Re: [Films] Cinéma, dvd, diffusion télé cuvée 2010
Publié : 06 janv. 2010, 15:42
Juste mon petit commentaire sur votre discussion à propos d'Avatar. Je précise tout d'abord que je n'ai pas vu le film et, en toute honneteté, il ne m'intéresse pas. Rien qu'avec la bande annonce, j'étais en mesure d'exposer le scenario. Après discussion, il s'avère qu'à part deux-trois événements secondaires, tout y était prévisible. Or, pour moi, le socle nécessaire à tout film est son histoire attrayante. En l'espèce, ce n'est pas le cas à mes yeux. Ce film demeure ce que j'ai qualifié "un manifeste graphique". Point sur lequel je ne reviendrais pas, sauf quelques personnes, il y a unanimité là-dessus. De même, il a souvent été dit qu'il s'agissait du Stars War du XXI° siècle. Et je pense que c'est fondamentalement vrai. À la différence que le précédent était plus novateur (création du space opéra, si je ne m'abuse) bien que la trame scénaristique soit très usée. Sa transposition était assez rafraichissante à l'époque.
Pour en revenir plus sérieusement sur ce qui (me) pose problème chez James Cameron : le scénario. Qu'il soit un grand réalisateur, qu'il ait le sens de l'image et qu'il aime être précurseur sur les effets spéciaux, aucun doute. Il a reçu des tonnes de récompenses pour cela. Par contre, la qualité de ses histoires, c'est tout autre. Il y a Abyss, certes, Terminator dont l'idée de base était assez intéressante... bien que totalement dans l'ère du temps et des écrits de l'époque. Il a fait l'effort de transposer cela au grand écran, et grand bien y a été fait. Cependant, il faut reconnaître que ce n'est pas pour cela que ses films ont été réputés.
"Oui, mais il y a un sous-texte." Toute personne ayant étudié un minimum l'herméneutique ne peut sous-tenir cela. Il y a autant d'interprétations d'un même texte que d'interprètes et un même interprète ne regardera pas une question de la même façon si sa situation évolue. Platon est ainsi toujours parfaitement actuel et parlait du totalitarisme... Pour Tolkien, il a très bien pu viser qu'une fresque historique en rapport à la philologie qu'il connaît parfaitement et les grands mythes de l'histoire. Toutefois, le lecteur de la deuxième moitié du XX° siècle, lui, le verra au prisme de la Seconde guerre mondiale. Et alors ?
De même qu'on peut trouver un message - qui semble évident - dans le texte d'un auteur, ce même auteur peut ne pas du tout viser cet effet (consciemment et inconsciemment) : je me souviendrais toujours de la surprise d'un auteur à l'écoute des louanges d'un critique littéraire : il n'avait pas conscience, l'ambition ni même l'envie d'écrire un dixième de ce que le critique y trouvait. Et pourtant, ce critique n'était pas le seul à y voir ce message. Lorsqu'on parle de Titanic, il faut aussi voir que le scénario est une remise au gout du jour d'un scénario classique et éculé, ayant eu déjà beaucoup de succès. Le film de Cameron tient du casting, des effets spéciaux et de la réalisation. Guère plus (guère moins non plus, d'ailleurs).
On peut vouer aux louanges ou aux gémonies l'oeuvre de Cameron ou seulement Avatar. De toute façon, vous n'y trouverez que ce avec quoi vous êtes entrez le voir. Le "sous-texte", la "volonté de l'auteur" et autres interprétations ne sont que le produit de votre perception. Certes, l'auteur peut vous orienter dans un interview. Mais dit-il ce qu'il désire, ce qu'il doit dire pour vendre, ce qu'autrui a trouvé dans son film et qu'il va défendre, etc. ? Pour ma part, je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est ce que l'on en retire. Dans le contexte actuel, on peut le voir comme une critique de l'impérialisme américain, de la recherche des profits à tout prix, une ode à l'écologie, etc. On peut aussi tout simplement y voir tous les éléments fondateurs du mythe américain, du peuple élu doté d'une terre promise bénie, d'une harmonie avec la nature et d'un oppresseur étranger qui ne désire que l'argent. Vous avez ici le mythe fondateur des États-Unis d'Amérique à quelques variantes près (non pas contre les indiens, mais contre les Anglais). Vous pouvez aussi le voir au prisme de Toro et de l'écologisme militant. Etc.
