Publié : 18 avr. 2008, 12:51
Satori-san, permets-moi de te faire une réponse brève, non pas par mépris ou facilité, mais pour éviter de continuer dans le saucissonage de répliques...
Fondamentalement, je pense que notre désaccord vient principalement du fait que les auteurs de L5A ont essayé d'inclure dans le concept d'honneur tout un tas de considérations morales ou culturelles (par facilité, peut-être?) qui sont, dans la culture japonaise, tout à fait distinctes de l'honneur.
Je pense par exemple à la question de la face, de la sincérité... Ou encore, mais là on tombe dans un cas très particulier, la question de la souillure.
Dans L5A, on a affaire à deux types de souillure : celle qui provient de la culture japonaise, et celle qui est liée à l'Outremonde. Ce sont deux choses bien différentes, mais qui partent de la même idée : la pureté de l'âme (et du corps, n'entrons pas dans la question du dualisme platonico-chrétien). Il me semble que du coup la deuxième forme de souillure a été largement mise en valeur et la première réduite à quelques survivances culturelles, quelques détails assez mal intégrés dans l'univers. Preuve en est que si on nous parle régulièrement de la souillure occasionnée par le contact des cadavres par exemple, on nous parle assez peu des rituels de purification et de la manière dont les rokuganis vivent ce rapport à la souillure de l'âme (autre que la "S"ouillure de l'Outremonde, qui au contraire est fort développée).
Ce qui amène, par exemple à un de nos désaccords : je soutiens un honneur lié à la classe (même si les samourais se comportent comme si les autres classes sociales étaient aussi contraintes par l'honneur), alors que tu soutiens que l'honneur est le même pour l'eta et pour le samourai. De là aussi la confusion entre honneur et bushido, dans laquelle nous avons plongé tous les deux à pieds joints. Toutes ces confusions sont dues, à mon sens, au fait que les auteurs ont mis sous le terme "honneur" tout ce qui a trait à la morale et aux normes culturelles, ce qui n'est pas vraiment compatible avec un honneur défini (par la gamme encore, qui n'est pas à une contradiction près) par Commandement, l'ouvrage d'Akodo sur le bushido. Je vais essayer de rendre ça plus clair dans les exemples que je vais donner suite à la proposition de Kojiro. On n'ouvrirait pas un nouveau thread pour cela, afin que ce soit plus clair, d'ailleurs?
A côté de ça, je tiens à te dire que je suis d'accord avec toi sur l'idée de l'échange de cadeaux comme fondement des liens sociaux, mais à ceci prêt que c'est loin d'être une spécificité de Rokugan ou du Japon : il suffit, à nouveau, de lire Levi-Strauss pour se rendre compte à quel point c'est fondamental dans toute société humaine (l'exemple le plus connu est le potlatch, et le plus radical est l'échange des femmes dans les promesses de mariage).
Pour ce qui est de l'excuse, il me semble que nous sommes d'accord : la gamme pousse clairement dans un sens où l'excuse n'a que rarement du sens. A la limite, quand ça donne un côté sympa à la scène, il arrive que les auteurs introduisent la valeur de l'excuse, comme dans le cas de Ginawa, mais c'est loin d'être la norme qu'ils prônent en général : le fonctionnement normal est plutôt, effectivement, que celui qui a fait une faute doit s'excuser, mais que l'excuse ne rattrape rien (sauf pour son âme), et surtout n'est absolument pas valorisé (comme une preuve de courage, par exemple, comme tu le décris bien). D'ailleurs, tu tombes toi-même dans le piège quand tu dis que tu ne fais pas de différence entre l'hérétique et le pécheur qui se repent : suivant la norme dont tu parlais, où le fait d'assumer sa responsabilité personnelle et faire ses excuses est vu comme une preuve de courage, il devrait, au contraire, y avoir clairement une différence entre celui qui se "repent" et celui qui ne se "repent" pas. Même si ce terme de repentir est très mauvais, mais on se comprend, je pense : on ne parle pas du fait de se sentir coupable jusqu'au tréfond de son âme, comme chez les chrétiens, mais d'avouer sa faute et d'en assumer publiquement l'entière responsabilité.
