Shoju a écrit :
Entretien d'évaluation ? C'est quoi ça ? J'en ai jamais vu passé ... Je crois que tu ne vois pas comment marche un établissement scolaire : En gros, c'est très simple :
Y'a l'administration avec ses proviseurs et ajoints hyper bien payés mais qui sont des cumulards de plein d'organismes pour aller taper un salaire à 8000/11000 euros ne gérant pas du tout leur établissement et faisant tout reposer sur leur subalterne agent B ou C (payés une misère) qui en ont franchement marre et qui finissent aussi par laisser couler ...
Y'a les profs qui sont finalement de par leur "conscience" professionnelle les seuls garants du fonctionnement, sur qui aucun contrôle n'est effectué (j'ai été inspecté 1 fois en 9 ans et je le demande chaque année car c'est notre seul moyen de promotion ; mais notre inspecteur est aussi un cumulard qui gagne de l'argent en plus à faire autre chose mais pas son travail , donc il n'a pas le temps de venir nous voir) ... Quant à l'autorité directe, comme je l'ai dit avant, son abscence fait plaisir à voir

plusieurs choses :
- fort heureusement pour la machine, tous les proviseurs et adjoints ne sont pas comme tu le dis. En tous cas, moi sur trois chefs d'établissements différents en dix ans, je vois très bien les différences au quotidien.
- l'autorité directe sur les enseignants, après douze ans de conseil d'administration, je pense savoir ou elle s'arrète. A l'endroit ou commence la fameuse "liberté d'enseigner" statutaire. Notez bien que je ne me prononcerai pas sur cette liberté en tant que telle, je constate juste que certains collègues enseignants s'en servent pour défendre ce qu'ils considèrent comme trop de droit de regard de la part de "l'administration". On a vu ça surtout au moment de l'instauration des fameux conseils pédagogiques d'établissement ou les élus enseignants ont rappelé (en s'appuyant sur les positions nationales de leurs centrales) qu'ils n'étaient pas vraiment chauds là dessus.
- la seule forme d'évaluation de l'enseignant qui existe, c'est l'inspection. Ca pose deux questions : est-elle bien organisée et est-elle suffisante ? a contrario, on peut difficilement imaginer que les enseignants acceptent un droit de regard du chef d'établissement ou une procédure de suivi individualisé qui se manifeste par exemple de manière trimestrielle. Accessoirement, dans une telle perspective je plains les supérieurs hiérarchiques des dits enseignants qui, de par leur position hiérarchique justement, devront être ces instruments de contrôle et d'évaluation de la totalité des enseignants de leur bahut et ne pourront pas le déléguer...
- enfin, les personnels administratifs, techniques et ouvriers eux ont un entretien d'évaluation. Depuis 2005, nous avons dans le cadre de notre notation un entretien privé avec le chef de service et une jolie grille de notation de plusieurs pages qu'il renseigne devant nous en voyant chaque point individuellement avec le personnel en entretien. Les critères vont de la capacité à l'initiative à la gestion des conflits en passant par la ponctualité, l'efficacité d'execution des tàches demandées etc... j'oubliais, chaque fois, tu dois avec le chef remettre par écrit quel est ton poste exactement, ce que tu y fais, ce qui aurait pu changer depuis l'année d'avant et surtout, tu dois rééxaminer les critères sur lesquels tu étais le moins bien noté et mentionner ce qui aurait pu changer. On nous demande pas encore pourquoi certaines choses ne changent pas mais ça va probablement venir...
Je sais pas comment ça se passe ailleurs mais comme on essaye de faire ça convenablement dans mon bahut, ça bloque l'intendant et le proviseur pendant un bon moment vu qu'on défile tous les uns après les autres. Cet entretien et les items de la grille intègrent un mode de calcul qui permet dans la foulée de te dire "voilà la note que nous proposons à la commission". Commission qui de toute manière a des consignes ministérielles qui font que d'entrée de jeu, tu seras "harmonisé" selon le principe que sur la totalité des gens notés, 20% peuvent prétendre à une bonne note, 60% à une note correcte et les 20% restants à une note limite (entendez, à la limite des notes à partir desquelles faudrait lancer des procédures administratives ou disciplinaires). C'est ça de vivre dans un pays de droite qui n'aime pas ses fonctionnaires : il le leur fait clairement comprendre en les évaluant de manière à ce que rien ne change sauf la pression
Avec ça, on a tous l'impression d'être plus "performants" mais comme ça ne change strictement rien au système de promotion ni au nombre de gens promouvables, ça revient à te mettre à la merci des engueulades de la hiérarchie directe. Ca s'appelle "accroitre l'autonomie des établissements" je crois ou plus exactement "accroitre l'illusion vendue aux chefs d'établissements ou de division qu'ils sont comme des petits chefs du privé".
Quand tu as affaire à une hiérarchie qui a un minimum de sens des enjeux sociétaux, l'outil a un impact positif minime mais réel. Quand, comme c'est le cas majoritaire des fonctionnaires, tu as affaire à une grosse machine ou ton supérieur lui-même sera noté par un ponte qui l'aura vu 1 heure en dix ans, ben tu es malaxé et on fait de jolies stats à partir de tout ça pour rappeler au populo si besoin est qu'on est une bande de branleurs dont il faudrait se débarrasser parce qu'ils sont infoutus de devenir plus "efficaces".
c'est clair, pour prendre des exemples officiels, que quand tu es noté 0 sur 5 en gestion des conflits parce que tu travailles tout seul dans ton coin sous la tutelle directe du boss, ben tu vas avoir du mal à devenir plus efficace l'année d'après... heureusement, au bout de deux ans, les technocrates du ministère ont fini par admettre que si tout l'hexagone leur disait que certains rubriques pouvaient être renseignées avec la mention "non pertinent" au vu du cas particulier de chacun dans son emploi, ça ne voulait pas forcément dire "incapable"... curieusement, ils n'y avaient pas pensé tous seuls avant...