Mais par pitié, n'imposez pas votre perception du film comme étant la "vérité", la seule possible. On peut ne pas apprécier ce film, on peut l'apprécier. Pour différentes raisons et arriver au même résultats ; pour les mêmes raisons et diverger sur la conclusion.
Enfin, ce qui me désole le plus pour Avatar, c'est qu'entre la bande annonce, le scénario digne d'un jeu vidéo classique, l'aspect marketting sur le jeu vidéo - justement - et le fait de tout axer sur le visuel, j'y vois davantage une prouesse technique avec un long métrage pour vendre un jeu vidéo et des effets spéciaux et non un film à histoire où on se dote de moyens pour faire transmettre la-dite histoire. Donc, un bon blockbuster comme il faut, avec un débouché économique sur la nouvelle voie économique pertinente, et l'ancrage clair et net dans le monde informatique.
À coté de cela, hier soir, sur la 2, vous pouviez voir "Douze hommes en colère", en pièce de théâtre. Scénario bien fait, même si très manichéen dans son aspect et extrêment moralisateur (cf. l'attitude de n° 8, auquel s'identifie l'auteur et, par bonne conscience, le spectateur...). Pas d'effet spéciaux à s'en régaler les yeux. Et pourtant, c'était un plaisir. Et si j'avais à choisir entre Avatar et ce dernier, j'aurais choisi le théâtre. Est-ce que ça fait de moi un élitiste arrogant, méprisant et qui ne reconnaît pas les mérites de Cameron ? Peut-être. Sauf que je ne suis pas méprisant et je reconnais ses justes mérites - il n'est pas un scénariste de géni. Et que je ne me considère pas élitiste - c'est-à-dire que je m'adresserais qu'à une élite et non au reste - mais exigeant. Enfin, que mes exigeance, peut-être apparaissent-elles pleine d'arrogance, sont fortement axées sur la trame scénaristique et ses ressorts. Et j'en ai assez d'aller au cinéma pour expliquer à mes voisins que là, c'est la scène de baiser, dans 15 min, ça va exploser, lui il meurt dans dix minutes, là il va se passer ça et ici, en somme, on va avoir le laius sur l'aspect moral du film, etc. Je ne critique pas le fait qu'on apprécie cela - je l'ai longtemps apprécié avant de m'intéresser aux techniques scénaristiques - mais que ce n'est plus ma tasse de thé et qu'il m'en faut plus pour goûter avec plaisir un film.
Sur ce, je m'en retourne en jeune vieux con fourbu et réac' dans ma tanière universitaire.
JBeuh, ou comment regarder Kung-Fu Panda et apprécier mais ne pas avoir envie de voir Avatar...
Pour en revenir plus sérieusement sur ce qui (me) pose problème chez James Cameron : le scénario. Qu'il soit un grand réalisateur, qu'il ait le sens de l'image et qu'il aime être précurseur sur les effets spéciaux, aucun doute. Il a reçu des tonnes de récompenses pour cela. Par contre, la qualité de ses histoires, c'est tout autre. Il y a Abyss, certes, Terminator dont l'idée de base était assez intéressante... bien que totalement dans l'ère du temps et des écrits de l'époque. Il a fait l'effort de transposer cela au grand écran, et grand bien y a été fait. Cependant, il faut reconnaître que ce n'est pas pour cela que ses films ont été réputés.
"Oui, mais il y a un sous-texte." Toute personne ayant étudié un minimum l'herméneutique ne peut sous-tenir cela. Il y a autant d'interprétations d'un même texte que d'interprètes et un même interprète ne regardera pas une question de la même façon si sa situation évolue. Platon est ainsi toujours parfaitement actuel et parlait du totalitarisme... Pour Tolkien, il a très bien pu viser qu'une fresque historique en rapport à la philologie qu'il connaît parfaitement et les grands mythes de l'histoire. Toutefois, le lecteur de la deuxième moitié du XX° siècle, lui, le verra au prisme de la Seconde guerre mondiale. Et alors ?
