a grimpé à l'arbre, et s'apprête à sauter sur leurs adversaires quand ils passeront dessous (déshonorant). L'autre est allongé tranquillement contre un tronc, et 'fait la sieste' du côté opposé à la direction d'où viennent les bandits. Quand ceux-ci arrivent, il se relève et fait face aux bandits surpris, ils l'ont dérangé dans son repos. Un combat s'enchaine (pas de déshonneur, hormis celui de laisser faire un acte déshonorant par son acolyte ...mais il était tourné de l'autre côté, il ne l'a pas vu^^).
Ce genre de comportement, pour un joueur occidental, peut s'assimiler à de l'hypocrisie. Mais en fait, il s'agit simplement de préserver la 'face' ...et c'est un art délicat de savoir ignorer les actes déshonorants. La gestion de l'information (qui est informé, et de quoi) est cruciale.
Dernier exemple, tiré de Baby cart, qui illustre la différence de mentalité :
Quatre ronin, embauchés comme gardes par un seigneur, devisent. Trois d'entre eux (sales et débraillés) voient passer une dame et sa fille, les suivent, et entreprennent de leur faire un mauvais parti, après avoir assommé leur yojimbo. Le quatrième (que l'on sent de meilleure extraction) arrive alors que le yojimbo, qui a retrouvé ses esprits, est en train de se battre comme un beau diable contre les ruffians en train de malmener ses maitresses.
Version occidentale : le gentil va secourir les demoiselles en détresse contre les trois affreux.
Là, pas du tout. Il commence par tuer le yojimbo, puis les deux femmes, et enfin force ses trois comparses à tirer à la courte paille, avant de tuer le perdant d'un grand coup de sabre en pleine figure.
Explication : "Tu seras le bandit qui aura attaqué ces nobles dames et leur serviteur, ainsi la réputation de notre maître ne sera pas entachée".
No comment.