j'entre assez facilement je pense dans ce que Kocho appelle
des MJ qui étaient paresseux dans leur préparation, mais qui avait un tel talent de conteur ou d'interprète qu'on leur passait beaucoup, parce qu'ils arrivaient à improviser des moment de génie avec trois bouts de ficelles et un univers bancal. Certes c'était inégal, mais tant pis ! il y avait de l'énergie, il y avait de la force.
sauf que les univers ne sont jamais bancaux : soit je prends le temps de bien cerner un univers officiel, soit je prends le temps de créer des bases solides à un univers perso. J'improvise toujours, mais sur des bases solides. C'est plus facile, c'est plus cohérent et je viens pas pour en mettre plein la vue à mes joueurs sur le plan "oooh, qu'il est bon le mj..." mais "ouaip, on a bien trippé ensemble la dernière fois".
Mon expérience m'a amené à me rabattre sur deux choses :
- 90% d'une présentation aux joueurs, c'est bien cerner de quoi on parle et 10% de le mettre en scène. Quand on saisit bien l'ambiance et la manière dont "tourne" le monde, improviser est bcp plus facile que lorsqu'on commence alors qu'on a un book de base lu une semaine plus tôt. Moi, je n'hésite pas à compulser pendant six mois un background et à créer un tas de situations qui resteront à 90% inemployées au fur et à mesure que ma connaissance et mon inspiration s'entreméleront.
- à l'inverse, 90% de la partie, ce sont les joueurs qui la font et pas moi. Oui, je sais, les pnjs les combats le décor et tout ça... ben non. C'est du flan. Pour moi c'est de la légende urbaine. Quand on sait précisément de quoi on parle, alors improviser un pnj, une saynette, un décor, placer là un personnage imaginé ou pompé d'un autre truc ne pose aucun problème. A partir du moment ou un mj est prèt y compris à sacrifier un pnj emblématique pour faire avancer l'histoire, alors elle a d'autant plus de force. Tant que l'imprévisibilité des joueurs va dans le sens du contexte et ne rend pas leurs personnages incohérents, rien à foutre que l'histoire d'origine plante.
Lorsque j'ai du matos officiel style scénario, il est rare que je m'en serve tel quel. Le plus souvent, j'en tire un élément ou je brosse ce qui s'y déroule en toile de fond, d'autres évènements qui concernent les pjs, je considère l'action comme séparée d'eux mais il se peut que certains protagonistes soient leurs parents, leurs amis, que je démonte la mécanique d'une scène pour la ré-employer ailleurs etc.... Je préfère coller au plus près au flux qu'ils génèrent et que j'entretiens qu'autre chose.
Oui, il y a des creux, oui parfois faut relancer la machine et oui y a aussi des moments ou le mj il est pas forcément à la hauteur des attentes des joueurs.
Ben je les emmerde
Mon boulot, c'est de savoir de quoi je parle, de pouvoir rebondir sur leurs décisions tout en gardant un cap qui rende leurs personnages cohérents dans leur continuité et en phase avec l'univers (non, on ne devient pas daimyo comme ça...). De stimuler et de fournir le matériau qui les environne et avec lequel ils intéragissent. Pas de vivre leurs aventures à leur place.
leur boulot, c'est de veiller à ce que leurs personnages soient cohérents et surtout que personne parmi eux ne lèse les autres en s'imposant. Sous prétexte qu'on peut jouer un salaud ou se la jouer perso, je ne vois pas pourquoi on devrait accepter qu'un joueur se fasse plaisir au détriment des autres. Les joueurs ne viennent pas pour subir leur mj ni pour subir leurs petits camarades et, désolé de le dire, si vous avez la malchance de siéger à une table ou les autres vous pompent l'air et ou le mj vous met la pression sous prétexte qu'il faut "respecter l'ambiance et le contexte", ben je doute que vous preniez vraiment plaisir à jouer.
Jouer pour incarner un mec avec lequel je n'ai rien à voir qui obéit à des règles sociales hyper-précises qui sont à respecter à la virgule près pour évoluer dans une histoire ou tout est verrouillé... bof. Et à L5a, c'est très facile de tomber dans ce genre d'excès sous prétexte qu'une partie de la table aime les détails du japon médiéval "authentique" et que le mj il a du charisme. Trop d'attentes, trop de volonté de faire ingérer toutes les nuances du contexte et de "piéger" les joueurs dessus tue tout le monde, à commencer par la campagne.
rien de pire que le mj persuadé qu'il est "compétent" qui paralyse tout le monde, y compris quand il est joueur ou il polémique ou monopolise la table parce que son complexe de pauvre ado boutonneux revanchard prend le dessus. Ben quoi, ça vous étonne tant que ça que nombre de rôlistes apprécient Harry Potter ? c'est le syndrôme de la revanche du petit binoclard qui lit trop pour son propre bien
m'en fous des "bons" mjs. C'est de la connerie pure. Et j'exagère à peine. On a toujours besoin de se rappeler qu'on n'est pas omniscient et surtout que certaines expériences vieilles de 20 ans peuvent encore servir, ou desservir... le gars qui me dit "je joue depuis X années et j'ai beaucoup appris", je lui ris au nez
je joue et je maitrise depuis 22 ans et chaque séance, j'arrive en me disant "et cette fois-ci, s'ils me plantent tout je fais quoi ?". Et si certains m'apprécient, ça doit être parce que je n'ai pas oublié que chaque séance, c'est ma première séance. Et quand le feeling n'est pas là, c'est que je me suis perdu ou que mes joueurs trouvaient plus leur compte ailleurs. Et alors ? On peut jouer des personnages à foison, en tant que mj on restera toujours soi-même... et soi-même, ça implique de ne pas plaire à tout le monde tout le temps.
Oui, faut du travail, oui, faut toujours chercher à se perfectionner, oui faut se dire que certaines bourdes ont besoin de servir de leçons et pas de stigmates qu'on se traine. Et là, seulement, à défaut de devenir un "bon mj", au moins on devient un mj qui est capable d'amuser et d'intéresser ses joueurs. Ce sont les conséquences qui comptent.
La quête du génial, c'est comme la quête du beau : on fait avec mais le chemin est beaucoup plus important que la destination. Parce que la destination, on l'atteint jamais.
le gars qui pense l'avoir fait, ben c'est pas demain que je viendrai à sa table, surtout si en plus il veut me faire ingérer son univers génial fait main qui n'amuse que lui. Merci, déjà donné quand j'avais 20 ans de moins. Depuis, j'ai découvert un truc :
Si je veux rencontrer Dieu, je vais dans une église