De même qu'on peut trouver un message - qui semble évident - dans le texte d'un auteur, ce même auteur peut ne pas du tout viser cet effet (consciemment et inconsciemment) : je me souviendrais toujours de la surprise d'un auteur à l'écoute des louanges d'un critique littéraire : il n'avait pas conscience, l'ambition ni même l'envie d'écrire un dixième de ce que le critique y trouvait. Et pourtant, ce critique n'était pas le seul à y voir ce message. Lorsqu'on parle de Titanic, il faut aussi voir que le scénario est une remise au gout du jour d'un scénario classique et éculé, ayant eu déjà beaucoup de succès. Le film de Cameron tient du casting, des effets spéciaux et de la réalisation. Guère plus (guère moins non plus, d'ailleurs).
On peut vouer aux louanges ou aux gémonies l'oeuvre de Cameron ou seulement Avatar. De toute façon, vous n'y trouverez que ce avec quoi vous êtes entrez le voir. Le "sous-texte", la "volonté de l'auteur" et autres interprétations ne sont que le produit de votre perception. Certes, l'auteur peut vous orienter dans un interview. Mais dit-il ce qu'il désire, ce qu'il doit dire pour vendre, ce qu'autrui a trouvé dans son film et qu'il va défendre, etc. ? Pour ma part, je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est ce que l'on en retire. Dans le contexte actuel, on peut le voir comme une critique de l'impérialisme américain, de la recherche des profits à tout prix, une ode à l'écologie, etc. On peut aussi tout simplement y voir tous les éléments fondateurs du mythe américain, du peuple élu doté d'une terre promise bénie, d'une harmonie avec la nature et d'un oppresseur étranger qui ne désire que l'argent. Vous avez ici le mythe fondateur des États-Unis d'Amérique à quelques variantes près (non pas contre les indiens, mais contre les Anglais). Vous pouvez aussi le voir au prisme de Toro et de l'écologisme militant. Etc.
Mais par pitié, n'imposez pas votre perception du film comme étant la "vérité", la seule possible. On peut ne pas apprécier ce film, on peut l'apprécier. Pour différentes raisons et arriver au même résultats ; pour les mêmes raisons et diverger sur la conclusion.
Enfin, ce qui me désole le plus pour Avatar, c'est qu'entre la bande annonce, le scénario digne d'un jeu vidéo classique, l'aspect marketting sur le jeu vidéo - justement - et le fait de tout axer sur le visuel, j'y vois davantage une prouesse technique avec un long métrage pour vendre un jeu vidéo et des effets spéciaux et non un film à histoire où on se dote de moyens pour faire transmettre la-dite histoire. Donc, un bon blockbuster comme il faut, avec un débouché économique sur la nouvelle voie économique pertinente, et l'ancrage clair et net dans le monde informatique.
À coté de cela, hier soir, sur la 2, vous pouviez voir "Douze hommes en colère", en pièce de théâtre. Scénario bien fait, même si très manichéen dans son aspect et extrêment moralisateur (cf. l'attitude de n° 8, auquel s'identifie l'auteur et, par bonne conscience, le spectateur...). Pas d'effet spéciaux à s'en régaler les yeux. Et pourtant, c'était un plaisir. Et si j'avais à choisir entre Avatar et ce dernier, j'aurais choisi le théâtre. Est-ce que ça fait de moi un élitiste arrogant, méprisant et qui ne reconnaît pas les mérites de Cameron ? Peut-être. Sauf que je ne suis pas méprisant et je reconnais ses justes mérites - il n'est pas un scénariste de géni. Et que je ne me considère pas élitiste - c'est-à-dire que je m'adresserais qu'à une élite et non au reste - mais exigeant. Enfin, que mes exigeance, peut-être apparaissent-elles pleine d'arrogance, sont fortement axées sur la trame scénaristique et ses ressorts. Et j'en ai assez d'aller au cinéma pour expliquer à mes voisins que là, c'est la scène de baiser, dans 15 min, ça va exploser, lui il meurt dans dix minutes, là il va se passer ça et ici, en somme, on va avoir le laius sur l'aspect moral du film, etc. Je ne critique pas le fait qu'on apprécie cela - je l'ai longtemps apprécié avant de m'intéresser aux techniques scénaristiques - mais que ce n'est plus ma tasse de thé et qu'il m'en faut plus pour goûter avec plaisir un film.
Sur ce, je m'en retourne en jeune vieux con fourbu et réac' dans ma tanière universitaire.
JBeuh, ou comment regarder Kung-Fu Panda et apprécier mais ne pas avoir envie de voir Avatar...