tiens, deux petites choses lues sur Libé ce matin :
La Sacem à l’équilibre grâce à la scène
C. Al.
QUOTIDIEN : lundi 23 juin 2008
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La Sacem repasse dans le vert. Après une baisse de 0,2 % des perceptions en 2006 (la première depuis quatorze ans), les revenus de la plus grosse société de collecte et de redistribution de droits d’auteur en France ont augmenté de 0,4 % en 2007, à 759,1 millions d’euros. Alors que les droits liés au disque et à la vidéo musicale continuent leur «descente aux enfers» (15,7 % contre 21,3 % il y a cinq ans), que la télé et la radio stagnent et que la musique numérique, bien qu’en forte hausse (+26 % à 10 millions d’euros), ne dépasse pas 1 % des recettes, la Sacem doit son salut à la bonne tenue des droits liés aux concerts (+8,7 %). Autre secteur qui résiste, les droits généraux (+5,23 %), qui concernent la musique dans les lieux publics. «A la différence du disque, qui tire la majorité de ses revenus des ventes en magasin, la Sacem a un modèle diversifié depuis longtemps, note son patron, Bernard Miyet. Mais, début 2008, les perceptions ont chuté de 6 %.» Signe que la mutation du secteur s’accélère ?
par ailleurs, les affidés des majors sont sur la brèche
Riposte graduée : 52 artistes chantent les louanges du projet de loi
par Erwan Cario
tags : musique , riposte graduée
C’était attendu, restait à savoir quand. Moins d’une semaine après la présentation du projet de loi « Création et Internet » devant le Conseil de Ministres, l’industrie du disque envoie ses bons soldats au front. Un contre-feu très médiatique à la vague de contestations condamnant avec vigueur le principe de riposte graduée pouvant aller jusqu’à la suspension de l’accès à Internet pour les internautes fautifs. « Ne pillez pas nos oeuvres », c’est l’appel lancé par des artistes aujourd’hui dans le Journal du dimanche.
« Nous sommes inquiets, très inquiets », expliquent ainsi 52 des artistes les plus populaires de l’hexagone parmi lesquels Johnny Hallyday, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Pascal Obispo ou encore Diam’s. S’en suit un texte des plus alarmistes : « La création, les métiers qui y sont liés, notre activité sont plus que fragilisés, mis en péril, par la déferlante des échanges d’œuvres sans autorisation ni rémunération des artistes et des autres ayants droit ». Et on n’ira pas leur reprocher de ne pas être vraiment dans le besoin, cet appel est (évidemment ?) surtout destiné aux jeunes artistes de demain : « Notre bonheur est de chanter ou de jouer et nous voulons que demain d’autres que nous aient la chance que nous avons eue hier ». Pour rappel, aucun détracteur de la loi à ce jour ne s’est prononcé pour la non-rémunération des artistes, et la dernière enquête à ce jour, menée en Angleterre, montre que 80% des jeunes Britanniques veulent bien payer pour continuer à pouvoir utiliser les services de partage. « Le projet de de loi (...) nous donne de très bonne cartes pour qu’Internet, la culture et la création soient réconciliés, concluent-ils. Nous le soutenons. » On se contentera juste d’exprimer quelques doutes sur l’aspect réconciliateur du projet actuel.
Les 52 signataires :
Etienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie.
examinons un peu le truc :
- les droits de diffusion par la radio, dans les boites ou les fiestas ainsi que les concerts des artistes eux-mêmes génèrent de quoi remettre la SACEM dans le vert. Sachant qu'à la base, la SACEM n'a que des couts de fonctionnement propres (elle n'investit rien, ne vend rien, ne fabrique rien mais veille à ce que ceux qui le font encaissent ce qu'ils sont en droit d'attendre...), on appréciera déjà le principe de l'intermédiaire qui lui va bien dans un secteur censé aller mal. Et c'est bien la
diffusion et non la
création des oeuvres qui lui fournit son fond de commerce...