Fondamentalement, je pense que notre désaccord vient principalement du fait que les auteurs de L5A ont essayé d'inclure dans le concept d'honneur tout un tas de considérations morales ou culturelles (par facilité, peut-être?) qui sont, dans la culture japonaise, tout à fait distinctes de l'honneur.
Je pense par exemple à la question de la face, de la sincérité... Ou encore, mais là on tombe dans un cas très particulier, la question de la souillure.
Dans L5A, on a affaire à deux types de souillure : celle qui provient de la culture japonaise, et celle qui est liée à l'Outremonde. Ce sont deux choses bien différentes, mais qui partent de la même idée : la pureté de l'âme (et du corps, n'entrons pas dans la question du dualisme platonico-chrétien). Il me semble que du coup la deuxième forme de souillure a été largement mise en valeur et la première réduite à quelques survivances culturelles, quelques détails assez mal intégrés dans l'univers. Preuve en est que si on nous parle régulièrement de la souillure occasionnée par le contact des cadavres par exemple, on nous parle assez peu des rituels de purification et de la manière dont les rokuganis vivent ce rapport à la souillure de l'âme (autre que la "S"ouillure de l'Outremonde, qui au contraire est fort développée).
Ce qui amène, par exemple à un de nos désaccords : je soutiens un honneur lié à la classe (même si les samourais se comportent comme si les autres classes sociales étaient aussi contraintes par l'honneur), alors que tu soutiens que l'honneur est le même pour l'eta et pour le samourai. De là aussi la confusion entre honneur et bushido, dans laquelle nous avons plongé tous les deux à pieds joints. Toutes ces confusions sont dues, à mon sens, au fait que les auteurs ont mis sous le terme "honneur" tout ce qui a trait à la morale et aux normes culturelles, ce qui n'est pas vraiment compatible avec un honneur défini (par la gamme encore, qui n'est pas à une contradiction près) par Commandement, l'ouvrage d'Akodo sur le bushido. Je vais essayer de rendre ça plus clair dans les exemples que je vais donner suite à la proposition de Kojiro. On n'ouvrirait pas un nouveau thread pour cela, afin que ce soit plus clair, d'ailleurs?
A côté de ça, je tiens à te dire que je suis d'accord avec toi sur l'idée de l'échange de cadeaux comme fondement des liens sociaux, mais à ceci prêt que c'est loin d'être une spécificité de Rokugan ou du Japon : il suffit, à nouveau, de lire Levi-Strauss pour se rendre compte à quel point c'est fondamental dans toute société humaine (l'exemple le plus connu est le potlatch, et le plus radical est l'échange des femmes dans les promesses de mariage).
Pour ce qui est de l'excuse, il me semble que nous sommes d'accord : la gamme pousse clairement dans un sens où l'excuse n'a que rarement du sens. A la limite, quand ça donne un côté sympa à la scène, il arrive que les auteurs introduisent la valeur de l'excuse, comme dans le cas de Ginawa, mais c'est loin d'être la norme qu'ils prônent en général : le fonctionnement normal est plutôt, effectivement, que celui qui a fait une faute doit s'excuser, mais que l'excuse ne rattrape rien (sauf pour son âme), et surtout n'est absolument pas valorisé (comme une preuve de courage, par exemple, comme tu le décris bien). D'ailleurs, tu tombes toi-même dans le piège quand tu dis que tu ne fais pas de différence entre l'hérétique et le pécheur qui se repent : suivant la norme dont tu parlais, où le fait d'assumer sa responsabilité personnelle et faire ses excuses est vu comme une preuve de courage, il devrait, au contraire, y avoir clairement une différence entre celui qui se "repent" et celui qui ne se "repent" pas. Même si ce terme de repentir est très mauvais, mais on se comprend, je pense : on ne parle pas du fait de se sentir coupable jusqu'au tréfond de son âme, comme chez les chrétiens, mais d'avouer sa faute et d'en assumer publiquement l'entière responsabilité.