Publié : 04 juil. 2008, 09:26
Tutafé. Justement, la culture romaine reste très traditionnelle dans sa manière d'envisager la religion : chaque peuple honore ses propres dieux, qui sont en quelque sorte des divinités "locales", qui s'intéressent spécialement à leur peuple et ne se sentent pas concernés par les hors-peuple. Les Romains, avant d'aller à la bataille, priaient non seulement leurs dieux mais aussi les dieux de l'adversaire : le sort de cette bataille aura un incident sur le grand centre d'intérêt du dieu en question, à savoir son peuple.Pénombre a écrit : après, on a les cas particuliers. Genre l'empire romain qui question mythes s'est plutôt branché sur un agrégat en partie pompé des grecs et avec des imports d'autres cultures méditerranéennes. Plusieurs empereurs se firent élever des statues sur les rives du Nil pour être déifiés. On sait qu'il y avait des temples de Mithra et d'Isis à Rome au tout début de l'ère chrétienne et ainsi de suite.
Et effectivement le christianisme des débuts fonctionne aussi sur ce modèle. Effectivement la construction intellectuelle du christianisme renverse le côté généalogique du judaïsme pour autoriser la conversion volontaire, peu importe l'ascendance, et donc contient en germe ce qui deviendra ensuite l'universalisme chrétien (=qui est censé s'appliquer à tous). Mais il faut bien noter, et c'est pourquoi le terme de "judéo-chrétien" n'a qu'un sens de propagande chrétienne ("les Juifs pensaient déjà comme nous"), que le judaïsme (et même, comme dit plus haut, le christianisme antique) n'a pas cette visée universaliste. Un certain nombre de textes des "Prophètes" (Ancien Testament, c-a-d pour faire très simple : textes de la culture juive) décrivent les problèmes de cohabitation religieuses, et ces textes témoignent clairement d'une vision traditionnelle de la religion (un ensemble mythique = un peuple). Pas encore d'universalisme là-dedans.
Attention, la société grecque était "laïque" : la définition du citoyen et le fonctionnement démocratique sont profanes, ils n'ont rien avoir avec la religion. Effectivement on y retrouve le groupe exclusif (les "citoyens"), qui n'inclut ni les femmes, ni les enfants, ni les esclaves, ni les étrangers, ni les "métèques" (=quelque part entre l'étranger et l'homme grec).Pénombre a écrit :
Mais ça résulte certainement de l'influence grecque justement, une culture qui considérait ses divinités comme des êtres surpuissants avec tous les travers humains. S'ils avaient pris leurs dieux un peu plus au sérieux, les grecs (qui avaient aussi un mythe centralisateur de l'univers autour de leur panthéon) auraient probablement été des emmerdeurs patentés mais ça n'a pas été le cas. Vraiment curieux ces gens qui avaient compris qu'ils avaient besoin de dieux et pas forcément l'inverse.
Et même les grecs n'étaient pas exempts de définition du groupe exclusif, y compris sociétale avec des cités états qui accordaient la prééminence (au moins pour la forme) une divinité précise plutôt qu'une autre.
La religion grecque, on est d'accord là-dessus, ne prenait pas ses dieux au sérieux : mais il ne s'agit pas d'une religion au sens classique. Cette religion a ceci de particulier que ses dieux ne sont pas des être "supérieurs", idéalisés : au contraire, il s'agit en réalité d' "expériences de pensée" (comme diraient les philosophes Allemands), de constructions intellectuelles, de fictions qui incarnent les travers de l'âme humaine afin de servir de repoussoirs. Autrement dit : ces divinités ne sont pas construites comme des êtres à vénérer (même s'ils étaient, de fait, aussi vénérés, ce n'est pas leur fonction première) mais comme des mises en garde. Ils incarnaient chacun une forme de dérive dûe à l' "hubris" (=l'orgueil), le pire des vices grecs. Même les héros incarnent ce vice, et sont punis en conséquence. Exemple : Zeus, parce qu'il se laisse guider par son orgueil (vice principal) et par son appétit sexuel (vice secondaire), s'imagine qu'il peut parvenir à tromper sa femme sans se faire prendre. A chaque fois Héra découvre le pot au rose et le punit (en se débarrassant de sa maitresse, en général). Autre exemple : Prométhée, parce qu'il se laisse guider par son orgueil (mythe ambigü, en fait), pense qu'il peut tromper Zeus (plusieurs fois, le bougre!) sans être puni. A chaque fois que le dieu se fait piéger, c'est parce qu'il a laissé parler son orgueil (il a préféré l'offrande bien grasse sans la vérifier, qui s'est révélée être composée d'os recouverts de graisse, à la place de vérifier et de prendre la bonne viande parce que celle-ci était arrangée de manière peu appétissante). Et ainsi de suite. La mythologie grecque, ce sont un peu des fables de La Fontaine (reprises à Esope, un Grec, d'ailleurs, comme quoi...) qui auraient pour rôle de mettre les hommes en garde contre l'orgueil.
Bref rien avoir avec une véritable cosmogonie : ce n'est d'ailleurs que très tard que ces mythes ont été unifiés en une cosmogonie "cohérente"...
[/quote]
Tout à fait, pour le christianisme médiéval, cf plus haut. Même structure à ce niveau que le bouddhisme, d'ailleurs, qui a récupéré à sa sauce tous les autres mythes qu'il a rencontré (que des illusions / des bouddhas parmi d'autres / des démons qu'un bouddha a combattu). La seule vraie vérité est celle du bouddhisme : c'est pourquoi je suis d'accord avec toi pour les gaijins si on prend le shinseisme. C'est-à-dire que pour la version "kamis / ordre céleste", les gaijins ne sont pas concernés : on s'en fout, ils ne sont pas "humains". Mais dans la vision shinseiste, là effectivement, ils appartiennent comme tous les êtres vivants à la course de la grande Roue kharmique, et peuvent, s'ils vivent leur vie suivant les principes de shinsei, éventuellement se réincarner en rokugani après leur mort (ou en tout cas en qqch qui appartient de droit à l'ordre céleste).Pénombre a écrit : Ce qui marque le christianisme, c'est son ambition assimilatrice : tous les hommes ont le même droit au salut, à condition de reconnaitre qu'il n'existe qu'une seule vérité. Le judaisme lui était tout aussi absolutiste mais de manière bien plus exclusive puisque la majorité de ses courants considéraient qu'en dehors des lignées du peuple d'Israél, tous les autres hommes n'étaient pas des élus. Ca ne veut pas dire qu'ils étaient "des hommes inférieurs" ou des non-humains mais qu'ils n'avaient pas été choisis pour qu'eux et leurs descendants soient l'outil privilégié de dieu.
Bon, pas ok pour le judaïsme par contre : dans les textes juifs, qu'on peut approcher en lisant notre Ancien Testament, les non-juifs ne sont pas des êtres inférieurs. Simplement, on ne s'occupera pas d'eux... Ce qui est exactement le même système que les religions traditionnelles. Il n'y a pas de mépris du non-juif dans les textes ; par contre on conseille de rester entre juifs et de se marier entre juifs. Comme dans les autres religions on conseille de se marier avec ceux qui "descendent" des mêmes dieux, c-a-d ceux qui sont considérés comme appartenant à la même cosmogonie, ceux qui sont "compatibles", autrement dit les "humains" (entendu dans son sens local : le même peuple que moi).
Attention à ne pas confondre l'indifférence par rapport à ceux qui n'appartiennent pas au même peuple (anthropologiquement et linguistiquement : les non-"humains"), et le mépris les considérer comme "inférieurs"...