- le discours d'artistes déjà bien établis (aux derniers disques de diamant, JJ Goldman avait 4 titres parmi les dix premiers dont il était soit l'interprète, soit l'auteur, soit le compositeur...) ou bien médiatisés par la pompe à fric télé (Jenifer) qui ne sont là que pour défendre les jeunes artistes qui ne vendent pas encore bien sûr... sauf que, si j'ai 100 euro de budget pour acheter des CD et qu'il y a demain trois fois plus de choix dans les bacs, j'ai toujours que 100 euro à dépenser de toute manière... alors soit j'achète les petits nouveaux et les pontes perdent du chiffre, soit j'achète du ponte et les petits nouveaux perceront avec quelqu'un d'autre. Soit je fais un panaché en fonction des mes gouts et le petit nouveau n'est pas forcément rentable (donc pas forcément encouragé à continuer) alors que le ponte rale parce que les ventes stagnent...
Quand est ce qu'on admettra le fait que plus il y a diversité de création à capacité financière constante (et encore, on pourrait dire en voie de régression vue le contexte économique), plus les majors continuent à générer des bénéfices mais
pas forcément les artistes individuellement ? est ce qu'on veut vraiment encourager cette diversité ou est ce qu'on envoie pas au front des gens qui seraient en fait les premiers à perdre du chiffre si à capacité financière égale des acheteurs la multiplicité des produits augmentait ?
ou est ce que, derrière cette fausse naiveté, on ne ferait pas le lien avec les droits de
diffusion des oeuvres. Parce que quand on s'appelle Renaud, ou Diam's ou Cabrel, on ne passe pas que dans les soirées entre potes, hein... on apparait aussi en concert, on est entendu dans les boites, on a ses titres remaniés en jingles et en sonneries de téléphone et on fait de l'argent sans forcément avoir besoin de créer plus. Surtout, au lieu de taper cash au portefeuille de l'acheteur d'un CD, on passe par des intermédiaires qui anesthesient la facture : je vais en boite, je paie de quoi générer le bénèf des proprios mais aussi de quoi leur permettre de payer la SACEM... j'organise une kermesse, je prélève aux participants de quoi rentrer dans mes fonds et payer la SACEM... ne parlons pas de la la radiodiffusion, hein : ce sont les annonceurs publicitaires qui génèrent de quoi payer la SACEM...
Donc, en fait de défendre la création, là on défend surtout deux choses :
- la possibilité pour des petits jeunes de vendre des albums alors que le public a peut-être envie mais pas forcément les moyens d'acheter plus de disques qu'avant. Donc une diversité de surface qui permet de générer du bénef et de maintenir une partie conséquente des créateurs émergents dans une précarité certaine... à moins qu'ils n'acceptent bien évidemment de signer chez des gens qui peuvent se permettre d'investir sur des années... et qui en dehors des majors se trouvent souvent être des anciens artistes, voire des gens encore créatifs en leur nom propre... donc, on voit ou ça atterrit au final : un jeune sur X arrivera à en vivre mais les autres feront surtout vivre leurs producteurs.
- la rente de gens qui n'ont déjà même plus besoin de produire du neuf pour continuer à vendre. JJG, c'est pas demain que ses titres vieux de 20 ans cesseront de passer en boite, ou que les albums ne seront plus pressés, hein... ne parlons pas des autres qui disent d'un côté qu'ils veulent en vivre et de l'autre qu'il leur faut 4 ou 5 ans pour sortir un nouvel album. Clair qu'on peut difficilement avoir un bon train de vie en sortant un album tous les 4 ans si on a pas autre chose pour assurer les épinards dans l'intervalle. Comme les droits de diffusion radio de ses propres oeuvres vieilles de 10 ans voire davantage, ou les invitations-promo à la télé, ou les sonneries de téléphone...
au final, on nous dit qu'en encourageant la création, on permettra à des petits talents émergents d'en vivre mais c'est exactement comme le loto : 100% des gagnants ont tenté leur chance mais on te parle jamais des 99% qui n'ont pas gagné. Dans l'intervalle, de toute manière, la machine continue et c'est tout ce qui compte.